Analyse Libérale

G20, le sommet de Pittsburgh (et lien vers la déclaration en français)

27 Septembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

Le G20 est devenu le symbole de la coopération internationale. Cette coopération est une bonne chose. Elle tranche avec les débuts de la crise de 1929, où chaque pays avait commencé par faire cavalier seul, à coup de dévaluation et de protectionnisme. On peut aussi se questionner sur le rapport entre la crise et la seconde guerre mondiale.


Quels sont les enjeux de ce G20? Certainement pas les bonus des traders. Comme Je l'ai déjà expliqué, dans Commentaire sur les bonus des traders , ils n'ont pas grand chose à voir dans la crise actuelle. La crise vient du subprime, de la relance monétaire. Même si les traders ont manipulé des produits à risques, ce sont ces produits qui posent problème, pas le comportement des traders.


Le principal enjeu du G20 réside dans les règles prudentielles à appliquer aux banques. Qu'est-ce que ces règles? Une banque doit respecter des ratios. Le ratio tier 1 par exemple. Le montant de ses capitaux propres doit être supérieur à une certaine proportion des crédits distribués par la banque. Les capitaux propres sont l'argent que possède la banque. Celle-ci peut distribuer un montant de crédit largement supérieur de crédit. Par exemple, pour les banques françaises, le montant des capitaux propres représentent à peu près 9% des crédits distribués. C'est un bon ratio.


Les banques distribuent toujours plus de crédits qu'elles n'ont de capitaux. C'est normal (cf  Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) ). Mais on considère que plus elles ont de capitaux, mieux c'est. Par exemple, si des clients ne peuvent pas rembourser des crédits, les banques font des pertes. Plus une banque a de capitaux propres, plus elle peut amortir les pertes.


La question c'est: comment calculer le ratio de capitaux propre. Tel est l'enjeu du G20.Il faut s'entendre sur ce qu'on appelle du crédit, et ce qu'on appelle des capitaux propres.


En effet, la finance est devenue sophistiquée. Il y a plusieurs moyens de se financer pour les banques, et les entreprises en général. Il y a les actions. Les actionnaires étant les propriétaires de la banque. Tout le monde est d'accord pour inclure les actions dans les capitaux propres.


Mais il y d'autres titres, comme les titres subordonnés, qu'on peut inclure dans les fonds propres. Ou qu'on appelle des quasi fonds propres. Contrairement aux actions, ces titres ne confère pas une part de la propriété de la banque. C'est de l'argent qui est prété à la banque. Mais, en gros, la banque rembourse quand elle veut. On les inclut donc souvent dans les fonds propres.


Pour mémoire, c'est à travers ce genre de titres que le gouvernement français avait commencé à intervenir au capital des banques.


Du côté du crédit, il y a aussi différents instruments financiers. Des deux côtés de l'atlantique, les normes comptables ne sont pas les mêmes. Certains crédits sont "sortis" du bilan des banques. Ce qu'on appelle le hors bilan. Or, les américain sortent plus de crédits des bilans que les européens. Par conséquent, ils peuvent avoir de meilleurs ratios de solvabilité qu'une banque européenne qui aurait le même type de crédit.


Ce qui est sortis du bilan ce sont par exemple les crédits titrisés. (lire Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés ). Tout l'enjeu est de savoir comment comptabiliser les bilans des banques.


Le résultat du G20, est que les centres financiers s'engagent à faire appliquer les règles dites de Bâle II sur les fonds propres. Le comité de Bâle étant un organisme d'élaboration de règles prudentielles, dont les règles sont généralement appliquées en Europe, mais pas forcément aux USA.


Voici le texte de la déclaration:

Constitution de capitaux de grande qualité et atténuation de la procyclicité: Nous

nous engageons à élaborer d’ici la fin 2010 des règles internationalement

reconnues pour améliorer à la fois la quantité et la qualité des capitaux bancaires

et décourager des leviers financiers excessifs. Ces règles seront appliquées

progressivement au fur et à mesure que la situation financière s’améliorera et

que la reprise s’installera, l’objectif étant une mise en oeuvre d’ici la fin 2012.

La mise en oeuvre à l’échelle nationale d’exigences en capital de plus strictes en

terme de niveau et de qualité, des réserves de capitaux anticycliques, des

exigences en capital plus élevées pour les produits à risques et les activités hors

bilan, en tant qu’éléments du cadre de Bâle II sur les fonds propres, ainsi que

des exigences spécifiques relatives aux risques de liquidité et au

provisionnement dynamique, réduiront pour les banques l’incitation à prendre

des risques excessifs et permettront de créer un système financier mieux préparé

à résister aux chocs adverses. Nous nous félicitons des mesures essentielles

récemment adoptées par l’organe de direction du Comité de Bâle pour renforcer

la surveillance et la régulation du secteur bancaire. Nous sommes favorables à

l’introduction d’un ratio d’effet de levier en tant que mesure complémentaire au

cadre de Bâle II fondée sur la prise en compte des risques, avec la possibilité de

le faire ensuite évoluer vers un traitement en pilier 1 sur la base d’un exament et

d’une calibration appropriée. Pour assurer la comparabilité, les détails du ratio

devront être harmonisés internationalement, en tenant pleinement compte des

différences de normes comptables. Tous les grands centres financiers du G20

s’engagent à avoir adopté le cadre de Bâle II sur les fonds propres d’ici 2011."


Ce paragraphe est extrait de la déclaration des Chefs d'Etat, et publiée en français sur Le Figaro.fr. Une initiative à saluer, tant il est souvent difficile d'avoir ce genre de document dans notre langue.


Comme on le constate, tout cela est très technique, et guère révolutionnaire. Cet aspect réglementaire est d'ailleurs encore en discussion. Il s'agit d'un engagement pour 2011, les règles peuvent encore changer.Il n'y a pas de grandes réformes financières en préparation. Et on ne parle plus des agences de notation, ou si peu. On n'a pas vraiment l'impression que le G20 tire vraiment des leçons de la crise.


Il n'y a rien de nouveau depuis le G20 de Londres non plus (Cf Le G20 et la politique économique face à la crise  )


(Sur le G20, voir aussi G20 finances du 05/09/2009 , et concernant les projets de nouvelles régulations, et ce qui pourrait être fait, voir les articles: Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer.  , Les propositions de la Commission pour la surveillance financière.   )


(Le livre du blog est paru: La crise avec des mots simples   )

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