Analyse Libérale

Les néoclassiques: la première mathématisation de l'économie

26 Octobre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

 

Les classiques envisageaient l'économie comme une science humaine. Les néoclassiques vont en faire une science mathématique. Il n'y aura pas ici d'équations, ni de graphiques. Il ne s'agit pas d'expliquer en long et en large la théorie néoclassique. Mais de décrire son approche, et son influence dans le débat économique.

 

Ce sont William Stanley Jevons, en 1871, et Léon Walras en 1874, indépendamment l'un de l'autre, qui ont mené cette première mathématisation de l'économie. Le premier à Cambridge, le second à Lausanne, d'où les appellations d'Ecole de Cambridge et d'Ecole de Lausanne pour désigner leurs successeurs. Pour l'école de Cambridge, la principale figure après Jevons fut Alfred Marshal, et pour celle de Lausanne Vilfredo Pareto. Cependant, le précurseur de l'approche mathématique, bien qu'il n'ait pas donné naissance à un courant en économie, est le mathématicien français Augustin Cournot, notamment dans ses Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, en 1838.

 

Comme cela a été vu précédemment, les néoclassiques ont établi que la valeur venait de l'échange. Mais ils ne sont pas les seuls, puisque Carl Menger et le courant autrichien l'ont également établi, et n'appliquent pas la mathématisation de l'économie. Ce qui caractérise les néoclassiques, c'est l'idée que l'économie est constituée de données chiffrées, de variables, est qu'elle est donc mathématisable. A contrario, par contraste, l'école autrichienne, issue du marginaliste Carl Menger, contemporain de Léon Walras et Willam Stanley Jevons, considérera que l'économie fait partie de l'étude de l'action humaine, du comportement donc.

 

Cependant, les néoclassiques ne créent pas une si grande rupture avec les classiques. En effet, ils partent toujours de l'individu. Ils déterminent le concept abstrait d'homo œconomicus, qui a pour objectif de maximiser son utilité, et cela sous contrainte. Ce qui signifie que chaque individu a des goûts et des préférences. Les néoclassiques tracent des courbes de préférences. Chaque individu cherche à maximiser son utilité, d'où une équation d'utilité à maximiser. Cette maximisation se fait sous contrainte de l'environnement, notamment des prix. Les prix étant déterminés par l'offre et la demande. Léon Walras parle d'un processus de tâtonnement pour déterminer les prix.

 

Le fait de partir de l'individu est appelé individualisme méthodologique. Le principe est de considérer la plus petite entité de la société. Cette méthode est opposée au holisme, qui consiste à étudier la société comme étant composée de groupes. L'individualisme méthodologique ne s'oppose pas au fait que les individus puissent être influencés de différentes manières, culturelles, sociales. L'école autrichienne, avec notamment Ludwig von Mises, applique également l'individualisme méthodologique (cependant, ce n'est pas universel dans cette école, et Friedrich August Hayek, de l'école autrichienne également, est parfois considéré comme n'appliquant pas cette méthode). Les adversaires des néoclassiques entretiennent quelque fois une confusion entre individualisme méthodologique et égoïsme. Les deux notions n'ont rien en commun. L'individualisme méthodologique est une méthode d'étude de la société, pas une recommandation de comportement.

 

Les néoclassiques sont aussi appelés utilitaristesdu fait de leur concept de maximisation de l'utilité.

 

Ce que les néoclassiques ont apporté à l'économie, outre le concept de valeur marginale, qu'ils partagent avec Carl Menger, ce sont des outils mathématiques. Des courbes d'offre et de demande par exemple. Des équations. C'est l'idée de la mathématisation de l'économie, et des outils qui vont avec.

 

Les néoclassiques ont également apporté l'idée d'équilibre. Equilibre, ou égalité stable entre plusieurs variables. Léon Walras a théorisé l'idée d'équilibre général. C'est un état dans lequel l'économie est stable, il n'y a pas de chômage, car l'offre est égale à la demande sur tous les marchés, et chaque individu maximise son utilité en fonction des contraintes. Chaque variation des contraintes, des variables, entraîne un ajustement du système économique qui le ramène à l'équilibre.

 

On parle aussi d'équilibre partiel, quand on veut étudier les effets d'une mesure économique sur un secteur. Par exemple, on va étudier les effets d'une hausse de la TVA sur la demande. Les effets du commerce extérieur. En considérant que rien ne change sur les autres marchés. Toutes choses égales par ailleurs, ou, en latin, ceteris paribus. Ce sont les expressions qui sont employées. La notion d'équilibre partielle venant plutôt de l'Ecole de Cambridge.

