Analyse Libérale

De la crise financière à la crise économique

12 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     La crise financière a occupé le devant de la scène. Maintenant, c'est la crise économique. La crise économique est-elle la conséquence de la crise financière, ou est-ce l'inverse? Quelles sont les effets de la crise financière sur l'économie réelle? Mais d'où vient la crise économique? Essayons de démonter tous ces mécanismes.


     La crise financière

     Au départ fut donc la crise financière. C'est à ce moment que le mot crise apparut. Les marchés financiers se sont bloqués. Je ne reviendrai pas sur les raisons de ce blocage, que je décris dans plusieurs articles (cf notamment Les agences de notation et la crise financière ), et je n'y reviendrai pas ici. Ce sont les conséquences de ce blocage sur l'économie dite "réelle" qui nous intéressent ici.


     La crise financière a mis les banques en difficultés. Elles ont fait des pertes. Elles n'ont plus trouvé sur les marchés financiers les ressources dont elles ont besoin quotidiennement. En effet, dans leur fonctionnement normal, les banques empruntent ou placent quotidiennement de l'argent sur les marché financiers. Ce mécanisme leur permet de financer l'économie. Le blocage des marchés financiers a donc entraîné des dificultés pour les banques, ce qui a entraîné un problème de financement de l'économie (cf Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) . )


     Comment se traduisent ces difficultés de financement? Les banques accordent moins de crédit. En durcissant les conditions par exemple. Elles sont très prudentes. Pourquoi? Parce qu'elles sont en difficultés, et veulent donc minimiser le risque de faire encore plus de pertes. Donc, elles réduisent les risques.


     Mais aussi parce qu'elles ont moins la possibilité d'accorder des crédits. En effet, pour accorder des crédits, les banques ont besoin du marché financier. Si celui-ci est bloqué, elles ne peuvent plus faire crédit. C'est pour cela que las banques centrales sont intervenues. Elles ont prêté aux banques l'argent que celles-ci trouvent habituellement sur les marchés financiers. (Pour plus de précisions, cf les articles cités plus haut.)


     Le crédit dans l'économie

     Quand on pense crédit, on pense consommation. Mais là n'est pas le problème engendré directement par la crise financière. C'est un des problèmes, effectivement, que tout le monde connaît: moins de crédit, moins de consommation, moins de croissance.


     Mais les banques financent aussi les entreprises. Un manque de crédit peut entraîner de grandes difficultés pour une entreprise.


     Par exemple, il s'écoule du temps entre le moment où une entreprise achètent des produits, paie les salaires, et celui où elle vend les produits qu'elle a fabriqué. C'est le temps de fabrication du produit. Il s'écoule encore du temps entre le moment de la vente et le moment où elle est payé, les paiement se faisant à 30, 60, ou 90 jours, ou plus, entre professionnels. Pendant tout ce temps, pendant lequel aucune somme d'argent n'entre dans les caisses de l'entreprise, mais pendant lequel l'entreprise a beaucoup de choses à payer, intervient le crédit bancaire. Le crédit assure souvent, notamment en France, ce qu'on appelle le crédit de trésorerie de l'entreprise.


     Les effets du manque de crédit

     Si le crédit se raréfie, l'entreprise peut très bien être saine, faire des ventes, mais être incapable de financer sa production. Elle sera en difficulté parce qu'elle manque de trésorerie.


     Devant cette difficulté à avoir des ressources, et afin de ne pas en manquer, les entreprises cherchent par tous moyens à garder leur cash, comme on dit. Elles veulent garder à tout moment de l'argent disponible pour payer les factures sans faire appel au crédit.


     Par conséquent, elles compriment au maximum les coûts. Elles retardent les dépenses d'investissements. Il faut à tout prix avoir toujours de l'argent disponible.


     En comprimant les coûts, en diminuant les investissements, les entreprises ralentissent l'économie. Ce qui met en difficulté d'autres entreprises. L'ensemble des commandes aux entreprises diminue. L'activité ralentit, et régresse.


