Analyse Libérale

Les aberrations du discours économique

29 Juin 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Humeur

 

L'économie se veut une science. Elle se pique d'utiliser des outils mathématiques complexes, d'utiliser des méthodologies basées sur l'observation de la réalité, déterminant des lois comme la physique. Elle se gausse aujourd'hui des anciens économistes, qui n'utilisaient pas les mathématiques, et n'y fait pas références, ne les connaissant pas. Sûr d'eux, les économistes écrivent des articles péremptoires, devenant même des vedettes, comme le si célèbre Paul Krugman.

 

Pourtant, le discours des économistes est tellement en contradiction avec la réalité, qu'il apparaît plus comme celui d'une croyance, d'une secte, qui veut à tout prix imposer son idéologie.

 

Ainsi, le discours dominant est que nous sommes passés, depuis les années 1980, à une politique économique dominée par ce qui est appelé le néo-libéralisme, sinon l'ultra-libéralisme. En particulier, le keynésianisme, et son concept de relance par la dépense publique a été abandonné. Les politiques actuelles sont des politiques d'austérité, et, la crise montre qu'il faudrait revenir à une politique keynésienne, pour relancer la croissance.

 

Sporadiquement est même dénoncé une loi de 1973, dite loi Rothschild, qui interdirait à la banque centrale de financer les dépenses de l'Etat. Comme est dénoncée l'austérité de l'Europe, et plus particulièrement de l'Allemagne.

 

Ces critiques sont paradoxales. En effet, jamais, en temps de paix, les dépenses publiques et les déficits n'ont été si élevés, jamais la politique monétaire n'a été aussi accommodante, et, surtout, jamais les règles qui régissent l'économie mondiale n'ont été aussi keynésiennes. Jamais les Etats n'ont eu autant de latitude pour dépenser, jamais la dépense n'a été à ce point érigée comme moteur de l'économie. Et, finalement, jamais la politique économique n'a été aussi dirigiste, à part dans les Républiques Socialistes.

 

C'est à travers la politique monétaire que s'impose ce keynésianisme. Celle-ci a profondément évolué depuis l'après deuxième guerre mondiale, pour devenir un instrument de politique keynésienne.

 

Après la seconde guerre mondiale, ce sont les accords de Bretton Woods qui régissaient les monnaies. Le principe était celui des parités fixes par rapport au dollar. La valeur de chaque monnaie était déterminée par rapport au dollar. La valeur du dollar étant également fixe, déterminée par une certaine quantité d'or. C'était une sorte d'étalon or inversé.

 

Concrètement, ce système limitait la création monétaire. Les USA devaient avoir de l'or pour créer de la monnaie. Les autres pays devaient avoir des dollars pour créer de la monnaie. Bien sûr, la relation n'était pas stricte. Il pouvait y avoir création monétaire dans un pays, mesurée, même si les réserves en dollars n'augmentaient pas. Mais le système imposaient des limites, qui empêchaiet de trop grands déficits publics.

 

Imaginons qu'un pays comme la France se lance dans une politique de dépenses publiques. Ce qui entraîne des achats à l'étranger, ne serait-ce que pour les matières premières. Ces achats sont réglés en dollars. Les réserves de changes deviennent insuffisantes, et c'est la crise monétaire.

 

Cet exemple n'est pas un cas d'école. La France a ainsi connu plusieurs dévaluation dans les années 1950-1960. Aujourd'hui, ces dévaluations sont considérées comme une politique de relance. Or, cela n'a jamais été le cas. Les dévaluations étaient un symptôme : le pays vivait au dessus de ses moyens. Il fallait donc opérer ce qu'on appellerait aujourd'hui un plan d'austérité. Sans compter que les prix augmentaient du fait de l'augmentation des prix des matières premières. Cela se voyait moins qu'aujourd'hui, car la France était en pleine période de rattrapage économique, et que les prélèvements étant inférieurs aux niveaux actuels, il y avait plus de marges pour les augmenter.

 

Les accords de Bretton Woods tiraient les conséquences de la crise de 1929. Le protectionnisme et les dévaluations compétitives avaient aggravé cette crise. Le monde ne s'était d'ailleurs pas remis de la Première Guerre Mondiale, qui avait été financée par la création monétaire, et avait détruit la stabilité monétaire qui l'avait précédée. Bretton Woods était une tentative de retrouver cette stabilité.

