Analyse Libérale

Le plan de relance américain

1 Mars 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

 

     Voici à peu près à quoi ressemble le plan de relance voté par le Congrès américain, qui résulte donc d'un compromis entre les volontés du président Barack Obama, celles du Sénat, où la majorité démocrate est faible, et celles de la Chambre des représentant, à forte majorité démocrate, tout en sachant que les élus, aux Etats-Unis, sont très indépendants dans leurs votes. Toute loi résulte d'un compromis.


     Les chiffres fournis sont approximatifs. Tout dépend de la manière sont présentés les projets. Les articles que l'on trouve sur le net se focalisant sur un thème uniquement, ou étant trop globaux pour avoir une idée précise. Mais j'ai presque retrouvé les 787 milliards de dollars annoncés pour cette loi de stimulation, comme elle est appelée aux Etats-Unis.


Ce plan comprend donc:


- 286 milliards d'allègements fiscaux. Dont 115 milliards d'allègements immédiats envers les salariés. 95% des ménages devraient en profiter selon les promoteurs de la loi. Il y a aussi des allègements fiscaux en faveur des entreprises, et des crédits d'impôts, notamment en faveur des énergies renouvelables.


- 141 milliards dans le domaine de la santé. Essentiellement en faveur du programme Medicaid, qui est un programme de financement de soins. Sur ces 141 milliards, 19 seront consacrés à l'aide au développement d'emplois de nouvelles technologies dans la santé. Je ne sais pas ce que cela recouvre.


- 115 milliards dans le domaine de l'éducation au sens large. Ce montant comprend des aides pour les Etats (n'oublions pas que les Etats-Unis sont une fédérations d'Etats, qui ont des prérogatives importantes, notamment en matière d'éducation), en difficultés à cause de la crise, pour éviter qu'ils ne diminuent les dépenses d'éducation. Il comprend un fonds dans lequel les Etats pourront puiser pour moderniser des écoles existantes. Une partie de l'argent ira au programme, déjà existant, No Child Left Behind, en faveur de la scolarisation des enfants défavorisés. Enfin, une partie de l'argent est destiné à des bourses scolaires.


- 87 milliards dans des projets d'infrastructures et de logement social. Cela concerne le réseau électrique, des lognes de trains à grandes vitesse, la rénovation des routes et des ponts, des investissements dans les autoroutes.


- 81 milliards pour l'aide aux chômeurs, et aux retraités, et aux familles en difficultés.


- 50 milliards pour endiguer les expulsions.


     On arrive là à 770 milliards. Ajoutons quelques milliards à des agences scientifiques, comme la NASA, et on approche le bon compte. Mais on a là l'architecture globale de cette loi de stimulation de l'économie. Quelques commentaires maintenant.


     D'abord, d'un point de vue keynésien, ce n'est pas un très bon plan de relance. En effet, selon le keynésianisme, un plan de relance est plus efficace quand il s'agit d'un plan d'investissement. Selon la théorie keynésienne, l'effet multiplicateur est nettement plus élevé dans une relance par l'investissement que par la consommation.

     L'effet multiplicateur est en quelque sorte l'effet d'entraînement que le plan doit donner à l'économie. Or, la proportion de telles dépenses est proportionnellement faible dans l'ensemble du plan. Il s'agit des 87 milliards en faveur des infrastructures et du logement, et, parmi les dépenses consacrées à l'éducation, un fonds de 54 milliards pour rénover des écoles existantes.

     Il y a, il les vrai, aussi les crédits d'impôt, dont une part est consacrée à favoriser les économies d'énergie et les énergies renouvelables. J'ai vu le chiffre de 42 milliards de dollars pour ce poste, se répartissant en crédit d'impôts pour les ménages propriétaires, et des financements accordés aux entreprises concernées, comme les fabricants d'éoliennes, de batteries de la prochaine génération. L'énergie solaire est mise à l'honneur aussi. Il n'en reste pas moins que le principal poste concerne des réductions d'impôts.


     Ces réductions d'impôts soulèvent des questions, toujours d'un point de vue keynésien. En effet, elles doivent toucher 95% de ceux qui paient des impôts. Or, selon les partisans des plans de relance par la consommation, les populations qui doivent-être visées par des mesures de relance par la consommation sont les moins favorisées.

     En effet, ce sont celles qui sont le plus susceptibles de dépenser l'argent reçu. Tandis qies les autres sont plus susceptibles de l'épargner. Mais, cette baisse des impôts pour 95% des contribuables était une promesse électorale. A ce titre, les dépenses en faveur des allocations chômage sont plus pertinentes.


     Certaines dépenses n'ont rien à voir avec un plan de relance. Parmi les dépenses de santé, 87 milliards sont consacrés à Medicaid, le programme d'aide médicale. Ce sont plutôt des dépenses d'urgence pour aider le système de santé.


