Analyse Libérale

Les bases de la politique monétaire

27 Avril 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

Les médias économiques font leurs titres avec la déflation. Ce qui est une nouvelle illustration de l'importance prise par la politique monétaire de nos jours. La monnaie est utilisée pour piloter l'économie. Les taux d'intérêt sont diminués pour relancer l'économie, ralentis pour éviter une surchauffe. La création monétaire est considérée comme le remède aux crises, tandis que la déflation est vue comme une abomination. Il est étonnant de constater que les bases sur lesquelles reposent ces politiques monétaires sont pour le moins indigentes.

 

La justification de l'utilisation de la monnaie pour piloter l'économie part du livre Une Histoire Monétaire des USA d'Anna Schwartz et Milton Friedman. Ceux-ci ont considéré que la gravité de la crise de 1929 provenait du fait que la Réserve Fédérale, la banque centrale US, avait réduit l'offre de monnaie, entraînant une déflation. Sur cette base, Alan Greenspan est devenu une sorte de grand manitou dans les années 1990 et 2000, sur qui on comptait pour piloter l'économie US, depuis son poste de président de la Fed. Bernanke a suivi cette voie, et Yellen la poursuit aujourd'hui.

 

Pourtant, Milton Friedman ne soutenait pas la politique de Greenspan. En effet, ses conclusions n'ont jamais été d'utiliser la politique monétaire pour piloter l'économie. Il préconisait une création monétaire modérée. A la fin de sa vie, il aurait dit une fois que finalement Greenspan était dans le vrai, mais n'a cependant pas remis en cause ses théories monétaristes. Il est difficile de dire s'il s'agissait là d'un compliment fait par gentillesse par un homme âgé, ou une véritable conviction. Toujours est-il qu'il est impossible de s'appuyer sur les travaux statistiques et de recherche de Milton Friedman pour piloter l'économie à travers la monnaie.

 

D'autre part, la corrélation entre déflation et crise n'est pas démontrée empiriquement, contrairement à l'interprétation qui est faite des travaux de Schwartz et Friedman. Ainsi, Chris Casey souligne que les USA ont connu des périodes de forte croissance alors que la déflation pouvait atteindre 50%. Il cite une étude de la Réserve Fédérale, indiquant que :

 

"… le seul épisode pour lequel nous trouvons des preuves d'un lien entre déflation et dépression est la Grande Dépression (1929-34). Nous ne trouvons en fait aucun lien durant aucune autre période. … Ce qui est frappant c'est que presque 90% des épisodes de déflation n'ont pas connu de dépression. Dans un large contexte historique, au delà de la Grande Dépression, la notion que déflation et dépression sont liées disparaît en fait."

Atkeson, Andrew and Kehoe, Patrick. Federal Reserve Bank of Minneapolis. Deflation and Depression: Is There an Empirical Link?January 2004.

 

Citant la même étude d'Atkeson et Kehoe, d'où est tirée la citation ci-dessus, qui porte sur une période de 180 ans et 17 pays, Frank Hollenbeck indique qu'aucune corrélation n'a été trouvée entre déflation et crise. Par ailleurs, Murray Rothbard souligne que ce qui est considéré comme la Longue Dépression de 1873, en raison de la déflation, était en fait une période de croissance assez enviable. Enfin, la période de croissance dite des trente glorieuses s'est produite alors que la création monétaire était contrainte, pour les USA par le lien entre l'or et le dollar, et pour les autres pays par le lien entre le dollar et leur devise. Le dollar représentait une certaine quantité d'or, ce qui de facto limitait la création monétaire au niveau des réserves en or. La parité entre les autres devises et le dollar était fixe, il fallait donc avoir des dollars avant de créer de la monnaie. Comme par hasard, la crise est arrivée quand ce système n'a plus été respecté.

