Analyse Libérale

Alerte à la déflation

28 Mars 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

L'alerte est lancée, et tous les médias la relaie : l'hydre maléfique de la déflation menace ! Le dernier numéro du magazine Capital s'en fait l'écho, diffusant les raisonnements qui mènent à la conclusion d'une menace inflationniste. Ces raisonnements sont ultra-simplistes, et font penser qu'il ne s'agit que de théories mal comprises par un journaliste non spécialiste. Malheureusement, Capital ne fait que relayer la pensée dominante en économie. Ce qui montre à quel point cette théorie dominante repose de des bases incertaines, et qu'elle ignore même l'histoire économique, alors qu'elle prétend souvent reposer sur des bases empiriques, ou, au moins, vérifier ses théories empiriquement.

 

Les dangers de la déflation sont décrits par deux phénomènes. D'abord, en période de baisse des prix, les consommateurs ne consomment plus. En effet, ils espèrent une baisse des prix ultérieure, et attendent, attendent, encore et encore. Ce qui fait entrer l'économie en récession. Ensuite, quand les prix baissent, les entreprises doivent serrer les marges, bloquer ou diminuer les salaires, voire licencier, ce qui diminue la demande et fait entrer l'économie en récession.

 

Que la baisse des prix fasse baisser la consommation est une affirmation des plus étranges. Dans ce cas, comment expliquer le succès du constructeur automobile Dacia ? Comment expliquer l'explosion des ventes de tablettes et de smartphones ? Comment expliquer le succès de l'opérateur mobile Free ? A travers l'histoire, les baisses de prix ont entraîné une hausse de la consommation, notamment depuis la révolution industrielle, hausse illustrée par tout ce que nous possédons aujourd'hui, même, et c'est la un grand progrès, chez les plus défavorisés. Par contre, l'augmentation trop importante des prix peut entraîner une accélération des achats, car les gens préfèrent stocker des biens plutôt que de garder de la monnaie, ce qui entraîne une spirale inflationniste, vers l'hyperinflation. Ce phénomène a souvent été observé.

 

On remarquera que la révolution industrielle, qui a permis les baisses de prix, n'a pas non plus entraîné de récession, bien au contraire. Pourtant, selon le raisonnement déflationniste, les baisses de prix entraînent la baisse des marges des entreprises, et donc des économies sur les coûts, et, in fine, une baisse de la demande.

 

Le phénomène observé est que les gains de productivité font baisser les prix. Un nouveau mode de production permet de vendre moins cher. Ce qui évidemment met en difficulté les entreprises les moins performantes. Mais cela n'a jamais empêché la croissance de l'emploi, car l'économie est en mouvement, et se restructure en permanence, si elle n'est pas entravée. Sinon, comment expliquer la formidable croissance du niveau de vie et de l'emploi depuis la révolution industrielle, alors que la productivité a explosé, que l'automatisation, soi-disant destructrice d'emplois, s'est généralisée ? Et que les prix ont chuté ?

 

La concurrence, et aujourd'hui la distribution, font également baisser les prix, ce qui oblige les entreprises à évoluer. Soit en revoyant leur organisation pour baisser les prix, soit en développant des produits incontournables, comme Ferrero avec Nutella, soit en développant de nouveau canaux de distribution, comme Nestlé avec Nespresso. Les prix sont à la fois un argument de vente, et un indicateur de la désirabilité d'un produit.

 

Cette dénonciation de la déflation comme un danger n'a donc aucun fondement. Elle repose sur une vision ultra-simpliste de l'économie, très loin des réalités. Mais, elle sert de justification à des politiques de relances monétaires, alors que celles-ci ont toujours créé des crises. D'ailleurs, nous sommes en plein dans une crise créée par une relance par le crédit.

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I-Cube 01/04/2014 15:54


Salut Michel !


Toujours de ce monde ? Je m'en réjouis...


 


Note qu'en ce qui concerne les "concentrations" toujours possibles et parfois nuisibles, l'Europe veille déjà et interdit les dépassements de seuil de 50 %


Je te rappelle que même Carrefour a été dans l'obligation de brader une 20 d'hypermarchés dans notre beau pays quand il s'est payé Continent de chez "Paulo-Allay".


Et là, c'était déjà la loi Gauloise qui s'est appliquée.


 


Maintenant, quand ton boulanger il tue toute la concurrence dans ton village, parce que son pain est quand même meilleur qu'ailleurs, personne ne vient y mettre bon ordre.


Idem quand SFR est à vendre chez Bouygues... Tu auras noté que ce sont des "ministres-décinistes" qui ont pris leur hâche pour déclarer la guerre à numéricâble...


Assez étonnant, mais passons...


 


Les "alter" si finalement ils enfoncent les portes ouvertes, ils ne servent plus qu'à donner des gages aux lepénistes !


Bé oui, à force de râler après la mondialisation, bé ils ont convaincu "Marinella-tchi-tchi" depuis fort longtemps et on a 1.500 élus frontistes dans nos mairies à gérer.


Moi, perso, j'adore le paradoxe. D'autant que j'avais prévenu depuis bien longtemps...


Même ressorts idéologiques ! 


 


D'ailleurs, les anti-libéraux associés-alter, ils ferment leur gueule depuis quelques semaines, d'avoir pu faire le lit de la "blondasse".


Note qu'ils ne sont pas allés quand même jusqu'à partager sa couche... Mais c'était pas loin,, finalement !

Michel Martin 01/04/2014 13:31


I3, beaucoup d'alter machins ne sont pas des opposants au marché mais sont pour sa régulation pour éviter que le mécanisme de concentration qui y est à l'oeuvre ne produisent des acteurs assez
puissants pour s'assoir sur le marché. C'est certain que bon nombre de règlementations vont à l'encontre de la régulation et aggravent même les tendances cycliques des marchés.

I-Cube 31/03/2014 09:46


Deux remarques :


1 - Si un bien ou un service devient moins cher au fil du temps (outre le problème des quantités offertes), c'est que le "capitalisme-villipendé" fait remarquablement bien son boulot de produire
plus et mieux pour un moindre coût.


Lui, et lui seul est au service de ses clients, son mérché : Bravo !


N'en déplaise à tous ses pourfendeurs et autres "alter-machins" qui ont décidé de ne rien comprendre à rien !


2 - Donc le "risque" déflationiste n'est vu comme une calamité qu'au niveau des autistes de la macro-économie.


Effectivement, si ça vendait 1.000 et que ça se vend désormais 900, il y a un PIB en baisse de 10 %... L'horreur quand on veut de la croissance !


Remède, l'inflation (qui au passage payerait aussi les dettes moins cher que prévu, mais plus difficilement avec des taux qui montent...)


C'est dire la débilité profonde du raisonnement, parce qu'on produit autant sinon plus (élasticité du prix et des quantités) !


 


Conclusion, l'inflation souhaitée est bien un mécanisme du "vol d'autrui", un de plus.


Et comme toi, j'ai un post relatant (demain) le délire des japonais - un de plus - qui ne savent même plus comment recréer de l'inflation !


Les belles leçons de "real-économies" qu'ils vont nous donner...


Quand on perd la boussole, plus personne ne sait où est le bon cap à tenir : Fabuleux !