Analyse Libérale

L'éternelle question de la planche à billet.

7 Juillet 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

La naissance de la science économique est arbitrairement fixée en 1776, année de parution de l'ouvrage Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith. Pourtant, depuis lors, le débat reste le même : faut-il ou non faire marcher la planche à billet pour relancer l'économie ?

 

Les économistes ont d'abord combattu cette idée. C'est ainsi que Jean-Baptiste Say a écrit son célèbre chapitre Des débouchés, dans ses Principes d'économie politique, où il explique que les produit s'échangent contre des produits, et que ce n'est pas le manque de monnaie qui provoque de mauvaises affaires chez les commerçants. James Mills et bien d'autres démontreront la même chose.

 

Mais les politiciens ont toujours souhaité des formules magiques, qui promettent le beurre et l'argent du beurre, comme Ludwig von Mises l'écrit dans L'action humaine, en des termes plus châtiés je le reconnais.

 

Aujourd'hui ne fait pas exception à la règle. Alors que la planche à billets n'a jamais autant fonctionné en temps de paix, les gouvernements en réclament encore. Alors que les faits montrent que les économies les plus flexibles, les plus aptes à se restructurer, s'en sortent mieux, c'est toujours plus de création monétaire qui est réclamée. Alors même que durant les trente glorieuses le monde a connu une croissance sans création monétaire excessive. Alors même que les relances face à la crise des années 1970 ont échoué.

 

Rien n'y fait, encore et toujours la création monétaire est plébiscitée pour relancer l'économie. Les faits contredisent cette idée, qui n'est même pas démontrée théoriquement. Il faut reconnaître à Keynes, à ce sujet, une merveilleuse figure de rhétorique, par laquelle il s'est dispensé de démontrer ses dires.

 

Keynes écrit que les économistes qui l'ont précédé considéraient qu'il ne pouvait pas y avoir de crise, car, selon eux, l'offre crée sa propre demande. L'argent dépensé en investissements et salaires permettant de générer une demande pour les produits fabriqués.

 

Sauf que c'est faux. Les économistes, avant Keynes, envisageaient les crises, et ils n'ont jamais prétendu que l'offre créait sa propre demande.

 

Cependant, la version de Keynes s'est imposée. Version selon laquelle l'argent dépensé, en investissements et salaires, crée une demande, selon les économistes classiques et néoclassiques. Ce qui dispense Keynes de démontrer cette relation. Il peut alors, tout simplement, écrire qu'il faut amorcer la pompe, par la dépense publique, sans démontrer pourquoi la dépense créerait de la croissance. Du très grand art, il faut le reconnaître.

 

Aujourd'hui, Keynes sert de justification théorique aux appels à une relance par la création monétaire, qui ne donne pas de résultat. En fait, l'idée que la création monétaire crée de la croissance sert les politiciens avides de pouvoir. Elle leur offre un moyen miraculeux, sans aucun effort, de relancer l'économie. Le keynésianisme fait ainsi le lit du populisme.

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Inflation et bulles

6 Juillet 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

Contrepoints publie un article du Minarchiste sur l'inflation, excellent (comme tous les articles du Minarchiste), fort bien documenté. L'occasion pour moi de revenir sur le manque de logique du discours des économistes qui dominent la discipline.

 

L'inflation est un enjeu en matière de théorie monétaire. En effet, selon la théorie quantitative de la monnaie, selon les monétaristes, selon l'école autrichienne d'économie, la création monétaire entraîne de l'inflation. Or, la création monétaire par les banques centrales est devenu la principale politique économique aujourd'hui. Les banques centrales créent de la monnaie pour relancer l'économie. Et c'est ce que demande la plupart des gouvernements.

 

Ceux qui prônent la création monétaire pour relancer l'économie arguent que la création monétaire n'a pas provoqué d'inflation ces derniers temps, ce qui invaliderait les théories liant inflation et création monétaire. Cependant, le Minarchiste montre deux choses. D'abord, que les statistiques de l'inflation sont un construit, à partir de préjugés. Ainsi, un des graphiques de l'article montre que la méthodologie de la mesure de l'inflation a changé au fil du temps, ce qui a provoqué une diminution de l'inflation mesurée.

 

Le Minarchiste souligne aussi que l'inflation mesurée est la hausse générale des prix à la consommation. Pourquoi la hausse générale, et pourquoi les prix à la consommation ? Les économistes de l'école autrichienne connaissent l'effet Cantillon, selon lequel l'inflation commence par certains biens, et n'est pas à ses débuts générale. Surtout, comme le souligne le Minarchiste, l'inflation ne concerne pas uniquement les prix à la consommation. Il y a les prix de l'immobilier, les prix des actifs financiers.

 

Aujourd'hui, les prix à la consommation augmentent faiblement, au contraire de l'immobilier et des actifs financiers. Comme seuls sont considérés les prix à la consommation, on considère qu'il n'y a pas d'inflation.

 

On notera au passage qu'on ne cherche pas à savoir si les prix n'auraient pas baissé, et donc si le pouvoir d'achat n'aurait pas augmenté, et par conséquent si la consommation n'aurait pas augmenté, sans la création monétaire superflue.

 

La hausse des prix des actifs financiers et immobiliers est prise en considération. Mais on ne parle pas d'inflation. On parle de bulle.

 

Pourquoi considérer que d'un côté il y a de l'inflation, et de l'autre des bulles ? Pourquoi éviter soigneusement le terme d'inflation en matière financière, immobilière, ou tout ce qui se vend sur des marchés financiers, comme les matières premières, agricoles ?

 

Il n'y a là aucune logique. Pourquoi la plupart des économistes adoptent-ils ce discours ? A mon avis, la majorité ne se pose pas de questions. Ils prennent les indicateurs tels qu'ils sont définis. Mais pourquoi cette absence de sens critique, de questionnement, de la part d'esprits brillants, très intelligents ?

 

L'une des explications avancées dans les milieux libéraux est que les économistes sont au service du prince, et diffusent les théorie qui plaise au prince. Effectivement, la plupart des économistes dépendent des subsides publics. Il est frappant de constater que le débat est en fait permis grâce au système des think tanks aux USA, qui permettent une certaine pluralité. Ludwig von Mises, dont les théories ne sont pas en faveur du pouvoir des politiciens, vivait notamment grâce aux séminaires qu'il organisait.

 

Or, le discours des économistes sert totalement les intérêts des politiciens. Ils ont dû intégrer l'idée que la la création monétaire pouvait induire une augmentation des prix à la consommation, car la lutte contre l'inflation a été une réalité dans les années 1970 et 1980. Mais dès qu'il s'agit des prix de l'immobilier, des actifs financiers, des matières premières, il est question non d'inflation, mais de bulle.

 

Et on remarquera qu'on ne lie jamais ces bulles à la politique monétaire. On accuse les marchés financiers, cet ennemi sans visage qu'est la finance. En réponse, on réclame plus de réglementation. Plus de pouvoir pour les politiciens. Ce qui provoque de nouvelles bulles.

 

On remarquera aussi que jamais on ne remet en question les politiques monétaires. Elles sont forcément bonnes, et ce sont forcément les marchés financiers les grands méchants. Si on les remettait en cause, on enlèverait un pouvoir attribué aux politiciens, celui de relancer l'économie, grâce à la magie de la création monétaire.

 

Est-ce que le système met en avant des économistes favorables aux politiciens ? Est-ce la raison du manque de logique la plupart du temps du discours économique ? Du refus du questionnement, pourtant à la base de toute science ?

 

 

 

 

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