Analyse Libérale

Protectionnisme

27 Août 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     La France a créé un poste de « ministre du redressement productif », et a mis à sa tête un adepte de ce qu'il appelle la « démondialisation », si tant est que cela ait un sens, le terme de mondialisation n'étant lui même pas très bien défini. Cependant, le terme démondialisation semble impliquer du protectionnisme. Une idée qui revient toujours en période de crise économique.

 

     L'argumentation est généralement que les coûts à l'étranger sont inférieurs aux coûts en France en raison d'une protection sociale moindre. Le protectionnisme pourrait forcer les étranger à adopter le mode de protection social français.

 

     Une première question se pose : jusqu'à quelle point ce type d'argumentation est-il sincère? Nos économistes et nos politiciens ont une vision qui peut être qualifiée d'ultra-comptable, ou d'ultra-mécanique, de l'économie. Ils considèrent l'économie comme un système de vases communicants. Ainsi, la réduction du temps de travail doit forcément diminuer le chômage. De même, la fermeture des frontières doit forcément augmenter la production industrielle en France.

 

     Mais l'économie est humaine, pas mécanique ou comptable. D'abord, en matière de protection sociale, le mode de protection sociale est un choix de chaque pays. Ainsi, en Grande Bretagne, la santé est nationalisée, et coûte cependant moins chère qu'en France. De même, l'Allemagne a diminué sa dépense publique depuis une dizaine d'années, ce qui représentent moins de prélèvements sur l'économie. La protection sociale est un choix de gestion. Ce n'est pas par rapport à des pays émergent sque la France est handicapée dans ce domaine, mais par rapport aux autres pays développés. Ce qui relativise la concurrence des pays à salaires moindres.

 

     L'aspect mécanique de la fermeture des frontières, qui entraînerait une augmentation de la production en France est lui aussi à relativiser. D'abord, la France est un petit pays. L'industrie française, pour survivre, pour faire des économies d'échelle, doit exporter. Donc, si les frontières sont fermées, elle ne pourra plus exporter, car les autres pays feront de même en représailles. Donc, les prix de l'industrie française augmenteront. Les prix augmentant, soit les français devront se priver, et donc diminuer leur consommation ailleurs, pour acheter ces produits. Soit, ils achèteront moins de produits industriels. Dans les deux cas, cela signifie baisse de la consommation, récession, chômage.

 

     Enfin, le protectionnisme entraînerait une diminution de l'activité de services en France. La France accueille ainsi énormément de touristes, elle est aussi une place de congrès et d'expositions professionnels. Ce qui entraîne de multiples dépenses, pas forcément comptabilisées en exportation. C'est tout ce flux que le protectionnisme tarirait.

 

     Le protectionnisme entraîne aussi une augmentation des produits nécessaires au processus industriel achetés à l'étranger. Par exemple, le tsunami dont a été victime le Japon en 2011 a interrompu la livraison de certains composants électroniques à l'industrie automobile en France. Ce qui a ralenti la production. Une augmentation du prix de ces composants importés augmenteraient le prix des véhicules fabriqués en France. Et fabriquer ces composants en France ne serait pas forcément possible, pour des raisons de brevets, de technologie, ou tout simplement de coût. En effet, les produire à grande échelle dans un pays permet de diminuer les coûts, tandis que les produire uniquement en France pourrait revenir trop onéreux.

 

     Le protectionnisme  produirait donc une grande perturbation dans le tissu économique, l'obligeant à des restructurations douloureuses, et conduirait à une probable diminution du niveau de vie.

 

     Une proposition est de pratiquer le protectionnisme au niveau européen. Ce qui donnerait accès à un marché important à nos industries. Néanmoins, l'exemple donné plus haut de composants qui deviendraient trop onéreux pour notre industrie reste valable. De nombreux composants proviennent de l'extérieur de l'Europe. Et pas seulement pour des raisons de coûts. Ainsi, l'industrie de Taïwan investit en Chine continentale, en raison des coûts, mais aussi de proximité géographique et culturelle. En Chine se sont créées des usines vastes et modernes.

 

    D'autre part, un protectionnisme européen ne favoriserait aucunement la France, qui est en déficit même avec ses partenaires européens, qui ont les mêmes exigences sociales qu'elle.

