Analyse Libérale

L'inflation: le retour?

23 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Le quotidien Les Echos publie ce jeudi 23 avril un débat entre quatre économistes sur l'inflation, et son possible retour. Ce débat appelle quelques commentaires de ma part.


     Dans ce débat apparaît une interrogation sur le "job" des banques centrales: doivent-elles seulement surveiller les prix à la consommations, ou aussi celui des actifs, financiers ou immobiliers? Avec son corollaire: comment décider s'il y a ou non inflation des actifs, leurs prix étant beaucoup plus fluctuants?


     J'ai déjà exprimé mon opinion sur cette question dans l'article Inflation, déflation: explications et risques. . L'inflation, c'est une hausse des prix engendrée par une augmentation de la masse monétaire. Il y avait une inflation dans l'immobilier, donc des actifs immobiliers, avant le déclenchement de la crise financière, car l'augmentation de leurs prix venait entièrement de l'augmentation des crédits immobiliers. Or, l'augmentation du crédit, c'est une augmentation de la masse monétaire.


     Le problème de la plupart des économistes, c'est qu'ils recherchent un ou plusieurs indicateurs chiffrés qui indiquent clairement si on est en période d'inflation. Or, il n'en n'existe pas. Sauf si les prix à la consommation augmentent très fortement, même la mesure de l'inflation par l'indice des prix à la consommation prête à interprétation.


     Il faut toujours avoir une réflexion pour estimer s'il y a ou non inflation, en particulier pour le prix des actifs. Ce qui va à l'encontre du désir de mathématisation de l'économie.


     On s'interroge aujourd'hui sur le risque inflationniste que représente les injections de liquidités dans le système financier par les banques centrales. En effet, l'injection de liquidités, c'est de la création monétaire. Ne va-t-on pas vers une sortie de crise inflationniste?


     Là encore, il faut faire une analyse qualitative, si j'ose dire, et pas seulement quantitative. Si ces liquidités servent au fonctionnement normal de l'économie, pas de problème. Par contre, s'il s'agit de relancer l'économie par la création monétaire, là il y a un risque inflationniste.


     Pour le moment, l'objectif des banques centrales est de suppléer au blocage des marchés financiers, qui ne permettent plus le fonctionnement normal du crédit. eE aussi d'éviter un risque systémique, en soutenant le système financier, dans le cas de la banque centrale américaine.


     Rien n'indique un désir de relance par la création monétaire. Cependant, je n'ai pas les données pour affirmer qu'il n'y a pas une création monétaire trop importante. Mais, c'est ce que ceux qui ont les données doivent regarder. L'atonie du crédit semble indiquer qu'il n'y a pas, pour le moment, de risque inflationniste.


     De plus, il ne faut pas oublier d'intégrer dans le raisonnement les actifs dits toxiques. Ces actifs représentent des crédits. Leur valeur diminue car les crédits qu'ils représentent ont une forte probabilité de ne pas être remboursés. Or, le crédit, c'est de la création monétaire. Si un crédit n'est jamais remboursé, et que la banque est obligée de le passer en pertes, cela diminue la masse monétaire. On parle souvent de plusieurs milliers de milliards de pertes sur les actifs toxiques. Une réflexion sur l'inflation doit intégrer cet aspect.


     Un autre aspect doit être évoqué, et il l'est dans le débat des Echos, c'est la capacité des banques centrales à retirer les liquidités injectés du circuit financier. Quand les marchés financiers recommenceront à fonctionner normalement, ces banques centrales, déjà, prêteront moins aux banques. Les banques remboursent les crédits octroyés par les banques centrales. Le seul fait de prêter moins que ce qu'on leur rembourse peut ajuster le montant des liquidités au niveau nécessaire à l'économie, et éviter une inflation.


     En conclusion, le risque inflationniste existe, mais on a quand même des moyens de l'éviter. Beaucoup de facteurs sont en jeu: protectionnisme, entraves au commerce en général, réglementation inflationniste, qui réduirait la concurrence dans certains secteurs. Il ne faut pas oublier que la maîtrise de l'inflation vient de l'augmentation de la concurrence. Là encore, nous avons les moyens d'éviter l'inflation. Mais il faut l'appréhender correctement, comme je l'indique au début de cet article.


 

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