Analyse Libérale

La crise était-elle prévisibe?

11 Janvier 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     L'on entend dire ici ou là que la théorie économique n'a pas su prédire la crise. Alan Greenspan lui même, l'ancien président de la Réserve fédérale (la Fed), la banque centrale américaine, déclare en substance qu'il ne pouvait pas imaginer une telle crise. Toutes les théories seraient-elles obsolètes?

     En fait, on tombe des nues en entendant de tels propos. De vagues connaissances économiques suffisaient pour constater qu'il y avait un problème. Mais rien n'a été fait.


     Bien sûr, personne n'a prédit ni la forme, ni la date et l'heure de la crise actuelle. Aucune théorie économique n'est prédictive, n'en déplaise à ceux qui cherchent à concevoir de beaux modèles mathématiques.

     Cependant, la théorie économique, ou l'expérience des marchés, permettaient de comprendre que quelque chose allait se produire. Plaçons nous d'abord au niveau le plus basique, l'expérience. Le proverbe veut que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Traduction, un marché ne peut pas indéfiniment augmenter.

     L'expérience montre même que le retournement peut-être sévère. Plus l'augmentation a été forte, plus le krach est brutal. Or, l'augmentation des prix de l'immobilier aux Etats Unis a été exponentielle. Il était évident, sans connaissance théorique approfondie, par le simple bon sens, qu'il y aurait un retournement brutal.


     D'autre part, aux Etats-Unis, comme en Grande Bretagne, l'augmentation de la valeur du logement que l'on possède peut permettre d'obtenir un crédit supplémentaire, garanti par l'augmentation de la valeur du logement. Or, les américains ont abondamment utilisé ce système pour consommer à crédit. Ce qui signifie qu'une partie de la croissance économique venait de cette hausse de l'immobilier. Que se passerait-il au moment du krach, inévitable? C'était la grande interrogation.


     L'explication qui précède est simple, basée sur l'expérience. Bien sûr, pour les responsable des banques centrales et des gouvernements, une théorie plus académique est peut-être souhaitée. Cette théorie existe, elle est acceptée par la plupart des économistes.

     Comme je l'ai déjà expliqué dans d'autres articles de ce blog, la crise financière trouve son origine dans une gigantesque inflation, qui se développait au vue et au su de tout le monde, du moins tous ceux qui daignaient appliquer à la situation quelques rudiments de théorie économique.

     En effet, les prix de l'immobilier augmentaient parce que le crédit était facile. Cette augmentation des prix de l'immobilier servait à garantir de nouveaux crédit. Nous sommes dans la définition même de l'inflation, comme je l'explique dans l'article
Inflation, déflation: explications et risques. 

     Une croissance basée sur une telle inflation, selon les théories économiques courantes, n'est pas viable. Le secteur concerné ne peut que s'effondrer. Et si c'est la croissance qui est soutenue par ce phénomène d'infation, alors il y a un problème.

     Il est vrai qu'on ne pouvait pas prévoir précisément la forme que prendrait la crise, son ampleur ni à quel moment elle se produirait, mais on savait que la situation ne pouvait que déboucher sur une correction de grande ampleur, comme on dit en jargonnant.


     Pourquoi n'a-t-on rien fait? La banque centrale américaine avait le pouvoir de ralentir cette inflation. C'est même une de ses obligations. De même; le gouvernement américain pouvait prendre des dispositions pour éviter le surendettement des ménages peu solvables.

     Mais il semble que ce soit le contraire qui ait été fait. Le gouvernement était favorable à l'accession à la propriété d'une catégorie peu aisée de la population, grâce aux taux d'intérêt bas. De même, le système du crédit à la consommation nourri par l'augmentation des prix de l'immobilier plaisait au gouvernement, car cela soutenait la croissance. C'était ce qu'on appelait l'effet richesse.

     En France, on jalousait à l'époque l'ampleur de cet effet richesse, que l'on aurait bien voulu importer.

     Quant à la banque centrale américaine, voulait-elle aussi soutenir la croissance? C'est en effet un des objectifs qui lui est assignés. La nomination du président de la banque centrale américaine dépendant des autorités politiques, Greenspan voulait-il se faire bien voir en garantissant la croissance, et en s'aveuglant sur ses bases malsaines? La question reste posée. Parmi tous ceux qui tenaient les manettes du pouvoir, aucun n'est intervenu pour enrayer, ou ne serait-ce que dénoncer, le processus inflationniste.


     Les banques et les acteurs agissant sur les marché financiers auraient aussi pu interrompre la spirale inflationniste. Les banques ont la liberté de fixer les taux d'intérêt qu'elles accordent. Les acteurs des marché financiers ont la liberté d'acheter ou non les titres financiers mis sur la marché. Si la demande pour certains titres financiers est faible, cela fait augmenter le taux d'intérêt offert par ces titres. Les banques, qui se refinancent sur les marchés financiers, auraient été obligées d'augmenter les taux d'intérêts des prêts et des crédits. Les banques et les acteurs des marchés financiers voyaient qu'il y avait une gigantesque bulle immobilière.


     Pourquoi ont-ils continué leurs affaires comme si de rien n'était? Pression de l'Etat américain en faveur des prêts aux ménages peu aisées? Un peu, peut-être. Ignorance ou mauvaise connaissance du fonctionnement de l'économie? Sans doute.

     Ces dernières années, un consensus s'était établi en faveur de la régulation de l'économie par les taux d'intérêts. Quand l'économie semblait ralentir, quand un choc externe était susceptible de l'affecter, comme la crise asiatique, les taux d'intérêts étaient abaissés, fortement.

     C'était une politique de relance par les taux d'intérêt, inspirée du keynésianisme. Quand le danger semblait s'être éloigné, les taux d'intérêt retrouvaient leur ancien niveau. Par conséquent, si une crise se produisait, on pensait qu'il suffirait d'abaisser les taux d'intérêt pour relancer l'économie. On faisait confiance à Alan Greenspan. Il y a eu une sorte de vaste déresponsabilisation des acteurs financiers.

     Si quelqu'un pensait autrement, on lui riait au nez. La banque centrale européenne a certainement été infuencée elle aussi par ces considérations. En effet, elle avait des raisons d'augmenter les taux d'intérêt. Elle les a au contraire maintenu très bas. On peut supposer que c'est pour ne pas être accusée de casser la croissance, même si son mandat ne lui demande que de se préoccuper de l'inflation.


     En conclusion, la théorie économique avait prévu la crise. Mais elle ne peut indiquer le moment des crises, ni les formes qu'elles peuvent prendre. Ce qu'on peut reprocher aux économistes, c'est de laisser croire que des modèles mathématiques peuvent expliquer l'économie. Ces modèles ne sont en rien prédictifs. Ou encore de n'être pas assez pédagogiques, pour expliquer l'économie aux gens.

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