Analyse Libérale

Le G20 et la politique économique face à la crise

6 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

Crises de 29, 87, 2008 et G20


     J'ai trouvé dernièrement en librairie un petit livre de John Kenneth Galbraith , qui décrit la crise de 1929. Ce livre a été édité aux Etats-Unis en 1954 d'après le copyright, et il avait été réédité plusieurs fois, notamment en 1988, à la suite du krach boursier de 1987.


     A cette occasion, l'auteur a écrit une préface, qui fait un parallèle entre la crise de 1929 et le krach de 1987. Il n'y a pas de préface spécifique à l'édition actuelle, l'auteur nous ayant quitté en 2006.


     John Kenneth Galbraith souligne le point commun entre les crises de 1929 et 1987: l'endettement. Dans les deux cas, la hausse des marchés boursiers était alimentée par l'endettement. Les années 80 étaient marquées par exemple par le développement des junk bonds (obligations pourries, textuellement). Schématiquement, des fonds émettaient des obligations à risque, mais offrant un rendement élevé, pour financer des rachats d'entreprises. Ces techniques ont provoqué une hausse de la bourse. L'activité était portée par l'endettement, ce qu'on appelle aussi l'effet de levier.


     On peut faire le parallèle avec la crise actuelle. La différence étant que, cette fois, ce ne sont pas les actifs financiers qui sont à l'origine du krach, mais les actifs immobiliers. Cependant, le mécanisme est semblable: l'endettement a financé l'immobilier, qui a provoqué une hausse des prix excessive, et un krach.


     La consommation, les marchés financiers étaient aussi soutenus par l'endettement, et uniquement par l'endettement (c'était là le problème, sinon l'endettement n'est pas néfaste en soi, soulignons le).


     Nous avons donc trois crises majeures qui sont provoquées par un excès d'endettement. En langage économique, on parle d'un excès de création monétaire et d'inflation (cf Inflation déflation, explication et risque). A chaque fois on a cru que les arbres pouvaient monter jusqu'au ciel, c'est à dire que les prix des actifs, financiers ou immobiliers selon les époques, pouvaient augmenter indéfiniment, sans correction.


     La mise en perspective des crises, l'approche historique, cette prise de recul, tout cela est bien loin des considérations sur la crise actuelle qu'on lit généralement. On ne fait pas une analyse économique dont on tire des conclusions générales, qui pourraient guider la politique économique. Le G20, par exemple, est très loin de ce genre d'analyse.


     Le G20 a proposé un catalogue de mesures à mettre en œuvre, par diverses institutions internationales ou par les Etats, pour sortir de la crise financière, et en éviter une semblable à l'avenir.


     Certaines de ces mesures n'ont rien à voir avec la crise, mais répondent aux réclamations de la rue, ou des gouvernants.


     Ainsi, les paradis fiscaux sont mis à l'index. C'est peut-être une bonne chose, mais ils n'ont rien à voir dans cette crise. De même pour les hedge funds, que l'on a décidés d'essayer de mieux contrôler. Comme je l'ai déjà écrit, le problème vient des banques qui financent ces hedge funds, ou jouent avec ou contre eux sur les marchés financiers. Pas des hedge funds eux mêmes. D'autre part, les mesures de contrôle proposées sont plus faibles que celles déjà imposées aux banques, et qui n'ont pas empêchées des dérapages de la part de ces dernières.


     Les mesures envisagées pour éviter une nouvelle crise à l'avenir et mieux la maîtriser si elle se produit sont un catalogue à la Prévert. La philosophie de ces mesures consiste simplement à s'attaquer à la résolution des difficultés rencontrées au cours de cette crise.


     Ainsi, le G20 demande une méthode pour améliorer l'évaluation des actifs illiquides (c'est à dire impossible à vendre à l'heure actuelle, car trop risqués, et qui n'ont donc pas de valeur de marché). Il demande que l'information sur certains actifs des entreprises, dits hors bilan, soit renforcées (je connais mal ces actifs. Ce sont des engagements pris par les entreprises, comme les banques, et qui n'apparaissent pas dans le bilan, un des documents comptables fournis aux actionnaires et aux marchés, qui n'en ont donc pas connaissance). Le G20 souhaite le développement de normes comptables de qualité qui soient adoptées par tous les pays.


     D'autres mesures ont pour but de mieux organiser les marchés des instruments financiers modernes, comme les produits dérivés. Le G20 souhaite aussi améliorer la prise en compte des risques systémiques, et améliorer la supervision au niveau mondial. C'est ainsi qu'un conseil de la stabilité financière est créé.


     Le G20 souhaite aussi une amélioration des règles prudentielles, permettant de faire face aux crises, des mesures pour atténuer l'effet pro-cyclique de certaines normes comptables (C'est à dire que certaines normes sont accusées d'aggraver la situation des banques).


