Analyse Libérale

Mathématiques et économie

28 Octobre 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     Le prix Nobel d'économie attribué à des travaux de la théorie des jeux a suscité des articles sur la place des mathématiques en économie (Économistes, changez de partition, Des prix Nobel qui jouent à l'économie) . Il s'agit là d'un débat historique, puisqu'il sépare les co-découvreurs du marginalisme, avec William Stanley Jevons et Léon Walras d'un côté, dont les travaux ont mené à la mathématisation, et Carl Menger de l'autre, fondateur du courant autrichien, qui ne reconnaît pas d'utilité aux mathématiques.

 

     C'est ainsi le marginalisme qui a donné naissance à une mathématisation de l'économie, à travers le courant néoclassique, aussi dénommé microéconomie, que nous décrirons d'abord, suivant l'ordre chronologique. Nous passerons ensuite à la macroéconomie, qui a vu la mathématisation de la théorie keynésienne. Nous verrons ensuite que les mathématiques, en microéconomie comme en macroéconomie, reposent sur des hypothèses définies de manière littéraire. Ce qui pose la question de ce qu'apportent réellement les mathématiques. Par extension, la question de l'empirisme en économie sera abordée. Enfin, la théorie des jeux, primée par la banque de Suède, sera évoquée.

 

     La mathématisation de l'économie date de la théorie néoclassique, qui est exposée de manière mathématiques. Le principe de base étant la maximisation sous contrainte. Les mathématiques sont ici un langage qui décrit l'économie. Il ne s'agit pas de construire un modèle pour diriger un pays, qui permettrait de prédire, de façon quantitative, et précise, ce qui se passerait en faisant varier numériquement une variable. Ce n'est pas un modèle dirigiste de l'économie. C'est juste une description du fonctionnement de l'économie.

 

     La théorie néoclassique est parfois critiquée par le fait qu'elle décrit le comportement d'un homo economicus abstrait, qui n'existe pas. Mais c'est justement le propre des mathématiques. Le raisonnement se fait à partir d'abstraction, et, ensuite, on se sert de ces abstractions dans la vie réelle. Par exemple, Léon Walras, auteur d'un modèle d'équilibre général, avait développé à partir de ce modèle une théorie d'économie appliquée. Les mathématiques sont un langage, ce qu'il ne faut jamais oublier.

 

     La théorie néoclassique est aussi appelée microéconomie. Dans le langage courant, la microéconomie concerne l'économie réelle, les entreprises, les consommateurs. Ce qui est faux. La microéconomie est en fait une méthode. Elle consiste à étudier l'économie en partant de l'individu. Elle aboutit à une étude d'ensemble, comme le modèle d'équilibre général de Léon Walras.

 

     La macroéconomie, au contraire, étudie les agrégats globaux : la demande, l'investissement, les taux d'intérêt, etc. En ce sens, elle propose un modèle à la fois explicatif, et, en même temps, elle tend à une modélisation de l'économie réelle. Ce n'est plus un schéma descriptif, comme la microéconomie, mais une volonté de diriger l'économie en agissant sur des variables numériques, tel l'investissement, le taux d'intérêt. Les mathématiques ont donc un rôle concret pour définir la politique économique.

 

     La microéconomie, comme la macroéconomie, sont basées sur des hypothèses. Ces dernières sont définies de manière littéraire. Ce sont les travaux d'Adam Smith, de Jean-Baptiste Say, qui ont mené à la microéconomie. De même, la macroéconomie dans sa forme dominante est basée sur la théorie de la demande de John Maynard Keynes.

 

     Ce qui pose la question de l'utilité des mathématiques. En effet, si tout dépend des hypothèses de départ, qu'elle est l'utilité des mathématiques? D'autre part, ne peut-on pas avoir une formulation aussi précise et non mathématique? C'est ce que préconise le courant autrichien.

 

     Le débat sur les mathématiques ramène également au débat sur l'empirisme. Peut-on déterminer empiriquement, c'est-à-dire sur la base de données amassées au cours des décennies, une politique économique? Ludwig Von Mises, dans L'action humaine, écrit que toutes les théories économiques peuvent trouver des justifications empiriques. Il faut d'abord, selon lui, une théorie pour analyser les faits. Il s'agit là d'un vieux débat. L'idée étant qu'il est impossible de faire des expériences en économie, contrairement à la physique, où plusieurs milliards peuvent être investis dans un accélérateur de particules pour valider les théories.

