Analyse Libérale

La presse face au web

29 Décembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

Le web est mis en cause par la presse pour justifier de ses difficultés. Et c'est vrai qu'il constitue un profond changement. Mais quel changement, précisément ? Et comment les entreprises de presse s'y adaptent-elles ?

 

D'abord, quels étaient les métiers de la presse avant le développement du web ? En tant que média, la presse relayait les annonces du gouvernement, de l'INSEE, des grosses sociétés, des syndicats, etc. Comme la télévision ou la radio. Mais chaque média avait sa spécificité. La presse, média écrit, pouvait être plus exhaustive que la radio ou la télévision. La radio étant le média de l’instantanéité (ce que la presse a été avant l'apparition de la radio, avec des éditions spéciales tout au long de la journée en cas de besoin), et la télévision le média du reportage, du débat, de l'image.

 

La presse était aussi un vecteur de petites annonces, ce qui la faisait vivre. Deux types d'annonces en particulier : les annonces immobilières, et les offres d'emplois, ces dernières incluant des offres de postes très qualifiés, qui se retrouvaient dans le Fig éco par exemple.

 

Le web a changé deux choses. D'abord, plus besoin d'intermédiaire pour avoir certaines infos : celles en provenance du gouvernement ou des ministères, qui ont leurs sites web. Celles en provenance de l'INSEE, ou d'autres organismes, ou en provenance des grandes entreprises, des syndicats, de l'OCDE, etc. Mine de rien, cette fonction de transmission d'information représente une part importante de l'activité de la presse. Cette fonction d’agrégation de contenus existe toujours. Mais, aujourd'hui, elle est remplie à un coût modique sur le web. Il suffit de payer un fil d'informations chez l'agence France Presse ou Reuters pour compléter.

 

 

Par ailleurs, les petites annonces se sont également dirigées vers le web, et notamment dans l'immobilier et les offres d'emplois. Tous les secteurs sont concernés, car même les journaux gratuits de petites annonces sont concurrencés, par des sites comme le Bon Coin par exemple.

 

La presse se trouve ainsi confrontée à une sorte d'effet ciseau. Une de ses fonctions disparaît, celle de transmission. Mais ses revenus diminuent également, ce qui complique la mise en place d'un nouveau modèle. Plus encore, la baisse des revenus engendre des économies et donc une paupérisation des contenus. Les quotidiens, les magazines, sont plus aérés, les caractères sont plus gros. Où ils traitent de sujets ne nécessitant pas de coûteuses investigations ou d'analyses.

 

Le défi de la presse est, finalement, de trouver quelque chose à faire payer. Elle a pu à une époque faire des reportages, proposer des analyses, grâce aux revenus de la publicité. Aujourd'hui, il faudrait, face à la baisse des revenus publicitaires, en incluant la baisse des petites annonces, faire payer pour tout ce que ces revenus publicitaires payaient. Ce qui suppose d'investir, pour réinventer le modèle économique.

 

D'autre part, le web permet l'apparition de nouveaux acteurs, qui offrent des analyses, des traductions d'informations de sites étrangers, des débats. Bref, un enrichissement sans précédent de l'offre, en quantité, et aussi en qualité. On peut citer à ce titre Contrepoints, un pure player de l'information, ou encore l'Institut Coppet, qui popularise l'Ecole française d'économie, et l'école autrichienne, entre autre.

 

Quelles réponses sont apportées par la presse ? Les quotidiens et les hebdomadaires régionaux disposent d'un modèle plus solide. En effet, on est toujours content de voir en photo la fête de sa ville, de connaître les intentions de son conseil municipal, et il est utile de consulter la nécrologie et de pouvoir présenter ses condoléances à la famille de son collègue pendant 30 ans décédé. On retrouve ici la fonction de transmission. Cependant, même la presse régionale a des difficultés. Et les progrès des réseaux sociaux lui feront certainement une concurrence à l'avenir.

 

Patrick de Saint Exupéry a lui créé le magazine XXI, vendu en librairie. C'est un magazine de grands reportages, vendu à un prix élevé pour un magazine, mais normal pour un livre. Il ne dépend pas de la publicité. C'est l'objectif de son fondateur. Patrick de Saint Exupéry explique que la dépendance à la publicité oblige les journaux et magazines à créer des pages "art de vivre", pour mettre en valeur la pub correspondante. Et son magazine investit plus dans le grand reportage que des journaux établis de longue date.

