Analyse Libérale

Favoriser l'entrepreneuriat, qu'est-ce que ça signifie?

22 Avril 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

    Après le mouvement des pigeons, et face à la grogne du monde de l'entreprise, le gouvernement a lancé les Assises de l'entrepreneuriat, dont sont sorties en avril 44 propositions. C'est là un inventaire à la Prévert, comme ce qui sort généralement de ces grandes opérations médiatiques, avec des thèmes comme « Mobiliser les talents », « valoriser l'entrepreneuriat responsable », etc. Refaisons ici l'exercice et réfléchissons à ce qui pourrait favoriser l'entrepreneuriat en France.

 

    Tout d'abord, commençons par l'essentiel : favoriser l'entrepreneuriat nécessite de favoriser l'entreprise, tout simplement. Il n'y a pas, d'un côté, les entreprises existantes, et les créateurs d'entreprises. Favoriser l'entrepreneuriat signifie donc de considérer que les entreprises sont importantes pour la société, et qu'elles doivent bénéficier d'un cadre favorable. En France, cela signifie diminuer la réglementation qui pèse sur elles, y compris dans le domaine du droit du travail. Exemple pourrait être pris sur l'Allemagne dans ce domaine, qui n'est pas une référence anti-sociale, au contraire. Cela signifie favoriser les bénéfices des entreprises, car une entreprise qui fait des bénéfices peut se développer.

 

     Or, en France, les entreprises sont considérées comme un mal nécessaire, et comme une vache à lait pour financer le social. Une phrase des 44 propositions des assises de l'entrepreneuriat est typique de cet état d'esprit : «  - créer les conditions sociales permettant la flexibilité et le partage de valeur ajoutée ». Tout y est : « social » et « partage de la valeur ajoutée ». Alors que le problème des entreprises françaises est que leur marge est insuffisante.

 

    Ensuite, favoriser l'entrepreneuriat, c'est laisser de la liberté aux entrepreneurs, ne pas chercher à les orienter vers un secteur particulier. En effet, il faut laisser libre cours à la créativité, car nul se sait ce qui marchera finalement. Ou, si on veut vraiment favoriser un secteur, en choisir un qui a le vent en poupe, compte tenu des atouts du pays, comme le tourisme et tout ce qui peut graviter autour en France. Mais il s'agirait là plus d'une politique sectorielle que d'une politique en faveur de l'entrepreneuriat en général.

 

    Or, les 44 propositions veulent favoriser « l'économie sociale » :

 

5/ Promouvoir et valoriser l'entrepreneuriat responsable

- Développer et diversifier les sources de financement pour les entreprises sociales (création d'un fonds spécifique de financement de l'innovation sociale; adaptation des outils de la BPI pour le financement d'entreprises sociales...)

-Lancer une mission associant une personnalité issue de l'entreprise et une personnalité du monde associatif afin de de proposer des solutions visant à lever les obstacles au développement d'initiatives hybrides associant un projet d'entreprise et la réponse à un besoin social.

-Structurer une offre adaptée d'accompagnement à la création et au développement d'entreprises sociales.

 

    Nous sommes là à l'opposé de l'entrepreneuriat. Le principe de l'entrepreneuriat est de laisser libre court à l'imagination des citoyens. Le principe est de laisser les idées les plus folles s'exprimer, car on ne sait pas d'où peuvent venir les idées qui boosteront la croissance. Ce n'est pas d'instituer un carcan.

 

    D'autre part, qu'est-ce que l'économie sociale ? Facebook, le réseau social par excellence, entre-t-il dans la définition ? Et Free, qui offre un abonnement mobile pour 2€ par mois ? Qui décide de ce qui est social ou non ? Cela ne devrait-il pas être le citoyen, en adhérant à un nouveau service ? En décidant de favoriser un concept aussi flou que l'économie sociale, c'est en le fait du prince qui est favorisé, le prince décidant de ce qui est juste ou non, selon son idéologie. Nous sommes à des années lumières de l'entrepreneuriat, qui consiste à favoriser à la fois l'initiative individuelle, et de laisser le choix à la population, qui, en quelque sorte, vote en adhérant ou non à la nouvelle offre proposée.