 

Bien sûr, cette idée de relance par le crédit peut être rattachée au keynésianisme au sens large. Keynes ayant déclaré qu'un peu d'inflation n'était pas mauvais par exemple, et considérant qu'il faut soutenir la demande. Le très keynésien Paul Krugman avait d'ailleurs en 2002 encouragé la Réserve Fédérale à créer une bulle immobilière pour développer la demande. Cependant, nul ne sait ce que Keynes aurait pu penser d'une telle pratique, soutenir une bulle pour développer l'économie.

 

En fait, ceux qui dirigent les économies semblent en être restés à la vieille idée que, si les affaires vont mal, c'est qu'il y a un manque de monnaie. Ludwig von Mises souligne dans L'Action Humaine que les gouvernements cherchaient déjà à soutenir la demande avant même les théories keynésiennes. De même qu'il souligne que ce qui est appelée la loi de Say est juste une réfutation de cette vieille croyance. Or, aujourd'hui, nos dirigeants ont un jouet qu'ils ne possédaient pas autrefois : une monnaie totalement fiat. C'est une monnaie qui n'est plus reliée à l'or, ni à aucun autre bien, et qu'ils peuvent manipuler à loisir. Ils peuvent se livrer à loisir à des manipulations monétaires, laissant croire que cela suffit pour piloter l'économie, sans demander aucun effort aux peuples. Et même si c'est de cette manière qu'ils ont provoqué la crise actuelle, en soutenant le crédit immobilier et le crédit à la consommation, jusqu'à ce que tout s'écroule, ils persistent dans cette voie.

 

L'idée que la politique monétaire peut permettre de piloter l'économie ne repose en fait sur aucune base, ni théorique, ni empirique. Elle perpétue la volonté de nos dirigeants de faire croire qu'ils disposent des boutons magiques pour contrôler la croissance sans efforts ni conséquences pour les peuples. Au final, cela ressemble fort à une politique d'apprentis sorciers.

 

(NB : pour ceux qui penseraient qu'il est exagéré de dire que la Fed a volontairement créé une bulle immobilière, je recommande cet article dans lequel Daniel J. Sanchez rappelle l'appel de Krugman, en 2002, à la Fed en faveur d'une bulle immobilière. Il est une bonne illustration de l'état d'esprit des économistes qui nous dirigent, et dont Krugman est un parangon.)

 

Lire la suite

Séminaire de l'Institut Coppet le 28 mai: la renaissance du libéralisme au XXème siècle.

4 Avril 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L'Institut Coppet organise le 28 mai un séminaire intitulé:

La renaissance du libéralisme classique au XXème siècle. Une histoire controversée.

 

L'Institut Coppet a pour but la diffusion de la philosophie libérale française, et contribue à la culture libérale contemporaine, et à la culture générale. Le libéralisme, ce n'est pas de l'économie. L'Institut Coppet permet de découvrir les sources françaises du libéralisme, ainsi que les débats contemporains. Il traite de philosophie, d'économie, de droits, et de tout ce qui touche au libéralisme. La particularité de l'Institut Coppet est son approche culturelle, en mattant en valeur les auteurs français, ainsi que des articles d'universitaires français et étarangers contemporains.

 

L'Institut Coppet est un site à visiter pour tous ceux qui souhaitent se cultiver. Et les séminaires qu'il organise sont des occasions d'apprendre, et aussi de rencontres et de discussions.

 

Par conséquent, vous comprendrez que je recommande vivement à ceux qui en ont la possibilité de participer à ces séminaires.

 

Le  prochain traite de l'histoire controversée de la renaissance du libéralisme. Le fameux colloque Lippmann est parfois représenté par les anti-libéraux comme un complot, de même que la société du Mont Pélerin. Ce séminaire racontera la véritable histoire du libéralisme au XXème siècle.

 

En voici la présentation par l'Institut Coppet.

 

100 places inscrivez-vous vite !


 Isep, 28 Rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris. De 19h à 22h, ouverture à 18h30.

