Analyse Libérale

Le petit manuel d'économie: qu'est-ce que l'économie?

18 Août 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

 

Chapitre 1

 

Qu'est-ce que l'économie ?

 

Dans un manuel d'économie, il est d'abord nécessaire de définir la matière étudiée. Qu'est-ce que l'économie ? Qu'est-ce qui est étudié ?

 

Pour répondre à cette question, nous nous tournerons vers les " inventeurs " de la matière. L'économie, en tant que science, est née officiellement en 1776, année de parution de l'ouvrage d'Adam Smith : Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations.

 

Selon Murray N. Rothbard, il y a eu des écrits sur l'économie dès l'antiquité grecque. Mais pas en tant que matière autonome. L'école de Salamanque, au 16ème siècle, a également traité de manière remarquable de thèmes économiques, avec par exemple Francisco de Vitoria et Luis de Molina. Mais sous un angle théologique, toujours selon Murray N. Rothbard. Selon lui, d'ailleurs, le premier économiste n'est pas Adam Smith, mais Richard Cantillon, pour son Essai sur la nature du commerce en général, écrit en 1730, paru en 1755, après la mort de l'auteur.

 

On peut aussi citer, en tant que précurseurs de l'économie les physiocrates, toujours au 18ème siècle, avec le Tableau économique de François Quesnay. Ou encore, Anne Robert Turgot, pour ses Réflexions sur la formation et la distribution des richesses, écrites en 1766, et publiées dans les éphémérides du Citoyen de novembre 1769 à janvier 1770. Adam Smith avait d'ailleurs longuement conversé avec Turgot avant d'écrire la Recherche, lors d'un voyage en France. Ce qui fait dire parfois que Turgot a influencé Smith.

 

Il y a donc eu un foisonnement au 18ème siècle. L'interrogation principale est : d'où vient la richesse ? Plus précisément, la richesse, la prospérité d'un pays. Cette interrogation est contenue dans le titre de l'ouvrage d'Adam Smith, ainsi que dans celui d'Anne Robert Turgot, grand commis de l'Etat. C'est aussi le thème de l'Essai de Richard Cantillon. De même, les physiocrates cherchent à favoriser la prospérité du pays.

 

On peut ajouter au tableau le sous-titre du Traité d'économie politiquede Jean – Baptiste Say : Simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent, et se consomment les richesses.

 

Il y a d'autres définitions de l'économie. Par exemple, celle de Lionel Robbins, selon qui l'économie est la science qui étudie le comportement humain en tant que relations entre les fins ordonnées et des ressources rares à usages alternatifs. Mais cette définition appartient déjà à une certaine conception de l'économie. On entre déjà dans la théorie économique. On trouvera différentes définitions dans différents manuels, en fonction de l'angle d'observation. Par exemple, des sociologues peuvent avoir leur propre définition de l'économie.

 

Il faut faire un choix parmi les définitions. Nous resterons ici très généraliste. Nous garderons l'approche de ceux qui ont "inventé"la matière. Leur approche recouvre deux aspects. Elle s'interroge sur l'origine de la richesse d'une société (au sens de pays, ou d'ensemble d'individus). Et, ce qui est important, elle est basée sur l'observation. Il s'agit d'observer d'où vient la richesse, et non pas de décréter d'où elle doit venir. Il y a à la fois un but, et une méthode.

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Un petit manuel d'économie - Introduction

10 Août 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Un petit manuel d'économie

 

Introduction

 

Etudier l'économie nécessite de nombreuses années d'université. Pourtant, nombre de personnes n'ayant pas suivi de telles études s'y intéressent. Parce que l'économie concerne la vie de tous les jours, et qu'elle est un enjeu électoral.

 

Il y a de bons livres d'économie. Mais ils peuvent être ardus pour le profane. De plus, il faut en lire quelques uns pour se faire une idée des différents courants. Il faut en outre connaître ces livres, pour les commander, car ils sont rarement en librairie, sauf des librairies universitaires, et encore.

 

Quant à la production littéraire courante mise en avant par les éditeurs en économie, ce n'est le plus souvent que l'expression d'une opinion, changeante, ou d'une condamnation péremptoire, sans bases théoriques. De plus, les termes et les notions économiques sont galvaudés, dans ces ouvrages comme dans les différents médias.

