Analyse Libérale

L'austérité mère du populisme...

29 Mars 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

La politique qualifiée "d'austérité"est accusée aujourd'hui de favoriser la montée des populismes en Europe. François Hollande lui même a déclaré, selon la presse :

 

« Aujourd’hui, prolonger l’austérité, c’est le risque de ne pas aboutir à réduire les déficits et la certitude d’avoir des gouvernements impopulaires dont les populistes feront une bouchée le moment venu » (Ouest France)

 

C'est de même "l'austérité"qui a été accusée du résultat des élections en Italie, aujourd'hui en situation de blocage.

 

La lutte contre le populisme pour défendre les politiques de dépenses publiques et de création monétaire, tel est le nouveau leitmotiv. Alors même que ce sont justement les discours de lutte contre l'austérité qui reprennent la rhétorique populiste.

 

D'abord, le fait de qualifier "d'austérité"toute politique qui demande des efforts, et de relance une politique de dépenses publiques et de création monétaire, sans qu'aucun effort ne soit évoqué. N'est-ce pas la marque du populisme de présenter des politiques miracle, sans effort pour la majorité de la population ?

 

Ensuite, la désignation de boucs émissaires caractérise le discours de la relance. C'est l'Europe, bien entendu, qui aurait le pouvoir de faire des miracles, mais qui impose, par plaisir, des efforts aux populations. Alors même que l'Europe apporte une aide précieuse, qui atténue les efforts. Jamais n'est mise en cause la politique menée par les pays, comme la folie immobilière financée par les caisses d''épargne régionales espagnoles, organismes sans but lucratif contrôlés par les potentats locaux, ou les maquillages des comptes grecs, ou les déficits excessifs en période de croissance. Le pompier, qui intervient en urgence, est accusé du mal.

 

Le bouc émissaire désigné est aussi la finance, internationale de préférence, un classique du populisme. Oubliées les politiques de crédit et de bulles organisées par les USA. Alors même que la crise s'est déclenchée sur le secteur le plus contrôlé et le plus manipulé de l'économie, le crédit et la politique monétaire, les autorités étatiques et monétaire sont innocentées, tandis que la finance est accusée. (Voir sur ce sujet les articles La politique économique avant et après la crise, Les véritables objectifs de la régulation financière, et Crise, mensonges et oublis.)

 

Il n'y a pas de populisme sans dénonciation de l'étranger. En France, la Corée a été accusée des maux de notre industrie automobile, au moment même où ce pays développe sa production en Europe, et ouvre ses frontières à l'automobile européenne. La pénétration des voitures européennes y progresse d'ailleurs. La Chine est également critiquée, alors que ses touristes soutiennent le tourisme hexagonal. L'Allemagne, est accusée de ne pas soutenir les pays en difficultés, alors que c'est bien grâce à sa crédibilité que les mécanismes d'aide européens peuvent exister.

 

Cette rhétorique est débitée continuellement dans les médias, par des gens dits "sérieux"et "modérés". Comment s'étonner alors que, quand des populistes proposent des solutions de facilité, accusent l'Europe et l'étranger de tous les maux, et qu'ils promettent de passer aux actes, accusant les partis traditionnels de frilosité, ils soient pris au sérieux et s'attirent les votes des citoyens ? Qui soutient leurs discours ?

 

Cette rhétorique illustre le problème de la politique aujourd'hui. Nous considérons que l'Etat doit avoir tous les pouvoirs. Et nous confions notre destinée aux politiciens. Ne sommes nous pas un peu naïf de croire qu'ils veulent notre bien ? L'école des choix publics enseigne que les politiciens suivent leur propre intérêt. Ce qui rejoint ce que disait Ludwig von Mises également. Pour se faire élire et réélire, ils recherchent des boucs émissaires pour les crises, et promettent des solutions de facilité. Ils reprennent ainsi la rhétorique populiste, tellement efficace en ce domaine. Gerhard Schroder, le chancelier allemand qui a lancé la rénovation de l'Allemagne, aurait déclaré que pour lancer un tel plan, il ne fallait pas penser à se faire réélire.

 

Les libéraux et les libertariens n'ont pas cette vision angélique des politiciens. C'est pourquoi ils prônent une limitation de leur pouvoir, ou même, pour les libertariens, la disparition de l'Etat. Car les politiciens ne peuvent pas, selon les libéraux, faire les miracles qu'ils promettent.