Entrée 15 euros, buffet compris. Tarif étudiant 10 euros.


Achetez votre billet dès maintenant sur eventbrite.com (paypal ou chèque)


Vous pouvez aussi faire un don pour nous aider à organiser l’événement. Merci de votre générosité !


 

christian-michel 

1° De l’aventure du Colloque Lippmann au « néo-libéralisme » selon Michel Foucault.
Par Christian Michel*


En août 1938 un riche et talentueux journaliste américain réunit 26 intellectuels européens à Paris pour une rencontre qui devait porter son nom : le Colloque Walter Lippmann. Le but n’était rien moins qu’une refondation du libéralisme. Le terme « néolibéralisme » a été formé au cours de ce colloque pour désigner une troisième voie entre le capitalisme « débridé » et les socialismes de l’époque. Certains s’y opposèrent d’emblée (Ludwig von Mises, Friedrich Hayek), d’autres firent évoluer le concept vers l’ordolibéralisme en Allemagne (Wilhelm Röpke, Alexandre Rustow), vers la démocratie chrétienne en Italie (Luigi Einaudi) et le néoconservatisme aux États Unis. Le paradoxe est que le terme néolibéralisme, sert maintenant à désigner « tout ce qui est mal », au point de devenir péjoratif – sauf pour un formidable représentant de la pensée postmarxiste, Michel Foucault. Celui-ci verra dans le néolibéralisme un mécanisme de défense contre l’oppression.
C’est sur cette histoire, qui est celle du libéralisme moderne, et sur ces paradoxes que portera l’intervention de Christian Michel.


Michael Otis 2 

2° La révolution de la liberté aux USA. De Ludwig von Mises à Ron Paul.
Par Michael Otis*


L’exil de Ludwig von Mises en 1943 aux USA, fut le point de départ d’un formidable renouveau de la pensée libérale classique qui prit bientôt le nom de libertarianisme pour se démarquer du « liberalism » de la gauche progressiste. Sous la houlette de Murray Rothbard dans les années 70-80, le mouvement libertarien renforce son message de « Laissez faire » et de réduction de la taille du gouvernement, prenant également ses distances à l’égard des conservateurs étatistes. Aujourd’hui, Ron Paul incarne cet héritage avec un succès grandissant au sein du parti républicain. Contre toute attente, son fils Rand Paul est même en passe de jouer un rôle majeur dans la prochaine campagne présidentielle. Comment les idées libertariennes ont-elles conquis l’Amérique ?
Michael Otis est « paulien » depuis son adolescence et a dirigé une antenne locale de Students for Liberty dans le Kentucky. Au cours de son intervention (en français) il nous fera revivre cette révolution de la liberté Outre-Atlantique.


Biographies

*Christian Michel est entrepreneur, essayiste, président de Libertarian International et directeur de l’International Society for Individual Liberty (ISIL). Après une carrière à Genève, il vit aujourd’hui à Londres ou il enseigne la philosophie et l’économie. Christian Michel est également membre du comité d’honneur de la revue Laissons Faire.
*Michael Otis, est né aux États-Unis et a obtenu un diplôme en comptabilité et commerce international. Désirant renforcer son expérience professionnelle à l’international, il est arrivé en France il y a trois ans. Les deux premières années, il a appris le français à la Sorbonne avant d’obtenir son Master 2 à l’ISCG Paris en 2013.

Lire la suite

Marché automobile mars 2014

2 Avril 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

Le marché automobile en France reprend des couleurs en ce mois de mars, avec une augmentation de 8,9% pour les voitures particulières, et de 7,7% si on inclut les utilitaires légers, qui ont eux augmenté de 1,6%. Sur la période de janvier à mars l'augmentation est de 2,9% pour les voitures particulières.

