Analyse Libérale

Une bonne année... Bien informé!

31 Décembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Revue du web

 

     La fin d'une année et le début d'une nouvelle sont le temps des bonnes résolutions, des nouveaux départs, et des bêtisiers à la télévision. C'est le moment choisi par le site Contrepoints pour modifier sa maquette. L'occasion de décrire ce site libéral, dont le nom est une allusion à la première revue créée par Raymond Aron.

 

     Contrepoints est un portail libéral qui présente une grande diversité d'articles. Ainsi, les articles vont du billet d'humeur à une analyse détaillée, d'un commentaire sur une actualité à la présentation d'un auteur. Aussi, pour se faire une idée du site, il convient de ne pas s'arrêter à un article, mais de naviguer à travers ses différentes rubriques.

 

     Cette diversité est illustrée par la diversité des opinions libérales qui peuvent s'y exprimer. En accord avec les principes libéraux, Contrepoints ne défend pas un courant particulier du libéralisme, mais permet à chacun de s'exprimer. Il peut donc y avoir des articles qui s'opposent.

 

     Libéral, Contrepoints est un point d'entrée pour découvrir ce courant de pensée, si méconnu en France. C'est un véritable portail qui ouvre vers d'autres sites, beaucoup de contributeurs ayant par ailleurs le leur. Comme par exemple l'Institut Coppet.

 

     Contrepoints apporte également la contradiction face aux médias traditionnels, avec des analyses différentes, enrichissant ainsi les débats. C'est un traitement libéral de l'actualité. Or, le libéralisme est très mal connu, et très peu répandu dans les médias. Il y est même galvaudé. Contrepoints apporte un point de vue réellement libéral, et montre, par exemple, que le libéralisme ne se limite pas à l'économie. A découvrir, par ceux qui veulent découvrir le libéralisme, et par ceux qui pensent le connaître, même les anti-libéraux.

 

     C'est aussi un site comportant de véritables analyses. Ce qui est malheureusement rare dans les médias. Par exemple, la question de la réglementation des marchés financiers est récurrente de nos jours. Mais quel média décrit l'origine réglementaire du pouvoir des agences de notation? Contrepoints. C'est un exemple d'information difficile à trouver, malgré la quantité d'articles sur la crise disponible dans les grands médias, et présente dans Contrepoints. C'est également dans Contrepoints qu'il est possible de découvrir Ron Paul, l'invité surprise des primaires républicaines aux USA.

 

     Dans un monde complexe, il est important, pour essayer d'y comprendre quelque chose, de pouvoir se faire sa propre opinion, en confrontant les différentes analyses. N'avoir qu'un son de cloche n'est pas pratique. Internet est une source libre d'information, mais c'est aussi un océan, ou même un univers, trop vaste pour être entièrement exploré. Contrepoints est un repère, un portail au sens propre vers la mouvance libérale. Il permet de connaître l'opinion libérale, tout en offrant des analyses et des informations pertinentes et difficiles à trouver ailleurs.

 

     C'est donc un site que je recommande à tous ceux qui veulent réfléchir par eux-mêmes. C'est le plus complet des médias libéraux que j'ai pu trouver jusqu'à présent. Il est authentiquement libéral, une école de pensée qui est très méconnue, et malheureusement parfois récupérée, et qui est à découvrir, même quand on croit la connaître. Elle est tellement galvaudée qu'on peut croire la connaître, d'après ce qu'on lit dans les grands médias, et avoir de grosses surprises quand on la découvre vraiment. Contrepoints est une référence en la matière. Et vous y trouverez des informations et des analyses introuvables, à ma connaissance, ailleurs.

 

     Une bonne et heureuse année à tous.

 

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Les partis écolos sont-ils écologiques?

26 Décembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Présidentielles 2012

     L'alliance des principaux partis écologistes français, Europe Ecologie et Les Verts (EELV), vient d'entériner son projet 2012, pour l'élection présidentielle. Une proposition mise en exergue dans les médias est celle concernant la réduction du temps de travail. Une mesure bien éloignée de l'écologie, qui symbolise la question qui peut être posée à propos d'EELV: les partis écolos sont-ils écologistes?

 

     Les propositions d'EELV sont de vieilles reprises éculées, qui ont fait montre de leur inefficacité, et ont été abandonnées. Pire, la voie choisie par EELV a un impact négatif sur l'environnement. L'écologie ne paraissant pas, finalement, le but des partis composant EELV.

 

De vieilles recettes déjà essayées et inefficaces.

     La réduction du temps de travail est l'exemple type de vieille recette inefficace. Elle a été appliquée en France, en Allemagne aussi, mais sous des modalités différentes. La France, ce sont les 35h généralisées. Ailleurs en Europe, c'est surtout le développement du temps partiel, très partiel parfois.

 

     Le résultat sur le chômage, en France, est très mitigé. Pourtant, les études sont faites selon des critères favorables à la théorie de la réduction du temps de travail, puisque sont comptabilisés les emplois créés ou sauvés par les 35h. Alors que pourraient être évalués également les emplois détruits ou non créés à cause des 35h.

