Analyse Libérale

Absence de débats sur la crise

22 Janvier 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Le traitement de la crise dans les médias, par les journalistes, les politiciens, les chroniqueurs et les experts, se résume à des appels à plus de réglementation, plus d'interventionnisme, allant même jusqu'au protectionnisme, à plus de dépenses, à une dénonciation de "l'ultra-libéralisme", de l'esprit de lucre, de la cupidité. Chacun assène sa vérité anti-libérale, et sa proposition interventionniste. Il n'y a aucun débat, aucune leçon tirée du déclenchement ni de l'origine de cette crise. C'est la faute à l'ultra-libéralisme, ita missa est!

 

     Aucune analyse sérieuse, ou presque. La finance est pointée du doigt comme étant à l'origine de la crise. Elle doit donc être régulée. Problème: elle l'est déjà! La finance, les banques, n'obéissent pas aux règles de l'économie de marché. C'est la réglementation qui définit la notion de risque, qui oriente les investissements. Ainsi, les établissements financiers se sont rués sur les titres adossés aux prêts subprime car ils étaient considérés comme sans risque par la réglementation. De même, c'est la réglementation qui a donné leur pouvoir aux agences de notation, qui sont aujourd'hui pourfendues.

 

     La réglementation évolue suite à la crise, mais toujours dans la même direction. Le problème majeur ne fait l'objet d'aucun débat. Ce problème est de savoir si la réglementation peut déterminer le risque. Ce qui signifie que tous les établissements financiers suivent la même politique d'investissement. C'est la voie qui continue d'être suivie. Une agence de notation européenne est même évoquée. Sachant qu'elle aurait à noter les pays européens, ne serait-elle pas juge et partie?

 

     Le libéralisme propose comme solution la liberté et la responsabilité. Chaque établissement financier fait ce que bon lui semble. Sauf à utiliser la force, la contrainte, contre autrui: ne pas mélanger libéralisme et loi de la jungle. Le libéralisme obéit à des règles. En contrepartie de cette responsabilité donc, chaque établissement financier assume ses pertes.

 

     Le libéralisme peut être contesté. Une autre solution peut être proposée. Mais il ne faut pas accuser le libéralisme là où il n'y a pas de libéralisme. Et il faudrait au moins débattre du problème de fond. Ce débat est inexistant.

 

     Au delà des marchés financiers, la crise trouve son origine dans la politique monétaire des USA. La Fed a mené une politique très souple, maintenant longtemps les taux d'intérêt à des niveaux très bas. Le gouvernement US a encouragé, sinon obligé, le crédit à des foyers peu solvables, en assouplissant notamment les conditions de rachat de crédit hypothécaire par les deux organismes de refinancement Fannie Mae et Freddy Mac. Cette politique faisait l'objet de louanges de la part des "experts". Elle favorisait un effet richesse : la valeur des biens immobiliers augmentait, ce qui engendrait la possibilité de prendre un nouveau prêt hypothécaire sur le bien, ce qui soutenait la consommation, et donc la croissance. La BCE était elle considérée comme trop frileuse.

 

     Il n'y a aucune remise en cause de cette politique. C'est le silence total. Au contraire, maintenant le soutien des banques centrales est réclamé pour les dettes des Etats. Alors même que la crise provient du crédit.

 

     Une fois encore, le libéralisme ne peut être mis en cause : il est contre ce genre d'intervention. Sur le plan monétaire, les positions libérales sont diverses, entre le retour à l'étalon or, et la privatisation de la monnaie. Mais, au moins, le débat existe. Il n'y a aujourd'hui aucun débat public sur le rôle de la monnaie dans l'économie.

 

     Pire encore, en matière monétaire, il y a désinformation. Ainsi, il est sous-entendu qu'avant une loi de 1973, surnommée loi Pompidou-Giscard-Rothchild, la Banque de France pouvait financer indéfiniment le gouvernement français. Alors même que depuis les accord de Bretton woods, en 1944, la création monétaire française était contrainte par les stocks de la Banque de France en dollar. La France n'a par ailleurs jamais eu un accès aussi avantageux à l'endettement que depuis l'avènement de l'euro. Et elle en a profité.

 

     L'histoire économique elle-même est réécrite. Ainsi quand est évoquée la crise de 1929, le keynésianisme est présentée comme ayant redressé l'économie. Or, la reprise s'est appuyée après guerre sur la mondialisation du commerce, avec les accords du GAAT, et une discipline monétaire avec ceux de Bretton Woods déjà cités. Et cela en désaccord avec le théories keynésiennes. La réalité est singulièrement simplifiée. Ce qui n'est pas neutre quand des propositions à la crise actuelle sont faites, tel le protectionnisme, ou la création monétaire. C'est justement le contraire qui a permis les trente glorieuses! Cela mériterait au moins réflexion. D'autant que les politiques keynésiennes à base de dépenses publiques et de déficits n'ont abouti à aucune reprise économique. Cela devrait au moins mener à une réflexion sur les modalités de l'interventionnisme, de la mise en œuvre du keynésianisme.

 

     Aucun de ces débats n'est sur la place publique. Et pourtant, nous sommes à la veille d'une élection présidentielle. Quelles que soient les opinions de chacun, la confrontation avec ces débats, avec les faits, devraient être considérés comme indispensable. Au lieu de cela, c'est une dénonciation d'un ultra-libéralisme inexistant, et un juqu'au-boutisme néo-keynésien irréfléchi, les économistes étant plus pressé de vouloir convaincre les masses que de se coltiner les problèmes réels.

 

     Le keynésianisme est peut-être une solution, mais sous quelles modalités? Là devrait au moins être le débat. Le libéralisme pourrait être quelque peu considéré également. Une politique n'est jamais l'application stricte d'une théorie économique. Elle emprunte aux uns et aux autres, avec une ligne directrice plus ou moins forte. Avec un débat économique aussi indigent, la politique économique ne pourra être que catastrophique.

 

     Le débat est indispensable en démocratie. La France n'est donc pas une vraie démocratie sur le plan économique. Le débat est indispensable pour se faire une opinion. Comment le citoyen lambda, qui n'a pas de bagage particulier en économie, qui doit gagner sa vie, aller chercher les enfants à l'école, répondre à leurs multiples sollicitations, prendre un peu de repos, pourrait-il se faire une opinion avec le peu de temps qui lui reste pour s'informer? Et quel choix au moment de voter?

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Michel Martin 25/01/2012 15:05


Débat sur la crise sur le N°2 top blog économie.

I-Cube 23/01/2012 09:05


Et c'est bien le drame de mon pays (la "Gauloisie merveilleuse") que d'avoir des citoyen qui ont un QE (Quotient non pas Erotique, mais Economique) au moins aussi nul que le pétoncle-marin....


Et savamment entretenu par les "ékokes" de la République durant toute scolarité, y compris parfois dans les "grandes" (genre ENA et autre)...