Analyse Libérale

L'austérité, qu'est-ce que c'est?

25 Février 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

     Le quotidien Les Echos a publié une page plutôt amusante ce lundi 25 février 2013. C'est une carte des déficits budgétaires en Europe prévu pour 2013. Un chiffre en particuler est amusant : le déficit du Royaume Uni, à 7,4%. Ce même pays dont la perte du triple A par Moody's est présenté comme un échec de sa politique... d'austérité !

 

     J'ai déjà écrit sur la pseudo austérité au Royaume Uni. La carte des Echos montre des déficits partout, avec seulement l'Allemagne quasiment à l'équilibre. Ajoutons que les politiques monétaires de la Banque Centrale Européenne et de la Bank of England sont très accommodantes. Nous somme clairement dans une politique de dépenses publiques. Que signifie alors cette austérité dénoncée par la majorité des médias et des économistes ? Jusqu'à quel niveau de déficit peut-on aller, si un déficit de 7,5% est considéré comme de la rigueur ? La limite de 3% est certes arbitraire pour les déficits publics, mais ou commence l'austérité ?

 

 

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François Hollande est-il social-démocrate?

24 Février 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

    Selon les médias français, François Hollande mènerait désormais une politique sociale-démocrate, ou même sociale libérale parfois ! Oublions cette dernière expression qui n'a aucune signification, au contraire de la sociale-démocratie. Cette dernière fait notamment référence au programme des socio-démocrates allemands présenté à Bad Godesberg, dont la page wikipedia offre un résumé des principes. En particulier, le programme de Bad Godesberg abandonne le socialisme, pour défendre l'économie de marché, la libre initiative de l'entrepreneur, la libre concurrence. La sociale-démocratie reconnaît un aspect utile à la partie économique du libéralisme, dans le sens où l'économe de marché permet la création de richesses qui permettent de financer l'Etat. Quelles seraient donc les mesures conformes à ces principes mises en œuvre par François Hollande ?

 

    Le rapport sur la compétitivité de l'industrie est mis en avant pour justifier de ce virage social-démocrate. En quoi chercher à aider un secteur d'activité en particulier correspond-il à favoriser la libre entreprise ? Il est plutôt focalisé sur les grosses entreprises. Le choix du secteur a même un goût de soviétisme de la grande époque, ce que rejette la sociale-démocratie.

 

    Le nouveau crédit d'impôt compétitivité emploi est également présenté comme une mesure sociale-démocrate. Là encore, en quoi une mesure en faveur des grands groupes, qui complexifie encore plus une réglementation qui l'est déjà, est-elle une mesure en faveur de la libre entreprise ? La mesure n'est même pas financée, l'Etat comptant sur la croissance future, et demandant aux banques de financer ce crédit d'impôt.

 

    Enfin, l'accord entre le patronnat et les syndicats est présenté comme un accord de flexisécurité, à l'image de ce qui se fait dans les pays nordiques, exemples de sociale-démocratie. Alors que tout ce que propose cet accord est de sécuriser les plans sociaux, qui pouvaient être menacés par différentes voies de recours pendant plusieurs années, au détriment finalement à la fois des employeurs et des salariés. A nouveau une mesure centrée sur les grands groupes, et qui renforce même le rôle de l'Etat puisque celui-ci peut être amené à valider le plan. Quel rapport entre les plans sociaux validés par l'Etat et la flexisécurité, qui permet de licencier sans contraintes ?

 

    Les mesures qualifiées de sociale-démocrates, ou même de libérales, se caractérisent ainsi par un interventionnisme en faveur des grands groupes. Rien à voir avec la promotion de la libre entreprise. Au contraire, celle-ci est pénalisée par les mesures fiscales à l'encontre de l'investissement privé dans la création et le développement d'entreprises. Alors que, par comparaison, la Suède, présentée comme un exemple de sociale-démocratie, a diminué le taux d'imposition du capital par rapport au taux d'imposition du travail, en 1991, pour relancer l'investissement. Et c'est dans le numéro 333 de Challenges, un magazine de gauche, que l'économiste Philippe Aghion le souligne. Le contraire de la politique fiscale française.

 

    Pourquoi avoir qualifié ces mesures de sociale-démocrates, ou même libérale ? Parce que le mot compétitivité apparaissait, et parce ces mesures étaient destinées aux entreprises. Ainsi, toute politique qui prétendrait promouvoir une sorte de compétitivité, ou qui simplement s'adresserait aux entreprises, mériterait le qualificatif de libérale ! Est-ce le summum de l'ignorance de la part des médias, ou de l'idéologie ? Mais, répétée dans tous les médias, ces commentaires donnent l'idée aux français que les socialistes ont fait un pas vers l'économie de marché, et donne des raisons à l'extrême gauche du PS de faire de la surenchère.

