Analyse Libérale

Mauvaise nouvelle: le taux de pauvreté diminue!

22 Septembre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

L'actualité illustre malheureusement l'absurdité de ce qui est considéré comme le taux de pauvreté en France et en Europe. En effet, comme le montre l'INSEE, le taux de pauvreté a baissé en 2012 par rapport à 2011, mais c'est une mauvaise nouvelle. Car, en fait, les français sont plus pauvres !

 

Ce paradoxe est directement lié au concept choisi comme taux de pauvreté. Dans un premier temps, on calcule le revenu médian. C'est le revenu qui sépare en deux la population : 50% gagne plus, 50% gagne moins. Ensuite, on considère que ceux qui gagnent moins de 60% du revenu médian sont pauvres. Le taux de pauvreté est donc le pourcentage de personnes qui gagnent moins de 60% du revenu médian.

 

Avec une conséquence mécanique : quand le revenu médian diminue, et que par conséquent la population s'appauvrit, le taux de pauvreté diminue. Et, quand le revenu médian augmente, et que la population s'enrichit donc, le taux de pauvreté augmente. En 2012, le revenu médian a baissé, et donc le taux de pauvreté a diminué.

 

Pourquoi mesurer le taux de pauvreté de cette façon ? Il s'agit bien sûr plutôt d'un taux d'inégalité. Ce qui est mesuré, c'est l'inégalité des revenus. Le taux diminue si l'inégalité diminue, et inversement. Mais quel lien avec la pauvreté ? Même si on considère que la pauvreté vient de l'inégalité, la construction de ce taux de pauvreté est aberrante. Un égalitariste forcené ne considérerait quand même me pas qu'un taux de pauvreté qui diminue quand la pauvreté globale augmente est une bonne mesure ! Ou alors, nous sommes dans une situation où l'égalitarisme mène à l'aveuglement idéologique.

 

Aux USA, la pauvreté est mesurée différemment. On considère le prix de ce qui est nécessaire pour subsister. La mesure n'est sans doute pas parfaite, mais plus logique.

 

Le taux de pauvreté tel qu'il existe doit donc être abandonné, pour une mesure meilleure. En se basant sur les conditions de vie par exemple.

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Où va la politique monétaire?

20 Septembre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

Où va la politique monétaire ? Quelle est sa logique ? Quel est le raisonnement de ceux qui la mènent ? La question se pose, tant elle apparaît déconnectée de la réalité, et incohérente.

 

Déconnexion de la réalité

Ainsi, tout le monde se félicite du nouveau programme de quantitative easing, c'est-à-dire d'injection de monnaie dans l'économie, décidé dernièrement par la BCE. Ce programme de création monétaire est censé relancer l'économie européenne. Cependant, au même moment, le bilan de la même politique, menée au Japon, s'avère être un échec. Curieusement, personne ne tient compte de cet échec. Alors même que le Japon est l'exemple contemporain de multiples politiques de dépenses publiques, de déficits, et de création monétaire, qui n'ont mené à rien. Mais cela ne fait pas la une de l'actualité.

 

Pour justifier la politique de création monétaire, les politiques de la Fed, la banque centrale des Etats Unis d'Amérique, et de la Bank of England, sont mises en avant pour expliquer la reprise économique dans ces pays. Mais on oublie que la politique de la BCE est elle aussi très accommodante. Il y a peu de différences entre la BCE et la Fed et la Bank of England. La BCE avait d'ailleurs déjà lancé un grand programme de crédit aux banques européennes, comme elle veut le refaire aujourd'hui. Par contre, les économies qui connaissent une reprise sont celles qualifiées de plus flexibles. Elles se restructurent après une crise. De plus, c'est justement ce qui manque au Japon, la fameuse troisième flèche des abenomics : des réformes structurelles. Les faits montrent donc que la politique de création monétaire ne relance pas l'économie. Mais personne n'en tirent les conclusions qui s'imposent.

 

Incohérences

La politique monétaire fait aussi preuve d'une grande incohérence. Officiellement, il s'agit d'encourager le crédit aux entreprises. Sauf que, d'un autre côté, la réglementation monétaire fait tout pour rendre désavantageux pour les banques le crédit aux entreprises.