 

     Enfin, les autres pays européens, plus compétitifs que la France, n'ont pas intérêt à un protectionnisme européen. Et par ricochet, la France non plus. En effet, l'Allemagne doit beaucoup à ses exportations dans les pays émergents. Ce sont ces exportations qui font la force de son industrie automobile par exemple. Ou de sontindustrie de machine-outils. De même les ports néerlandais vivent du commerce international.

 

     Or, l'Allemagne est le premier partenaire économique de la France. Une baisse d'activité dans ce pays signifie une baisse d'activité en France. Plus encore, une diminution des exportations allemandes hors d'Europe pourrait entraîner une réorientation de ces exportations vers la France, augmentant encore les exportations allemandes en France, et diminuant la part de marché de l'industrie française.

 

     Enfin, une autre proposition est de prendre des mesures de rétorsions envers des pays qui ne respecteraient pas les règles du commerce mondial, en n'ouvrant pas suffisamment leur marché intérieur aux produits européens. Ce que permet le règlement de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Le gouvernement a cité la Corée, pour le marché automobile. Il aurait pu citer le Japon, réputé pour instaurer des règles techniques, des normes spécifiques, qui renchérissent le coût des véhicules importés.

 

     Cependant, cette stratégie doit être menée avec circonspection. Par exemple, les allemands parviennent parfaitement à vendre des voitures au Japon. Ils exportent même en Chine, des véhicules pourtant surtaxés (une partie est produite sur place, mais il y a toujours des importations). Soyons lucides, les coréens, comme les habitants de tous les pays possédant une industrie automobile, vont acheter des produits nationaux. Ce qui pourra les en détourner, ce sont des véhicules bien moins chers. Comme les français achètent des coréennes pour leur rapport qualité prix. Ou des véhicule plus prestigieux, comme les marques allemandes. La France n'est présente dans aucune de ces deux gammes. PSA commençant à peine à développer une gamme premium, avec les Citroën DS.

 

     Par contre, la France a d'autres produits à exporter. Ses produits de luxe, fabriqués en France. Les marchés émergents sont une opportunité formidable pour les parfums, l'art de vivre, les cosmétique de luxe, la maroquinerie. La France est aussi une destination touristique de rêve pour ces touristes.

 

     Les esprits chagrins répliqueront que ce ne sont pas des secteurs nobles, qu'il faut développer l'industrie. C'est un très mauvais calcul. L'exportation, dans le luxe comme ailleurs, suppose une industrie logistique, des services informatiques pour la gestion, et toujours la logistique. Le tourisme suppose aujourd'hui un développement sur internet. Il peut aussi servir à développer une industrie agro-alimentaire haut de gamme, avec toutes les spécialités françaises. Il peut également être une formidable vitrine pour les produits français.

 

     Par exemple, dans l'automobile, Citroën a présenté son concept car DS Numéro Neuf en le photographiant dans des endroits prestigieux de paris, comme la place de la Concorde. L'objectif étant d'associer l'image du luxe à la française, prisée en Chine, à la marque DS.

 

     Ajoutons enfin que le développement des pays émergents provoque également des investissements de leur part dans les pays développés. L'indien Tata Steel a ainsi prévu d'investir dans un nouveau procédé de fabrication en 2013 dans son usine de Hayange, en Lorraine. A une autre époque, les constructeurs automobiles japonais faisaient figure d'épouvantail. Depuis, Toyota exporte aux USA depuis la France, et va faire fabriquer ses utilitaires pour l'Europe par PSA, grand pourfendeur de l'automobile japonaise quand Jacques Calvet en était le président.

 

     L'économie est ainsi un tout, un ensemble complexe. Intervenir dans un secteur peut avoir de multiples effets indésirables, et aboutir à l'effet contraire de celui désiré. Comme l'écrivait Frédéric Bastiat, « il y a ce qu'on voit, et ce qu'on ne voit pas ». D'un côté, un affichage politique, une mesure bien visible, bien diffusée. De l'autre, des conséquences néfastes, qui annulent les effets de la mesure, sans que personne d'ailleurs n'attribue ces conséquence à la mesure en question.

