Analyse Libérale

La surtaxation des hauts salaires

16 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Dans un billet publié par le Figaro, Edouard Balladur propose de réfléchir à une surtaxation des hauts salaires des dirigeants d'entreprise. Voilà une proposition bien injuste, du point de vue de la justice sociale et de la solidarité, que tout le monde prétend défendre.


     Pourquoi est-ce injuste de surtaxer les hauts salaires? Tout simplement parce que les hauts salaires ne sont pas les plus hauts revenus.


     Les plus hauts revenus sont les revenus financiers: dividendes, plus values, etc. Comme je le montre dans l'article Faut-il augmenter les impôts des riches? , ces revenus peuvent, facilement être moins taxés que les salaires. Ils peuvent, par exemple, n'être taxés fiscalement qu'à 16%. Sans compter les multiples crédits d'impôt et autres abattements.


     Pour augmenter le taux d'imposition de ces revenus financiers, on y inclut les prélèvements sociaux, et on indique un taux à 27%. Mais on oublie de parler des prélèvements sociaux sur les salaires. Il suffit de regarder ce que doit débourser l'entreprise et ce que touche le salarié pour se faire une idée.


     Par conséquent, proposer un débat sur la surtaxation des hauts salaires, et le présenter comme une mesure d'équité, pour calmer la population choquée par les hauts salaires, est plutôt curieux.


     De même, Edouard Balladur propose de suspendre l'attribution de stock option.s Voilà encore une idée bien populiste, mais  pénalisante pour notre économie.


     J'explique le fonctionnement des stock options dans l'article Stock-options: qu'est-ce que c'est, comment ça marche? . Pour résumer, les stock options permettent, au salarié qui en reçoit, d'acheter des actions de son entreprise à un prix convenu à l'avance. Par exemple, un salarié reçoit aujourd'hui des stock options, qui lui permettent d'acheter dans trois ans des actions de son entreprise au prix de 20 euros. Il "lèvera" les options au terme des trois ans, si le cours de la bourse est plus élevé, 30 euros par exemple, à ce moment là.


     Comme le rappelle un lecteur de ce blog, les stock options ont été conçues pour permettre aux jeunes entreprises en croissance d'attirer du personnel compétent et expérimenté. Ces jeunes entreprises n'ont en effet pas les moyens d'offrir les salaires des grosses entreprises.


     En suspendant les stock options, on défavorise les entreprises en croissance, indispensables pour la création d'emploi.


     Il faudrait plutôt débattre des défauts du système:


1- se demander à quel prix les stock options peuvent être accordées. En effet, certaines stocks options offrent une plus value garantie. Par exemple, elles permettent à un salarié d'acheter, dans trois ans, des actions de l'entreprise au prix de 20 euros, alors que ces actions valent déjà 40 euros, au moment de l'attribution des options.


2- débattre des prélèvements auxquels doivent être soumis les plus values issues de l'exercice des options. Faut-il ou non les aligner sur les prélèvements salariaux?


     Edouard Balladur essaie de montrer qu'il pense à la majorité de la population, scandalisée par certaines rémunérations. Mais ce qu'il propose n'est  pas vraiment judicieux.

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Flamant+rose 19/04/2009 15:49

Je crains, que face à la crise et sous la pression des manifestations et des "prises d'otages", les politiques au pouvoir ou pas soient entraînés vers un populisme démesuré.

17/04/2009 17:34

C'est l'ensemble des "PO" (Prélèvements obligatoires qu'il faut repenser). Je suis devenu millionaire en dollar parce que je ne paye plus rien (mon métier, c'est justement de réduire massivement les "PO" des gens qui bossent et charité bien ordonnée commence par soi-même... Mais si vous voulez en savoir plus, faut venir en 3° cycle de fiscalité appliquée où j'ai eu l'honneur de donner des cours d'optimisation). Pour autant, mes revenus imposables reste minimum voir nul (quand ma femme ne me plante pas avec ses Sicav... Là je suis tranquille un moment avec sa bourse qui a dévissée) qui me permettent d'être potentiellement sous le niveaux de pauvreté absolue (le dernier centile) en me gardant bien de demander l'aumône publique, bien sûr, à laquelle je pourrais prétendre (salaud, mais pas totalement non plus)... Si ces questions fiscales vous amusent, j'ai une rubrique intéressante : http://infreequentable.over-blog.com/categorie-1231919.html

Groucho Marx 17/04/2009 11:44

Vladimir,

Très bon billet qui met en exergue l'arbitraire de nos politiques. J'ajouterais que si les hauts revenus venaient à être sujet à une taxe supplémentaire, il me semblerait normal que nos "chers" députés soient également du lot.

Maintenant, réfléchir à normaliser l'utilisation des SO dans les grandes entreprises qui détournent ainsi les règles sur les rémunérations, serait à mon sens une bonne idée.

Une dernière remarque sur les hauts revenus, l'ISF et le bouclier fiscal qui font débat ces derniers temps: les plus fortunés sont ceux qui savent facilement et aisément utiliser les niches fiscales pour réduire leur impôt aux alentour de 18-20%. Les seuls bénéficiaires du bouclier fiscal sont les "moins riches" des classes supérieures.