Analyse Libérale

la crise, en direct live!

14 Août 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

    Un petit article en cette torpeur aoûtienne, pour commenter l'actualité. Un article un peu décousu, plutôt une réaction à chaud. En ce moment, je travaille au ralenti!

 

    La nouvelle, c'est l'augmentation de la croissance: + 0,3% en France au deuxième trimestre. L'Allemagne est bien orientée également. Est-ce la fin tant attendu de la crise, le redécollage frénétiquement espéré? Nous surveillons et montons en épingle le moindre petit événement, passant du pessimisme noire à l'explosion de joie, au gré des statistiques diffusées dans le monde. Hier, c'était le chiffre d'affaires de Warl Mart, aujourd'hui la croissance française, demain le moral des américain. C'est la crise en direct live, 24h sur 24, sur toutes les chaînes d'infos du monde.

 

    Qu'en est-il de la situation? On ne peut pas dire grand chose. La situation semble se rétablir doucement. Les banques vont mieux. Mais les marchés financiers ne fonctionnent pas encore normalement, et les banques centrales doivent soutenir le refinancement bancaire. La production semble se stabiliser, après le brutal destockage dû à la crise financière. Mais l'appréciation de la situation est faussée par les primes pour l'achat d'automobiles, dans différents pays européens, en France et en Allemagne notamment.

 

    Ce que j'ai écrit précédemment est toujours valable: la crise a mis du temps à s'installer, elle mettra du temps à se résorber. d'autre part, le monde a connu quelques années de "mauvaise" croissance, soutenue artificiellement par un excès d'endettement. L'économie va donc reculer, logiquement, se stabiliser à un niveau inférieur à celui d'avant la crise. Puis, il faudra encore du temps pour qu'elle se "reconfigure", pour croître plus "normalement". (cf  La crise est-elle finie?   )

 

    Guetter les moindre petits signes de reprise ne sert donc pas à grand chose. Une tendance se dessine sur plusieurs mois, et on est déjà en plein dedans quand on s'en aperçoit. Du reste, statistiquement, il n'y a pas de différence entre un PIB qui diminue de 0,3% ou qui augmente de 0,3%. C'est une stabilisation, pas une reprise.

 

    De même, il n'y a pas de politique qui permettrait une relance immédiate de l'économie. Ces dernières années ont d'ailleurs vues l'échec des politiques de relance. Dans les années 1970, nous avons vu l'échec des politiques, de relance par la dépense budgétaire. Ces dépenses budgétaires provoquent une croissance, qui retombe quand les dépenses cessent. Ou elles provoquent la stagflation.

 

    Et nous connaissons aujourd'hui l'échec de la relance monétaire. En effet, les USA ont soutenu la croissance par une politique monétaire très accommodante, en favorisant l'endettement. Ce qui a provoqué la crise financière, et la crise économique. On ne peut pas commander l'économie aussi simplement, en augmentant les dépenses budgétaires, ni en baissant les taux d'intérêt.

 

    Mais en a-t-on tiré les leçons. On en doute parfois quand on voit les politiques et les médias guetter une relance du crédit. On sort d'une crise causée par l'excès de crédit, et on voudrait en sortir par autant de crédits! Il est tout à fait normal que le crédit augmente moins, avec une demande immobilière en diminution, un environnement économique plus risqué. On ne peut pas critiquer l'excès de prise de risque des banques, et leur demander de prendre encore plus de risque. Le crédit ne se porte pas si mal. Et, il faut reconnaître que le médiateur du crédit est une bonne idée. Il faut que cette "institution" continue sa mission. De même l'intervention de la banque nationale Oseo. Mais ne prenons pas trop de risques non plus.

 

    Comment relancer l'économie, alors? Malheureusement, il ne faut pas compter sur un remède instantané. Une économie forte, ça se construit. il faudrait d'abord anticiper les difficultés des entreprises. On voit aujourd'hui des conflits déraper chez les sous-traitants de l'automobile, avec menaces d'explosion d'usines. les pouvoirs publics, les médias, les syndicats, tous accusent les multinationales-mondialisées-qui-exploitent-les-travailleurs-dans-le-monde.

 

    Pourtant, les premiers responsables sont les pouvoirs publics. Cela fait des années que l'on connaît les problèmes de ce secteur. Mais on n'anticipe pas. Ce qu'il faut, c'est prévoir la restructuration, avant qu'elle se produise. C'est-à-dire préparer la création de nouvelles activités avant d'attendre la faillite des anciennes. De la manière que j'explique dans l'article La relance, l'innovation, capital risque et capital développement  . Le problème, c'est qu'on ne l'a pas fait. Quoi qu'on fasse, on aura du chômage, des populations en difficultés, car il faut du temps pour construire de nouvelles activités.

 

    La priorité doit bien sûr aller au social. Il n'y a pas d'autre choix que d'aider les populations à qui on ne pourra pas offrir un emploi dans un premier temps. Mais, surtout, pour éviter de telles crises, il faut bâtir l'économie sur des bases solides. Ne pas réagir à la moindre petite statistique, ne pas espérer un remède miracle. Nous payons aujourd'hui le prix d'avoir fait le contraire.

 

    Quelles doivent-être ces bases solides? J'ai développé une argumentation sur la politique de croissance, durable pour galvauder les termes à la mode, dans l'article déjà cité: La relance, l'innovation, capital risque et capital développement . Je le ferai dans d'autres articles. On ne peut pas proposer une politique en un seul article. Il faudrait un livre au moins. La clef, répétons le, c'est de prendre du recul. de ne pas se focaliser sur la variation d'un trimestre sur l'autre. et de bâtir sur du solide.

 

    Evidemment, c'est un message très difficile à faire passer, en temps de crise. Quand les gens perdent leur emploi, leur revenu, perdent ce en quoi ils croyaient, c'est à dire travailler à leur poste jusqu'à la retraite. On comprend qu'ils veuillent croire aux miracles. Que cela leur semble dû, une politique qui leur laisse leur emploi, celui qu'ils occupent. Mais ce n'est pas possible. On peut les accompagner socialement, et il le faut, humainement. Mais promettre les miracles est inhumain.

 

    Il est aussi difficile de se détacher de la pression médiatique. moi-même, j'avais la tentation de commenter chaque nouvelle statistique. Mais pour quoi faire? il faut un peu de temps pour savopir si la situation se stabilise. tout ce qu'on peut dire, c'est que les banques françaises ne vont pas si mal, apparemment, et c'est déjà bien. la situation de la production manufacturière est difficile à interpréter, à cause des primes à la casse. Mais on peut espérer la fin du destockage.

 

    Maintenant, il faut préparer la reprise en lui donnant des bases solides, et non du vent comme une relance budgétaire ou monétaire. Ce serait bien que les médias se focalisent sur ce genre de débat, plutôt que de faire des titres énormes sur des statistiques ponctuelles, divergentes, si bien qu'à la fin le public est perdu.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article