     D'autres dépenses sont aussi des dépenses d'urgence, même si elles s'apparentent également en partie à des mesures de soutien de l'économie. Je pense aux fonds débloqués compenser dans le domaine de l'éducation les effets la baisse des recettes fiscales des Etats.


     On peut noter également que ce plan est très "américain". Il met l'accent sur les allègements fiscaux, car il faut privilégier l'initiative individuelle. Ces allègements représentent plus du tiers du plan. Il est saupoudré d'investissements dans les sciences et nouvelles technologies, parce que c'est dans l'innovation et le renouvellement économique que se trouve la croissance.

     Les américains n'ayant pas besoin de favoriser sur ce point leur système de laboratoires de recherche ou de capital développement, celui-ci étant déjà très développé.

     Enfin, l'investissement dans les énergies renouvelables est présenté comme nécessaire à l'indépendance énergétique du pays. On fait appel à l'esprit patriotique. Même si une petite taxe sur l'énergie aurait été sans doute plus efficace, comme l'a montré la hausse des prix du pétrole. Mais, cela aurait été moins populaire.


     Des questions se posent sur la pérennité des mesures prises, comme la baisse des impôts, l'augmentation des allocations chômage. Des mesures ponctuelles de baisse des impôts ont déjà été prises par le président George W. Bush. Les sommes ainsi débloquées ont été en partie épargnées, en partie dépensées. Ces dépenses ont soutenu la consommation mais ce soufflé est vite retombé.

     Or, la politique de Barack Obama n'est pas claire. Il prévoit ainsi de diminuer le déficit budgétaire à l'avenir. En taillant dans les dépenses. Deux questions se posent. Des coupes dans les dépenses suffiront-elles à diminuer le déficit, ou faudra-t-il augmenter les impôts?

     De plus, des coupes dans les dépenses, ne vont-elles pas à l'encontre de la relance. Par exemple, les dépenses de Défense sont traditionnellement des mesures de soutien à l'économie américaine. c'est ainsi que Ronald Reagan à soutenu l'économie. Mais les restructurations engagées après la baisse de ces dépenses, sous George Bush senior, ont entraîné un ralentissement de l'économie.

     Barack Obama prévoit bien d'augmenter les impôts pour les plus riches, mais pour créer un système de remboursement des soins pour ceux ne disposant pas de mutuelles et n'ayant pas accès aux programmes Medicaid et Medicare. La politique de Barack Obama manque de visibilité. Pour l'instant, il gère au jour le jour. Tout le monde voulait un plan de relance, alors il en a bricolé un.


     Certains veulent faire des comparaisons avec le plan de relance français. Cela ne me semble pas pertinent. Concernant les dépenses en faveur des chômeurs, du logement social, de la santé, de l'éducation, le gouvernement français intervient déjà beaucoup plus que le gouvernement fédéral américain. On peut discuter de l'efficacité de ces dépenses, mais c'est un autre débat. De même pour les dépenses d'infrastructures.

     Les impôts ne sont payés que par la moitié de la population en France, et toutes les tranches d'impostion ont bénéficié des baisses d'impôt sous la présidence de Jacques Chirac. Même si, quand on paie des impôts, on a toujours l'impression d'en payer trop. Je suis comme tout le monde sur ce point.

     Pour les crédits d'impôt, aux entreprises où aux particuliers, et en faveur de l'environnement, là encore ce genre de dispositif existe en France.


     Enfin, ce plan de "stimulation" est le plus médiatisé, mais il n'est pas le seul. Le gouvernement américain est conscient que la sortie de la crise dépend de la remise en état du système financier.

     Ainsi, il y a eu le plan Paulson, sous la précédente administration, de 700 milliards de dollars environ si je me souviens bien. Il devait servir à racheter les actifs dits toxiques des banques. Il a en fait servi à la recapitalisation de ces banques, ainsi qu'au renflouement de General Motors et Chrysler.

     Il y a les liquidités, les prêts aux banques hypothécaires, déversés par la Fed, la banque centrale américaine. Il y a le plan esquissé par Timothy Geithner, de la nouvelle administration Obama. Ce plan consacre 500 milliards de dollars aux rachats des actifs toxiques des banques, plan pour lequel le président Barack Obama a réclamé 250 milliards de plus au Congrès.

     Plan qui veut associer des fonds privés au rachat de ces actifs toxiques, ce qui fait son originalité par rapport au plan Paulson. Mais qui reste imprécis car il se heurte à la même difficulté que ce plan Paulson: à quel prix racheter ces actifs toxiques, qui ont la particularité de n'avoir aucun prix de marché, car personne ne sait comment les évaluer. (cf
Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés)


(NB: le plan de relance français est commenté dans ce blog dans l'article Le plan de relance français . Quant à mes commentaires sur les plans de relance en général, cf La relance de l'économie , Réflexions sur la relance, l'interventionnisme et le retour de l'Etat dans l'économie. )


 

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