 

 

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La restructuration bancaire à Chypre

26 Mars 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Un accord a été conclu sur la restructuration bancaire chypriote dans la nuit de dimanche à lundi. La base du plan est le gel des comptes de dépôt de plus de 100 000 € des deux principales banques. Une de ces banques, Laïki, sera liquidée. Les dépôts inférieurs à 100 000 € seront transférés à l'autre banque, Bank of Cyprus. Les dépôts de cette dernière supérieurs à 100 000 € seront gelés.

 

      La bad bank servira à liquider les actifs de Laïki. Les déposants dont les comptes auront été transférés dans cette nouvelle entité récupéreront ce qu'il restera après les opérations de liquidation. Les dépôts gelés à Bank of Cyprus serviront également à la restructuration de cette dernière. Ajoutons que les créanciers obligataires de Laïki ont tout perdu.

 

       Ce plan rappelle la nature des dépôts bancaires aujourd'hui : c'est de l'argent que nous prêtons à la banque, qui ensuite l'utilise. Elle ne le garde pas précieusement en sécurité. C'est un véritable placement. En échange, il est disponible immédiatement. Il y a également des intérêts qui sont versés, dans de nombreux pays.

 

       Il a été appliqué à Laïki et à Bank of Cyprus ce qui est appliqué à n'importe quelle entreprise en difficulté : une liquidation d'un côté, avec les créanciers, dont les déposants, qui se partagent ce qu'il peut rester, et un plan de sauvegarde avec restructuration financière d'un autre côté, où, là encore, les créanciers sont mis à contribution.

 

      L'autre solution aurait été que l'Etat supporte seul la restructuration, et donc les pertes. Au Royaume-Uni, aux USA, les Etats ont choisi cette option. En ce qui concerne Chypre, l'ampleur des besoins financiers rendait difficile une telle option. D'après les articles des médias, les besoins équivalaient au PIB de l'île. D'autre part, une partie des dépôts bancaires les plus importants proviennent de non résidents, attirés par l’environnement financier chypriote, considéré comme complaisant par les autres pays de l'Union Européenne. Un financement des banques par l'Etat aurait été considéré comme un cadeau à de riches déposants profitant du système. Enfin, les Etats, et l'Europe, ont été beaucoup mis à contribution ces dernières années. Reprendre des pratiques normales, car ces pratiques de restructurations sont communes dans les entreprises, évitait d'alourdir encore plus les dettes des Etats, et les engagements de l'Union Européenne.

 

      Les banques sont habituellement protégées. Les créanciers des banques sont protégés. Aussi ce plan chypriote a-t-il inquiété les marchés financiers, et les déposants. Ce plan est exceptionnel. Pour le moment, aucune banque, en France, ne connaît de telles difficultés. Au Royaume Uni, aux USA, et dans d'autres pays, les Etats ont déjà aidé, ou même nationalisé les banques. Cependant, ce plan montre que les créanciers peuvent être mis à contribution.

 

      Est-ce injuste ? Ou est-il plus juste que ce soit l'Etat, et donc le citoyen, qui paie ? Car telle est l'alternative : créanciers ou citoyens.

 

     La crise a d'ailleurs amené un changement dans la réglementation bancaire, puisqu'on admet que même les grandes banques pourraient faire faillite. Il leur a été demandé d'avoir un plan de démantèlement prêt à être mis en œuvre.

 

     La crise chypriote rappelle quelques vérités simples. Une banque peut faire faillite. Le client doit veiller à l'emploi de son argent. En fait, ce qui est fait à Chypre est un processus habituel en cas de difficultés d'une entreprise. Cela surprend, car nous n'en avons plus l'habitude. Nous sommes accoutumés à ce que l'Etat prenne tout en charge. Mais même l'Etat a des limites. Même l'Union Européenne a ses limites. Ce n'est qu'une union d'Etats, dont les principaux sont en difficultés.

 

     N'est-ce pas plus sain, d'ailleurs, que chacun soit responsable de ses actes ? Les actionnaires ne seraient-ils pas prudents s'il ne comptaient pas sur la protection des autorités financières ? De même que les dirigeants, et les souscripteurs d'emprunts obligataires ? Les clients ne seraient-ils pas plus exigeants avec leurs banques s'ils étaient conscients des risques, et les banques ne seraient-elles pas plus prudentes avec l'argent des clients ?