 

    Pour favoriser l'entrepreneuriat, il faut laisser un maximum d'argent aux citoyens. Et aux riches également. Le problème récurrent de l'entrepreneuriat est le financement. D'où vient le financement ? Il s'agit de l'épargne de la personne, ou des personnes, qui fondent une entreprise. Des relations peuvent les aider, ainsi que des business angels. Il s'agit donc d'un côté de l'épargne qu'ont pu accumuler les fondateurs, de l'autre de l'épargne d'autres personnes, qui sont prêtes à l'investir dans un projet très risqué. Le crédit n'intervient pas à ce stade. Sauf en cas de rachat d'entreprise, de commerce, s'il y a de quoi garantir le crédit, au niveau de l'entreprise elle même. Ou sauf si les fondateurs ont suffisamment de biens pour garantir le crédit. Les banques sont prudentes, et heureusement, car elles détiennent notre argent, ne l'oublions pas.

 

    Il faut donc que les fondateurs d'une entreprise aient pu épargner, et donc qu'ils n'aient pas été trop imposés. Il faut donc que d'autres personnes aient de l'argent en surplus qu'elles peuvent se permettre d'investir presque à perte, avec un espoir minime de retour. Aux USA, ces business angels peuvent être ceux qui ont fait fortune avec une start up.

 

    La dépense publique doit ainsi être limitée pour laisser suffisamment d'argent à l'investissement. Il ne faut pas matraquer fiscalement les plus riches car ce sont eux qui ont les moyens d'investir dans des entreprises risquées, et non le détenteur d'un livret A, qui recherche avant tout la sécurité. U organisme public ne peut pas non plus être aussi efficace que les multiples initiatives d'une multitude d'investisseurs. Rappelons qu'on ne sait pas ce qui marchera. Il vaut donc mieux favoriser la multiplication des initiatives, plutôt que de laisser l'initiative à un ou plusieurs organismes privés, qui raisonneront en fonction de leurs propres préjugés, et donc limiteront les domaine d'investissement et les idées.

 

      Notons qu'il faut aussi favoriser fiscalement les revenus du capital, pour encourager le risque. Et ce sans conditions, comme la durée de détention d'action, car il faut laisser toutes possibilités de fusion, de rachat, aux jeunes entreprises. Nul ne peut prévoir ce qu'il va se passer au début de l'aventure entrepreneuriale. Notons également qu'une fiscalité qui favoriserait les bénéfices réinvestis n'est pas pertinente. Il faut au contraire que les bénéfices soient redistribués aux actionnaires pour multiplier les possibilités de financement de nouvelles entreprises.

 

     Favoriser l'entrepreneuriat, c'est aussi, non seulement accepter, mais également féliciter la réussite. C'est considérer que les entrepreneurs qui réussissent ont rendu service à la société. Que, par conséquent, ils peuvent faire ce qu'ils veulent de leur argent, par exemple, le transmettre à leurs héritiers. Si nous avions travaillé dur pour créer quelque chose, que penserions nous si plus de la moitié de nos gains passaient dans les mains de l'Etat ? Ne pas bénéficier du fruit de son travail, de la majorité du fruit de son travail, alors qu'on a créé des emplois, généré des revenus sociaux et fiscaux, à travers les cotisations sociales, l'impôt sur le revenu, sur les sociétés, et la TVA, est-ce que c'est juste ? Par conséquent, favoriser l'entrepreneuriat nécessite de considérer que celui qui réussit le mérite et rend service à la société, et à le droit de léguer sa fortune à ses héritiers, en étant imposé raisonnablement, c'est-à-dire, à tout le moins, largement moins que la moitié de ce qu'il à gagné (en considérant la TVA, et les cotisations sociales obligatoires).

 

     Ajoutons que favoriser l'entrepreneuriat est contraire aux politiques keynésiennes de relance par la dépense. L'entrepreneuriat suppose de favoriser l'épargne qui peut ensuite être investi dans l'entrepreneuriat. C'est également le contraire d'une politique monétaire accommodante pour favoriser le crédit. Ce n'est pas le crédit qui favorise la création de nouvelles entreprises. Enfin, l'entrepreneuriat, c'est un état d'esprit, qui favorise la maîtrise de son destin. Entreprendre, c'est aussi choisir une formation, pour faire carrière dans un domaine, pour son plaisir, par calcul. L'entrepreneuriat signifie encourager chacun à prendre en main sa vie, à être responsable de ses choix, de ses actes. Ce n'est pas seulement créer une entreprise. Être une référence dans son domaine de compétence, parce qu'on l'a voulu, qu'on a tout fait pour, qu'on a mis en œuvre une stratégie pour, c'est de l'entrepreneuriat. Nous sommes là à des années lumières de l'idée d'avoir un diplôme, pour avoir un poste, qui nous mènera tranquillement vers la retraite, dans une entreprise destinée à pourvoir ou à financer tous nos besoins. L'entrepreneuriat, c'est le développement humain, le contraire du socialisme.