 

En effet, depuis 1988, les banques doivent se conformer aux critères de Bâle. Ces critères décrètent ce qui est risqué ou pas pour les banques. Celles-ci ne sont donc pas libres dans leur activité. Si elles mènent une activité considérée comme risquée par les critères de Bâle, elles doivent respecter plus de contraintes, elles sont désavantagées. Les critères de Bâle favorisent l'investissement et le prêt aux entités publiques, et à l'immobilier. Et défavorisent l'investissement et le crédit aux entreprises ! L'instauration de ces critères a fait chuter la part du crédit aux entreprises (voir le graphique sur Contrepoints). Et ces critères viennent d'être durcis, pénalisant d'autant plus le crédit aux entreprises. D'un côté les autorités veulent donc encourager le crédit aux entreprises, de l'autre, elles le considèrent comme trop risqué !

 

Il n'y a ainsi aucune logique à la politique monétaire. Elle ne tient pas compte des retours d'expérience, et elle est incohérente.

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Chapitre 2: l'échange, source de la prospérité

15 Septembre 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

 

A la suite d'Adam Smith s'est développé le courant économique dit classique. Puis, vers 1870, ont débuté les courants néoclassique et autrichien. Les néoclassiques se distinguent des classiques par la méthode. Ils sont à l'origine de la première mathématisation de la théorie économique. Mais tout en gardant des points communs avec les classiques, d'où le nom de courant néoclassique. Le courant autrichien, lui, continue d'étudier l'économie comme une science humaine, comme les classiques. Jorg Guido Hulsmann considère que le courant autrichien se place dans la continuité du courant classique tandis que Jesus Huerta de Soto insiste sur les différences entre les deux écoles.

 

Ces trois courants, malgré des différences théoriques et de méthodes, ont en commun de répondre de la même façon à la question de base : d'où provient la prospérité ? La réponse : l'échange, librement consenti.

 

Chacun des courants a ses théories, du capital, du travail, etc. Mais tout aboutit à l'échange. Des moyens sont mis en œuvre, du capital et du travail par exemple, pour produire quelque chose, produit ou service, qui a pour finalité d'être échangé. Et c'est ce qu'il faut retenir pour comprendre les débats en économie. A tel point que le courant autrichien nomme l'économie catallaxie, la science des échanges.

 

Mais, surtout, ce qui justifie de se focalier sur l'échange, et non de développer en long et en large les théorie de Smith et Ricardo par exemple, comme cela est fait la plupart du temps, c'est que c'est sur ce point que se concentreront les critiques et les débats en économie. Et, encore aujourd'hui. Ce qui montre bien que c'est là le point essentiel de ces trois courants. Plus précisément, les critiques porteront sur ce que les anglais nomment la loi de Say

 

 

 

La loi de Say.

 

Adam Smith a d'abord constaté que la division du travail permettait d'être plus efficace. Chacun se spécialisant dans ce qu'il sait le mieux faire. La spécialisation implique par ailleurs l'échange. Il a également constaté que quand on laissait les gens échanger, sans intervention de l'Etat, l'économie fonctionnait bien, comme si elle était dirigée par une main invisible. Cette expression est souvent répétée et mal comprise. Selon Corentin de Salle, dans le tome 2 de La Tradition de la Liberté, Smith ne l'emploi que très peu. Elle ne signifie pas qu'il n'y a pas de règles à respecter. Elle signifie qu'il faut laisser les gens produire et échanger.

 

Mais c'est ce que les britanniques ont nommé la loi de Say qui établit le rôle central de l'échange. Cette loi de Say tient son appellation du chapitre Des Débouchésdu Traité d'économie politiquede l'économiste français Jean-Baptiste Say.

 

Celui-ci a a écrit et réécrit son traité durant la première moitié du 19ème siècle. Dans le chapitre Des Débouchés, il a constaté que le produits s'échangeaient contre des produits. L'idée étant que ce n'est pas la monnaie qui est le moteur de l'économie. Quand ils font de mauvaises affaires, les marchands disent que l'argent manque. Or, Say souligne que ce qui manque, ce sont des produits à échanger. La monnaie n'est qu'un intermédiaire. Chacun produit, et met ses produits, ou ses services, car Say, précurseur, parlait aussi des services, sur le marché. L'abondance de produits offre des occasions d'échanges, chacun échangeant ce qu'il a produit contre ce dont il a besoin, ou ce qu'il désire tout simplement. Say en veut pour preuve que les endroits les plus prospères sont ceux où sont rassemblés le plus de producteur, comme les villes.

 

James Mill, à la même époque, écrit que les marchandises s'échangent contre des marchandises. Cette idée s'impose donc en économie que ce sont des produits qui s'échangent, par l'intermédiaire de la monnaie. Et que la monnaie n'est qu'un intermédiaire. Et, aussi, que stimuler l'économie par injection de monnaie n'est d'aucune utilité.

