Analyse Libérale

Libéralisme et individualisme

8 Mai 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

Le libéralisme est généralement dénoncé pour son individualisme. Il privilégierait l'égoïsme au détriment du collectif. Pourtant, le libéralisme a pour objet la vie en société. Plus précisément, la vie dans une grande société, dans laquelle la plupart des gens ne se connaissent pas, mais doivent vivre ensemble, par opposition à la tribu, qui vit en autarcie (cf par exemple Hayek, Droit, Législation et Liberté). L'idée du libéralisme est de vivre ensemble dans le respect d'autrui. Et c'est aussi l'idée que chacun est un être pensant et autonome, libre de ses choix.

 

La critique du libéralisme se base d'abord sur une opposition entre individualisme et collectivisme sans aucun fondement. D'autre part, elle confond collectivisme et dirigisme.

 

Les libéraux sont accusés de privilégier une approche égoïste de la société pour des raisons méthodologiques. En effet, ils privilégient l'individualisme méthodologique. Cette méthode consiste à commencer l'étude de la société par son élément de base, l'individu, comme on décortique les éléments en physique, chimie, ou biologie. Ce n'est pas une apologie de l'égoïsme. Cette méthode s'oppose au holisme, qui privilégie une approche globale. Par classes sociales par exemple. Notons que l'individualisme méthodologique permet de prendre en compte les influences de groupes sur chacun, tandis que le holisme réduit l'être humain à un stéréotype de groupe. Et qu'il est absurde de crier à l'égoïsme pour une question de méthodologie.

 

Le principe de liberté individuelle, défendu par les libéraux, est également critiqué comme favorisant l'égoïsme par rapport au collectif. C'est négliger le fait que le principe de liberté individuelle suppose de respecter la liberté... des autres. La première règle découlant du principe de liberté est celle de non agression : personne n'a le droit de contraindre quiconque par la force. Le libéralisme, c'est le respect des libertés, ce qui est la même chose que le respect de la liberté. En conséquence, une société libérale est une société de compromis permanent, chacun devant tenir compte d'autrui. Ce qui construit une société au plus proche de l'intérêt de tous. Mais chacun doit faire des efforts pour tenir compte des autres.

 

Ainsi, le libéralisme respecte l'intérêt collectif, en tant que compromis entre les intérêts de chacun. Dans ce cas, pourquoi le critiquer au nom de l'intérêt collectif ? La question est en fait celle de l'intérêt collectif en lui même. Qui doit en décider ? Les libéraux considèrent que chacun est libre de suivre ses intérêts, en tenant compte de ceux d'autrui. Ce qui aboutit à des compromis. Les anti-libéraux décrètent UN intérêt collectif, qui doit s'imposer à tous. Ce n'est plus de l'intérêt collectif, mais du dirigisme. Frédéric Bastiat écrivait que «L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.» Aujourd'hui, l'Etat n'est-il pas devenu un lieu de rapport de force, où chaque lobby, association, et autres ONG essaie d'imposer sa volonté ? Et donc de diriger les gens ? Qu'est-ce que l'intérêt collectif pour les anti-libéraux, sinon l'intérêt décrété par une faction, un groupe, des dirigeants politiques, qui, au final souhaitent diriger les gens ? Pour les libéraux, c'est l'ensemble des compromis entre chacun.

 

Le libéralisme se caractérise par une haute idée de l'être humain. C'est pourquoi il rejette le dirigisme. Chacun doit disposer de son libre arbitre, de son pouvoir de décision, de sa responsabilité. Ce qui est un idéal difficile à qui n'y est pas préparé. Alexis de Tocqueville souligne la difficulté à assumer sa liberté. Et comme on peut préférer l'asservissement, mais qui nous promet le bien être (voir à ce sujet ce superbe texte sur le site de l'Institut Coppet). Paradoxalement, cette tendance à demander une protection est considérée comme de l'individualisme par Alexis de Tocqueville. Ce que les anti-libéraux vénèrent comme l'opposé de l'individualisme , à savoir qu'un Etat dirige la société sous tous ses aspects, est considéré comme un encouragement à l'individualisme par Alexis de Tocqueville, pour qui ce système signifie que chacun peut chercher à protéger son propre avantage.

