Analyse Libérale

Les stress tests des banques américaines

9 Mai 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Les médias annoncent que les banques américaines ont besoin de 75 milliards de dollars au total, après la série d'évaluations menée par la Réserve Fédérale, la banque centrale américaine. Evaluations appelées "'stress tests". Cela signifie-t-il que les banques américaines sont en mauvaise santé, et que le gouvernement américain va devoir injecter 75 milliards de dollars?


      Evaluer les besoins futurs des banques

     D'abord, les stress tests ont pour but d'évaluer les besoins futurs des banques américaines. L'objectif de la Réserve Fédérale est d'assurer la sortie de crise. Elle veut que les banques puissent remplir totalement leur rôle de financement de l'économie. Ce rôle de financement consiste à distribuer des crédits bancaires. La réserve fédérale veut que les banques puissent distribuer suffisamment de crédits. Elle ne veut pas que l'économie soit ralentie par un manque de crédit.


       En effet, les banques doivent respecter des ratios prudentiels de fonds propres. Par exemple, le ratio tiers 1 (tiers one) (cf: Le Plan de recapitalisation des banques par l'Etat (Ratio Tier 1)  ). De plus, les marchés financiers sont devenus exigeants, par excès de prudence, et demande un ratio tiers one plus élevé qu'avant la crise pour faire confiance aux banques. Par exemple, il demande que le montant des fonds soit au moins égal à 8 à 10% du montant total des crédits distribués.


     Si les marchés financiers ne font pas confiance aux banques, celles-ci auront des difficultés à se refinancer, ce qui limitera leurs capacités à accorder des crédits. (Pour l'explication du fonctionnement du crédit, cf Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire)  ).


     Anticiper l'évolution des besoins de l'économie

     D'autre part, la Réserve Fédérale anticipe un ralentissement de la désintermédiation. La désintermédiation signifie que les entreprises qui veulent emprunter s'adressent aux marchés financiers, plutôt que de passer par l'intermédiaire d'un crédit bancaire. Devant les difficultés d'accès aux marchés financiers par les entreprises, la Réserve Fédérale veut que les banques aient suffisamment de capital pour faire face à cette augmentation de la demande de crédit.


     Enfin, la réserve fédérale anticipe aussi un ralentissement de la titrisation. Comme cela a été expliqué dans plusieurs articles sur ce blog, notamment Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés , aujourd'hui, quand une banque accorde un crédit, elle le transforme en titres financiers et le revend sur le marché financier. Ce faisant, elle sort le crédit de ses comptes. Ce n'est plus elle qui en assume le risque. Le crédit n'est donc plus intégré dans le calcul des ratios prudentiels.


     Mais, après la crise financière, il va être plus difficile de revendre des crédits sur les marchés financiers. Les crédits à risques, comme les subprimes, étant à l'origine de la crise. Ces crédits vont donc rester dans les comptes des banques, selon la Réserve Fédérale. Par conséquent, pour pouvoir distribuer suffisamment de crédits en respectant les normes prudentielles, les banques doivent disposer de plus de capiltal. C'est cette situation que la Réserve fédérale anticipe.


     Des doutes sur la santé des banques?

     La Réserve Fédérale a-t-elle néanmoins quand même un doute sur la santé de certaines banques? On ne peut bien sûr l'exclure, et dans le monde de l'hyper communication dans lequel nous vivons, ce doute sera amplifié. On peut cependant considérer que les raisons avancées par la Réserve Fédérale sont globalement les vraies raisons. La Réserve Fédérale anticipe un resserrement des exigences envers les banques à la suite de la crise, et on ne peut que lui donner raison. On peut souligner que toutes les banques n'ont pas besoin d'être recapitalisée d'ailleurs.


     Même si une polémique commence, disant que les besoins des banques sont sous-évalués. La vérité est qu'il s'agit là d'estimations, de prévisions. Par nature, il n'y a donc pas de vérité, et par nature il y a débat et discussion. Personne ne sait prédire l'avenir.


     La Réserve Fédérale essaie de faire en sorte que les banques américaines puissent financer l'économie par le crédit. Elle a réalisé des estimations des besoins des banques, en collaboration avec celles-ci. Ces besoins peuvent être sous-évalués, ou sur-évalués. Ils montrent la détermination de la Réserve Fédérale à assurer les besoins de financement de l'économie. Si les évaluations des stress tests s'avèrent par la suite insuffisantes, la Réserve fédérale demandera de nouvelles augmentations de capital.


     Une nouvelle recapitalisation publique?

     Cette recapitalisation des banques va-elle venir de l'Etat américain? Pour le moment, il semble que non. Les banques concernées se préparent à vendre des filiales pour affecter des capitaux à leurs fonds propres, et à lever des fonds sur les marchés boursiers. Ce qu'ont déjà fait d'autres banques, notamment la banque britannique HSBC.


     De plus, les exigences de la Réserve Fédérale ne sont pas immédiates. La banque centrale américaine laisse du temps aux banques pour se mettre à niveau. Certaines estiment ainsi que les bénéfices attendus au cours de l'année couvriront une partie des besoins de recapitalisation.


     Enfin, on peut compter sur les banques américaines pour éviter au maximum toute prise de participation de l'Etat. Celles qui ont reçu des aides cherchent le moyen de les rembourser au plus vite.

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