 

    Gageons que les prochaines mesures d'économie qui s'annoncent provoqueront le même type de commentaires. Pourtant, il n'y a là encore aucune intention d'arriver à un Etat moins dépensier, moins interventionniste. C'est juste le problème de l'expansion de la dette qui force à faire des économies, dont on espère que la reprise économique permettra d'y mettre fin très vite. C'est une politique d'expédients, toujours basée sur la dépense, mais le gouvernement ne peut pas dépenser autant qu'il le voudrait.

 

    Ces commentaires sur une pseudo politique sociale-démocrate ou libérale de François Hollande illustrent deux phénomènes. D'une part, l'ignorance (ou l'aveuglement idéologique?) des journalistes. Le fait qu'une politique soit officiellement en faveur des entreprises ne signifie pas que ce soit une politique en faveur de l'économie de marché. Même la sociale-démocratie est mal connue. C'est avant tout le rejet du socialisme. Mélenchon, le parti communiste, mais aussi Montebourg et l'aile gauche du PS sont des extrémistes pour les socio-démocrates. Les centristes de l'UMP sont plus socio-démocrates que le PS.

 

    D'autre part, l'absence de débat en France sur la politique du gouvernement est extraordinaire. Tous les médias établis diffusent la même opinion, une pensée unique. Tous diffusent que le gouvernement a pris des mesures sociales-démocrates ou sociales-libérales. Il n'y a aucune pluralité. Aucun débat. Est-ce une question d'enseignement, d'idéologie ? Toujours est-il que les citoyens ne peuvent pas se faire une opinion en croisant différents commentaires, à moins d'aller sur le net, sur des sites comme Contrepoints, pour avoir le contrepied de la pensée unique. Mais combien ont-ils réellement le temps de le faire ?

 

    Avec les médias diffusant une pensée officielle, le pays apparaît comme pris dans une chape de plomb. Que faudra-t-il pour se ressaisir ? Un effondrement total ? Que de vies gâchées en attendant.

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La politique des républicains aux USA

23 Février 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

     Quiconque cherche à s'informer sur les USA à travers les médias français, ceux dit sérieux, apprendra que les républicains ont « clivé » le spectre politique US. Ils se sont radicalisés, et bloquent ainsi tout le pays.

 

     Qu'est-il reproché aux républicains ? De vouloir moins d'Etat, et par conséquent, de réduire les dépenses publiques. Les démocrates sont contre. Ils veulent augmenter les dépenses publiques et les impôts. Il y a donc un hiatus. Les répu blcains et les démocrates ont des positions opposées. Mais qui est le plus radical ? Le système législatif des USA oblige à des compromis. C'est le Congrès qui a le pouvoir. Reagan et Clinton, qui gouvernaient avec des Congrès dont la majorité leur était opposée, parvenaient à des compromis. Mais Obama n'y parvient pas. La faute aux républcains, selon la presse bien prnsante. Pourtant, les républicains ont accepté dernièrement des augmentations d'impôts. Tandis que les démocrates n'ont fait que de vages promesses de réductions de dépenses. Alors, qui est radical ? Les républcains, qui acceptent les compromis, ou les démocrates, et Obama, qui les refusent ?

 

     La vérité est qu'il y a un clivage. D'un côté les démocrates, qui veulent continuer la politique interventionniste, la politique de dépenses publiques, et de l'autre les républicains, qui considèrent que l'Etat a détraqué l'économie par son interventionnisme. Qui est responsable du clivage ? Personne. Il y a divergence.

 

     Le système US oblige à un certain consensus. Ce qui semble bloqué aujourd'hui. Qui est responsable du blocage ? On ne peut que constater que les républicains aont accepté des augmentations d'impôts. Mais les démocrates n'ont pas proposé de réductions de dépenses. Qui sont les extrémistes donc ?

 

    Les médias imposent l'idée de républicains radicaux, qui empêchent tout compromis. La vérité est qu'il y a une divergence d'opinion. Les républicains ont accepté des compromis. Pas les démocrates. Ce sont donc plutôt les démocrates qui sont extrémistes. Mais ce ne sera pas dit par les médias.

 

  Cela est un nouvel exemple du parti pris des médias. Il y a un manque de puralisme en France. Des gens qui cherchent à s'informer en faisant confiance aux médias officiels ont une information tronquée. Les républicains sont présentaés comme « clivant » car ils vont à l'encontre de l'opinion dominante des médias. Pourtant, ce ne sont pas eux qui bloquent les USA.