 

Cette idée ce sont des produits qui s'échangent prend le nom de loi de Say chez les économistes anglais au 19ème siècle. Même si Say n'a pas énoncé une loi, ses propos étant écrits dans le chapitres Des débouchés de son traité, d'où l'appellation française de loi des débouchés. En fait, ce qui est appelée loi de Say par les anglais résulte d'un débat sur la possibilité d'une surproduction générale, tout au long du 19ème siècle, en Angleterrre. La question était de savoir s'il était possible que se produise une surproduction généralisée. Et donc, s'il était nécessaire de stimuler les ventes. C'est l'idée que c'est l'échange qui crée l'activité qui s'est imposée.

 

Il est bien difficile, selon Steven Kates, auteur de l'ouvrage Say's law and the keynesian révolution, de distinguer les apports de Say et de Mill dans la loi de Say. L'appellation montre le prestige de l'économiste français. Ce débat montre aussi le rôle centrale de l'idée que l'échange est le moteur de l'économie.

 

Illustration de la loi de Say.

 

Nous sommes habitués à penser que l'activité provient de la monnaie. D'autre part, l'idée que les produits s'échangent contre des produits fait penser à du troc, ce qui paraît irréaliste. Voici donc un exemple que j'ai coutume de donner pour expliquer la loi de Say.

 

Pour schématiser le fonctionnement de l'économie, imaginons un échange entre trois personnages, A, B, et C. Le personnage A, madame Alphonsine, par exemple, rend un service au personnage B, madame Berthe. En échange, madame Berthe signe une déclaration de dette à madame Alphonsine : moi soussignée madame Berthe doit un service à madame Alphonsine.

 

Madame Alphonsine, qui a besoin d'un service, fait appel au personnage C, madame Colette. En échange, madame Alphonsine remet à madame Colette la reconnaissance de dette de madame Berthe. Nous sommes dans une communauté où tous se font confiance. Madame Alphonsine ne doit donc rien à madame Colette.

 

Enfin, madame Colette a besoin d'un service que peut lui rendre madame Berthe. Elle va donc voir celle-ci, qui lui rend ce service. En échange, madame Colette lui remet sa propre reconnaissance de dette. Reconnaissance de dette qui donc est annulée.

 

Il y na donc eu production, puisque trois services ont été réalisés. Il y a eu échange, il y a eu paiement. Au final, il n'y a pas de monnaie. Pourtant, la production est réelle : trois services. La monnaie n'est pas non plus à l'origine de la production.

 

Introduisons maintenant la monnaie. Tout le monde ne se connaît pas dans la communauté, qui est par ailleurs très nombreuse. Un organisme va certifier les reconnaissances de dette. Ainsi, madame Alphonsine va porter la reconnaissance de dette de madame Berthe à cet organisme. Elle reçoit en échange l'équivalent en... monnaie! Elle échange avec madame Colette cette monnaie contre un service. Madame Colette fait de même avec madame Berthe. Qui va ensuite rembourser sa dette à l'organisme de certification.

 

Ce processus n'est pas théorique. C'est l'escompte. Les comptoirs d'escompte ont compté parmi les premières grandes banques. Les entreprises venaient escompter les traites reçues de leurs clients, et recevaient en échange de la monnaie. Aujourd'hui existe l'affacturage : des sociétés rachètent des factures contre de la monnaie. La méthode de l'escompte s'est aussi simplifiée : une banque va accorder directement un crédit à une entreprise au vu de son volume de factures en attente d'être payées.

 

Nous voyons là le rôle de la monnaie crédit (par opposition à la monnaie marchandise, comme l'est par exemple une pièce d'or) : à la fois étalon de mesure de la valeur, et instrument d'échange. Et nous voyons aussi qu'au final, la monnaie disparaît, au terme de son parcours. C'est là ce que devrait vraiment être la monnaie crédit.

 

Le rôle de la monnaie

Si les produits s'échangent contre des produits, cela ne signifie pas que la monnaie est neutre. Pour les classiques, néoclassiques et autrichiens, la monnaie est avant tout un intermédiaire d'échange. Ils ne raisonnent pas en économie de troc. Ce qu'ils écrivent, c'est que ce n'est pas de la monnaie que vient la prospérité. Comme l'écrit Jean-Baptiste Say, ce n'est pas le manque de monnaie qui explique les mauvaises affaires du marchand. Mais la monnaie a quand même une influence sur l'économie. Plus précisément, i'excès de création monétaire perturbe l'économie.