 

Le fait marquant est la bonne performance des marques françaises. Celles-ci voient leurs ventes de voitures particulières augmenter de 17,8% en mars 2014 par rapport à mars 2013, et de 10,1% de janvier à mars 2014 par rapport à la même période en 2013. Le groupe PSA Peugeot Citroën voit ses ventes augmenter de 15,1% par rapport à mars 2013 (16,4% pour Peugeot, 13,5% pour Citroën), tandis que pour le groupe Renault l'augmentation est de 20,6% (14% pour Renault, 52,7% pour Dacia). De janvier à mars l'augmentation est de 8,5% pour PSA Peugeot Citroën (10,3% pour Peugeot, 6,3% pour Citroën), tandis qu'elle s'élève à 11,9% pour le groupe Renault (8,1% pour Renault, 25,5% pour Dacia). Par comparaison, sur la période de mars 2014 le total des groupes étrangers est en baisse de 0,5, et sur la période de janvier à mars de 5,1% Aucun groupe n'atteint les scores des groupes français. A noter, dans les utilitaires légers, une augmentation de 20,3% pour la marque Citroën.

 

Peugeot Citroën profite à plein de ses nouveaux modèles. La Peugeot 208 est deuxième des ventes sur la périodes de janvier à mars, la Citroën C3 quatrième, la 2008 est cinquième. Surtout, le nouveau C4 Picasso de Citroën, devant la Mégane Scénic, 8ème, et la Peugeot 308 est 9ème, devant la Mégane. Que la 308 devance la Mégane, et surtout que le Picasso devance le Scénic, est un événement. Notons tout de même que les modèle de Renault ne démérite pas, malgré leur âge. Renault place la Clio en tête des ventes, et le Captur en 3ème position.

 

Ainsi deux nouveaux concepts, le Captur et la 2008, permettent aux marques françaises de progresser en ventes. L'innovation paye.

 

Le point notable est bien évidemment le bond en avant de Dacia, qui place la Sandero en 6ème position des ventes. Dacia permet au groupe Renault de préserver sa part de marché, même si elle diminue un peu depuis 20 ans.

 

Les médias nationaux se focalisent sur le fait que le Renault Captur est produit en Espagne, les Dacia en Roumanie et au Maroc. Ils oublient d'ailleurs que la Clio est principalement fabriquée en Turquie, même si Renault a maintenu une production en France, pour avoir les bonnes grâces de Nicolas Sarkozy, alors président de la République. Cependant, le centre décisionnel de Renault, ainsi que sa recherche, se situe essentiellement en France. Tandis que la 2008, et la 308 sont fabriquées en France, de même que la C3 et une partie des 208. Mais le C4 Picasso vient d'Espagne, tandis que le Scénic est fabriqué à Douai.

 

En résumé, des nouveaux modèles français qui marchent bien, de nouveaux concepts qui cartonnent, et le low cost qui progresse, dans un marché qui se reprend légèrement après plusieurs années de chute.

 

Toutes les infos sur le site du CCFA.

 

Picture0001

Lire la suite

A propos des élections...

1 Avril 2014 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

     "A plusieurs reprises, depuis que la Révolution a commencé jusqu'à nos jours, on voit la passion de la liberté s'éteindre, puis renaître, puis s'éteindre encore, et puis encore renaître; ainsi fera-t-elle longtemps, toujours inexpérimentée et mal réglée, facile à décourager, à effrayer et à vaincre, superficielle et passagère. Pendant ce même temps la passion pour l'égalité occupe toujours le fond des coeurs dont elle s'est emparée la première; elle s'y retient aux sentiments qui nous sont les plus chers; tandis que l'une change sans cesse d'aspect, diminue, grandit, se fortifie, se débilite suivant les événements, l'autre est toujours la même, toujours attachée au même but avec la même ardeur obstinée et souvent aveugle, prête à tout sacrifier à ceux qui lui permette de se satisfaire, et à fournir au gouvernement qui veut la favoriser et la flatter les habitudes, les idées, les lois dont le despotisme a besoin pour régner."

 

Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution.

Lire la suite