Analyse Libérale

A propos de l'écologie et du social...

13 Juillet 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Feuilletant un classique de la littérature économique, je ne peux m'empêcher de citer ces lignes que je vient de lire, tellement d'actualité:


«L'efficacité de l'ordre de marché et de l'institution de la propriété pluraliste repose sur le fait que dans la plupart des cas les producteurs de biens et services particuliers sont à même de déterminer qui en profitera et qui doit en payer le coût. Dans la mesure où il s'agit d'éléments matériels en possession de particuliers, les conditions sont réunies pour qu'il soit possible de faire que les services dus à l'activité d'un individu soient réservés à qui consent les payer, et refusés à qui ne le veut pas (la réciproque étant que tout dommage causé soit indemnisé): la possession d'un bien meuble confère généralement le contrôle de la plupart des effets avantageux ou nuisibles de son emplois.


Mais lorsque nous envisageons la terre, et non plus des biens meubles, ce que nous venons de dire n'est vrai qu'en partie. Il est souvent impossible de limiter les effets de ce qu'un tel fait de sa terre, aux bornes du champ en question; ainsi apparaissent ces "effets de voisinage" qui n'entrent pas en ligne de compte tant que le possesseur ne doit se soucier que des résultats de son action sur son propre bien. Ainsi se posent aussi les problèmes relatifs à la pollution de l'air, de l'eau, etc. A ces égards, les calculs que font les individus en ne tenant compte que des conséquences de leurs procédés sur le domaine que la loi leur reconnait n'assureront pas cet équilibre des coûts et avantages qui est généralement obtenu là où il s'agit de l'empli de biens meubles.» (Page 51-52)


«Du fait de la dissolution des liens de la communauté locale et de l'avènement d'une Société ouverte extrêmement mobile, un nombre croissant de personnes ne sont plus insérées dans des groupes particuliers sur l'aide et l'appui desquels elles puissent compter en cas d'infortune. Le problème ici est en majeure partie celui du sort des individus qui, pour diverses raisons, ne peuvent gagner leur vie sur le marché: malades, vieillards, handicapés physiques ou mentaux, veuves, orphelins ̶ toutes gens qui sont victimes de coups du sort dont personne n'est à l'abri, et dont souvent les isolés n'ont pas les moyens de se défendre; alors qu'une société qui est parvenue à un certain degré d'aisance peut en fournir dans toutes ces circonstances-là.


L'assurance d'un certain minimum de ressources pour chaque individu, ou une sorte de niveau de base au-dessous duquel personne ne risque de tomber même s'il est incapable de pourvoir à sa subsistance, voilà qui peut être considéré non seulement comme une protection tout à fait légitime contre un risque commun à tous, mais encore comme un élément nécessaire de la Société élargie où l'individu n'a plus désormais de créance morale sur les membres du petit groupe particulier dans lequel il est né.» (Page 64-65)


     D'où viennent ces propos, qui justifient si bien l'intervention de l'Etat au nom de l'écologie et du social? Du troisième tome de Droit, Législation et Liberté, ouvrage phare de Friedrich August Hayek... auteur considéré comme une figure de l'ultralibéralisme!


     Ce qui montre à quel point le libéralisme est mal connu, également par ceux-là même qui s'en réclament dans les médias, ou même se réfèrent à Hayek! Et à quel point le débat économique est appauvri, entre la lutte "contre l'ultralibéralisme sauvage", le terme ultralibéral n'existant même pas en économie, et ceux qui se contentent de dire qu'il faut moins de contraintes pour les entreprises. Il est vrai aussi qu'Hayek fait partie de ceux qui refusent de réduire l'économie à des mathématiques, en évitant d'affronter ainsi les problématiques humaines.


     On ne peut réduire Hayek à ces courts extraits. je ne suis pas forcément d'accord avec tout ce qu'il écrit. Et je ne connais pas toute sa pensée. Je voulais juste montrer que les raisonnements économiques, et libéraux, peuvent être beaucoup plus complexes et profonds que ce qu'on entend le plus souvent. Et qu'opposer écologie et libéralisme, ainsi que social et libéralisme, n'est pas fondé.


(les indications de pagination sont celles de l'édition des PUF, collection Quadrige, Première édition octobre 1995)

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