 

Mais les accords de Bretton Woods ont été rendus caducs par les USA, qui ne les ont pas respectés. Aujourd'hui, nous sommes dans un système de changes mobiles. Ce qui signifie que la création monétaire n'est plus contrainte par la quantité d'or détenue par la banque centrale américaine, ou la quantité de dollars détenue par les banques centrales des autres pays.

 

Par conséquent, les banques centrales peuvent manipuler les taux d'intérêt comme elles le veulent. Ce qui permet à la banque centrale des USA, la Fed, de baisser les taux d'intérêet pour soutenir la croissance. Ce que fait également la banque centrale européenne, au mépris de son mandat. Cela n'était pas possible avec les accords de Bretton Woods, sauf pour la Fed. C'est parce que la Fed a laissé la création monétaire s'emballer que ces accords sont devenus caducs.

 

D'autre part, l'activité des banques est contrainte par les critères de Bâle. Ces critères décident de ce qui est risqué et de ce qui ne l'est pas. Ainsi, les crédits aux Etats, ou les placements dans des obligations d'Etat, sont considérés comme sans risque. En deuxième position vient l'immobilier, comme par hasard à l'origine d'une bulle aux USA, et de la crise actuelle. L'investissement dans les entreprises, ou le crédit aux entreprises, est au contraire considéré comme risqué. Si une banque accorde un crédit à un secteur considéré comme étant risqué, ou achète des titres financiers d'une entreprise classée à risque, elle doit disposer de plus de fonds propre que si elle investissait dans des secteurs considérés comme moins risqués par la réglementation. Ce qui diminue sa rentabilité. Les banques sont donc fortement incitées à mettre de l'argent dans les obligations d'Etat. Ajoutons que les agences de notations sont également obligées de tenir compte des critères de Bâle, puisque ceux-ci leur donnent leur rôle actuel.

 

Nous avons donc une réglementation qui favorise la dépense. D'un côté une banque centrale libre de manipuler les taux d'intérêt à sa guise, et donc de les baisser pour relancer l'économie. De l'autre une réglementation qui favorise l'endettement des Etats. Jamais, en période de paix, les Etats n'ont pu s'endetter autant sur une longue période.

 

Notons aussi cet autre paradoxe, à savoir que nous avons connu après la deuxième guerre mondiale une période de croissance alors que la création monétaire était contrainte. Pourtant, on nous serine aujourd'hui que la création monétaire est la clef de la croissance. Encore un exemple de la déconnexion des économistes vis-à-vis de la réalité.

 

Toutes les règles qui régissent la monnaie sont orientées vers la dépense publique. Tout est fait pour favoriser la dépense publique. Et la politique monétaire est devenue l'alpha et l'oméga de la politique économique. Les banques centrales pensent contrôler l'économie, en accélérant la croissance ou en la ralentissant, via les taux d'intérêt (voir l'article Le keynéso-monétarisme).

 

Existe-t-il encore une science économique ? Le débat est trop politisé. Et les politiciens aiment les solutions faciles. Ceux qui proposent ces solutions faciles, et des boucs émissaires ont ainsi de beaux jours devant eux.

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Quand la régulation devient folle...

10 Juin 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

Dans l'actualité ces dernières semaines, il a été question, entre autre, de la limitation des bonus dans les banques, des critiques de la présidente du FMI contre les banques, et de la politique monétaire agressive de la BCE. Toutes ces mesures ou réflexions se veulent en lien avec la crise. Il s'agit d'empêcher une nouvelle crise, et de sortir de celle dans laquelle nous sommes empêtrés.

 

Seulement, en écoutant nos régulateurs,on peut se demander sur quelle planète ils vivent. En effet, quand on connaît les mécanismes qui ont mené à la crise, on constate qu'ils font tout pour provoquer de nouvelles crises, plutôt que pour les prévenir. Enfermés dans une idéologie, ils ne tirent aucunement les conséquences de la crise actuelle. Il faut dire, c'est vrai, qu'en tirer les conséquences signifierait reconnaître leurs erreur.

 

Quelles sont les leçons à tirer de la crise ? Pour ce faire, il faut d'abord rappeler l'enchaînement qui a mené à cette situation. Puis, d'isoler ce qui a mené à cet enchaînement. Enfin, de souligner ce qu'il ne faut pas faire pour éviter de reproduire la même situation.

 

L'enchaînement qui a mené à la crise.

La crise provient de l'utilisation du crédit immobilier pour soutenir la croissance aux USA. Les taux d'intérêt ont été maintenus bas longtemps, à partir de 2002. Parallèlement, les conditions d'obtention d'un crédit immobilier sont devenues moins contraignantes. Ce qui a provoqué un boom immobilier, avec deux conséquences.

