Analyse Libérale

INSEE-Revenus 2013

22 Septembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'INSEE Première a publié ce 22 septembre son article annuel sur les niveaux de vie des français, pour l'année 2013 cette fois. Voici quelques commentaires sur cette publication.

D'abord, à leur habitude, les médias ne font que répercuter les chiffres et commentaires de l'INSEE sans aucun recul. Metronews souligne la baisse du taux de pauvreté. 20 Minutes souligne que la baisse des inégalités efface le creusement observé depuis la crise, BFM et lefigaro.fr titrent sur la baisse des inégalités. Tous reprennent en fait les commentaires de l'INSEE, au lieu d'examiner les chiffres et de faire leur propre analyse. Déjà que les statistiques sont un construit, et que ce qui est appelé le taux de pauvreté en France et en Europe est sujet à caution, la reprise de l'analyse de l'INSEE montre un manque d'esprit critique.

L'INSEE indique donc que les inégalités diminuent, l'indice de Gini passant de 0,305 en 2012 à 0,291 en 2013, tandis que le taux de pauvreté passe de 14,3% en 2012 à 14% en 2013. Bien sûr, d'un point de vue statistique, c'est plutôt une stabilité. Cependant, nous sommes dans une époque où la diminution d'1% d'un indice quelconque est une chute, donc on peut considérer que l'INSEE ne verse pas dans l'exagération.

Les raisons de cette diminution des inégalités et du taux de pauvreté, selon l'INSEE, sont les suivantes :

  • diminution des revenus du patrimoine ;

  • hausse des impôt des ménages les plus aisés ;

  • augmentation des revenus d'activité du premier décile (les moins aisés), due à une augmentation du nombre d'heures travaillées, bien que le taux d'activité de cette population reste stable ;

  • hausse des prestations sociales.

Il y a un point positif dans cette énumération : la hausse des heures travaillées pour la population du premier décile. Mais il y a aussi beaucoup de négatif. La baisse des dividendes et de revenus d'intérêt est un point négatif. Il n'est jamais bon que les revenus de la population d'un pays diminuent. Surtout qu'il n'y a pas de raison que les dividendes diminuent. L'INSEE avance l'explication suivante :

Deux phénomènes peuvent expliquer cette baisse marquée des revenus du patrimoine en 2013. D’une part, les taux d’intérêt se sont nettement repliés. D’autre part, la perspective d’une hausse de la fiscalité s’appliquant aux dividendes versés en 2013 (remplacement du prélèvement forfaitaire libératoire par l’intégration dans le barème de l’impôt sur le revenu, assujettissement aux cotisations sociales des dividendes dépassant 10 %) a pu conduire certaines entreprises, en particulier des petites structures, à abaisser ou décaler leurs versements de dividendes.

On remarquera que l'INSEE fait l'impasse sur une éventuelle fuite des hauts revenus, explication que ce genre d'information ne devrait pas manquer d'alimenter.

Que la hausse des prestations sociales soient à l'origine d'une baisse des inégalités n'est pas positif non plus. Cela signifie que la hausse des bas revenus est en partie artificielle, car ne provenant pas de l'activité économique. Ce qui est corroboré par un autre point négatif, la stagnation du taux d'activité de la population du premier décile : l'activité ne repart pas suffisamment.

Il y a un point qui est totalement passé sous silence : depuis au moins 2010, le revenu médian des salariés diminue (La méthodologie évolue selon les années, donc donner le revenu 2010 pour le comparer à 2013 n'a pas de sens. Pour les comparaisons, et d'autres chiffres, rendez-vous sur le site de l'INSEE : 2010, 2011, 2012, 2013). Le revenu médian est le seuil qui départage les salariés en deux : ceux qui gagnent plus, ceux qui gagnent moins. L'INSEE raisonne en revenu disponible, c'est-à-dire après les impôts directs. Par conséquent, cette baisse peut signifier une baisse de certains salaires, comme une hausse des impôts directs. Il est à noter que les impôts indirects, qui ont augmenté également, à l'instar de la TVA, ne sont pas pris en compte. La baisse du revenu médian peut aussi provoquer une baisse du taux de pauvreté (voir ici).

