Analyse Libérale

Le retour du mythe de la relance budgétaire

29 Novembre 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

La politique budgétaire revient au goût du jour. Elle est réclamée pour prendre le relais de la politique monétaire à bout de souffle. Pourtant, n'applique-t-on pas déjà une politiquer budgétaire? Et celle-ci n'a-t-elle pas montré son inefficacité tout au long de l'histoire?

 

Le FMI a suggéré que les politiques budgétaires prennent le relais de la politique monétaire. La Commission Européenne a provoqué le courroux du ministre des Finances allemand, Wolfganf Shäuble, en proposant que l'Allemagne relance l'Europe par la dépense publique. Donald Trump propose une politique de grands travaux. Theresa May dénonce les effets inégalitaires de la politique monétaire, et veut la remplacer par une politique budgétaire. Et l’OCDE s’y met aussi.

 

Notons que le Premier Ministre du Royaume Uni n'a pas tort en dénonçant les effets inégalitaires de la politique de taux bas? Celle-ci favorise la finance et les possesseurs de patrimoine (Voir l'article Quand la BCE crée des inégalités ).

 

Cependant, la politique budgétaire n'est-elle pas déjà appliquée? Le budget de la France est déficitaire, comme celui du Royaume-Uni, celui de l'Espagne, celui de l'Italie. Ce qui signifie que ces pays injectent de l'argent dans leurs économies.

 

D'autre part, la politique de la BCE est justement de favoriser cette politique budgétaire. En maintenant les taux d'intérêt bas, et en rachetant la dette des pays de la zone euros, elle encourage la dépense publique. Ce dont ne se prive pas la France.

 

Quels sont les résultats de cette politique? La réponse est claire: nuls. Le Royaume-Uni, comme la France, a un déficit budgétaire élevé. Mais une croissance supérieur, et un chômage inférieur. On peut donc penser qu'il y a quelque chose d'autre que la relance budgétaire qui explique cette différence, quelque chose qui est appliqué au Royaume-Uni mais pas en France. C'est la logique même.

 

Et que dire de l'Allemagne, qui connaît une croissance plus forte que la France, malgré une démographie moins favorable? Et sans déficit budgétaire. En toute logique, en toute rigueur scientifique, on doit en conclure que la croissance ne dépend pas de la relance budgétaire.

 

Mais l'histoire ne nous dit-elle pas le contraire? La légende veut que le keynésianisme, c'est-à-dire la relance budgétaire, ait vaincu la crise de 1929 aux USA. Au moment du déclenchement de la crise, le président US Hoover n’aurait rien fait. Et c’est son successeur, Franklin Roosevelt, qui aurait relancé l’économie par un politique budgétaire.

 

Mais cette histoire est fausse. Le président Hoover était très interventionniste, et avait enclenché la relance budgétaire (voir ici). Ainsi que d’autres politiques, comme le protectionnisme. L’économie US ne s’est vraiment relevée qu’après la guerre. Alors même que le gouvernement diminuait la dépenses publiques, qui avait explosé avec la guerre, et rétablissait une certaine stabilité monétaire avec les accord de Bretton Woods. Une autre leçon de la crise a été la lutte contre le protectionnisme, qui avait aggravé celle-ci. Ce furent les accord du Gatt. Et le monde occidental connut une période de prospérité, sans déficit budgétaire. (Voir ici)

 

Ajoutons que, dans les années 1970, tous les pays ont pratiqué une politique de relance. Qui n’a pas donné les résultats attendus. Encore une fois.

 

La France a en fait connu une récidive en matière de relance budgétaire, en 1981, après celle de 1974. Elle était le seul pays en Europe cette fois, les autres ne voulant pas commettre deux fois la même erreur. L’échec de cette relance a alors été mis sur le compte des autres pays européens, qui auraient profité de la relance française, alors qu’ils auraient eux aussi dû commettre la même erreur.