 

L'école néoclassique est parfois critiquée comme étant trop abstraite. C'est une critique non fondée selon moi. Car la mathématisation est volontairement abstraite. Les néoclassiques savent bien que l'individu n'est pas un homo œconomicus. Ce qu'ils veulent, c'est isoler et théoriser les aspects économiques de son comportement.

 

En résumé, les néoclassiques ont voulu mathématiser l'économie car celle-ci comporte des variables chiffrées. Mais ils considèrent toujours le comportement de l'individu. Ils ont développé des outils mathématiques, dont des courbes d'offre et de demande. Ainsi que le concept d'équilibre : équilibre entre l'offre et la demande, sur tous les marchés, de biens et services, du travail, etc.

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Tirole Prix Nobel

13 Octobre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

Le prix d'économie de la banque de Suède, dit prix Nobel d'économie, a été décerné en 2014 à Jean Tirole. J'avais lu quelques papiers de ce chercheur sur web. Je n'imaginais pas qu'il puisse être nobélisable.

 

Tirole m'a paru être un économiste big brother, de ceux qui veulent contraindre les agents économiques, en leur imposant un comportement. Il est récompensé pour ses travaux sur la régulation. Mais j'ai plutôt trouvé qu'il était dirigiste, et non régulateur.

 

Il y aune différence entre dirigisme et régulation. Le dirigisme, c'est imposer un comportement aux agents économiques, les banques par exemple. La régulation, c'est établir des règles, qui permettent de limiter les excès, en créant une sorte d'effet de rappel, ou de cliquet.

 

Par exemple, le dirigisme peut précipiter l'économie dans une crise systémique, en imposant le même comportement aux banques. Et, en fait, c'est ce qui s'est produit (voir ici).

 

La crise financière provient en effet à la fois de ce qui est appelé régulation, et de la politique économique des USA, mais aussi de certains pays, comme l'Espagne ou la Grèce. L'idée de la "régulation" et de la politique économique est de stimuler l'économie par la création monétaire, c'est-à-dire le crédit. C'est ainsi qu'après 2001, la Réserve Fédérale, a maintenu les taux d’intérêt bas, pour relancer l'économie. Le gouvernement US a encouragé l'accession à crédit à la propriété par les agences Fannie Mae et Freddy Mac. Il a également encouragé, ou imposé, le crédit aux ménages moins solvables par le Community Reinvestment Act. Tandis que les critères de Bâle, qui régulent les banques, ont encouragé les prêts immobiliers. Tous ces éléments ont conduit à la crise.

 

Il y a également une certaine schizophrénie chez les dirigistes. Aujourd'hui, ils critiquent les banques car elles ne prêtent pas assez au secteur productif, et de l'autre ils multiplient les contraintes à l'encontre des banques qui prêtent au secteur productif.

 

Pourtant, il est assez facile de réguler le secteur financier. Jesus Huerta de Soto, dans son livre Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, souligne que le dépôt dans une banque est un contrat. Les déposants pourraient donc choisir où leur argent est investi, ainsi que réclamer des garanties de leur banque. En clair, les "régulateurs" pourraient obliger les banques à avoir un contrat type de placement sans risque des dépôts, un contrat transparent, dont la liquidité serait garantie par un dépôt auprès de la banque centrale. Les banques qui ne respecteraient pas la réglementation verraient leurs dirigeants punis pénalement. Les banques pourraient par ailleurs accorder tous les crédits qu’elles voudraient, mais elles ne seraient plus protégées par une banque centrale en cas de faillite. C'est le principe de responsabilité, le meilleur régulateur.

 

Mais, ce schéma pose problème. Parce que le crédit esst considéré clmme l'alpha et l’oméga de la croissance. Et, surtout, car la régulation favorise l'endettement des Etats. En effet, selon les critères de Bâle, les obligations d'Etat sont sans risque.

 

La fondation Nobel vient donc de récompenser le courant économique responsable de la crise. Cependant, il faut reconnaître que le Nobel récompense indifféremment tous les courants en économie. La problématique est de savoir si l'économie va enfin adopter une démarche scientifique. C'est-à-dire mettre à l'épreuve ses hypothèses,et accepter de les changer si la réalité les contredit, comme c'est le cas aujourd'hui.

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