 

    Aujourd'hui, l'internet permet de se rendre compte de la partialité des médias, ou de laur « moutonisme » : ils se contentent de répéter l'opinion des politiciens. Mais seule une minorité fouille la toile. Les gens n'en n'ont pas forcément le temps. Une opinion se forge ainsi, sur des interprétations partiales.

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L'école autrichienne, par Jesus Huerta de Soto

14 Février 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

     En science économique, la question de la méthode est importante. Il y a une branche dominante, qui peut être rassemblée sous le terme de la synthèse, qui aborde l'économie comme un problème d'équilibre entre des quantités : prix, travail, biens, services. La méthode est empirique et mathématique. A partir de l'étude de la réalité, une hypothèse est élaboré, qui sert à des modèles mathématiques.


     Une autre méthode est la voie choisie par l'école autrichienne. Celle-ci se veut dynamique, quand l'école de la synthèse aboutit à un équilibre statique. L'école autrichienne envisage l'économie comme une partie de l'étude de l'action humaine. Elle étudie la coordination des actions entre chacun.


     L'école autrichienne, et les différences d'approche en économie, sont mal ou pas du tout connue du grand public, et souvent même de ceux qui s'intéressent à l'économie. Le professeur Jesus Huerta De Soto a publié un livre excellent sur le sujet : L'école autrichienne, marché et créativité entrepreneurialeaux Editions Charles Coquelin. Cet ouvrage est à la fois une présentation de l'école autrichienne, en même temps qu'il la replace dans l'histoire de la pensée économique, ainsi qu'il la situe par rapport au courant dominant de la synthèse. C'est donc également un aperçu des débats théoriques en économie qu'offre ce livre.

 

     Jesus Huerta de Soto commence par une présentation des principes essentiels de l'Ecole autrichienne, et notamment du rôle de l'entrepreneur, en la comparant avec les courants néoclassiques. Par théorie néoclassique, il englobe en fait la synthèse néoclassique. Il oppose la vision dynamique de l'économie de l'école autrichienne à la vision statique du courant de la synthèse.

 

     L'auteur replace ensuite l'école autrichienne dans un cadre historique. Il met en avant la filiation entre l'école autrichienne et les scholastiques espagnols de l'école de Salamanque, au 16ème siècle. Il considère cette école comme précurseur du courant autrichien, et souligne les liens culturels à l'époque entre l'Espagne et l'Autriche, toutes deux faisant partie de l'Empire de Charles Quint. (Voir aussi à ce sujet Juan de Mariana et les scholastiques espagnols, sur le site de l'Institut Coppet. )

 

     Puis le livre enchaîne sur une présentation des principaux auteurs qui ont façonné l'école autrichienne. D'abord Carl Menger, dont Les Principes d'Economie sont le livre fondateur de cette école. Puis Böhm-Bawerk, pour sa théorie du capital. Un chapitre est bien sûr consacré à Ludwig Von Mises, qui a créé le terme de praxéologie, pour définir l'étude de l'action humaine. Enfin, Friedrich August Hayek a son chapitre, tout un paragraphe étant consacré à son opus, Droit, législation et liberté.

 

     Pour chaque auteur, Jesus Huerta De Soto rappelle les controverses auxquelles ils ont été mêlés. Notamment la polémique des méthodes, entre Carl Menger et l'école historique allemande, Böhm-Bawerk contre Marshall, et Hayek, contre Keynes, et aussi l'école de Chicago.

 

     Le livre conclut sur les auteurs qui ont relancé l'école autrichienne, Murray Rothbard et Israël Kirzner, et sur le programme actuel de cette école. Il répond également aux critiques qui sont faites à l'école autrichienne, ce qui permet à nouveau de souligner l'importance de la méthode en théorie économique.

 

     L'école autrichienne, marché et créativité entrepreneuriale est un excellent livre. Il  ravira tous ceux qui veulent comprendre l'économie, et les débats théorique qu'elle engendre. Il sera très utile pour former la réflexion des étudiants. Il est très abordable, concis (150 pages), et d'un prix correct. Une perle à découvrir.

(Les Editions Charles Coquelin m'ont confirmé la disponibilité de cet ouvrage, que vous pouvez commander par le bon de commande sur ce site : Editions Charles Coquelin.)