 

Ainsi, le libéralisme n'oppose pas l'individualisme au collectif. Il réfléchit à la vie en collectivité. Mais dans le respect de l'être humain, et non dans le dirigisme. Il n'y a pas de débat entre libéralisme et collectivisme, mais entre libéralisme et dirigisme. Entre l'idée que l'être humain doit être formaté et dirigé, et celle selon laquelle l'être humain est un être pensant, autonome, libre et responsable de ses actes.

 

 

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Economie, socialisme, et libéralisme.

7 Mai 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

Le libéralisme est rejeté en tant que doctrine économique, au motif qu'il favoriserait les riches et l'oppression des faibles. Sauf que le libéralisme n'est pas une doctrine économique. Les sources de réflexions des libéraux n'ont pas forcément écrit sur l'économie, que ce soit, par exemple, Etienne de la Boétie, Alexis de Tocqueville, ou Benjamin Constant. Et l'une des figures les plus connues du libéralisme, de par son prix Nobel, Friedrich August Hayek, est plus connue pour ses livres La route de la servitude et Droit, législation et liberté, dont le sujet principal n'est pas l'économie, que pour Prix et production, un de ses principaux ouvrages en économie.

 

L'objet du libéralisme, ce sont les principes d'une société libre. Comment organiser la société pour que chacun soit libre et autonome. L'économie, c'est de la technique. Les libéraux approuvent l'économie de marché, parce que ça marche. Mais ils ne condamnent rien en la matière. Les gens peuvent très bien choisir le collectivisme. Cela ne pose aucun problème aux libéraux.

 

Par contre, n'importe qui est libre de critiquer et de sortir du collectivisme. Le collectivisme ne doit pas être imposé. Il doit être choisi par chacun qui y est impliqué. Chacun doit rester libre et bénéficier de son libre arbitre.

 

C'est le socialisme qui focalise le débat sur l'économie. Le socialisme repose sur trois piliers. C'est une promesse économique d'avoir plus. Cette promesse est totalement absente du libéralisme. Cette promesse passe par une transformation sociale de la société. Que ce soit le fouriérisme ou le marxisme, le socialisme tend vers l'homme nouveau. Dans la société socialiste, tout le monde vivra en harmonie, car tout le monde pensera de la même manière. Pour le marxisme, c'est la société sans classe. C'est par le dirigisme que la société aboutit à ce monde idéal.

 

Notons que cette marche vers la société idéale peut se faire par la force. C'est le concept de révolution. Le socialisme justifie la force car il considère qu'il y a une vérité, un monde idéal.

 

La différence entre le socialisme et le libéralisme n'est donc pas économique, c'est le dirigisme. Le socialisme considère que l'être humain doit être dirigé. Le libéralisme considère qu'il faut développer le libre arbitre de chacun. Que chacun doit pouvoir vivre comme il l'entend, en respectant autrui, et que c'est ainsi que se construit la société.

 

Le libéralisme s'interroge donc sur les règles qui doivent réguler la société, sur leur source. Il considère par exemple qu'une minorité, même si elle est la plus importante, ne doit pas imposer sa volonté à quiconque. Que même une majorité doit respecter les autres. Le libéralisme est basé sur la protection de chacun. Tandis que le socialisme cherche à imposer un comportement, un mode de vie.

 

Ce sont deux conceptions de l'être humain. D'un côté, une sorte d'enfant, à qui on doit dire ce qu'il doit faire. De l'autre, l'idée que chacun est un être qui a le droit de décider de sa vie. Et qui est responsable.

 

La conséquence première du libéralisme étant le principe de non agression : chacun doit respecter la liberté d'autrui. De cette règle découle les autres, et la société est régulée. Par exemple, le respect de la liberté d'autrui implique l'interdiction de chercher à obtenir quelque chose par la force. Cela implique la liberté d'expression.

 

On remarquera que le monde idéal du socialisme n'est pas précisé. Par conséquent, tous le monde peut chercher à imposer SA vérité, par l'intermédiaire de la puissance publique. Celle-ci, quelle que soit sa forme, Etat, collectivité locale, banque centrale, agit en fonction des intérêts de la faction qui a réussi à s'imposer, et qui use de cette même puissance publique pour perdurer. Ces factions peuvent être des intérêts économiques, des associations, des ONG, etc.

 

C'est contre cela que se bat le libéralisme. Personne n'a le droit d'imposer sa volonté à autrui. Chacun doit poursuivre ses buts en respectant ceux d'autrui, et en respectant autrui.