 

Un bon manuel d'économie, pour le profane, doit avant tout développer l'esprit critique chez le lecteur. En effet, en économie, tout discours repose sur un courant théorique. Il n'y a pas une vérité absolue reconnue par tous. Ce qui est dit à la radio, vu à la télévision, entendu, vu ou lu sur internet, tout repose sur une théorie. Même si les journalistes et autres consultants ou experts n'en ont pas conscience.

 

Il faut donc décrire les bases, qui permettent de comprendre d'où viennent les opinions, les discours, les cours que nous entendons autour de nous. Mais juste les bases, sans entrer dans les détails, pour ne pas décourager ceux qui n'ont que peu de temps et d'énergie à consacrer à la matière.

 

Je me propose d'écrire ce petit manuel d'économie pour le profane. En composant des articles sur ce blog, au fil de l'eau, en fonction de mon courage. Ce sera un manuel court, composé d'articles simples, qui sera très accessible, pour permettre à chacun de décrypter les discours des médias, des politiciens et autres banquiers centraux, de situer ces discours dans la théorie économique, et de se faire sa propre opinion. Je ne promets pas de parutions régulières. Mais je vais essayer.

 

Ce petit manuel débutera sur la définition de ce qu'est l'économie en tant qu'objet d'étude. Puis, il abordera le premier cycle, les classiques et les néoclassiques, avec une partie sur la première mathématisation de l'économie. Que le terme mathématisation ne fasse pas peur. Il s'agira d'expliquer la philosophie de cette mathématisation, sans présenter les modèles mathématiques. Ensuite, sera abordé le keynésianisme, et ses nombreuses conséquences. Seront évoqués les thèmes du socialisme et du libéralisme, si mal connus, qui ne sont pas vraiment des thèmes économiques. Pour terminer, une analyse de l'économie après la seconde guerre mondiale, et de la crise de 2008, pour illustrer à quel point les médias, et, même, les livres d'histoire, sont tributaires d'une opinion. Et ainsi inciter à la réflexion face à toute information sur l'économie. les difficultés à se faire une opinion à travers le discours des médias et, même, des livres d'histoire.

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Dégonfler le mythe de la déflation

8 Août 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Déflater le Mythe de la Déflation

Par Chris Casey, publié sur le site du Mises Institute le 2 avril 2014

 

Christopher P. Casey est Managing Director à WindRock Wealth Management.

 

La peur de la déflation sert de justification théorique à toute action inflationniste entreprise par la Réserve Fédérale et les banques centrales à travers le monde. C'est pourquoi la Réserve Fédérale vise un objectif taux d'inflation de 2%, et non de 0%. C'est en grande partie pourquoi la Réserve Fédérale a plus que quadruplé l'offre de monnaie depuis août 2008. Est c'est, remarquablement, un grand mythe, parce qu'il n'y a aucun danger ni dommage inhérent à la déflation.

 

La déflation est crainte non seulement par les partisans de Milton Friedman (ceux de la ainsi nommée école d'économie de Chicago), mais aussi par les économistes keynésiens. Le chef de file keynésien Paul Krugman, dans un article du New york Times en 2010 intitulé "Pourquoi la déflation est mauvaise", cita la déflation comme la cause de la chute de la demande agrégée puisque "quand les gens s'attendent à des prix en baisse, ils deviennent moins désireux de dépenser, et en particulier moins désireux d'emprunter."1

 

Sans doute pense-t-il que le report des dépenses dure indéfiniment. Mais nous savons d'expérience que, même face à des prix en chute, les individus et les entreprises continuent, à un certain point, d'acheter les biens et services en question. La consommation ne peut pas être éternellement repoussée. Nous voyons cela chaque jour dans l'industrie de l'informatique et de l'électronique : la valeur d'usage d'un iPhone durant les six prochains mois vaut plus que l'épargne rendue possible en retardant cet achat.

 

Un autre argument dans la diffamation de la déflation concerne les profits. Avec des prix en baisse, comment les entreprises pourront-elles en faire si les marges sont resserrées ? Mais la marge, par définition résulte à la fois des prix et des coûts. Si les coûts - qui sont après tout des prix eux mêmes - connaissent une chute de la même amplitude (et il n'y a aucune raison qu'ils ne le feraient pas), les profits ne sont pas affectés.

 

Si la déflation n'impacte ni la demande agrégée ni les profits, comment peut-elle causer des récessions ? Elle ne le fait pas. Examiner chaque période de récession depuis la Grande Dépression mènerait à cette conclusion.