     Il est demandé à diverses institutions de proposer des méthodes pour organiser la faillite d'un établissement financier proprement, sans entraîner dans la faillite tout une série d'autres établissements. Pour éviter les effets d'une faillite comme celle de la banque Lehman Brothers, et faciliter la mise en faillite d'un établissement comme AIG.


     Il est difficile de classer ces mesures, tant elles sont disparates. Il n'y a pas eu une analyse économique, afin de rechercher de grands principes à respecter pour éviter une crise de ce genre à l'avenir. Il n'y a pas de vision globale, de lignes directrices.


     Non pas que toutes ces mesures soient inutiles. Elles s'attaquent aux difficultés rencontrées, point par point. On peut se féliciter de cette réactivité.


     D'autre part, il faut saluer la coopération internationale. Les pays se concertent, et ne cherchent pas trop finalement à résoudre la crise en se repliant sur eux-mêmes. J'ai bien écrit "pas trop", je n'idéalise pas la situation. Ils ont appris du passé. Même s'il faut se souvenir que la solution ne viendra pas uniquement de la coopération, chacun devra faire des efforts.


     Cependant, la méthode employée a ses limites. D'abord, parce qu'on ne peut s'attaquer par définition qu'aux problèmes qui se sont déjà révélés. Il n'y a pas d'anticipation. Il peut y avoir des bombes cachées, c'est à dire des méthodes de gestion dangereuses, qui n'ont pas encore révélé leur nocivité.


     Ensuite, cette méthode ne permet pas de prévenir de nouvelles crises, puisqu'on ne s'attaque qu'à ce qui s'est déjà produit. On ne peut pas prévenir de nouvelles formes de crises, causées par de nouveaux comportements.


     Une analyse économique, qui déboucherait sur des principes, et une vision globale, donnerait aussi plus de poids aux mesures envisagées. Aujourd'hui, déjà, la City, le quartier d'affaires londonien, rechigne à accepter plus de contrôle. L'efficacité des mesures n'est pas soutenues pas une cohérence globale.


     Les gens aussi ont besoin de repères. De savoir où on va. De penser que les gouvernants suivent un plan, ont une politique cohérente.


     On entend beaucoup de choses, depuis le déclenchement de la crise. On s'en prend aux bonus, aux stock options. On critique les Hedge funds, on prédit la fin du capitalisme. On voit apparaître des mouvements sociaux violents.


     Ce serait différent si une véritable politique était proposée. Il y aurait un cadre de négociation, une vision clair de ce qu'il faut faire, des débats utiles.


     Un cadre clair permettrait une autre politique que le court terme, une autre politique que la simple réaction. Et elle permettrait vraiment d'éviter une nouvelle crise à l'avenir. En effet, les mêmes erreurs peuvent se produire, sous des formes différentes. Nous en sommes quand même au moins à la troisième crise causée par un emballement du crédit. Si on ne s'attache qu'à la forme, de nouvelles pratiques, semblables au fond, mais différentes dans la forme, peuvent apparaître sans qu'on les détecte.


     Il manque aujourd'hui une véritable réflexion économique. Ou, peut-être, cette réflexion n'est-elle pas mise à l'honneur, ni dans les médias, ni dans les milieux universitaires, où naissent les théories. Il n'y a pas suffisamment de réflexions utiles. La théorie ne fait pas suffisamment le lien avec la réalité, les besoins de la politique économique.


     L'économie veut devenir une science "dure", comme les sciences physiques. Alors qu'elle est une science morale. L'on parlait autrefois d'économie politique, et non de sciences politiques. Peut-être ferait-on bien d'y revenir.


     A quoi pourrait aboutir une véritable analyse économique de cette crise financière? Quelles lignes directrices pourraient-on en tirer pour l'avenir? Quelles sont les questions que posent la crise du point de vue de la théorie économique? Comment la théorie économique s'applique-t-elle à la crise?


     Faire une véritable analyse économique de la crise, en tirer un cadre global qui permettrait de guider la politique économique, c'est ce que je me propose de faire, dans mes prochains articles. Les deux prochains premier traiteront du rôle de l'information sur un marché, et parleront des agences de notation (Les agences de notation et la crise financière ) et de l'effet "pro-cyclique" des normes comptables. Ensuite, j'aborderai l'inflation, et la politique monétaire.

 

 

     Anamyse que je ferai consistera à appliquer la théorie de l'économie de marché à la crise. D'où le titre de cette rubrique: le capitalisme et la crise. Ce qui permettra aussi de mieux connaître certains aspects théorique de l'économie de marché, alors qu'on entend souvent un peu n'importe quoi à ce sujet, de la part de pourfendeurs du capitalisme, mais aussi de soi-disant défenseurs de l'économie de marché. Ce qui permettra de montrer ce que peut apporter concrètement la théorie.

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