En conclusion, l'étude revenus 2013 montre une baisse des revenus disponibles d'activité, que ce soit les revenus des investissements, que, surtout, ceux des salariés, qui constituent la classe moyenne.

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Les inégalités globales diminuent

9 Septembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le capitalisme est accusé de faire augmenter les inégalités. Dans cet extrait d'un article paru sur le site du Mises Institute , Daniel Fernández Méndez démonte cette thèse, statistiques à l'appui.

Au fil du temps, le discours selon lequel il y a globalement une augmentation des inégalités de revenus apparaît de plus en plus comme un conte de fées. Cette affirmation de la montée des inégalités est basée sur l'idée populaire que le développement du capitalisme mène à une immense augmentation des inégalités de revenus. Les écarts entre riches et pauvres, nous dit-on, augmentent si vite que la situation n'est plus soutenable. Ce discours affirme de plus que le capitalisme a une tendance intrinsèque à l'inégalité. Cette histoire est si souvent répétée que personne ne la met en doute.

Cette description est-elle pertinente ? Les données brutes semblent d'accord avec la version marxiste du processus de marché, dans laquelle un petit nombre de capitalistes deviennent plus riches avec le temps tandis que le peuple s'appauvrit. En effet, il semble que les inégalités ont explosé depuis la révolution industrielle. Nous pouvons voir comment les inégalités mondiales ont explosé depuis 1820 à travers les indicateurs d'inégalité communément utilisés : l'indice de Gini et celui de Theil (figure 1).

Les inégalités globales diminuent

Cependant, une analyse plus approfondie des données suggère autre chose.

Premièrement, nous notons que les inégalités de revenus au niveau mondial ont diminué depuis 1980. Cette baisse provient principalement de la mise en place de réformes en faveur de l'économie de marché en Chine, qui ont provoqué une fantastique augmentation de la productivité et des taux de croissance élevés qui ont sorti des millions de personnes de la pauvreté. En d'autres termes, 1,3 milliard de personnes convergent vers le niveau mondial moyen de revenus.

Néanmoins, les écarts entre les plus riches et les plus pauvres ont augmenté substantiellement entre 1850 et 1980. Donc la question demeure : le capitalisme en est-il la cause ?

Inégalités internes contre inégalités externes.

Au début du 19ème siècle, le coefficient de Gini était de 43, tandis qu'au début du 21ème siècle il était proche de 70 (le chiffre évolue entre 65 et 70 en fonction de l'origine des données).

Mais est-ce que ces chiffres ont comparables ? Pour cette interrogation, nous devons séparer les composantes du coefficient de Gini entre les écarts de revenus à l'intérieur des pays, et les écarts entre les pays.

Durant le début du 19ème siècle, 35% des inégalités globales décrites par l'indice de Gini était dues aux écarts entre les pays. A la même époque, 65% des inégalités provenaient des écarts de revenus à l'intérieur de chaque pays. Mais, au début du 21ème siècle, 85 à 90% des inégalités sont dues aux écarts entre les pays, tandis que seulement 10 à 15% sont dues aux différences de revenus au sein de chaque pays.

En d'autres termes, la principale origine des inégalités dans le monde est passée des inégalités internes aux pays aux inégalités externes, entre les pays.

Ce qui indique clairement que les inégalités ne proviennent pas du capitalisme, mais du développement de l'industrie et des institutions de marché dans différents endroits à différents rythmes. Si la moitié du monde adopte l'économie de marché et l'autre non, il est clair que le développement du premier groupe va rendre le monde plus inégalitaire, mais ce fait ne nous dit rien à propos des inégalités dans les endroits qui ont adopté les institutions de marché. En effet, les données disponibles soutiennent précisément cette hypothèse : les inégalités entre les pays ont augmenté de 15 points, à 60 – 63 points selon l'indice de Gini, tandis que les inégalités internes ont chuté de 28 points, à 7 – 11 points (figure 2 et 3).