 

D'abord, le secteur de l'immobilier a vu ses effectifs augmenter. Les mises en chantier se multipliaient, il fallait de la main d’œuvre. Ce qui était favorable à la croissance de l'économie.

 

Ensuite, l'augmentation des prix de l'immobilier permettait aux propriétaire de contracter un crédit hypothécaire supplémentaire, même s'ils devaient déjà en rembourser un, basé sur l'augmentation de la valeur de leur maison. L'argent ainsi obtenu servait aux dépenses de consommation.

 

Ainsi, le crédit soutenait la croissance américaine, en soutenant le secteur de l'immobilier et la consommation. Les économistes s'accordaient majoritairement pour dire qu'il s'agissait d'un cercle vertueux : le crédit alimente la consommation, ce qui alimente l'emploi, ce qui alimente la consommation et permet de rembourser les crédits, et ainsi de suite. Un cercle vertueux keynésien.

 

Puis, les prix de l'immobilier sont montés tellement haut, que le marché s'est stabilisé. Dans le même temps, les emprunteurs ont commencé à avoir des difficultés à rembourser leurs crédits. Ils ne pouvaient plus contracter de nouveaux crédit hypothécaires, car la valeur de leur maison ne montait plus. Un cycle inverse s'est donc enclenché : la croissance n'était plus tirée par le crédit, mais au contraire la baisse de la valeur de l'immobilier entraînait une baisse des dépenses de consommation, et une récession.

 

Les difficultés des emprunteurs à rembourser ont également entraîné une crise financière. Les banques devaient classer en crédit douteux des crédits qui auparavant étaient considérés comme sûr. D'autre part, certains crédits avaient été titrisés, c'est-à-dire transformés en titres financiers, et vendus à d'autres banques ou d'autres établissements financiers comme des titres sans risques. Ils sont devenus des titres à risques, puisque les emprunteurs ne remboursaient pas forcément.

 

Les causes de la crise

Le crédit s'est développé car les taux d'intérêt étaient bas. Ces taux sont contrôlés par la banque centrale US, la Réserve Fédérale. Celle-ci avait décidé de les maintenir bas pour relancer l'économie US. Les économistes étaient favorable à une bulle immobilière. Pour s'en convaincre, voici un articlequi rappelle que le célèbre économiste keynésien, et prix Nobel, Paul Krugman, appelait en 2002 à la création d'une bulle immobilière. J'aime bien mettre des liens vers cet article, et j'encourage tout le monde à le faire aussi. Il montre que la bulle immobilière était volontaire, et que les économistes keynésiens sont favorables à ce genre de bulle, même s'ils les dénoncent quand elles éclatent.

 

Le crédit immobilier s'est aussi développé en raison de la réglementation bancaire. Le secteur bancaire est en effet hyper régulé. C'est le régulateur qui décide de ce qui est risqué ou non, en l'occurrence le Comité de Bâle. Plus un crédit, ou un titre financier, est considéré comme risqué, plus la banque doit détenir de fonds propre, ce qui, en clair, détériore sa rentabilité. Le Comité de Bâle a décrété que les crédits aux Etats, ou les titres émis par les Etats, étaient sans risque. Le crédit immobilier arrive en deuxième position des activités les moins risquées. Ce qui explique pourquoi les banques ont prêté largement aux USA pour les prêts immobiliers. La réglementation les y encourageait. Guillaume Nicoulaud propose d'ailleurs sur Contrepoints un graphiquetrès intéressant qui montre les conséquences des critères de Bâles sur le crédit aux entreprises.

 

Ajoutons que le Comité de Bâle a donné aux agences de notation leur rôle actuel. Auparavant, ces agences conseillaient les investisseurs. Le Comité de Bâle les a intronisées comme référence des emprunteurs. Ceux-ci sont obligés d'être notés s'ils veulent bénéficier de conditions d'emprunt favorables sur les marchés financiers. Ces agences ne sont pas des boîtes noires ainsi qu'elles ont été dénoncées. Elles respectent les règles du comité de Bâle. C'est logiquement qu'elles ont bien noté des titres dit subprime, car ils étaient adossés à de l'immobilier.