 

Aujourd’hui, c’est l’Allemagne qui est sollicitée. Elle est accusée de manque de solidarité, en raison de ses excédents commerciaux. Comme elle est à l’équilibre budgétaire, on lui demande une relance pour soutenir… toute l’Europe. Bien sûr, elle recevrait l’aide… des Pays-Bas.

 

L’Allemagne connaît une croissance, mais pas extraordinaire, du fait de sa démographie. C’est une économie puissante, mais imaginer qu’elle pourrait tirer toute l’Europe est aberrant. Elle soutient l’Europe d’ailleurs, par sa croissance. Mais si la France ne profite pas de la vigueur du marché allemand actuellement, pourquoi en profiterait-elle si l’Allemagne augmente ses dépenses ? C’est le serpent qui se mord la queue : pour profiter de la croissance allemande, avec ou sans relance, la France doit améliorer sa compétitivité. (Voir par ailleurs ici.)

 

D’autre part, cette antienne de la relance budgétaire est une vision bien simpliste de l’économie. Est-ce qu’une relance budgétaire ne pourrait pas être une baisse de la dépense publique, couplée à une baisse des prélèvements ? Les prélèvements sur l’économie s’élèvent pour l’exercice 2015-2016 à environ 38 % au Royaume Uni, environ 44 % en Allemagne en 2014, sachant que le budget est quasiment à l’équilibre (voir les statistiques de l’OCDE, ici et ici), et à environ 53 % en France (pour le total des prélèvements, et pas seulement ceux qui sont qualifiés d’obligatoires. Par exemple, la redevance audiovisuelle n’est pas considérée comme un prélèvement obligatoire. On fait ici la différence entre les dépenses et le déficit.)

 

En conclusion, cette demande d’une relance budgétaire n’a aucun sens. Elle va à l’encontre de ce que nous apprennent les faits économiques, l’histoire économique. Elle relève d’une notion simpliste selon laquelle, si les affaires sont mauvaises, c’est que l’argent manque. Ce qui a déjà été réfuté par Jean-Baptiste Say au 19ème siècle.

 

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Les adieux de Sarko

20 Novembre 2016 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

J'ai plutôt l'habitude de critiquer les politiciens, les médias, l'ordre établi. Pour une fois, je rends hommage. Je n'aurais jamais cru le faire, je rends hommage à Nicolas Sarkozy.

 

Suite à sa défaite à la primaire de la droite et du centre, son discours a été très digne. Il reconnaît sa défaite. Il soutient François Fillon, malgré les désaccords qu'il rappelle. Mais sans dénigrer Alain Juppé, à qui il rend hommage.

 

C'était un testament. Sarkozy souhaite se consacrer à sa sphère privée. Il a fait un clin d'oeil aux journalistes, s'excusant du rythme qu'il leur a imposé, avec beaucoup d'humour.

 

Je pourrais énumérer beaucoup de critiques à l'encontre de Nicolas Sarkozy. Je dois reconnaître aujourd'hui qu'il suit le meilleurs de la politique aux USA qu'il semble avoir pour modèle : la reconnaissance de la défaite, la reconnaissance de la démocratie.

 

Le fait qu'il soutienne un candidat est aussi extraordinaire. Il soutient François Fillon, son ancien Premier ministre, à l'encontre de qui il n'avait pas forcément de sentiments très amènes. Il n'était pas obligé. Sarkozy aurait pu simplement laisser les votants choisir. Il a fait un choix. Maintenant, même si je les critique, je ne sous estime jamais les politiciens. Y-a-t-il une intention sous-jacente ? Un accord ? Je ne sais.

 

Les journalistes considèrent que Sarkozy a délivré son testament politique. Je ne m'avancerais pas. En tout cas, à l'heure actuelle, on peut dire qu'il sort en beauté.

 

Dans un panorama politique sans renouvellement, sans nouveauté, sans libéralisme, j'aime m'attacher aux points positifs. Maintenant, Je ne suis convaincu par aucun programme. Mais je rends hommage au panache.

 

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