 

Le groupe Le Figaro a une stratégie encore différente. Officiellement, le site internet est moins rentable que le journal papier, car les revenus publicitaires sont plus valorisés sur le papier que le web. Cependant, le groupe Le Figaro a opéré une mutation radicale. Il a racheté des sites de petites annonces sur internet, dans le domaine de l'immobilier et des offres d'emplois. Ainsi, si TOUS les revenus du web étaient pris en compte, est-ce que le web serait moins rentable que le papier ?

 

Parallèlement, LeFigaro.com a développé différents sites web, sur la santé, le golf par exemple, pour développer l'audience, et il développe également la vidéo, qui apporte plus de revenus publicitaires. C'est en fait un nouveau métier que développe Le Figaro. Il se place sur le plan de l'interview vidéo, et de l'image pour les faits divers. Tout en monétisant les analyses, réservé aux abonnés. C'est une stratégie qui va dans plusieurs directions en même temps.

 

Dans le monde, le groupe allemand de presse Springer vient de racheter une chaîne d'informations. Il est aussi actionnaire majoritaire du groupe Au féminin.com. Tandis que l'hebdomadaire The Economist et le quotidien The Financial Times ont augmenté leurs prix pour moins dépendre de la publicité. Ils capitalisent sur la qualité de leurs rédactions, sur le caractère international de la langue anglaise, le niveau de vie élevé de leur lectorat, et, sans doute, au moins pour le Financial Times, le fait que ce sont les employeurs qui paient une partie des abonnements.

 

Le web entraîne donc une transformation du monde médiatique. Deux tendances se distinguent. L'une, consiste pour la presse à rester un média de masse, en occupant le terrain sur internet dans tous les domaines qui relevaient auparavant de la presse, quotidienne ou magazine. Ainsi, Au Féminin.com peut être considéré comme une évolution des magazines féminins. C'est la stratégie du groupe Le Figaro, ou de Springer. Les revenus sont diversifiés : publicité, petites annonces, abonnement. L'internet permet aux journaux de concurrencer la télévision en incluant de plus en plus de vidéos sur leurs sites, stratégie clairement affichée du Figaro.

 

L'autre tendance consiste à faire payer l'information. C'est le cas de The Economist, du Financial Times, du New York Times, du quotidien Les Echos, du journal régional La Voix Du Nord aussi. 5 ou 10 articles sont généralement consultables gratuitement, et il faut ensuite payer. Il faut dans ce cas que l'information ait suffisamment de valeur, et aussi que le lectorat ait les moyens. Ainsi, le Financial Times profite d'un lectorat aisé, et qui peut éventuellement faire payer l'abonnement par sa société. De même pour Les Echos. La Voix Du Nord vend une information régionale introuvable ailleurs. (Je précise que La Voix Du Nord a d'autres diversifications, dans la télévision notamment).

 

Enfin, il y a un nouveau modèle qui émerge, sur internet. Le site financé en partie par des dons. C'est le cas de Contrepoints par exemple. Il y a des reportages financés par internet aussi. Un modèle qu'on pourrait appeler participatif. Il permet à des gens recherchant certaines informations, certaines analyses, de les trouver, en dehors du circuit des médias classiques. C'est la particularité d'internet de libérer l'information et l'analyse. Souvent, des analyses pertinentes sont d'ailleurs disponibles gratuitement sur des blogs, qui n'ont aucun but lucratif. Mais, le net est si vaste, que des sites qui sélectionnent ces articles, comme Contrepoints, ont une grande utilité.

 

En fait, le web force les médias à se poser la question de leur finalité. Patrick Le Lay, président de TF1, avait choqué en parlant à l'époque de "temps de cerveau disponible". On aurait dû saluer sa franchise. C'est une des fonctions des médias : accaparer les gens, pour placer de la pub. Peu importe dans ce cas la qualité de l'info, de l'analyse, du programme. Il faut retenir le chaland. L'autre fonction peut être de délivrer une information, une analyse, reconnue. Ou encore, d'agréger des informations, articles de blogs, le media se voulant sélectionneur. Attention, une information ou une analyse reconnue ne veut pas dire pertinente. Krugman, dans le New York Times, est reconnu par exemple, malgré quelques éditoriaux malheureux. N'en déplaise aux puristes, il s'agit toujours de vendre quelque chose. Là, on vend une réputation, des sujets qui correspondent aux attentes du lectorat, à une tendance politique.