 

     Pour conclure, il est courant de faire un parallèle entre la crise d'aujourd'hui, et celle des années trente. Alors, rappelons ce qui a été fait dans les années trente, et les leçons qui en ont été tirées par la suite. Le protectionnisme a été mis en pratique dès le début de la crise, en particulier par le président Hoover, aux USA. Les autres pays ont répliqué par d'autres politiques protectionnistes. Ce qui a aggravé la crise. Certains considérant même que le protectionnisme a mené à la guerre. C'est pourquoi une des premières mesures prises après guerre a été le General Agreement On Tariffs and Trade: les accords du GATT. L'objectif étant de ne pas répéter les erreurs des années trente, en luttant contre le protectionnisme.

 

Voici une courte vidéo qui explique le rôle du protectionnisme dans la crise des années trente :

 

 


 

 

 

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Les effets de la déflation sur l'épargne : l'exemple du Japon

20 Août 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

     Le quotidien Les Echos a publié ce lundi 20 août 2012 un article traitant du Japon, intitulé :

Japon : après vingt ans de marasme, le gouvernement entrevoit la fin de la déflation.

Dans cet article, Yann Rousseau, correspondant des Echos à Tokyo, écrit :

 

     « Depuis que ses bulles immobilières et boursières ont éclaté au début des années 1990, le Japon a vu ses prix à la consommation stagner ou reculer et s'est retrouvé enlisé dans une déflation qui incite ménages et entreprises à épargner plutôt qu'à dépenser. La baisse des prix pousse en effet mathématiquement à la hausse la valeur réelle des dettes et, dans un même temps, gonfle automatiquement les taux d'intérêt réels. »

 

     Ce qui est totalement dans la ligne des théories keynésiennes ou néo-keynésienne dominante. Pourtant la situation de l'épargne au Japon contredit totalement le fait que la déflation conduit à une hausse de l'épargne et à une baisse de la consommation. C'est ainsi qu'il est écrit dans cet article de Project Syndicate, La crise de l'épargne au Japon:

 

      «Au début des années 1980, les ménages japonais épargnaient près de 15 % de leur revenu après impôt. (...) Quand bien même le taux d’épargne a diminué progressivement durant les années 1980, il était toujours de 10 % en 1990. (...) Ainsi, le taux d’épargne des foyers a continué de chuter pour passer en dessous des 5 % à la fin des années 1990. En 2009, il était à peine supérieur à 2 %. »

 

      Le plus savoureux, c'est que cet article de Project Syndicate a été repris par Les Echos!

 

      Le Japon est un pays qui pourrait être intéressant pour les adeptes de l'endettement public, car c'est le pays développé le plus endetté. Cependant, les différents plans de relance n'ont pas eu d'effets sur l'économie. Et la baisse de l'épargne laisse penser que le pays vit sur ses réserves.

 

      La plupart du temps, la situation du Japon est vue dans la presse selon la vision keynésienne : une lutte contre une déflation néfaste pour l'économie car elle incite à l'épargne plutôt qu'à la consommation. C'est la vision dominante en économie. Illustrée par l'article du correspondant à Tokyo des Echos. Malgré la contradiction flagrante des faits, que personne ne songe à regarder.

 

 

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La TVA dans la restauration

19 Août 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Après bien des péripéties, le secteur de la restauration sur place s'est vu assujetti au taux de TVA réduit, pour l'alimentation et les boissons non alcoolisées. Mesure qui est constamment remise en cause, notamment aujourd'hui alors que le gouvernement cherche des moyens pas trop visibles d'augmenter les prélèvements obligatoires. L'argument étant que cette baisse de la TVA était destinée à promouvoir l'emploi, et à faire baisser les prix, mais qu'elle fait perdre trop de recettes fiscales, pour des gains controversés en termes d'emplois et de prix.

 

     Cependant, l'emploi et les prix n'ont jamais été la justification, à l'origine, de la réclamation d'une baisse de la TVA de la part du secteur de la restauration. Le problème était la différence de taux entre les ventes à emporter, assujetties aux taux réduit, et la consommation sur place, assujettie au taux normal, plus élevé. Un sandwich jambon et un paquet de frites achetés à la baraque à frites étaient moins taxés qu'un jambon frites au comptoir du bistro du coin. Ce qui faisait également dire aux professionnels que les Mac Donald's étaient moins taxés. Ce qui était abusif. Leurs ventes sur place étaient taxées comme celle des restaurateurs traditionnels.