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Ansar al-Shari’a : La prochaine insurrection en Tunisie

12 Février 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

Un article d'Habib M. Sayah, sur la situation en Tunisie :

Ansar al-Shari’a : La prochaine insurrection en Tunisie

 

Habib M. Sayah

Habib M. Sayah

Habib M. Sayah est le Directeur de l'Institut Kheireddine. Juriste spécialisé dans les questions internationales, il est également analyste pour Atlas Economic Research Foundation. Il a contribué en 2006 à la création de la revue - initialement clandestine - d'analyse de la politique tunisienne "La Voix des Tunisiens". En 2011, il a participé à la création du collectif El Mouwaten et a été candidat aux élections de l'Assemblée constituante avec la liste Sawt Mostakel.

 

 

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Laissons Peugeot tranquille

10 Février 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

 

     Le groupe PSA Peugeot Citroën a annoncé une dépréciation d'actif de 3,9 milliards d'euros, qui va affecter son résultat. Aussitôt les sphères ministérielles et médiatiques s'enflamment, allant jusqu'à envisager une nationalisation de la société. Pourtant, l'opération est juste technique, et ne change en rien la situation de PSA Peugeot Citroën, qui n'est ni pire ni meilleure après cette opération comptable.

 

      PSA Peugeot Citroën ne fait que se conformer aux obligations comptables. Il y a 15 milliards de fonds propres inscrits au bilan. Ces 15 milliards, pour partie échangés en bourse, voient leur valeur varier quotidiennement. En fonction de quoi? En fonction des bénéfices anticipés. La bourse ne fonctionne pas sur le passé. Ce qui explique qu'une entreprise, comme Apple, peut faire des bénéfices extraordinaires, et voir son cours baisser, tandis qu'une autre, comme Amazon, voir son bénéfice baisser, ou même enregistrer une perte, et voir son cours monter. Ce sont les bénéfices espérés qui déterminent le cours d'une action.

 

    Les règles comptables obligent les entreprises à tenir compte des rentrées d'argent espérées. Si ces rentrées diminuent, il faut diminuer la valeur inscrite au bilan, comme si les fonds étaient placés en bourse. C'est donc une simple opération comptable (​ impairment tests ​par exemple). Elle ne change en rien la situation de PSA Peugeot Citroën.

 

    Telle est la comptabilité. Une entreprise peut très bien faire des pertes tout en étant en bonne santé, et inversement. Si un nouveau PDG est nommé, il peut déprécier des actifs. Ce qui crée des pertes. Mais le business de l'entreprise peut être sain. Et la trésorerie positive. Si les actifs sont trop dépréciés, cela peut obliger à une recapitalisation, mais PSA Peugeot Citroën n'indique rien de tel.

 

   PSA Peugeot Citroën a annoncé beaucoup d'investissements ces derniers temps. L'industrialisation de la 208 au Brésil, voiture sortie depuis peu en Europe. L'annonce du 2008, du nouveau C4 Picasso. Une nouvelle technologie thermique-air comprimé. La marque DS est développée en Chine. Et une nouvelle plate-forme technique est lancée avec le C4 Picasso.

 

    Ces investissements sont le remède et le problème. Le remède car ils doivent permettre à PSA Peugeot Citroën d'assurer sa pérennité. En montant en gamme, avec notamment la marque DS. En développant les ventes au Brésil, en Russie, et en Chine. En investissant de nouveaux segments, avec le mini cross over 2008.

 

   Le problème, car tous ces investissements signifient des sorties d'argent. PSA Peugeot Citroën dépense plus qu'il ne gagne. C'est le problème, ce n'est pas nouveau, et rien n'a changé de ce point de vue. La société est engagée dans un programme d'investissement extraordinaire si on la compare à ses concurrents, comme FIAT par exemple: nouveaux modèles, nouveaux territoires. Tel est le défi de la société.

 

    Il n'y a rien de nouveau, donc pas de raison de parler de nationalisation. Les infos à surveiller seront le chiffre d'affaires, le mix produit (si la société vend plus ou moins de produit à fortes marges), le chiffre d'affaires par zone géographique. La perte comptable sera considérable, mais ne signifiera pas grand chose, compte tenu des dépréciations. C'est là toute l’ambiguïté de la comptabilité. Mais, face à une entreprise dans une situation difficile, comme PSA Peugeot Citroën, on pourrait espérer plus de sang froid, au lieu d'affoler les marchés, et ce qui est plus embêtant, les clients.

 

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L'accord entre Google et la presse

2 Février 2013 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #éco actu

 

    Google a signé un accord avec le gouvernement français au sujet du financement de la presse. La lecture des premières informations sur cet accord laisse une impression sinon amer, pour le moins mitigée.