 

Internet développe une troisième tendance, encore en construction. Celle des médias financés par les dons, des reportages préfinancés par les lecteurs. Ce secteur rassemble des organisations à but non lucratif, comme Contrepoints, et d'autres sites héritiers des fanzines qui permettaient de partager une passion, et qui ont trouvé une nouvelle vie sur le net. C'est aussi une piste pour certaines entreprises.

 

Le web représente donc une formidable opportunité pour la presse. C'est aussi un moment de vérité, l'obligeant à choisir ce qu'elle est, dispensateur de temps de cerveau disponible, d'articles respectant une tendance politique, de véritables analyses. Les opportunités sont encore nombreuses, tant l'information est difficile à obtenir et à analyser. Il manque des sites, des journaux ou des magazines, du moins en France, qui présenteraient, sélectionneraient, agrégeraient une information mondiale, et les analyses qui vont avec. Mais nous ne sommes qu'au début d'une nouvelle ère. Les nouveaux "pure players" peuvent se développer.

 

 

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La politique monétaire de la Fed et ses effets sur l'économie réelle.

22 Décembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Revue du web

Voici un excellent article sur la politique monétaire de la Fed ces dernières années, clair, concis, appuyé par des statistiques. A lire.

 

Le Chiffre du Jour: La masse monétaire US a triplé en cinq ans sans effet sur l’économie réelle

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Le libéralisme, qu'est-ce que c'est?

21 Décembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

 

C'est un exercice difficile et présomptueux : résumer le libéralisme en quelques thèmes simples. En effet, les penseurs libéraux ne se cachent pas derrière des slogans simplistes et populistes. Ce texte ne rassemblera pas tous les suffrages (que serait le libéralisme sans débat?), mais je le pense utile. 

 

Le libéralisme, c'est d'abord un humanisme. Le libéralisme, c'est l'être humain, son développement, son accomplissement. C'est permettre à chacun de faire des choix, de suivre ses buts, en toute liberté. C'est l'être humain d'abord.

 

Le libéralisme, c'est le "vivre ensemble". C'est l'être humain en société. Si chacun vivait en ermite, il n'y aurait pas de libéralisme. C'est même le "vivre ensemble" dans la grande société, la société ouverte, composée de milliards de personnes qu'on ne peut toutes connaître. Hayek oppose ainsi la vie dans la société ouverte à celle de la petite tribu où tout le monde se connaît. Le libéralisme, c'est la vie dans la grande société.

 

Le libéralisme, c'est le respect d'autrui. C'est respecter les opinions, le mode de vie d'autrui. C'est respecter la propriété d'autrui. La conséquence du respect étant la responsabilité : c'est assumer ses actes, sans en reporter les conséquences sur autrui.

 

Le libéralisme, c'est la règle. La société est régulée, dans le sens où il y a des règles (et non administrée, dans le sens où il n'y a pas de règles, mais un pouvoir qui décide de  la manière d'agir). Que la règle découle du droit naturel, du principe premier de liberté pour les anarco-capitalistes, ou des règles de juste conduite pragmatiques d'Hayek. Le capitalisme, c'est la régulation.

 

Le capitalisme, c'est l'égalité. Dans le sens où tous sont égaux devant la règle, y compris les politiciens !Un groupe, majoritaire ou non, ne doit pas imposer sa volonté sur les autres. Le gouvernement, s'il existe doit faire respecter et respecter lui-même les règles, et non faire du clientélisme électoral.

 

Le libéralisme, c'est la coopération. Chacun a ses objectifs, ses désirs. Mais le respect oblige à tenir compte des objectifs et des désirs des autres. Alors, un vaste mouvement de coopération s'engendre, décrit primitivement par Adam Smith comme la division du travail, mais qui peut prendre diverses formes : coopération entre associés, au sein d'une entreprise, sur le marché, etc.

 

Humanisme, vivre ensemble, respect, règle, égalité, coopération. C'est le libéralisme.

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Une interview d'un entrepreneur: Pierre Chappaz

11 Décembre 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 


 
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