 

     La baisse de la TVA pour la restauration sur place a ainsi établi une égalité de traitement entre la vente à emporter, et la consommation sur place. C'est donc la problématique à étudier.

 

     La restauration à emporter couvre une large gamme d'acteurs. Certains restaurants, la restauration rapide notamment, proposent à la fois la restauration sur place et à emporter. Les boulangeries forment un grand acteur de la restauration à emporter. Les sandwicheries, les pizzerias, les restaurants chinois, japonais, sont des acteurs de la restauration à emporter. Mais aussi les grandes surfaces, et les supérettes, ont, en ville, leur rayon à emporter. Les grandes surfaces et supérettes acceptant même les tickets restaurant. Le secteur de la restauration est donc très large.

 

     Le plus simple serait de maintenir un taux unique, entre la restauration sur place et la restauration à emporter. Pour des raisons simples d'équité. Et surtout d'efficacité. Quant au choix du taux, le gouvernement préférerait sans doute appliquer à tous le taux normal. Mais nul doute que cela provoquerait un tollé de toutes les professions concernées, des boulangeries aux grandes surfaces. C'est donc le taux réduit qui resterait appliqué, logiquement. Mais pour renflouer ses caisses, l'Etat pourrait choisir l'inéquité, et appliquer au groupe le moins nombreux, la restauration sur place, un taux plus élevé.

 

     La TVA dans la restauration illustre les dilemmes provoqués par une fiscalité différente selon les secteurs et les produits, dans le but de manipuler l'économie. Au final, le traitement n'est pas équitable. Les taux sont influencés par les rapports de force entre les différents groupes de pression. Si le gouvernement a besoin d'argent, il sacrifiera le groupe le moins puissant à ses yeux. Sans chercher ni l'efficacité sociale, ni l'équité, dans sa décision.

 

 

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Le capitalisme de connivence, par Corentin de Salle

13 Août 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Revue du web

Un excellent article de Corentin de Salle sur le Capitalisme de connivence.

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Les économistes dans le doute?

11 Août 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

 

      Le journaliste et éditorialiste du quotidien Les Echos, Jean-Marc Vittori, a signé ce jeudi 9 août un article intitulé Le grand doute de la science économique. Il faut comprendre le grand doute de la science économique face à la crise. Dans cette article, Jean-Marc Vittori, bon connaisseur de la science économique, rapporte les doutes des économistes quant à l'efficience des marchés, des anticipations rationnelles, et la rationalités des acteurs du marché. C'est donc la théorie néoclassique d'équilibre des marchés qui est mise en cause.

 

      Ce qui est très significatifs, et, d'une certaine manière, amusant, c'est que cet article sur Le grand doute de la science économique est placé sous un article intitulé : Les banques centrales, rempart contre le chaos. Cet article fait l'éloge des banques centrales, et donc du soutien de l'économie par l'expansion monétaire.

 

      Par conséquent, les économistes doutent, mais ne remettent pas en cause la politique économique menée avant la crise, basée sur un soutien de l'économie par la monnaie, et sur un encadrement très stricte des organismes financiers. (Voir à ce sujet l'article Monnaie et finances : de l'orthodoxie à l'expansionnisme.)

 

      Les économistes dans le doute ignorent totalement le monétarisme, qui enseignait à ne pas manipuler la monnaie. Il est vrai que certains sont persuadés que les banques centrales ont mené une politique monétaristes. En effet, Milton Friedman a attribué à une brusque contraction de la masse monétaire, opérée par la Réserve Fédérale US, la crise de 1929. Par conséquent, le pilotage de l'économie par la monnaie, en baissant les taux d'intérêt pour relancer l'économie, en les relevant pour la ralentir, est qualifié de monétariste. Or, la conclusion de Milton Friedman c'est qu'au contraire il ne faut pas jouer avec la monnaie. Il préconisait une augmentation faible et régulière de la masse monétaire, et non un jeu de yoyo avec les taux d'intérêt.