 

    Mais, que ce soit les 35h ou le temps partiel, le résultat de cette politique est principalement la baisse de la rémunération, ou la modération. En France, les gagnants des 35h sont les cadres, qui ont gagné des jours de repos, et dont le salaire ne dépend pas du temps travaillé. En Allemagne, des emplois très peu payés ont été développés, augmentant la pauvreté et les inégalités.

 

     Ensuite, le programme d'EELV milite pour le rachat de dette souveraine par la BCE. Tout en voulant réduire le déficit, mais à un rythme lent. Il ne va pas aussi loin que le programme d'Europe Ecologie aux européennes de 2009 qui prônait le financement des Etats par la BCE. EELV veut donner des gages de sérieux.

 

     Malgré ce désir de sérieux, EELV reste du côté des politiques de la planche à billets. Ce n'est pas un hasard si c'est ainsi que cette politique est désignée: elle produit de l'inflation. Les politiques de la Fed et du gouvernement US, en faveur du crédit, qui est de la création monétaire, ont provoqué la crise actuelle.

 

     Enfin, l'alliance EELV veut relancer l'économie en organisant une transformation forcée vers une industrie écologique. Une politique économique centralisée, décidée au niveau gouvernemental, un dirigisme qui rappelle celui de l'Union Soviétique. Dirigisme dont tout le monde connaît le résultat.

 

Une politique qui n'a rien d'écologique.

    Ce dirigisme a aussi créé des catastrophes écologiques, comme par exemple l'assèchement de la mer d'Aral. Dans une économie dirigiste, tout est décidé au sommet. Le plan doit ainsi être décliné. La remontée d'information est difficile. Toute critique pertinente se heurte à l'idéologie: ceux qui ont mis en place la politique ne veulent pas perdre la face, ou veulent continuer cette politique coûte que coûte car telle est leur idéologie. Dans un régime communiste par exemple, la critique mène à la prison, ou pire.

 

     En matière de politique écologique, de telles dérives sont illustrées par la politique énergétique. Tirer de l'énergie à partir du vent est par exemple une idée séduisante, notamment du point de vue de l'indépendance énergétique. Cependant, en l'état actuelle des technologies, cela conduit à une forte augmentation des prix de l'énergie, qui pèse sur les plus démunis, et à une forte augmentation de la pollution. Les éoliennes ne pouvant fonctionner par vent trop faible ou trop fort, ils faut prévoir des centrales de substitution, rapides à mettre en marche. Ce sont donc des énergies fossiles qui sont utilisées, fioul ou gaz. Ce qui augmente la demande d'énergie fossile, et favorise l'exploitation des sables bitumeux, et du gaz de schiste.

 

     Au contraire, le mécanisme de l'économie de marché permet des solutions plus écologiques. Par exemple, l'augmentation du prix des carburants, ainsi que simplement le souci environnemental, a provoqué des recherches pour la diminution de la consommation des véhicules. Les voies explorées sont diverses et très inventives. Ce sont par exemple les véhicules hybrides, ou des recherches sur des algues, produisant du carburant en consommant du CO2.

 

     Un parti écologique, qui rechercherait l'efficacité en matière de protection de l'environnement, de manière pragmatique, sans idéologie, devrait donc être favorable à l'économie de marché, qui est plus efficace en la matière, plutôt que le dirigisme idéologique.

 

L'écologie est-elle un objectif?

     Le projet d'EELV est donc marqué par des politiques ultra-dirigistes, qui ont précédemment non seulement échoué, mais qui ont pu avoir des effets néfastes sur l'environnement. La question se pose donc: pourquoi un groupement de partis, se réclamant de l'écologie, veut-il ainsi renouer avec ces anciennes politiques, sans qu'il y ait de justification écologique? 

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L'école autrichienne de A à Z

17 Décembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

     Un des principaux courants de la science économique est celui de l'Ecole autrichienne. C'est un courant important, qui a donné des économistes tels que Joseph Alois Schumpeter, ou Friedrich August Hayek. Mais qui est méconnu en France. Pourtant, il offre une approche humaniste de l'économie qui correspond à la culture française.

 

     Pour ceux qui veulent compléter leur culture en économie, pour les étudiants qui recherchent des références, un excellent livre est paru : L'école autrichienne de A à Z. C'est un ouvrage écrit par des universitaires, des universités d'Aix-Marseille 3, ou de Paris Dauphine. Un ouvrage que je conseille à tous ceux qui s'intéressent à l'économie, et en particulier au libéralisme.

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Inflation: l'effet Cantillon.

16 Décembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     Richard Cantillon est né en Irlande, vers 1680 (la date précise est inconnue), et décédé à Londres en 1734. Il a émigré en France en 1708. C'est en français qu'il a écrit son ouvrage, Essai sur la nature du commerce en général. Celui-ci ne sera publié qu'après sa mort, et inspirera Turgot et les Physiocrates. A ce titre, Richard Cantillon appartient à l'école française d'économie.

