Analyse Libérale

Le plan de relance français

4 Décembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     La France a annoncé le 4 décembre 2008 un plan de relance face à la crise financière. Ceci est un commentaire à chaud de ce plan. Il montre que ce n'est pas vraiment un plan de relance, et explique pourquoi.


Un plan de relance qui n'en est pas vraiment un.

     L'essentiel du plan est constitué de dépenses d'infrastructures et immobilières qui étaient déjà prévues, mais qui doivent être avancées. Il s'agit des dépenses pour la construction de nouvelles lignes de TGV, et des dépenses pour la construction de logements sociaux.

     D'autres sont des dépenses de maintenance, comme l'entretien des lignes SNCF, les travaux d'isolation thermique des HLM. Ces dépenses de construction et de maintenance étaient retardées et étalées en raison du déficit du pays. Leur étalement montrait bien d'ailleurs que le déficit français est un déficit de fonctionnement, et non d'investissement.

     En d'autres termes, ce sont les dépenses de fonctionnement qui sont la cause du déficit, et non les dépenses d'investissement, qui sont étalées. En décidant de ne plus étaler ces dépenses, le gouvernement fait ce qui aurait été fait si le budget de l'Etat n'avait pas été déficitaire. Ce n'est donc pas un programme de grands travaux conçus pour relancer l'économie.

     Par contre, on peut craindre que la précipitation entraîne des dérives. Les travaux pourraient être facturés trop chers par les entreprises, et la construction des logements sociaux menées n'emporte comment, comme par le passé.


     Une autre partie du plan de relance français est constitué de mesures sociales, comme l'augmentation, étalées, du minimum vieillesse, et d'autres mesures en faveur des veufs et des veuves. Ces mesures étaient de toutes façons nécessaires pour éloigner le minimum vieillesse du seuil de pauvreté. Elles auraient certainement été décidées même s'il n'y avait pas eu de crise financière. Une revalorisation du minimum vieillesse avait déjà été annoncée, d'ailleurs. Cette mesure est, somme toute, modeste, et de plus, étalée dans le temps. Donc elle ne produira peut-être même aucun effet dans l'immédiat.


     Les mesures fiscales sont essentiellement des remboursement avancés, des sommes qui auraient donc été remboursées aux entreprises de toutes façons. Cela leur offrira une facilité de trésorerie. On notera que l'on est plus du tout dans le cadre d'une politique de relance keynésienne. On est dans le cadre de la politique structurelle, qui vise à faciliter la vie des entreprises. De même en ce qui concerne l'allégement des cotisations sociales des embauches dans les très petites entreprises, qui perpétue la politique en faveur des micro-structures. Ce ne sont pas des mesures de relances keynésiennes, telles qu'attendues.


     La seule mesure de relance véritable est la prime à l'achat d'une automobile, en échange de la mise à la casse d'une automobile de plus de dix ans. La sarkozette sccède à la juppette et à la balladurette.


     Ce plan n'a donc rien à voir avec la grande époque des relances keynésiennes. Il n'y a pas de nouveaux programmes d'équipements spécialement étudiés et lancés pour sortir de la crise. Il n'y a pas d'augmentation généralisée des salaires, ou une augmentation massive du SMIC comme cela a déjà été fait auparavant. Presque uniquement des dépenses prévues et qui étaient étalées en raison des déficits du pays, et des mesures qui n'ont rien d'une relance keynésienne.


Le poids des réalités.

     Faire des dépenses d'infrastructure pour relancer un pays a du sens. Que l'on soit keynésien ou non, on admet que de telles dépenses favorisent par la suite la croissance. En effet, un pays a besoin de routes, de voies ferrées, d'aéroports, d'électricité. Mais, quand un pays, comme la France, est déjà bien équipé, deux problèmes se présentent. D'abord, que construire? On ne va pas remplacer tous les chemins de terre par des autoroutes à trois voies, ce serait absurde. Ensuite, une nouvelle infrastructure a moins d'impact sur l'économie. Lancer de nouvelles dépenses d'infrastructures est donc difficiles.


     Ensuite, les plans de relance menés par le passé, pour sortir de la crise des années 70, n'ont pas relancé l'économie. Par contre, les déficits qu'ils ont causés ont entraîné des plans de rigueur. Or, la France est déjà confrontée à un déficit budgétaire élevé. Ce qui limite nécessairement son action.

     Bien sûr, nous sommes aujourd'hui protégés par l'euro, alors qu'auparavant, une hausse des déficits affaiblissait le franc, ce qui entraînait dévaluation et plan de rigueur. Cependant, les déficits accumulés entraînent un endettement important pour le pays, et pour lequel il faut payer des intérêts. Les intérêts de la dette sont le deuxième ou le troisième budget de l'Etat.

     La France est donc confrontée à un double problème. Comme elle est en déficit même quand le contexte économique est bon, elle a peu de réserves pour relancer, ou du moins soutenir la croissance. D'autre part, le niveau élevé de la dette pèse sur l'économie. Par conséquent, avancer des investissements déjà prévus est un moyen de contourner le problème. Ces dépenses étaient prévues. Elles se feront plus tôt, c'est tout. Sur 5 ans (ou plus), il n'y a pas de dépenses supplémentaires.


     Ce plan s'apparente donc plutôt à un plan de soutien temporaire à l'économie. Ce qui n'est peut-être pas plus mal. En effet, une réalité incontournable, c'est que les plans de relance réalisés dans les années 70 et 80 n'ont pas relancé l'économie. Ils ont par contre sans doute une responsabilité dans le niveau élevé d'inflation qu'il a fallu ensuite combattre. D'autre part, rappelons que le problème de l'économie, aujourd'hui, est un problème de blocage du crédit. Un plan de relance n'est pas adapté à ce type de problème, comme je l'explique dans mon article sur la relance de l'économie.


     En conclusion, le plan de relance français est plus qu'un plan de soutien temporaire qu'un plan cherchant à relancer l'économie. Certaines mesures n'ont rien d'une relance keynésienne, comme des exonérations de charges sociales en faveur des très petites entreprises.

     On peut ajouter que ce plan comporte encore des mesures pour le crédit, comme un prêt d'un milliard aux filiales de crédit des constructeurs automobiles. Il s'attaque là au cœur du problème. De même, un fonds est créé pour investir dans l'innovation dans le secteur automobile.

     On peut se demander pourquoi un effort d'innovation n'a pas été fait plus tôt d'ailleurs, car les difficultés du secteur automobile, pas des constructeurs mais des sous traitants, ne sont pas récentes. Ce plan de relance met aussi en exergue le problème du déficit budgétaire en France. Les critères de Maastricht ne font que rappeler une réalité: les déficits se paient toujours un jour. Un budget à l'équilibre quand l'économie va bien permet d'utiliser le déficit comme amortisseur en période plus difficile.


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