 

      Cependant, nous saurions difficilement vivre dans un tel système, car nous n'y sommes plus habitués. D'autre part, ce genre de système exigerait que les banques soient libres d'agir comme bon leur semble, sous le contrôle de leurs actionnaires, créanciers et clients. Or, tel n'est pas le cas aujourd'hui. Les banques sont soumises à un carcan réglementaire très strict. La création monétaire est sous le contrôle des banques centrales. En échange, les banques sont assurées de ne pas faire faillite. L'idée étant que la création monétaire, à travers le crédit, permet de créer de la croissance économique. La création monétaire, et donc le crédit, et donc les banques, sont au centre de l'économie. Il faut à la fois favoriser les banques, en les soutenant pendant les crises, et les contrôler, pour qu'elles aient le comportement que l'on attend d'elles. (Voir sur ce sujet les articles La politique économique avant et après la crise, Les véritables objectifs de la régulation financière, et Crise, mensonges et oublis.)

 

     Ce paradigme a été remis en cause par la crise. D'abord parce que la politique d'expansion monétaire a amené la crise justement. Mais la plupart des économistes, dont les doctrines sont inspirées du keynésianisme, ou de l'idée monétariste de création monétaire pour sortir de la crise, ne reconnaissent pas le fait que la création monétaire a causé la crise. Par conséquent, les marchés continuent de croire au pouvoir protecteur des banques centrales et des Etats. C'est cette promesse que la restructuration bancaire chypriote a spectaculairement rompu. La protection financière est mise en doute.

 

     Bien sûr, Chypre est un cas particulier. Les pays développés n'en sont pas encore à cette extrémité avec leurs banques. Mais le doute est là. Et c'est un monde qui s'écroule.

 

      Pourtant, une prise de conscience ne serait-elle pas saine ? Et ne permettrait-elle pas de quitter le paradigme de la création monétaire de manière ordonnée, en minimisant les peines, autant que possible, pour les citoyens ? Mais le débat monétaire n'est même pas engagé. Il est trop dangereux pour les politiciens, pour qui les promesses de relance facile valent mieux que celles d'efforts. Quant aux économistes qui dominent les débats aujourd'hui, ce serait pour eux une remise en cause de leurs dogmes. Humainement, c'est quasiment impossible. Il y a des gens, par-ci par là, comme l'américain Ron Paul, le professeur Jesus Huerta de Soto (auteur d'un livre prémonitoire :Monnaie, crédit bancaire, et cycles économiques), du courant autrichien. Mais c'est bien peu.

 

      La crise chypriote devrait être comprise comme un avertissement : la défaillance d'un système. La défaillance de la promesse de la croissance par la création monétaire, et la protection des banques, et des déposants. La méthode choisie pour restructurer le secteur bancaire n'ayant rien d'extraordinaire. C'est la méthode normale de restructuration d'une entreprise. C'est le traitement appliqué habituellement aux banques qui est anormal. La question qui se pose, c'est jusqu'où irons-nous dans la crise avant de reconsidérer le paradigme monétaire qui nous gouverne ? Et jusqu'où irons nous dans la reconsidération également. Des mesurettes pourront toujours permettre de légers rétablissements pour quelques années. C'est ce que nous faisons depuis quarante ans. Mais, depuis quarante ans, les crises se succèdent finalement, comme une lente chute. Le temps d'une civilisation est le long terme. Les mouvements sont lents. Quand, et dans quel état nous réveillerons nous ?

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Le projet de budget britannique pour 2013-2014

21 Mars 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

     Le Chancelier de l'Echiquier britannique, George Osborne, a présenté le budget du gouvernement britannique pour l'exercice 2013-2014, qui débute le 1er avril 2013. Les caractéristiques de ce budget sont les suivantes. D'abord, c'est toujours un budget basé sur un déficit élevé. Ensuite, il vise à encourager l'activité, des entreprises et de la population en âge de travailler. Enfin, il accentue la politique monétaire. Un bon résumé de ce budget est disponible sur le site de BBC News, budget 2013 at a glance, et What does it mean for you.

