Analyse Libérale

Les normes comptables et la crise financière: l'effet pro-cyclique

14 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

    Les normes comptables ont été accusées d'aggraver la situation des banques, et donc la crise financière. Cet article explique par quel mécanisme, ce qu'on appelle l'effet pro-cyclique.


    C'est aussi le deuxième article d'une série qui montre comment la théorie de l'économie de marché explique la crise. Et quelles sont les pistes de réflexion que la théorie peut permettre de trouver, pour éviter une nouvelle crise du même genre (Cf l'article introductif: Le G20 et la politique économique face à la crise ).


    Comme pour le précédent article, Les agences de notation et la crise financière , le problème est l'information. J'ai indiqué dans ce précédent article que l'information est importante pour le bon fonctionnement de l'économie de marché. Or, qu'est-ce que la comptabilité? Ce sont des informations sur la santé d'une entreprise.


    La comptabilité doit permettre à un investisseur, un client, un salarié, si une entreprise est en bonne santé. Si une entreprise va avoir besoin de nouveaux capitaux. Si l'entreprise fait des pertes. Si elle a les moyens de se développer. Si elle est rentable. Si elle est en croissance ou en régression.


    On peut croire qu'il est simple de savoir si une entreprise gagne de l'argent ou en perd. La réalité est plus complexe.


     Prenons, par exemple, la cas d'une banque. Cette banque achète des actions en bourse. elle achète différente sorte de titres financiers. Ces titres financiers, il faut les comptabiliser dans les comptes de la banques. Ils sont comptabilisés au prix d'achat. La banque possède par exemple 10 milliards d'euros de titres financiers. C'est la valeurs qui est inscrites dans les livres de comptes de la banque, dans ce qu'on appelle son bilan.


     Si la valeur en bourse de ces titres financiers baisse, que faut-il faire? On peut se dire qu'il n'y a rien à faire. La banque ne vend pas ses titres. Quand elle les vendra, la valeur en bourse peut être remontée.


     On peut dire qu'il faut prévoir une perte quand la banque vendra ses titres. Et qu'il faut s'y préparer. Par exemple, la valeur des titres financiers est tombée de 10 milliards à 5 milliards. Mais on estime que quand la banque les vendra, la valeur sera remontée à 8 milliards. dons, que la banque doit prévoir une perte de 2 milliards. On pêut donc dire que la banque doit mettre en réserve 2 milliards. Ce sont des provisions.


     Le mécanisme des provisions est le suivant; Quand la banque enregistre des provisions, de 2 milliards par exemple, c'est comme si elle enregistrait une perte de deux milliards. Elle diminue son bénéfice de ce montant. Cela permet à une banque qui fait des bénéfices de mettre de l'argent en réserve. Le bénéfice est moins élevé à cause de la provision.


     Par contre, quand la banque vendra ses titres financiers, elles fera une perte de 2 milliards, puisque ces titres seront vendus 8 milliards au lieu de 10 milliards. Mais la banque fera ce qu'on appelle une reprise sur provision. C'est à dire qu'elle ira chercher les 2 milliards qu'elle a mis en réserve, et qu'elle s'en servira pour effacer la perte du même montant . D'un côté, son bénéfice baisse de deux milliards, à cause de la moins-value. De l'autre, il augmente de deux milliards, grâce à la reprise sur provision. Le bénéfice ne bouge donc pas.


      On peut aussi estimer que la banque doit suivre le cours de la bourse. Donc, si les titres passent de 10 milliards à 5 milliards, la banque doit les déprécier de 5 milliards. C'est comme si elle les avait vendus 5 milliards. Elle doit enregistrer une moins value de 5 milliards.


     On remarque donc que nous avons trois possibilités différentes en matière de comptabilité. Trois méthodes, qui ont des impacts très différents sur les comptes de l'entreprise.


      Soit, on ne fait rien quand le prix des titres financiers baisse. Il n'y a aucune perte pour la banque.


     Soit, on comptabilise une provision. La perte dépend d'une appréciation sur l'avenir.