 

      Sont également totalement ignorées les théories autrichiennes, qui pourtant expliquent clairement la crise. (Voir à ce sujet la série d'articles de Gérard Dréan, L'école autrichienne d'économie, une présentation.) Les économistes du courant dominant, ou économistes mainstream, refusent totalement toute alternative à leurs conceptions. Pourtant, d'autres théories existent. Il n'y a pas de quoi douter, d'être désemparé.

 

     Jean-Marc Vittori conclut en écrivant que «La vision globale des grands mécanismes économiques est entièrement à rebâtir .» Dans une chronique, dont je n'ai malheureusement plus les références, il y a quelque temps, il s'interrogeait sur la science économique. Aujourd'hui, le système de récompense encourage à écrire des articles sur des points très précis, plutôt que des livres qui auraient une vision globale de l'économie. Gérard Dréant parle lui des économistes qui« la part théorique de l’économie n’est qu’une boîte à outils, où chacun peut avoir son utilité sans qu’il soit besoin d’un fondement théorique commun. » Ce qui est qualifié de science économique est une tentative d'envisager l'économie comme un système mécanique, que l'Etat pourrait contrôler. Ce qui est logique : c'est ce que les Etats demandent aux économistes. La nature humaine de l'économie est totalement ignorée.

 

     La crise devrait remettre en cause cette conception dominante de l'économie. Ce n'est pas le cas. Sauf un peu aux USA, avec Ron Paul qui se fait l'écho, au niveau politique, des idées autrichiennes. Mais qui est snobé par les médias. Les théories alternative existent. Elles sont dans le corpus libéral. Il faudrait revenir au fameux doute scientifique, mettre en cause les théories dirigistes, mécaniques, constructivistes, les mettre à l'épreuve, et regarder vers les théories proposées par le libéralisme.

 

 

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Les entrepreneurs sont redevables à l'Etat

7 Août 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

      Le président US Barack Obama a déclenché une polémique outre-Atlantique, en déclarant, en substance, que les entrepreneurs devaient leurs succès à l'Etat. En effet, les entrepreneurs bénéficient du réseau routier, des infrastructures électriques, de l'éducation, de services fournis par l'Etat. Ils bénéficient même de découvertes faites par des recherches financées par l'Etat. Donc, ils doivent leurs succès à l'Etat.

 

     Que les infrastructures, l'école, la recherche, soient utiles aux entrepreneurs, nul ne le contestera. Mais déclarer, par un raccourci, que cela signifie que la réussite des entrepreneurs doit tout à l'Etat, c'est là bien audacieux. D'abord, car tous ces services ne proviennent pas forcément de l'Etat, ou pourraient être fourni en dehors de l'Etat. Ensuite, parce que l'action de l'Etat, dans ces domaines, n'est pas non plus obligatoirement efficace, et que l'interventionnisme étatique produit dans d'autres domaines des effets très néfastes pour l'économie.

 

    Il ne faut pas confondre deux choses: les services fournis par l'Etat, et l'utilité de l'Etat. En effet, il est indéniable que beaucoup de services sont fournis par l'Etat, comme par exemple l'éducation. Ce qui ne signifie pas que l'Etat est indispensable aux entrepreneurs, mais que ces services, à l'instar de l'éducation, sont utiles aux entrepreneurs. Les services fournis par l'Etat pourraient être fournis par le privé. D'ailleurs, l'Etat n'a rien inventé. Que ce soit l'éducation, la prévoyance, l'assurance maladie, les chemins de fer, tout a été inventé par le privé. L'Etat est venu ensuite, étatisant ces domaines.

 

   Aujourd'hui encore, le privé apparaît comme indispensable. Il intervient dans les infrastructures, comme en matière de téléphonie, et même en matière de sécurité, ou d'éducation. Il n'y a donc pas de domaine propre à l'Etat.

 

     S'il n'y a pas de domaine propre à l'Etat en matière économique ou sociale, la première question est donc l'utilité de l'Etat. Les réponses des libéraux sont différentes. Friedrish August Hayek ou Milton Friedman prônent un rôle à l'Etat. Les fonctions régaliennes, de justice, de sécurité, mais aussi une partie du financement de dépenses de formation ou un impôt négatif. Les libertariens, comme Murray Rothbard, prônent l'absence d'Etat.