 

De plus, l'expérience économique des USA durant le dix-neuvième siècle est encore plus parlante.

 

Table 1

 

Deux fois, tandis qu'elle connaissait une croissance économique soutenue et significative, l'économie américaine "endurait" des périodes de déflation de 50%.2 Mais qu'en est-il de la "preuve statistique" apportée dans l'ouvrage de Friedman (NdT : et Anna Schwartz) A Monetary History of the United States ? Une étude plus robuste a été complétée par plusieurs économistes de la Réserve Fédérale qui ont trouvé que :

 

le seul épisode pour lequel nous trouvons des preuves d'un lien entre déflation et dépression est la Grande Dépression (1929-34). Nous ne trouvons en fait aucun lien durant aucune autre période. … Ce qui est frappant c'est que presque 90% des épisodes de déflation n'ont pas connu de dépression. Dans un large contexte historique, au delà de la Grande Dépression, la notion que déflation et dépression sont liées disparaît en fait.3

 

Si la déflation ne cause pas de récessions (ou de dépressions comme on les connaissait avant la deuxième guerre mondiale), qu'est-ce qui le fait ? Et pourquoi était-elle si marquée durant la Grande Récession ? Selon les économistes de l'école autrichienne d'économie, les récessions partagent les mêmes sources : une inflation artificielle de l'offre de monnaie. Le "malinvetissement" qui s'ensuit, causé par des taux d'intérêt baissés artificiellement est révélé quand les taux d'intérêt repartent vers leur taux naturel déterminé par l'offre et la demande d'épargne.

 

Dans la récession qui en résulte, si les prêts basés sur la monnaie en réserves fractionnaires font défaut ou sont remboursés, si une banque centrale contracte l'offre de monnaie, et/ou si la demande de monnaie augmente significativement, une déflation peut se produire. Plus fréquemment, cependant, comme les banques centrales augmentent frénétiquement l'offre de monnaie dès l'approche d'une récession, une période d'inflation (ou du moins de non déflation) sera subie. Ainsi la déflation, parfois un symptôme, est injustement diffamée comme étant une source de récession.

 

Mais les banquiers centraux d'aujourd'hui ne partagent pas cet avis. En 2002, Ben Bernanke avait comme opinion qu'une "déflation soutenue peut être hautement destructive pour une économie moderne et devrait être fortement combattue".4 L'actuel présidente de la Réserve Fédérale, Janet Yellen, partage ses craintes :

 

Il est concevable que cette très basse inflation puisse se transformer en une franche déflation. Pire encore, si la déflation s'intensifie, nous pourrions nous retrouver dans une spirale dévastatrice dans laquelle les prix chutent à un rythme de plus en plus rapide et l'activité économique coule de plus en plus.5

 

Aujourd'hui amarrés à aucune contrainte d'étalon or et plombés par une dette gouvernementale massive, dans tous les scenarii possibles opposant le spectre de la déflation aux ravages de l'inflation, les préjugés et les phobies des banquiers centraux choisiront cette dernière. Ce choix est aussi inévitable qu'il sera dévastateur.

 

Publié par le Mises Institute sous licence :

1Krugman, Paul. “Why is Deflation Bad?” The Conscience of a Liberal. The New York Times 2 August 2010. http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/08/02/why-is-deflation-bad/?_php=true&_type=blogs&_r=0

2McCusker, John J. “How Much Is That in Real Money?: A Historical Price Index for Use as a Deflator of Money Values in the Economy of the United States.” Proceedings of the American Antiquarian Society, Volume 101, Part 2, October 1991, pp. 297-373.

3Atkeson, Andrew and Kehoe, Patrick. Federal Reserve Bank of Minneapolis. Deflation and Depression: Is There an Empirical Link? January 2004.

4Bernanke, Ben.“Deflation: Making Sure ‘It’ Doesn’t Happen Here.” Remarks by Governor Ben S. Bernanke Before the National Economists Club, Washington, D.C. 21 November 2002. http://www.federalreserve.gov/boarddocs/speeches/2002/20021121/

5Yellen, Janet. A View of the Economic Crisis and the Federal Reserve’s Response Presentation to the Commonwealth Club of California. San Francisco, CA 30 June 2009. http://www.frbsf.org/our-district/press/presidents-speeches/yellen-speeches/2009/june/yellen-economic-crisis-federal-reserve-response/

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