Les inégalités globales diminuent
Les inégalités globales diminuent

Selon à la fois les indices de Gini et de Theil, la tendance montre que les inégalités entre les pays augmentent tandis que que les inégalités internes diminuent jusqu'aux années 1980. Les dernières observations modifient la tendance, en partie en raison de la récente intégration de la Chine et de sa force de travail dans l'économie internationale.

Note:les opinions exprimées sur le site Mises.org ne sont pas nécessairement celles du Mises Institute.

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Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

2 Septembre 2015 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

La France a le meilleur système social du monde, c'est bien prouvé. Il suffit de regarder dans l'actualité ce qu'il en est de nos voisins : inégalités salariales en Allemagne, emploi zéro heure au Royaume Uni, sans compter l'inégalité croissante entre les salaires des grands patrons et les salariés. Il ne nous faut donc pas adopter la politique économique de nos voisins.

Sauf que l'information qui nous est diffusée est largement incomplète, pour ne pas dire biaisée. Les petits défauts de nos voisins sont largement médiatisés, tandis que leurs réussites sont passées sous silence. Ainsi en est-il pour l'inégalité en Allemagne, comme je l'ai montré dans un précédent article : plus grande inégalité salariale entre la France et l'Allemagne ne signifie pas plus grande inégalité de revenus, car le chômage est plus faible en Allemagne.

Voyons aujourd'hui le cas du Royaume Uni. Durant la torpeur du mois d'août nous a été diffusée la différence entre le salaire moyen des patrons britanniques et le salaire moyen. Ce jour, c'est une augmentation de 20% des contrats dits zéro heure qui nous est annoncée. Tout laisse à penser que le système britannique est très inégalitaire, surtout depuis que ce sont les conservateurs qui gouvernent.

Curieusement, une information parue le 25 juin 2015 a été passée sous silence. Pourtant, il s'agissait d'une étude très attendue sur les revenus au Royaume Uni, du Department for Work and Pensions. Mark Easton, éditorialiste à la BBC, écrit que ce jour "était celui, nous disait-on, où nous verrions une forte augmentation de la pauvreté tandis que serait inclus dans les chiffres officiels pour la première fois le plein impact des coupes dans l'Etat Providence.

Mais, à la place, les chiffres sont restés largement stables, et le gouvernement peut se permettre de déclarer que «la proportion de personnes avec de bas revenus est à son plus bas niveau depuis le milieu des années 80.»"

Les chiffres sont clairs : les revenus sont stables en 2014 par rapport à 2013. La politique de David Cameron a endigué la baisse des revenus provoquée par la crise, et la politique de Gordon Brown. Plutôt que de reporter chiffres et graphiques ici, je vous invite à vous reporter à l'étude, via ce lien. Je reprendrai seulement deux graphiques significatifs.

D'abord, l'évolution des revenus moyens :

Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

Et un graphique décrivant l'évolution des inégalités, si chères à la France :

 

 

Pauvreté et inégalités aux Royaume Uni sous le gouvernement Cameron

On constate que les inégalités n'ont pas augmenté sous le gouvernement Cameron, au contraire du gouvernement travailliste. Et on constate l'inanité d'une statistique comparant les salaires des patrons au salaire moyen pour mesurer l'inégalité.

 

Comme pour l'Allemagne, le résultat de la politique de Cameron est la création d'emplois. Ces emplois procurent des revenus, et des revenus durables ou soutenables pour employer un jargon à la mode, c'est-à-dire que ces revenus ne dépendent pas de la dépense publique. Pour une description de la politique économique du Royaume Uni, on se référera aux articles d'Emploi 2017 : La recette britannique de la réduction du chômage , et Élections britanniques : les ressorts méconnus du succès économique. On pourra y ajouter celui-ci, Apprentissage au Royaume-Uni : les clés d'un succès, qui montre que le Royaume Uni prépare l'avenir en se souciant de la formation de sa main d’œuvre.

 

Voici donc un tableau très différent de ce que nous rapportent les médias français. Il n'est pas idyllique, mais témoigne de l'amélioration de la situation économique au Royaume Uni, notamment du point de vue des revenus. Ceux-ci étant d'ailleurs en augmentation en 2015.

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