 

     Cependant, aucun ne dirait que les entrepreneurs doivent leur réussite à l'Etat. En effet, l'Etat a besoin des impôts versés par les entrepreneurs, des emplois créés par les entrepreneurs. L'Etat dépend donc des entrepreneurs, qui créent de l'activité. Dans un monde idéal, l'Etat est au service de la population, et donc des entrepreneurs. C'est la population, qui en s'unissant, décide, dans un monde idéal, des services que doit rendre l'Etat, et les finance, librement, toujours dans un monde idéal.

 

     La question de savoir si les entrepreneurs doivent leur réussite à l'Etat dépend aussi de l'efficacité de l'Etat, US en l'occurrence, ces dernières années, dans les missions qui lui sont dévolues. le bilan n'est pas très reluisant. Le réseau routier US n'est pas réputé pour sa qualité. Le réseau électrique est en train d'être rénové. Le système éducatif n'est pas terrible. Remarquons qu'aux USA, il faut sans doute entendre Etat au sens large dans les propos d'Obama. En effet, beaucoup de fonctions sont des prérogatives locales, des Etats fédérés, ou des comtés, ou paroisses en Louisiane. Ainsi, l'éducation est très décentralisée, tout en bénéficiant de programme fédéraux, comme le No child left behind du président George W. Bush. Quoi qu'il en soit, dans les fonctions qui lui sont dévolues, le bilan n'est pas terrible. Sauf peut-être dans la sécurité.

 

     Mais le gouvernement US a été plus loin que les fonctions qui sont dévolues à l'Etat par les théories économiques et politiques. Il est intervenu dans l'économie en forçant les banques à prêter à des populations fragiles, par le community reinvestment act, de même qu'il a fixé aux agences Fannie Mae et Freddie Mac des objectifs de rachat de prêts hypothécaires accordés à des foyers à bas revenus (des prêts subprime) ou à revenus modérés. Ajoutons que le président de la Fed, la banque centrale américaine, est nommé par le président US, et que son mandat est renouvelable. Donc, si un président est renouvelé, c'est que sa politique convient au président. Il y a ainsi un lien de dépendance, qui permet d'inclure la politique de la Fed dans la politique gouvernementale. La Fed qui a favorisé la création monétaire, pour soutenir l'économie. Toutes ces politiques ont provoqué la crise actuelle.

 

     L'Etat se présente comme défenseur de l'intérêt général. mais l'école du choix public a montré que l'Etat obéit aux intérêts de ceux qui composent le gouvernement, intérêts partisans, et de court terme.

 

     Par conséquent, au vue du bilan de l'Etat US, la question serait plutôt, est-ce que les entrepreneurs ne réussissent-il pas malgré l'Etat? Malgré les déficiences de l'Etat dans les fonctions qui lui sont dévolues, et malgré l'interventionnisme qui a provoqué la crise?

 

      Obama s'inscrit dans une rhétorique très française: en économie, quand ça va mal, c'est la faute aux entreprises, l'Etat n'est pas critiquable, et, s'il échoue, c'est forcément qu'il manque de moyens, et non qu'il doit redéfinir son action et son mode de fonctionnement. L'Etat ne doit jamais se remettre en question.

 

     Les USA sont un pays de débats. Face à quelqu'un comme Obama, il y a un Ron Paul, le mouvement des Tea Party, qui rétablissent les faits. Les propos d'Obama dénote cependant une orientation assez éloignée des valeurs entrepreneuriales des USA. Ils n'ont pas été proférés au hasard, et dénotent probablement l'orientation de la campagne présidentielle : les valeurs de l'entrepreneuriat, de la croissance, de la réussite, défendues probablement par Mitt Romney, et l'interventionnisme, défendu par Obama. Même s'il est un peu tôt, et qu'il ne faille préjuger de rien en politique : les politiciens suivent le vent.

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Le vocabulaire en économie, ou "l'Ultra-libéralisme" n'existe pas.

5 Août 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     En ces temps où la communication a pris le pas sur l'argumentation, levocabulaire a une grande importance. Force est de constater que celui-ci est très orienté, et au désavantage du libéralisme.