 

Nous sommes bien loin d'un tel monde. Au nom de la démocratie, il est admis que la puissance publique contrôle tout. Comme le montre bien l'inflation législative et réglementaire. Il y a juste quelques interrogations parfois. Est-ce que les partis sont représentatifs ne sont-ils pas trop éloignés des gens. Ou quand des gens se demandent si l'Etat ne veut pas imposer la doctrine sociale du genre.

 

Il est ainsi absurde de condamner le libéralisme comme une doctrine économique d'exploitation. Car le sujet n'est pas l'économie. Le sujet est l'idée que l'on se fait de l'être humain. Est-ce que c'est quelque chose qui doit être dirigé, formaté, pour son propre bien, par une élite supérieur, dictatoriale ou élue ? Ou est-ce un être pensant, autonome, capable de faire des choix, de prendre des décisions, et dont la société doit respecter la nature, et, même favoriser son développement et son épanouissement ? Le sujet, finalement, c'est la nature de l'être humain.

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Des inégalités

2 Mai 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Humeur

 

Les inégalités sont à nouveau le sujet de l'actualité. La thèse développée est l'éternelle antienne marxiste selon laquelle le capitalisme est l'exploitation de l'homme par l'homme. Bien sûr, les économistes défendant cette thèse vous diront que non, ils ne sont pas marxistes. Pourtant, le postulat est toujours le même : l'économie de marché favorise les riches. Tout irait mieux dans le monde si on prenait l'argent des riches.

 

Une telle thèse ne relève pas de la science mais de la croyance. Il faut abandonner tout esprit critique et tout bon sens pour la défendre. D'abord, parce que le développement du capitalisme a permis le développement de cette fameuse classe moyenne. On le voit encore aujourd'hui dans les pays qui s'ouvrent au capitalisme, dont notamment la Chine. Ensuite, les pays les plus inégalitaires sont les pays socialistes. Dans l'ex-bloc de l'Est, il y avait officiellement l'égalité des conditions de vie pour tous. Sauf que ceux qui avaient une parcelle de pouvoir profitaient de conditions de vie incomparablement meilleures, et pouvaient, par exemple, s'enrichir grâce au marché noir. Les Castro à Cuba ne sont ainsi pas à plaindre, au contraire du peuple cubain. Ceux qui dénoncent le plus les inégalités veulent les remplacer, pas les supprimer.

 

Mais la plus grande absurdité d'attribuer les inégalités à l'économie de marché est de considérer que nous sommes en économie de marché, que nous vivons une époque de libéralisme débridé. Si nous comparons notre époque à celle de l'après guerre, le recul de l'économie de marché est ainsi patent.

 

En France, la dépense publique est passée d'un peu plus d'un tiers du PIB à plus de la moitié. Ce qui signifie que l'Etat contrôle plus de la moitié des revenus. Le mouvement d'augmentation de la dépense publique est commun dans tout l'occident, à des degrés divers, même aux USA. Le code du travail est devenu de plus en plus compliqué, et, surtout, la création monétaire est totalement administrée de nos jours, alors qu'elle était rationnée après guerre.

 

Voyons d'où viennent les inégalités aujourd'hui. Il y a d'abord l'éducation, en France, totalement étatisée. Aujourd'hui, le niveau en la matière dépend du milieu social. Malgré les milliards dépensés, malgré la baisse des effectifs d'élèves, rien n'y fait. Ajoutons une insertion professionnelle problématique car, par idéologie, les formations ne sont pas forcément adaptées au monde du travail. Ainsi, alors que des pays comme l'Allemagne, ou la Suisse, mettent en avant la formation professionnelle, avec succès, la France a réduit le budget de l'alternance. L'échec de l'éducation étatisée a été admis aux USA, en Grande-Bretagne et en Suède, qui développent des Charter Schools, ou le système de voucher. C'est-à-dire que les écoles sont privées, financées par l'Etat, mais pouvant aussi avoir d'autres subsides.

 

Les inégalités proviennent également de la politique monétaire. Les banques centrales contrôlent totalement les taux d'intérêt. L'activité des banques est elle très encadrée par les critères de Bâle. Les banques centrales maintiennent les taux d'intérêt bas pour soutenir les marchés financiers et immobiliers.La politique de la bulle est recommandée par les économistes "mainstream". Ce qui a pour effet de favoriser ceux qui ont un patrimoine financier ou immobilier. Il est totalement logique que ces dernières années ceux-ci voient leurs revenus augmenter. Mais le libre marché n'a rien à voir dans cette augmentation.