 

     Venons-en enfin à la théorie des jeux, si primée par le Nobel. Son objectif est d'étudier les décisions des agents économiques. Elle modélise la prise de décision, pouvant même l'automatiser, comme pour les prix Nobel 2012. Son exemple emblématique est le dilemme du prisonnier (voir le lien pour plus de détails). La théorie de jeux permet donc l'automatisation de la prise de décision. Elle offre une aide dans la prise de décision, et permet également de créer des règles de fonctionnement de marchés. L'utilité de la théorie des jeux n'est pas à prouver. La question est : est-ce que cela peut être considéré comme de la théorie économique, ou une application des mathématiques à des cas concrets d'allocations de ressources ou de moyens?

 

     La science économique est très jeune, ce qu'il ne faut jamais oublier. Elle est aussi fortement influencée par la politique. Les politiciens vont favoriser les théories qui vont dans leur sens. Pouvoir contrôler l'économie par ordinateur, en agissant sur des variables numériques, est un objectif pour certains. C'est la macroéconomie. Qui utilise les mathématiques dans ce but. Dans la microéconomie, les mathématiques sont utilisées dans un but descriptif. Dans tous les cas, les théories dépendent des hypothèses, qui sont littéraires. L'empirisme peut lui faire débat.

 

     Je suis plutôt proche de l'école autrichienne. Donc peu favorable aux mathématiques en théorie économique. Cependant, je considère que je ne connais pas suffisamment les différentes théories, en particulier la théorie des jeux, pour porter un jugement définitif. D'autre part, les mathématiques sont un langage. Beaucoup de critiques portent en fait sur l'ignorance de ce langage, comme les critiques contre l'homo economicus. Et je ne souscris pas à ces critiques.

 

     L'économie est une science jeune. La méthodologie fait encore débat. Qu'est-ce que l'économie, quels sont les outils d'analyse? La place des mathématiques fait partie de ce débat.

 

 

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Les entrepreneurs ont besoin des financiers.

23 Octobre 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     En France, la finance est déconsidérée. Elle est opposée à ce qui est appelé "l'économie réelle". Deux articles dans la presse viennent contredire ce postulat. Dans son blog sur lefigaro.fr, Yann Le Galès a présenté une étude de Startupbootcamp, qu'il a quasiment entièrement traduite, qui montre l'importance de l'environnement financier pour le développement des startups. Un autre article, publié par lesechos.fr, est une tribune de Denis Payre, co-fondateur de Business Objects, et fondateur de Kiala, qui présente un exemple concret d'utilisation des marchés financiers par une jeune entreprise en développement, et des problèmes posés par l'imposition sur les plus-values prévue dans la loi de finances 2013.

 

     L'étude de Startupbootcamp montre que l'Europe a développé des atouts qui favorisent l'essor des startups : les infrastructures, et l'éducation. Elle dépasserait même les USA dans ces domaines. Cependant, elle n'a pas mis en œuvre des conditions permettant de développer suffisamment le nombre de capital-risqueurs, de même que les conditions de sortie du capital des startups. En clair, les législations européennes ne sont pas favorables à l'investissement des financiers dans les start-ups. Les financiers ont besoin de conditions favorables pendant la période d'investissement. C'est, par exemple, un problème de fiscalité. Ainsi, en France, l'ISF pénalise l'investissement dans une entreprise de croissance, qui ne distribue aucun dividendes, et qui présente un risque.

 

     De même, les investisseurs de départ ont besoin de conditions favorables lors de la revente de leurs participations, quand des investisseurs plus traditionnels peuvent entrer dans la société, celle-ci ayant fait la preuve de son modèle économique. D'où la nécessité de marchés financiers développés. Comme par hasard, le pays qui en Europe présente les conditions les plus favorables aux investisseurs dans les startups est le Royaume Uni.

 

     Cette étude de Startupbootcamp montre l'importance des financiers et des marchés financiers pour la création, et surtout le développement de startup. Une startup aura d'autant plus besoin de financements qu'elle est ambitieuse. Et c'est son développement ambitieux qui créera des emplois.

 

     En complément, le témoignage de Denis Payre montre qu'il est illusoire de penser séparer les "bons" investisseurs des "mauvais". Par exemple, le gouvernement a décidé de favoriser la durée de détention des parts d'une société, pour accorder des abattements fiscaux. Il faut avoir détenu un pourcentage du capital pendant 6 ans au moins pour bénéficier d'un abattement maximum. Sauf que Business Objects a été introduite au Nasdaq, la bourse américaine des startups, au bout de 4 ans d'existence. Et Denis Payre explique que c'était une fenêtre de tir très étroite. Les résultats de la société étaient bons, et le secteur présentait de bonnes perspectives.