 

      La politique du gouvernement de David Cameron est généralement présentée comme une politique d'austérité. Ce qui est surprenant pour une politique qui mène à l'un des déficits publics les plus élevés de l'Union Européenne, et qui veut limiter les hausses d'impôts touchant la classe moyenne. C'est plutôt d'une politique de relance qu'il s'agit, comme cela a été expliqué dans l'article L'austérité au Royaume Uni. Le déficit prévu pour 2013-2014 s'élève ainsi à 7,4% du PIB, comparé à un déficit au cours de l'année 2012 de 3,7% prévu en France. Les chiffres de 2011 fourni par Eurostat sont aussi éloquents. Par ailleurs, la politique de la Banque d'Angleterre est très accommodante. Elle soutient l'économie par la création monétaire.

 

    Malgré cette politique de déficits, le gouvernement diminue des budgets publics, plafonne des rémunérations. Ce qui est qualifié d'austérité. La vérité, c'est que l'économie britannique a été soutenue à la fois par les déficits, la dépense publique, et le crédit, sous les précédents gouvernements travaillistes. Elle a subi la crise de plein fouet. Le gouvernement de David Cameron a choisi de ne pas trop combattre le déficit, pour, selon lui, préserver la croissance. On ne peut pas vraiment appeler cela de l'austérité. Cependant, l'ampleur de la crise oblige à des efforts, bien que le déficit soit très élevé. En maintenant un déficit élevé, le gouvernement poursuit dans cette voix.

 

     Pour relancer la croissance, le gouvernement britannique mise sur l'activité. L'activité des entreprises, par une diminution de l'impôt sur les sociétés, qui passe de 21% en 2014 à 20 % en 2015, sachant que le taux était de 28% en 2010. Les cotisation sociales sont diminuées. Par ailleurs, le droit de timbre sur les transactions boursières est supprimé pour les actions des sociétés côtées sur le marché des entreprises de croissance, comme l'AIM de la bourse de Londres. C'est donc un budget qui veut favoriser les entreprises, l'embauche par les entreprises, et le développement de nouvelles entreprises.

 

    Le budget veut aussi favoriser l'activité de la population active. Il augmente le plafond des réductions fiscales pour les couples avec enfants. C'est une réduction fiscale destinée aux couples qui travaillent (cf le site du HMRC et cet article du Daily Mail).

 

     Ces baisses de prélèvements sont financées par une baisse d'1% du budget de la plupart des ministères, l'éducation et la santé n'étant pas concernées. Une limitation à 1% des hausses de salaires dans la fonction publique, inférieure à l'inflation. Le taux de pension de retraite sera uniformisé. Le budget social sera verra aussi sa progression limitée.

 

    Le second volet de la politique de George Osborne est un approfondissement de la politique monétaire accommodante. Le Chancelier de l'Echiquier veut ainsi garantir pour 130 milliards de livres de prêts immobilier, pour encourager l'achat immobilier. De plus, George Osborne veut modifier les attributions de la Banque d'Angleterre, pour la voir favoriser encore plus la croissance qu'elle ne le fait aujourd'hui, en utilisant des outils non conventionnels. Il s'agit donc de relancer la croissance par la création monétaire, c'est-à-dire le crédit.

 

     Le projet de George Osborne est un beau mélange. D'un côté, il facilite l'entrepreneuriat, et le développement des entreprises. D'un autre, c'est une politique de relance, par les déficits et la monnaie. Ce dernier point est d'ailleurs inquiétant. En effet, la crise provient de l'excès de crédit. De l'excès de crédit dans l'immobilier notamment, aux USA, mais aussi en Grande Bretagne. Or, voici que cette dernière veut à nouveau soutenir l'économie par le crédit. Va-t-on vers une nouvelle bulle ? George Osborne prend un grand risque avec la politique monétaire. Il est vrai que son objectif ce sont les élections, dans deux ans. Le calendrier de l'Etat est le très court terme, tandis que celui de l'entreprise et de l'économie est plus dans le long terme.

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La politique de la bulle

16 Mars 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

    Dans un article publié par Contrepoints,Fed:Le rapport qui fait grincer des dents, le blogueur Lucas Heslot cite Paul Krugman, dans le New York Times en 2002 :

 

« Pour combattre cette récession la Fed a besoin de plus qu’une volte-face, elle a besoin d’une explosion des dépenses des ménages pour compenser les investissements moribonds des entreprises, et pour cela, Alan Greenspan doit créer une bulle immobilière pour remplacer la bulle du Nasdaq. »

 

     Cette citation, qui date d'avant l'expansion des années 2000, montre que l'idée d'une bulle immobilière pour relancer l'économie était théorisée. Ce qui accrédite la thèse selon laquelle c'est sciemment que des bulles immobilières et financières ont été créées, dans le but de soutenir la croissance par la création monétaire, c'est-à-dire le crédit.