 

Ajoutons que les pourfendeurs de l'économie de marché ne proposent aucun autre système de création de richesse. Le marxisme promet le paradis quand tout le monde pensera de la même manière, à tel point que les Etats n'existeront plus. Le keynésianisme mené dans les années 1970 a sans contestation échoué à relancer l'économie.

 

Curieusement, les pourfendeurs des inégalités n'en étudient pas les causes, et ne font pas la promotion des remèdes qui font leurs preuves, comme l'économie de marché en Chine. Ils "oublient" les profondes inégalités qui existaient dans les pays socialistes, et qui existent toujours quand le politique est trop envahissant. La Chine est justement engagée dans un processus anti-corruption, tant le problème est patent.

 

Pour réduire les inégalités, attaquons nous aux vrais causes : donner sa chance à chacun, sans entraves et sans dérégler l'économie.

 

NB: à propos de l'égalité, un lien vers une citation toujours d'actualité.

 

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Le complot néolibéral

1 Mai 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

Le terme néolibéralisme est né en août 1938, quand Walter Lippman a rassemblé à Paris 26 intellectuels européens pour une refondation du libéralisme. Depuis, le néolibéralisme est agité comme un chiffon rouge par tous les dirigistes qui stigmatisent ainsi ce qui n'est pas dirigiste. Le colloque de Lippman est parfois décrit comme un complot visant à appliquer un "ultra-libéralisme débridé" à travers le monde.

 

L'idée de complot est très marxiste. Cette idéologie n'hésitant pas à prôner la force, la "révolution", pour s'imposer. Ce que montre le colloque de Lippman c'est d'abord que le libéralisme était déjà faible en 1938. Ensuite, il n'y a pas vraiment eu d'application. Les échecs des politiques keynésiennes, dans les années 1970, et l'effondrement des économies socialistes de l'Est, ont fait que certains gouvernements se sont inspirés des thèses d'économistes libéraux. Ainsi en est-il de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan. Mais le dirigisme n'a pas reculé, du moins en occident. Au contraire, les banques centrales détiennent aujourd'hui le pouvoir absolu sur les monnaies, et s'en servent pour mener des politiques économiques, qui ont conduit à la crise actuelle.

 

Mais, surtout, le colloque de Lippman enferme le libéralisme dans l'économie. Ce qui n'est pas son essence, son origine première. Par exemple, l'une des figures les plus connues de ce colloque, Friedrich August Hayek, est plus connu pour ses ouvrages La route de la servitude et son magnus opus Droit, législation et liberté que pour ses ouvrages d'économie, tels que Prix et production. Dans Droit, législation et liberté, Hayek tente de définir les principes d'une constitution qui garantirait la liberté à chacun. Il s'inscrit ainsi dans la lignée d'Alexis de Tocqueville, qui avec son ouvrage De la démocratie en Amérique s'interrogeait aussi sur la liberté, ou encore Benjamin Constant.

 

Les libéraux s'intéressent d'abord à la place de l'être humain dans la société, et à la promotion de son épanouissement. Comment organiser une société de façon telle que chacun soit libre, mène sa vie, et ait la possibilité de s'épanouir, qu'il utilise ou non cette possibilité.

 

Une telle réflexion est aujourd'hui absente. Elle serait pourtant utile. Aujourd'hui, l'Etat est devenu un état policier, au nom de la sûreté, ainsi que le terrain de jeu des lobbys, des associations et autres ONG qui veulent imposer leurs opinions. Une année on considère qu'un troisième opérateur mobile est nécessaire pour les utilisateurs, une autre on condamne un quatrième opérateur malgré les bénéfices pour les usagers. Et comment faire cohabiter les adeptes de la doctrine sociale du genre avec ceux qui s'y opposent ? Faut-il imposer une doctrine sociale ? C'est là le domaine de réflexion du libéralisme.

 

Le libéralisme a aussi le mérite de remettre l'être humain au centre de la réflexion. Quels sont ses droits, et le rejet de l'oppression, sous toutes ses formes.

 

Un nouveau colloque de Lippman serait donc souhaitable. Un véritable colloque libéral, qui s'empare de tous les sujets de sociétés. C'est ce que devraient faire les libéraux aujourd'hui, à travers internet. Le monde a besoin du libéralisme, il a besoin de retrouver l'esprit des Lumières.

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