 

Dans cette course à la croissance à crédit, le gouvernement des USA a joué l'escalade. Dans ce pays, les crédits hypothécaires sont rachetés ou garantis par deux agences contrôlées par le gouvernement, Fannie Mae et Freddy Mac. Pour développer le crédit, les gouvernements successifs ont permis à ces agences de racheter des crédits plus risqués.

 

De plus, le gouvernement US a agi pour l'accès au crédit des plus défavorisés, avec le Community Reinvestment Act.

 

Ajoutons que les pays les plus touchés par la crise ont aussi eu des autorités qui ont encouragé la croissance à crédit. Comme l'Espagne, dont les caisses régionales, contrôlées par des potentats locaux, finançaient l'immobilier. Ne parlons pas de la Grèce, dont les comptes publiques n'étaient pas sincères.

 

Les leçons de la crise.

La crise provient donc de l'encouragement du crédit par les autorités monétaires, Réserve Fédérale et gouvernement, et de la régulation bancaire en matière de risque.

 

La régulation bancaire décrète ce qui est risqué et ce qui ne l'est pas. Or, dans la vraie vie, l'évaluation du risque n'est pas figée, et elle est aléatoire. Ce qui est sans risque aujourd'hui peut le devenir demain. Il peut y avoir une incertitude, des activités étant considérées comme risquées par certains, sans risque par d'autres, sans qu'on puisse avoir de certitudes.

 

La régulation est donc complètement inadaptée. Il n'est pas possible de décider a priori, par décret, par règlement, de ce qui est risqué ou non en économie. Par son inadaptation, la régulation en vient à favoriser les crises, en empêchant une véritable régulation du risque.

 

Mais comment éviter que les banques, aguichées par l'appât du gain, ne prennent trop de risque et ne créent de risques systémiques ? Et mettent en danger les dépôts des épargnants ? Assurément, la réglementation actuelle n'est pas la solution, car même les dépôts ne sont plus protégés, comme on l'a vu à Chypre.

 

Un autre moyen reposerait sur la responsabilité et la transparence. La responsabilité suppose que la baque soit libre de décider de ce qui est risqué ou non. Mais qu'elle assume les risques, sans être protégée de la faillite par une banque centrale ou une autre autorité monétaire.

 

Quid de l'épargne des déposants ? D'abord, soulignons que les dépôts ne sont d'ores et déjà plus en sécurité, pouvant être ponctionnés en cas de coup dur. La solution existe pour mieux les protéger. L'économiste Jesus Huerta de Soto rappelle, dans Monnaie, crédit bancaire, et cycles économiques, que le dépôt auprès d'une banque est aussi un contrat juridique. Le déposant peut donc décider de ce qui sera fait de son argent. Plutôt que d'être mis dans un vaste pot commun dans lequel la banque se servirait à loisir, les dépôts pourraient être logés dans des fonds de placement, aux objectifs bien définis. Les comptes de dépôt auraient la garantie de n'être placés qu'à très court terme, pour garantir la sécurité et la liquidité. L'épargne plus longue serait placée en fonction des desiderata des déposants. Les risques pris par les déposants et ceux pris par la banque, pour compte propre, serait bien isolés.

 

La deuxième leçon de la crise, c'est que l'idée que le crédit peut être utilisé pour relancer la croissance a montré sa nocivité. En fait, le crédit, par essence, n'est pas contra-cyclique : il ne peut pas être utilisé pour inverser un cycle économique. L'expérience montre qu'il est pro-cyclique, c'est-à-dire qu'il favorise les excès. Par exemple, aujourd'hui, dans un environnement incertain, les taux d'intérêt bas en Europe, et la politique ultra-accommodante de la BCE, ne provoquent pas une forte augmentation du crédit aux entreprises. Parce qu'il y a un risque, qui est globalement reconnu par la communauté financière. Par contre, si aucun risque n'est perçu, on assiste à un emballement du crédit, comme dans le secteur immobilier avant la crise aux USA.

 

Conclusion : l'aveuglement idéologique.

Aucune leçon n'a été tirée de la crise. La régulation bancaire suit touours la même logique de définir les risques a priori, et encourage à l'irresponsabilité des banques avec l'aléa moral, c'est-à-dire en garantissant qu'une banque trop grosse ne pourrait pas faire faillite. Parallèlement, les banques centrales comptent toujours sur le crédit, sur la création monétaire, pour soutenir l'économie, encourageant ainsi les bulles et préparant les crises. Les faits montrent l'ineptie d'une telle politique, et pourtant elle est menée avec obstination. Ce qui laisse à penser que la régulation est devenue folle.

 

 

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