 

     D'autres éléments corroborent cette thèse. Le fait que les taux d'intérêt ont été maintenu très bas depuis l'avènement de Greenspan à la tête de la Fed. Quand quelqu'un s'inquiétait des niveaux atteints par les prix de l'immobilier, les commentateurs à l'époque, dans les années 2000, répondaient que les prix étaient fixés par le marché, alors qu'ils dépendaient des taux d'intérêt, fixés par la Fed, et des incitations aux prêts hypothécaires du gouvernement fédéral.

 

     En Europe également les taux d'intérêt ont été maintenu très bas, alors que la masse monétaire s'emballait. Officiellement, la BCE mène une politique de stabilité monétaire. Sauf que, selon la théorie monétariste, ou la théorie quantitative de la monnaie, une politique de stabilité monétaire implique de réguler la croissance de la masse monétaire. Ce que n'a pas fait la BCE.

 

Souvenons nous qu'à l'époque était vanté " l'effet richesse " : l'augmentation des prix de l'immobilier et des actifs financiers permet de s'endetter en donnant ces actifs en garantie, ce qui soutient la consommation, et donc la croissance, et fait augmenter encore plus les actifs immobiliers et financiers. Encore un argument en faveur des bulles, immobilières ou financières.

 

     Enfin, les pays où un tel " cercle vertueux " n'était pas mis en place étaient montrés du doigt : ils avaient trop d'épargne, et ne distribuaient pas assez de crédit. Ainsi, en France, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'économie, avait voulu mettre en place le système d'hypothèque à l'américaine, qui permet d'obtenir des crédits à la consommation garantis par l'immobilier.

 

     Que penser alors quand partout ce sont aujourd'hui les marchés financiers qui sont accusés des bulles ? Sans que personne ne souligne la politique menée auparavant ? Machiavélisme ? Volonté de tromper ?

 

     La crise est attribuée à l'exubérance des marchés financiers, le goût du profit. Rarement il est rappelé le rôle de la Fed dans cette exubérance. En soutenant l'économie, à travers l'immobilier, par des taux bas, elle a favorisé la hausse des marchés financiers. De par la croissance, qui provoque la hausse des actifs financiers. Mais les taux bas favorisent également les effets de levier. Comme il est très bon marché de s'endetter, les entreprises empruntent, et remboursent du capital à leurs actionnaires. Les dividendes augmentent, ce qui fait augmenter les rendements des actions, et augmenter les cours de la bourse. Ou encore, les entreprises rachètent leurs actions, ce qui est une forme de distribution, et fait également augmenter les cours. Enfin, les opérations de rachat d'entreprise par endettement, les LBO, ont pu se multiplier.

 

      Le dévelopement des subprime provient également des taux bas, et aussi de l'action du gouvernement fédéral des USA. Ce dernier rachète aux banques la majorité de leurs prêts hypothécaires. C'est une politique visant à favoriser l'accès à l'immobilier, ainsi que la construction. Ces rachats se font à travers deux organismes, Fannie Mae et Freddy Mac. Or, le gouvernement a assoupli les conditions de rachat de prêts hypothécaires, pour permettre le crédit immobilier à des populations peu solvables. Ces prêts risqués sont appelés prêts subprime. Ce qui a favorisé le développement de ces crédits subprime. Une petite partie de ces crédits a été titrisée, à travers une opération complexe. On créait un fonds, appelé véhicule, dans lequel on mélangeait des crédits subprime avec d'autres crédits, moins risqués, et on vendait des parts de ce fonds. Il y avait trois sortes de parts : sans risque, moyennement risquée, très risquée. Le problème est survenu quand les emprunteurs n'ont pas pu rembourser. Ce qui était considéré comme sans risque est devenu risqué, et il est devenu impossible de mesurer le risque pris par les acheteurs de ces titres. D'où un blocage financier.