 

      La démarche d'abord est contestable : les éditeurs de presse ont demandé une rémunération à une société qui leur apporte de l'audience ! Et le pouvoir les a soutenu dans cette démarche.

 

    Cette démarche pose la question du modèle économique de la presse. Celle-ci bénéficie de subventions, d'une taxation réduite. Les journalistes ont leur niche fiscale. L'Etat et les collectivités locales font de la publicité aussi dans la presse. Aujourd'hui, l'Etat a signé un accord par lequel Google va apporter 60 millions d'euros à un fonds pour apporter des soutien à la transition numérique, à des investissements, à des innovations, selon les termes un peu flous de la déclaration de l'Elysée.

 

     La presse dépend donc beaucoup du pouvoir politique. Ce qui pose bien entendu la question de son indépendance vis-à-vis du politique. Mais, surtout, elle ne cherche pas à sortir de cette dépendance. Cette affaire Google montre une volonté d'obtenir de l'argent par le pouvoir, plutôt que de chercher à vendre un bon produit, plutôt que de créer de la valeur.

 

     La presse vit une profonde transformation. Internet lui a fait perdre son rôle d'intermédiaire obligatoire. Aujourd'hui, chacun peut aller chercher directement l'information auparavant relayée par les journaux. Les statistiques proviennent de l'INSEE, ou des ministères. Les syndicats, les entreprises, communiquent sur internet. Beaucoup d'articles des journaux proviennent de ce type de sources. Ou ce sont des dépêches d'agence à peine réécrites, semblables d'un titre à un autre.

 

     Il ne coûte pas cher finalement de faire un site reprenant ces informations, ainsi qu'un fil d'agence de presse. Sans passer par l'impression et la distribution de journaux papier.

 

     Les journaux « historiques » ont une bonne audience d'ailleurs sur internet. Mais ils ont encore des coûts de structure important, que l'internet ne permet pas d'amortir. La problématique serait donc de créer de la valeur, pour inciter le public à payer.

 

     Mais sur le plan de la qualité également internet est cruel : il met en exergue le manque d'analyse, de profondeur des articles de la presse. En effet, à travers des sites dans le mondes entier, il est possible de trouver, gratuitement, des analyses plus sérieuses que celle des journaux. Surtout, il est possible de trouver différents avis, différents points de vue.

 

     Le plus souvent, les journaux ne sont que la caisse de résonance de l'opinion dominante. C'est flagrant par exemple en économie. Le grand public sait-il que les agences de notation, si décriées, ont été imposées par la réglementation ? Le grand public sait-il que les secteur financier est l'un des plus régulé au monde ?

 

    Pourtant, dans un monde complexe, il y a une demande que la presse pourrait combler. Il faut reconnaître des essais. Le magazine XXI a adopté une toute autre approche. Il peut y en avoir d'autres. La presse a des talents. Et elle a une image de marque encore reconnue. Elle peut rebondir. Et je le souhaite.

 

     L'accord avec Google laisse une impression mitigée également en ce qu'il renforce le moteur de recherche finalement. En effet, en finançant un fonds, Google sera en première ligne de l'adaptation au numérique des journaux. Il pourra pousser ses solutions, sa technologie. Dans le quotidien Les Echos, un porte-parole de Google parle d'un partenariat commercial d'ailleurs. Cela ne rendra pas la presse plus indépendante, de Google en particulier. Et notamment en matière de financement, puisque cela va favoriser Google dans son rôle de régie publicitaire internet.

 

     Il ne s'agit pas ici de participer à une entreprise de diabolisation de Google, en disant qu'il faut éviter sa régie. Il s'agit de souligner qu'en cherchant à obtenir des subventions de la part du moteur de recherche, les éditeurs de presse renforcent ce dernier. Ce qui est logique d'ailleurs : quand on demande de l'argent à quelqu'un, ce dernier attend quelque chose ne retour. Alors, quand cet accord est présenté comme une victoire de la presse, on peut être dubitatif. N'est-ce pas plutôt une victoire de Google ?

 

     Je fais partie de ceux qui aiment lire la presse. Je suis un bon client des revues d'économie. Malheureusement, j'ai déjà abandonné la lecture de l'une d'entre elle, car la matière diminuait, alors que le prix augmentait. Et je ne renouvellerai sans doute pas mon abonnement à une autre. J'en verserai plutôt le montant à un site web, comme l'Institut Coppet ou Contrepoints, qui m'offrent ce que je ne trouve plus dans la presse. Ces sites représentent peut-être l'avenir, finalement.

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