Analyse Libérale

Le projet américain de réforme de la régulation financière

17 Juin 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Le président américain vient de proposer au Congrès une réforme de la régulation financière. Vous trouverez les principaux points de ce projet sur le site des Echos. Ce projet est articulé essentiellement sur deux points. Un renforcement et une rationalisation de la supervision du système financier. Un renforcement des exigences de fonds propres et de certaines règles prudentielles. Ainsi que quelques autres mesures inclassables.


     Parmi le renforcement et la rationalisation de la supervision financière, on peut citer la création d'un conseil de surveillance des services financiers, qui serait chargé notamment d'identifier les risques nouveaux menaçant le système. De même, le projet prévoit de placer sous la supervision unique de la Fed, la banque centrale américaine, les intitutions financières qui sont trop grosses pour que l'Etat les laisse tomber en cas de problèmes, car elles entraîneraient tout le système.


     Parmi le renforcement des règles prudentielles, on peut citer une action sur les normes comptables de provisionnement des pertes éventuelles. Le durcissement des normes de fonds propres pour les sociétés financières.


     Rationaliser la supervision financière est une bonne idée. Surtout d'essayer de suivre l'évolution de ce système. Par contre, durcir les normes de fonds propres pourrait bien être inutile. Certaines banques ont connu de grosses difficultés malgré des ratios de fonds propres excellent. parce que la crise était une crise de liquidité. Dans le cas d'une crise comme celle que nous venons de connaître, il faudrait des ratios de fonds propres énorme pour éviter les crises de liquidités. Assurément, ce ne sont pas de tels ratios qui vont être instaurés.


     Le projet propose aussi un renforcement des normes s'appliquant aux agences de notation.  Mais c'est bien léger. Et c'est là le défaut du projet. Il ne s'attaque pas au point essentiel: l'évaluation des risques. La transparence. La crise provient en partie d'une mauvaise évaluation des risques.


     Ce qu'il faut réformer, c'est toute l'information financière: les méthodes et l'organisation des agences de notation, une meilleure évaluation des risques des produits mis sur le marché, une meilleure information des banques sur leurs activités, sur leurs obligations en cas de crise, sur leurs différents engagements. Comme je l'explique dans les deux articles suivants, Les agences de notation et la crise financière , Les normes comptables et la crise financière: l'effet pro-cyclique , la crise s'est produite à cause d'un grave défaut de transparence, c'est à dire dans l'information délivrée aux marchés. Le projet d'Obama cherche à limiter certains risques, et à être mieux armé en cas de nouveaux risques systémiques, mais il ne s'attaque pas au cœur du problème.


     D'autre part, comme je l'explique dans La responsabilité de la régulation dans la crise financière , l'action des régulateurs a aussi une part de responsabilité dans la crise. La Fed, et les différents gouvernements américains, ont encouragé l'endettement car cette politique procurait de la croissance. par conséquent, une redéfinition des missions de la Fed peut s'imposer.


     Comme par exemple d'éviter un endettement excessif, ou d'éviter une croissance nourrie uniquement par le crédit. C'est politiquement sensible car cela revient à abandonner l'objectif de piloter l'économie uniquement par les taux d'intérêt, en baissant systématiquement les taux quand l'économie ralentit, et en les relevant le plus tard possible quand l'économie repart. On devrait tenir plus compte des risques d'une telle politique.


     Un pas dans cette direction est peut-être fait par la création d'une agence de protection financière du consommateur. Elle surveillera par exemple l'offre de crédit, et peut éviter des crédits trop aguicheurs à des personnes peu solvables. Ce qui peut éviter la spirale du crédit qui a provoqué la crise. Mais il faut aller plus loin.


     Une meilleure appréciation des risques du crédit, dès l'origine, est une voie qui devrait être approfondie. En effet, c'est parce qu'on a assoupli les normes de crédit que le subprime s'est développé. On peut accorder du crédit à des gens insolvables. Pourquoi pas. Mais, dans ce cas, il faut que ceux qui le font soient bien identifier. Ainsi, Ils auront plus de difficultés à trouver des investisseurs pour les soutenir. On rejoint la thématique de l'information.


     Une réflexion sur les erreurs de la fed, et des différents gouvernements américains, est également nécessaire. En effet, le projet donne beaucoup de responsabilité à la Fed. Encore faut-il quelle prenne les bonnes décisions. ce qu'elle n'a pas toujours fait dans le passé, en baissant trop facilement et trop vite les taux d'intérêt.


     C'était donc une petite réaction à chaud sur le projet de l'administration américaine. Un commentaire un peu désordonné, je m'en excuse: j'ai voulu réagir à chaud. Je vous invite à consulter les principaux points du plan, sur le site des Echos, pour vous faire une opinion.

(Un autre commentaire du projet américain, ainsi que du prjet européen, ici.)


 

 

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