 

     De même, en France, il est convenu qu'un "bon" investisseur est celui qui possède un certain pourcentage d'une société. Or, ce pourcentage peut évoluer très vite. Quelqu'un peut investir une certaine somme pour le lancement d'une société. La société grandit, et a besoin de nouveaux financement. Ce besoin peut intervenir très rapidement. Le lancement, est d'abord un test. Puis, une fois le test réussi, d'autres investisseurs arrivent. Puis, si la société se développe, de nouveaux investisseurs viennent la soutenir. L'investisseur initial peut vite se trouver très dilué. Même le créateur peut être très dilué, car son entreprise n'aurait pas pu se développer sans investisseurs financiers.

 

     Par exemple, Pierre Chappaz, cofondateur de Kelkoo, ne possédait qu'un faible pourcentage de sa société au moment de sa revente. Mais, sans les investisseurs financiers, Kelkoo ne se serait jamais autant développé.

 

     La France favorise la création de très petites entreprises, créées par un petit groupe, qui fait peu appel à des financiers, et qui peuvent plus difficilement, et moins rapidement, se développer, et surtout créer beaucoup d'emplois. D'autre part, les grands groupes peuvent composer avec la complexité fiscale et réglementaire. Mais il ne viendrait pas à l'idée que le déclin de ces groupes puisse être compensé par de nouvelles entreprises, comme Cisco a remplacé Lucent aux USA.

 

     Les marchés financiers sont utiles aux entrepreneurs. Ils sont nécessaires à l'économie, au développement des entreprises, et, par conséquent, à l'emploi, et à la protection sociale, puisqu'elle est financé par les revenus.

 

     (Articles complémentaires : De l'utilité de l'innovation financièrepour l'économie dite réelle, Le trading haute fréquence sert moins à spéculer qu'à apporter de la liquidité )

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François Hollande et les Pigeons : Socialisme contre Humanisme.

6 Octobre 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Nouvelle économie - croissance

 

     Un mouvement s'est créé sur Facebook, qui a fait le buzz jusqu'à être repris par les médias dominants : le mouvement des pigeons. Ce sont des entrepreneurs qui protestent contre la politique économique de François Hollande. Le prétexte est l'imposition des plus-values à 60%, en comptant les prélèvements fiscaux et sociaux. Mais c'est surtout un mouvement qui s'inquiète de l'idéologie qu'applique François Hollande, une idéologie très hostile à l'entrepreneuriat.

 

     La politique de François Hollande repose sur l'Etat, sur le système, sur les grosses entreprises, les gros établissements financiers. Elle est dirigiste. Et elle est plutôt tournée vers le passé. Elle n'intègre pas la notion que des gens puissent mettre en œuvre leurs idées. Que des gens puissent avoir des idées différentes. Qu'ils puissent sortir du moule, être en dehors des normes. Que des idées nouvelles, hors système, puissent être bénéfiques.

 

     La plus-value est le principal revenu de l'entrepreneur. Les entreprises nouvelles versent peu de dividendes. C'est la rémunération d'une activité risquée, et très prenante.Ou encore, ce peut être la retraite d'un chef d'entreprise.

 

     Or, c'est peut-être ce que les socialistes ont décidé d'imposer de la manière la plus forte. On remarquera que l'assurance-vie, et le PEA, conservent des avantages. Même les dividendes conservent un abattement. Le PEA et l'assurance vie sont contrôlés par de gros établissements financiers, de même que les dividendes sont versés par les grosses entreprises.

 

     Le gouvernement propose des aménagements à la taxation des plus-values. Par exemple, le taux serait réduit pour les plus-values réinvesties. Ou si l'entrepreneur garde un certain temps sa participation dans l'entreprise. Il apparaît tout de suite que ce genre de politique est absurde. Par exemple, quelqu'un a créé et développé une entreprise pendant 6 ans. Cette entreprise est rachetée par un grand groupe, qui soutiendra son internationalisation. L'entrepreneur peut décider de s'offrir deux ou trois ans de repos, avant de reprendre une activité d'investissement. Ou encore, la plus-value peut constituer la retraite d'un entrepreneur, qui gardera ainsi son niveau de vie sans dépendre de l'Etat, tout en consommant et en investissant, à son rythme. L'Etat conçoit l'économie comme un système abstrait, alors qu'elle est composée de gens, d'être humains. L'Etat veut un entrepreneur abstrait, qui a la fonction d'investir. Et non un être humain, dont la vie est composée de différentes périodes.