 

    Ainsi, aujourd'hui, l'actualité oppose politique de croissance et austérité. La politique de croissance est la politique de relance par la dépense publique et la création monétaire. La politique d'austérité est la politique d'assainissement des dépenses publiques. Or, ces deux politiques sont des politiques de croissance. La première suppose de continuer ce qui a été fait avant la crise, et l'a sans doute provoquée, à savoir stimuler l'économie par la création monétaire et la dépense publique. Tandis que la politique d'assainissement, appelée austérité, propose de purger l'économie et de repartir sur des bases saines. L'une apparaît comme une fuite en avant monétaire, l'autre comme une politique sensée et réaliste, qui dit que le Père Noël n'existe pas, et qu'il faut réparer les erreurs du passé pour repartir du bon pied. Sinon, nous risquons de faire du sur place encore longtemps. pourtant, la politique de fuite en avant, qui reprend les erreurs du passé, est présentée comme une politique qui amènera de la croissance, tandis que la politique d'assainissement, qui a également pour but la croissance, est présentée comme une politique sans espoir, affublée du terme austérité. Or, il y a une grande différence entre les termes "austérité" et "assainissement".

 

     Le terme même de crise financière pour désigner la crise actuelle est trompeur. Il s'agit d'une crise monétaire, puisqu'elle est due à la création monétaire. Elle pourrait même être qualifiée de crise de l'interventionnisme, car ce sont les Etats qui ont encouragé le crédit, aux USA, en Espagne, et ce sont les Etats qui s'endettent depuis des années pour intervenir dans l'économie.

 

     Un autre terme galvaudé et le mot "capitalisme". Il désigne aujourd'hui, dans son acception courante, une économie contrôlée par les grandes firmes. Ainsi est-il question de "capitalisme de connivence". Ce qui est antinomique. Quand Schumpeter traite du capitalisme, dans Capitalisme, socialisme et démocratie, il désigne l'économie de marché. Le capitalisme de connivence désigne un mode de fonctionnement économique dans lequel l'Etat a une grande importance, un fonctionnement nécessairement interventionniste, pour favoriser certaines firmes. Ce n'est donc pas de l'économie de marché, ce n'est pas du capitalisme. L'expression "socialisme de connivence" serait plus appropriée, ou "économie de connivence".

 

     De même, le terme "solidarité" est utilisé pour désigner les prélèvements obligatoires. Ce terme permet de justifier les prélèvements, et de faire en sorte que chacun imagine qu'il bénéficie de la redistribution, en évitant de faire remarquer à chacun ce qu'il paie. En fait, la classe moyenne, c'est-à-dire la majorité des français, paie pour ce qui est appelé "solidarité". De plus, la solidarité peut-elle être forcée? La véritable solidarité est le versement volontaire, ou l'aide volontaire, pas le prélèvement obligatoire.

 

     Enfin, il y a le terme "ultra-libéralisme". Cette expression s'étale en long et en large sur une multitude d'articles, dans une multitude de livres. Mais personne ne se soucie de la définir. Et pour cause : elle ne veut rien dire! Il y a le libéralisme, il y a le courant libertarien, mais "l'ultra-libéralisme" n'existe pas. "L'ultra-libéralisme" semble supposer un monde sans règle, où la loi du plus fort prédomine. C'est-à-dire le contraire du libéralisme. L'expression "ultra-libéralisme" sert uniquement à diaboliser le libéralisme, et à éviter ainsi tout débat dérangeant avec les arguments libéraux. Quand les arguments sont inexistants, il faut détruire le contradicteur, par tout moyen.

 

     Les libéraux ne se sont pas engagés dans la bataille lexicale. Est-ce un tort? Peut-être, quand ils reprennent une expression comme le "capitalisme de copinage", qui dénature le capitalisme. Mais, d'un autre côté, les libéraux gardent leur intégrité, en ne se commettant pas dan la " com' ", mais en traitant du fond. Reste à le diffuser aux masses, comme on dit.

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L'obsolescence programmée

4 Août 2012 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Revue du web

Un excellent article du blog Econnoclaste : le mythe de l'obsolescence programmée.

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