 

     Accuser le manque de régulation des banques par ailleurs est absurde. Celles-ci sont encadrées par les critères de Bâle. Leurs investissements dépendent totalement de ces critères (Une bonne illustration en est donnée par l'article de Georges Kaplan : Crédit bancaire aux US depuis 1973).Elles ont investi dans les titres subprime car ceux-ci étaient considérés comme sans risque par la réglementation. De même, critiquer le manque de réglementation des agences de notation est absurde puisque ces dernières doivent le rôle qu'elles jouent aujourd'hui... à la réglementation !

 

     Mais la crise financière n'est que la partie émergée de l'iceberg. La crise provient de l’inversement de l'effet richesse : baisse de la valeur des actifs, diminution des possibilités de crédit, baisse de la consommation, hausse du chômage, et un cercle vicieux s'enclenche, conséquence de la politique de soutien de l'économie par des bulles.

 

    On peut lire également que l'endettement des ménages aux USA s'explique par la montée des inégalités, dues bien entendu à la dérégulation ultralibérale. Le rôle du gouvernement fédéral, à travers les organismes Fannie Mae et Freddy Mac, cités plus haut, est ignoré. De même que le Community Reinvestment Act, une loi controversée qui oblige les banques à accorder des crédits à certains quartiers réputés discriminés par celles-ci. Sans chercher à savoir si ces quartiers sont réellement discriminés, ou si la population y est peu solvable.

 

     Enfin, d'où viennent les inégalités ? Les bulles ont provoqué l'envolée de la valeur des actifs financiers et de leurs revenus. Ce qui profite aux détenteurs de ces actifs, généralement déjà riches. C'est donc la politique de bulle qui provoque la montée des inégalités.

 

     Pourtant, personne ne se penche sur la responsabilité de ces politiques. En fait, il est reproché aux marchés financiers de ne pas avoir réagi comme ces politiques l'auraient voulu. Il faut donc contrôler encore plus les marchés et leurs acteurs, pour qu'ils réagissent comme il le leur est demandé.

 

      En fait, à travers la politique monétaire, et le contrôle des marchés financiers, jamais les gouvernements n'ont été aussi interventionnistes. C'est une vision de l'économie comme une mécanique, comme une ingénierie sociale, qu'il est possible de totalement contrôler, et qu'il est nécessairede totalement contrôler. Au lieu de voir dans la crise une conséquence des erreurs du passé, il y est vu une justification à une fuite en avant dans la politique de bulle. Aujourd'hui, une bulle obligataire soutient l'endettement des pays, la Fed a provoqué une bulle des emprunts étudiants, tandis que Wall Street retrouve des niveaux records, alimentée par les liquidités que déversent les banques centrales à travers le monde.

 

      Le problème le plus important n'est pas tant le choix de la politique économique, que de l'opacité de ce choix. On nous prétend en démocratie, mais le citoyen lambda, à travers les médias, n'a aucune possibilité d'avoir la moindre idée des tenants et aboutissants de la crise. Ce qui fait le lit des extrémismes, des populistes, comme en Italie par exemple. Mais, là encore, alors que la simple vérité des faits aiderait à combattre les populismes, la pensée unique accuse ses rares détracteurs, accusés de mener une politique "d'austérité" qui favorise les populismes ! Alors que l'austérité est toute relative, et que même ceux qui s'opposent à la fuite en avant de la dépense ne dénoncent pas la politique de bulle.

 

      Aujourd'hui, la situation est bloquée. Après la crise des années trente, et plus d'une décennies de protectionnismes et de guerre monétaire, il avait fallu la guerre la plus meurtrière de tous les temps, marqu és par des génocides, pour repartir sur de meilleurs bases : la stabilité monétaire, et le développement du commerce international. Malheureusement, le vers était dans le fruit, et la situation s'est dégradée (cf La politique économique avant et après la crise).La question est donc : jusqu'où tomberons nous aujourd'hui, avant de réagir ?

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Les débats sur l'austérité

8 Mars 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

    Les critiques contre l'austérité auxquelles personne ne peut échapper ces derniers temps, notamment après le vote en Italie, illustrent à nouveau le manque d'analyse et de recul des médias. D'abord car on ne peut pas qualifier la politique qui est menée aujourd'hui dans les principaux pays occidentaux de politique d'austérité. Ensuite parce que les effets des politiques de dépenses publiques, dites de "relance", engagées en d'autres temps, sont complètement oubliés. Enfin, la rhétorique employée est quelque peu inquiétante, car populiste.