     Soit, on suit le marché. La perte peut être très importante. Même si les titres n'ont pas été vendus. Et même si la banque n'a pas du tout l'intention de les vendre à court terme.


      Cette perte entraîne des conséquences. La banque a un déficit. Elle peut avoir besoin de se recapitaliser. le marché s'inquiète sur sa santé. elle peut avoir des difficultés à emprunter de l'argent pour son fonctionnement normal, car le marché financier s'inquiète de sa santé (rappelons que les banques sont régulièrement obligées d'emprunter, dans le cadre normal de leur activité; cf Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) ). La banque peut même faire faillite, ou avoir besoin du soutien de l'Etat.


     C'est ce qu'on appelle l'effet pro-cyclique. Une baisse du marché financier entraîne, du fait des normes comptables, des difficultés pour les banques. Les normes comptables accentuent les problèmes des banques, qui sont déjà en difficultés du fait de la chute des marchés financiers.


     C'est en effet la troisième méthode de comptabilisation qui a été retenue comme standard international en comptabilité. La valeur de marché, la fair value.


      Le G20 a proposé des assouplissements à cette méthode, des aménagements, en particulier pour la comptabilisation des titres "illiquides". Ces derniers sont des titres temporairement invendables, car personne n'en veut. Il n'y a donc pas de valeur de marché. Ce sont les titres subprime notamment. Comment les comptabiliser s'il n'y a pas de valeur de marché? Mais il n'est pas envisagé d'abandonner la valeur de marché. Le marché est considéré comme le meilleur juge pour la comptabilisation des valeurs financières.


      On remarque que c'est un choix. Il n'y a pas de vérité absolue. Je reviens à ce que j'écrivais dans l'article sur les agences de notation: le marché a besoin d'une information suffisamment juste et fiable. C'est ce que dit la théorie. dans le cas des banques, il doit pouvoir se faire une opinion sur leur santé. Pour cela, l'information chiffrée n'est pas forcément la bonne.


      Encore une fois, il y a une volonté de tout synthétiser en quelques chiffres. Mais les chiffres ne mesurent que ce qu'on leur demande de mesurer. Dans le cas de la comptabilisation des valeurs financières possédées par une banque, l'important n'est pas forcément la méthode retenue. C'est l'explication.


      Par exemple, une banque possède des titres illiquides. Elle peut être en difficulté si elle a un fort besoin de liquidités. C'est à dire, si elle a besoin de trouver de l'argent immédiatement, dans le cadre de son activité, pour honorer certains engagements (rembourser un emprunt par exemple). Si elle ne rembourse pas cet emprunt, elle fait faillite. Dans ce cas, le fait que les titres soient invendables est un grave problème, car la banque ne peut pas en tirer les liquidités dont elle a besoin.


     Par contre, si une banque n'a pas d'échéance à honorer, ne pas pouvoir vendre les titres illiquides n'est pas un problème.


     L'information importante, c'est donc dans quelle mesure la perte de valeur des titres financiers est préjudiciable pour la banque.


     Ainsi, les normes comptables sont un enjeu cruciale pour l'économie. Elles déterminent l'information qui est délivrée aux marchés. Cette information oriente l'avenir des entreprises.


NB: L'évaluation des actifs a aussi une importance dans une entreprise industrielle. Par exemple, quand un nouveau président arrive à la tête d'une grande entreprise, celle-ci affiche souvent dans la foulées de grosses pertes. Ces pertes n'inquiètent personne, car il s'agit de dépréciations, de la valeur d'une filiale rachetée par l'ancien président par exemple. Mais cela n'a aucune incidence sur le fonctionnement de l'entreprise. En effet, ces pertes ne signifient aucunement une sortie d'argent, et l'entreprise a généralement dans ces cas là suffisamment de liquidités pour fonctionner. De plus, elle peut emprunter sans difficultés, car les marchés savent que les pertes soldent le passé, et n'ont pas d'incidence sur l'avenir.

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Jean-Pierre 08/07/2016 15:38

Merci pour cet article qui resume assez bien un sujet complexe.

fr 03/02/2015 11:49

Cette article est une vaste blague, illuminati !