     On peut ajouter qu'en voyant l'environnement se dégrader, les entreprises, comme les consommateurs, adoptent un comportement attentiste, ne prennent aucun risque. Ce qui accentue le ralentissement de l'économie.


     La croissance par l'endettement

     La crise financière a pour origine la hausse exponentielle puis la chute du marché immobilier américain. Pour des raisons que j'explique dans d'autres articles cité plus haut. Ce serait trop long et fastidieux d'y revenir ici.


     Cette hausse de l'immobilier américain a aussi favorisé l'endettement aux Etats-Unis. Cet endettement était garanti par l'immobilier. D'abord, le prêt immobilier était garanti par la maison acheté. Puis, quand la valeur de la maison augmentait, le propriétaire pouvait demander un autre crédit, garanti par cette augmentation de la valeur de la maison.


     Ce crédit soutenait la conommation, donc la croissance. Comme la croissance augmentait, un climat d'optimisme s'installait. Et le crédit était d'autant plus facile, les banques et autres institutions accordant du crédit sans trop regarder la solvabilité des clients, , notamment pour les cartes de crédit (qui, aux Etats-Unis, servent vraiment à faire crédit). Le risque semblait faible, au vu de la croissance.


    Cet endettement américain a nourri la croissance mondiale. Les américains achetaient chinois. La croissance chinoise augmentait. Ce qui améliorait le niveau de vie d'une partie des chinois. Et augmentait la consommation chinoise. Ce qui augmentait encore plus la croissance chinoise.


    La croissance chinoise nourrissait la croissance d'autres pays, comme l'Allemagne par exemple. En effet, les allemands vendaient des machines pour les usines chinoises. La croissance allemande était favorable à la croissance européenne. Les allemands achetaient notamment des produits semi-finis aux pays d'Europe centrale et orientale. Qui achetaient des produits à d'autres pays européens.


     La croissance américaine et chinoise nourrissait la demande en énergie et en matières premières, dont le pétrole. Ce qui augmentait le revenu des pays producteurs, comme la Russie, l'Australie. Qui à leur tour achetaient des produits à d'autres pays. Là encore, cela favorisait la croissance mondiale.


    D'autres pays ont connu la croissance grâce à l'endettement. Notamment le Royaume Uni et l'Espagne, deux gros clients de la France.


    La croissance augmentait d'autant plus que chacun anticipait l'augmentation. En investissant pour augmenter les capacités de production, dans les matières premières par exemple. Ce qui bien entendu soutenait encore plus la croissance.


    Il y a eu un emballement qui s'est traduit par une augmentation de l'inflation des prix à la production et à la consommation.


     Crise de l'endettement et récession

     Puis, tout s'est arrêté. L'immobilier américain a ralenti, puis chuté. Donc moins de crédit. Donc moins de consommation. Et l'enchaînement inverse s'est produit au niveau mondial: moins de consommation, moins d'investissement, chute des prix des matières premières, ce qui entraîne encore moins d'investissement, ralentissement économique, qui entraîne également une baisse de l'investissement, etc. Le pessimisme ralentissant en plus la prise de risque. La spirale inverse, exactement.


     L'enchaînement vertueux est devenu un enchaînement infernal.


     A ce niveau, les effets de la crise économique et de la crise financière se mêlent. La crise financière contribue à la diminution de l'endettement et à l'attentisme, la crise économique contribuant à la méfiance envers la solidité des établissements financiers.


     Conclusion

     Comme on vient de la voir, la crise financière n'est pas forcément à l'origine de la crise économique. Il y a deux vesteurs de diffusion de la crise. Le vecteur financier, avec l'effendrement des marchés financiers. Le vecteur de l'économie «réelle», avec la baisse de la consommation américaine.


    Les deux vecteurs finissant par avoir les mêmes effets sur l'économie réelle.


     Cependant, la crise financière met en danger la structure de financement de l'économie. C'est pourquoi il est nécessaire de soutenir et de consolider le secteur financier. Ce qui explique les efforts menés dans ce sens, par les banques centrales et les gouvernements. Il n'y aura pas de reprise sans financement de l'économie.

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