 

C'est l'économiste classique David Ricardo, au 19ème siècle, a ainsi établi qu'une création monétaire excessive pouvait créer des crises économiques. Notons qu'avant les classiques, Richar Cantillon avait déjà étudié les effets de l'afflux d'or d'Amérique du Sud en Espagne.

 

Au début du 20ème siècle, Irving Fisher a finalisé la théorie quantitative de la monnaie, selon laquelle une augmentation de l'offre de monnaie sans augmentation de la production entraîne de l'inflation.

 

Il ne faut donc pas réduire les classiques, néoclassiques, et las autrichiens au troc. Ils ont conscience de l'effet de la monnaie. Ils observent que la création monétaire ne crée pas de l'activité, mais de l'inflation.

 

L'échange, source de la valeur.

 

C'est aussi de l'échange que vient la valeur. C'est ce qu'ont établi les pères du courant néoclassiques, Willam Stanley Jevons et Léon Walras, ainsi que celui du courant autrichien, Carl Menger. Ces trois personnages sont appelés les marginalistes, car ils ont défini la théorie marginale de la valeur. Chacun l'ayant théorisée indépendamment des autres,sans aucune relation entre eux avant la publication de leurs livres, ce qui fait d'eux les cofondateurs de la théorie marginale. Jevons et Menger ont publié chacun sa théorie marginale en 1871, Walras en 1874. Jevons et Walras ont mathématisé la théorie économique, indépendamment l'un de l'autre, mais s'appuyant l'un et l'autre sur les travaux d'Augustin Cournot. Ils ont donc débuté le courant néoclassique. Tandis que Carl Menger restait fidèle à l'approche de l'économie comme une science sociale, et que lui et ses successeurs sont considérés comme ayant fondé le courant autrichien en économie.

 

Au début du 18ème siècle, avant que Smith ne publie La Richesse des Nations, Les physiocrates français voyaient la source de la valeur dans l'agriculture. Ce qui était logique, puisqu'ils vivaient dans une société agricole. L'agriculture semblait créer quelque chose, puisqu'en semant des graines on récoltait une moisson. Puis, les classiques, dont Adam Smith, ont vu la valeur dans le travail. C'est l'économie de la valeur travail. La valeur d'un produit ou d'un service dépendant à la quantité de travail qui y est incorporée. Toujours logique, cette idée correspondant à la révolution industrielle.

 

Mais le concept de valeur travail n'était pas satisfaisant. Il n'expliquait pas les différences de valeur entre deux produits nécessitant la même quantité de travail. De même, il n'apportait pas de réponse au paradoxe de la valeur : pourquoi des produits vitaux, comme l'eau, sont-ils moins chers qu'un produit comme le diamant. C'est à ce paradoxe que vont répondre les marginalistes.

 

Selon les marginalistes, la valeur dépend de l'usage marginal du produit ou du service. Chaque individu classe les usages d'un produit. Ainsi, l'eau sert à la survie, à l'hygiène, à l'irrigation, et, éventuellement, pour le pistolet à eau du petit dernier. Si seul le premier usage, vital, peut être rempli, en raison d'une pénurie d'eau, alors celle-ci vaut cher. Si l'eau est tellement abondante que le dernier usage, le pistolet à eau du petit dernier, peut être rempli, alors l'eau est bon marché. C'est en fait l'usage marginal qui détermine la valeur d'un produit ou d'un service. D'où le terme de marginalisme.

 

Il y a des différences entre les marginalistes. Ainsi, pour Léon Walras, un prix de marché est défini par tâtonnement. Il y a comme un phénomène d'enchère, qui définit un prix de marché pour chaque produit ou service. Pour Carl Menger, chaque transaction peut avoir un prix différent, pour un même produit ou service. Car la valeur est purement subjective. Cependant, dans un cas comme dans l'autre, la valeur résulte de l'échange.

 

L'aboutissement de la théorie économique, avec les les néoclassiques, successeurs des classiques, et le courant autrichien, est donc que la valeur résulte de l'échange.

 

Par conséquent, la recommandation des classiques, des néoclassiques, et des autrichiens, est de laisser chacun entreprendre. Car la prospérité découle de l'échange. Chacun met en œuvre des moyens, pour produire, dans le but d'échanger. L'Etat ne peut pas savoir ce qui est utile, ni décréter une valeur pour les produits ou services, puisque c'est de l'échange que l'utilité et la valeur dépendent. Et les stimulations monétaires créent de l'inflation et des crises. La création monétaire n'est pas le moteur de l'économie.

 

 

 

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