 

     En conclusion, favoriser l'entrepreneuriat, ce n'est pas un inventaire de quelques mesurettes. C'est une politique, un choix de mettre l'humain en avant, de considérer que c'est chacun d'entre nous qui construisons l'économie, qui construisons le monde, et qu'il faut encourager ce mouvement pour le bien de la société dans son ensemble.

 

 

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La Fed contre la BCE

18 Avril 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Le quotidien Les Echos présentait dans son édition du 17 avril 2013 une comparaison des actions de la Fed et de la BCE. La Fed est présentée comme étant plus efficace, car la croissance est repartie aux USA, tandis que la zone euro stagne. Pour faire bonne mesure, ce dossier dénonçait également les risques de ces politiques basées sur la création de monnaie, tant par la Fed que par la BCE. La création monétaire a provoqué une ruée sur différents actifs financiers, comme les obligations, les matières premières, les devises (le real brésilien par exemple). Ce qui fait craindre la formation de bulles financières, qui causeront des crises en se dégonflant.

 

     Cependant, ce dossier n'explique pas en quoi la politique de la Fed serait plus efficace que celle de la BCE, et serait la responsable de la croissance aux USA. La principale différence entre les banques centrales réside dans le fait que la Fed intervient plus directement sur les marchés financiers. Elle rachète directement des titres d'Etat, des titres hypothécaires. La politique de la BCE consiste plus à prêter des liquidités aux banques. Notons que les banques apportent en échange des titres, comme des titres d'Etat par exemple. Ce qui réduit un peu la différence.

 

    L'explication des différences entre les deux politiques tient aux différences entre les modes de financement des entreprises de part et d'autre de l'Atlantique. L'économie des USA se finance plus sur les marchés financiers. La stratégie de la Fed est donc de faire baisser les taux sur ces marchés. En achetant des obligations d'Etat, elle fait baisser les taux des obligations, entraînant les taux des obligations privées. En rachetant des titres hypothécaires, elle fait baisser les taux de ces titres, encourageant les prêts hypothécaires (et les restructurations de crédits hypothécaires).

 

     En Europe, l'économie est plus financée par les banques. Logiquement, la BCE fournit à ces dernières des liquidités, pour, toujours, éviter que les taux de crédits n'augmentent, et pour éviter un crédit crunch, c'est-à-dire une pénurie de crédit.

 

     Les politiques des deux banques centrales semblent avoir les mêmes effets. Des deux côtés de l'Atlantique, les taux d'intérêt, de crédit ou de financement obligataire sont très bas. En Europe, le financement par les marchés financiers est en croissance, profitant de taux bas. Par exemple, le groupe Auchan, qui ne passe pas pour aimer s'endetter, a effectué un emprunt obligataire pour se financer. Des deux côtés de l'Atlantique, les entreprises sont attentives à leur trésorerie, et quand elles en ont, en gardent une bonne partie plutôt que d'investir.

 

     Il est donc difficile d'expliquer la croissance économique des USA par les différences entre les politiques de la Fed et de la BCE. Les objectifs des deux banques sont largement les mêmes, les moyens diffèrent car les économies sont différentes.

 

      Il faut donc regarder les autres différences entre la zone euro et les USA pour expliquer la croissance. Serait-ce la plus forte flexibilité de l'économie ? Les entreprises peuvent se restructurer plus rapidement, les salaires baisser, tandis que dans le même temps la productivité par tête augmente. Serait-ce le marché financier, plus développé, qui finance plus facilement de nouvelles entreprises ? Serait-ce les impôts sur les plus values, plus faibles qu'en France, même s'ils ont été augmentés début 2013, qui expliquent l'investissement dans de nouvelles entreprises ? Serait-ce le gaz de schiste, qui crée des emplois pour son exploitation, et permet un développement industriel grâce à la baisse des coûts de l'énergie qu'il induit ?

 

    Mais ce sont là des sujets autrement plus polémiques que de disserter sur les politiques des banques centrales !

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