 

     S'il faut adopter le discours économique dominant, il faut considérer qu'il existe deux types de politiques économiques : austérité ou relance. La relance consiste à soutenir l'économie par la dépense publique, le déficit public, et une politique monétaire accommodante (taux d'intérêt de la banque centrale bas, crédit massif de la banque centrale aux autres banques, rachat de dette souveraine par la banque centrale). Force est de constater que la majeure partie de l'Europe, et de l'occident, mène ce type de politique. Parler d'austérité n'est donc pas approprié. Il y a des pertes d'emplois, des interrogations sur les retraites, sur la croissance, malgré ces politiques de relance, et non pas en raison de l'absence de politiques de relance.

 

    Bien sûr, on peut penser que si ces politiques ne donnent pas les résultats escomptés, c'est qu'il faut en faire encore plus. Plus de dépenses, plus de création monétaire. C'est ainsi que la France a quémandé une relance au niveau de l'Union Européenne. Cependant, la France est la deuxième économie de la zone euro, l'Italie la troisième. L'Espagne est en difficulté. Personne ne peut soutenir la France et l'Italie. Ces pays sont trop importants dans l'Union. L'Allemagne est appelée à la rescousse. Mais elle ne peut pas soutenir la France et l'Italie. D'autre part, sa bonne gestion permet les mécanismes de soutien à la Grèce, l'Irlande, au Portugal. L'Allemagne en fait déjà beaucoup pour l'Europe. Mais elle ne peut pas soutenir l'Europe à elle seule.

 

    L'expérience a également démontré l'échec de la politique de relance par la dépense publique. Depuis les années 1970, toutes les politiques de relance ont mené à... l'austérité! Il n'y a jamais eu d'effet de relance. Ce qui incite à la prudence. Par ailleurs, la politique de relance par la dépense publique est basée sur les théories de John Maynard Keynes, qui sont elles aussi sujet à caution (cf Keynésianisme et libéralisme, comparaison, et Monnaie, relance, économie ).


      Mais les politiques de relance ne sont pas défendues par des arguments se réclamant de la logique. L'argumentation consiste à dénoncer le chômage, la baisse des revenus, les difficultés de financement des retraites, et de dire : il faut faire quelque chose. Ce quelque chose, c'est une intervention étatique, l'Etat ayant le pouvoir de rétablir la situation, sans effort pour les populations. Les difficultés sociales sont présentées comme des injustices, et donc l'Etat peut intervenir par des lois, car les injustices sont éliminées par des lois.

 

     Pour expliquer les difficultés, on désigne des ennemis. L'Europe, et la BCE, sont mis sur le banc des accusés. Ils contraignent les pays à la rigueur ! Alors que sans l'Europe, sans la BCE, l'Irlande, l'Espagne, la Grèce, seraient contraints à des plans de rigueur bien plus drastiques. On désigne également comme cause de la crise un ennemi invisible, impersonnel : les marchés financiers. Et on prétend que c'est la dérégulation des marchés financiers qui a provoqué la crise. Mais on serait bien en peine de démontrer cette dérégulation, car les marchés financiers sont extrêmement réglementés, et car la crise provient de l'interventionnisme de la banque centrale des USA, la Fed, et des réglementations du gouvernement américain qui ont forcé les banques à prêter à des ménages peu solvables. Il serait trop long de tout réexpliquer ici ; On se référera aux articles suivants : La politique économique avant et après la crise, et Eléments d'histoire économique contemporaine : sortir des poncifs.

 

    Désigner des ennemis, proposer des solutions sans douleur, cela ressemble furieusement à du populisme. Et pourtant, personne ne relève. On accuse la BCE de la montée du populisme en Italie, plutôt que les politiciens avides de pouvoir.

 

     Ce pays est-il foutu comme le répète le blogueur Hashtable ? Face à cette absence de recul, d'analyse, de la part des politiciens et des médias, on peut être découragé. Il n'y a pas de débat. Juste de la com'. Les médias répètent la com' du gouvernement, des "milieux autorisés". Mais, sans débat, y-a-il démocratie ? Peut-être, finalement, est-ce la question que pose la crise : comment notre système de gouvernement peut-il faire face à une telle crise ? N'est-il pas trop gangrené par le clientélisme, l'économie de copinage, n'aliène-t-il pas certaines classes sociales par de fausses promesses ?

 

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