 

     De même, comment déterminer qu'il faut garder une participation dans une entreprise 5 ou 8 ans, ou durant un autre délai? Si, au bout d'un an et demi, un entrepreneur a une offre, pour une participation qu'il a racheté, et que cet offre est bénéfique au développement de l'entreprise, doit-il la refuser, refuser le développement de l'entreprise, parce que l'Etat a décidé d'une norme? Encore une fois, c'est absurde. La réalité n'est pas normée. Il faut se garder d'une vision trop théorique. Peut-on vraiment prévoir toutes les situations et toutes les circonstances de la vie? Non, à l'évidence.

 

     Cette vision technocratique et normée de la société illustre le dirigisme du gouvernement. Ce n'est pas une nouveauté. Les règlements fiscaux sont truffés de crédits d'impôts en tout genre, pour les jeux vidéos, la recherche, etc. Une société peut réaliser des profits grâce à cette fiscalité, en logeant les pertes en France, en bénéficiant de ces crédits d'impôts. Mais il faut être une grosse société. Il faut entrer dans le moule préconçu par l'Etat.

 

     Le dirigisme s'illustre également par l'investissement public. D'un côté, l'Etat pénalise l'investissement privé, en surtaxant les plus-values. D'un autre, il veut développer une banque d'investissement publique. L'Etat veut tout contrôler, pénalisant tout ce qui n'entre pas dans le moule.

 

     La politique socialiste de François Hollande est passéiste. Cette caractéristique est notamment soulignée par le ministère du redressement productif. Celui-ci se concentre sur l'emploi existant. Il veut conserver ces emplois. Il n'y a aucune politique de création d'emplois, de nouvelles activités, de renouvellement du tissu économique. Pire, le gouvernement se concentre sur l'industrie! Alors que la France a tellement de possibilités dans les services, les nouvelles technologies, ou même un agro-alimentaire modernisé. Toujours cette politique passéiste, refusant l'idée d'évolution, de renouvellement, et donc d'entrepreneuriat.

 

     Enfin, la symbolique a également son importance en politique. Et, aujourd'hui, cette symbolique est anti-entrepreneuriat. C'est d'abord le statut d'auto-entrepreneur qui est vidé de sa substance. Bien sur, l'auto-entrepreneur n'était pas forcément la révolution. Ce statut n'a pas forcément apporté beaucoup d'emploizs ni de revenus. Mais il représentait un symbole : la mise en avant de l'entrepreneur. Or, les socialistes le vident de sa substance. Sans que cela ne rapporte grand chose à l'Etat. Sans simplifier le processus de création d'entreprise pour tous. Cela apparaît largement comme une décision idéologique.

 

     Et puis, il y a l'ISF, qui illustre bien la mentalité socialiste, et, peut-être, hélas, la mentalité française. C'est ainsi que l'ISF taxe l'investissement. Car l'investissement est considéré comme mauvais. Pourtant, c'est de la création d'emploi. Même l'investissement en bourse, ce sont des sociétés possédées et contrôlées par des français. A contrario, les œuvres d'art et objets de collection ne sont sont pas assujettis à l'ISF. Est-ce qu'ils créent des emplois, font tourner l'économie? Non. C'est parfois de la pure spéculation. On achète une œuvre en spéculant sur l'augmentation de sa valeur. La plus-value est purement artificielle. Mais cela ne gêne pas les socialistes. Cela ne gêne pas les médias. Il y a là un peu un parfum d'Ancien Régime. L'Etat contrôle l'économie, les particuliers peuvent se consacrer à l'art.

 

     Le mouvement des pigeons n'est donc pas simplement un mouvement contre la taxation des plus-values. Deux conceptions de la société s'opposent. La conception socialiste, qui est dirigiste, qui veut tout contrôler, et que tout procède de l'Etat, et qui veut faire entrer chacun dans une case, dans un moule. Et une conception plus humaniste, qui permet à chacun d'expérimenter, d'apporter ses idées, de s'accomplir, de participer à l'évolution, d'apporter sa pierre à l'édifice. Qui veut donner à chacun la maîtrise de sa vie.

 

 

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