 

     Dans son ouvrage, Richard Cantillon étudie la grande inflation du XVIème siècle, provoquée par l'introduction en Europe de l'or des conquêtes espagnoles d'Amérique du Sud. L'apport de Cantillon est d'avoir montré que l'inflation est apparue de manière progressive. Ce sont d'abord les produits des fournisseurs du roi d'Espagne qui ont vu leurs prix augmenter. Tandis que les prix agricoles restaient stables dans un premier temps, causant un appauvrissement relatif des agriculteurs.

 

     C'est là l'effet Cantillon. L'inflation n'est pas uniforme sur tous les prix, mais apparaît progressivement, secteurs par secteurs, provoquant une distorsion des prix relatifs.

 

     L'école autrichienne a généralisé ce principe. Elle utilise cet effet pour comprendre la transmission de la création monétaire dans l'économie.

 

     L'effet Cantillon peut aussi être utilisé pour comprendre la crise actuelle. Ainsi, la politique de soutien au crédit aux USA a d'abord entraîné l'inflation des prix de l'immobilier. Puis, les américains ont augmenté les hypothèques sur leurs logements, pour obtenir des prêts à la consommation. Ce qui a augmenté la demande, ainsi que la production chinoise notamment. Ce qui a fait augmenter les prix des matières premières, et finalement étendu l'inflation à l'essentiel de l'économie mondiale. Mais l'inflation des prix à la consommation n'est intervenue qu'en dernier. Elle a atteint son pic en 2008, en Europe comme aux USA.

 

De même, les politiques de quatitative easing de la Fed ont provoqué l'augmentation du prix de l'or, et de certaines matières premières, diffusant de l'inflation.

 

     L'effet Cantillon répond à une interrogation des années 1990. L'inflation des prix à la consommation était vaincue, mais les marchés financiers augmentaient fortement. Est-ce que l'inflation s'était réfugiée sur ces marchés?

 

     L'effet Cantillon est une manière d'étudier l'inflation sans se limiter aux prix à la consommation. Une approche gênante de nos jours car elle remet en cause la relance par le crédit et les taux d'intérêt bas, en montrant que l'inflation n'est pas forcément, au départ, une hausse généralisée des prix, mais un phénomène qui se transmet progressivement à l'économie.

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L'Ecole française d'économie

16 Décembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

La France a une tradition en matière de théorie économique qui est méconnue. L'Institut Coppet, une association loi 1901, s'attache à réparer cet oubli.

 

Voici une présentation détaillé de l'Institut Coppet, par Kevin Brookes, qui y a effectué un stage dans le cadre de son cursus d'étude supérieur: ABC de l'Institut Coppet.

 

La Particularité de l'Institut Coppet est de se placer sur le terrain de la culture économique. En permettant par exemple l'accès à des textes qui ne sont plus publiés. Il est donc une source de connaissance pour tous ceux qui s'intéressent à l'économie, et notamment les étaudiants.

 

Qu'on soit d'accord ou non avec cette école française d'économie. C'est le débat qui permet le progrès. Et, en France, le débat est bien pauvre. Saluons donc l'initiative de l'Institut Coppet.

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Crise: des responsables de Fannie Mae et Freddy Mac accusés de Fraude.

16 Décembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

La SEC, le gendarme boursier des Etats-Unis, vient d'accuser d'anciens responsables de Fannie Mae et Freddie Mac de fraude, au motif qu'ils auraient induit en erreur le gouvernement et les contribuables sur les risques des prêts subprime.

 

Fannie Mae et Freddy Mac sont des agences de refinancement de prêts hypothécaires. Elles ont été créées par les USA pour racheter les prêts hypothécaires aux banques, et ainsi favoriser l'accès à la propriété des américains, conformément au rêve américain.

 

Ces deux agences ont racheté de nombreux prêts classés "subprime", c'est-à-dire des prêts accordés à des personnes peu solvables. Une partie de ces prêts ont ensuite été titrisés, sous le nom de titres subprime. Ils sont considérés comme étant à l'origine de la crise financière.

 

Que la SEC s'attaque à Fannie Mae et Freddy Mac est une bonne chose. Cela met sous les projecteurs l'origine de la crise. Cependant, ce sont les lampistes qui sont accusés.

 

En effet, c'est le gfouvernement américain, à l'époque Bill Clinton, qui a allégé les conditions de rachats de prêts hypothécaires par Fannie Mae et Freddy Mac. C'est le gouvernement US qui a encouragé le crédit à des personnes peu solvables, sous prétexte d'égalité. C'est le président de la Fed, Alan Greenspan, qui a soutenu cette politique, en maintenant des taux bas malgré l'inflation immobilière, dans le but de soutenir l'économie.

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Attention au soutien abusif des banques

14 Décembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Il est courant de considérer les libéraux comme inféodés au système financier. Il est vrai que les financiers se récalment du libéralisme quand cela les arrange. Voici un article publié sur Atlantico, qui reprend les propos de Vincent Bénard, à propos du sauvetage des banques. Sa préconisation? La faillite, pour que les responsables assument. Du pur libéralisme.

L'article: Stop au tabou! Plaidoyer pour la faillite des banques qui le méritent.

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Monétisation de la dette: une fuite en avant keynésienne.

11 Décembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     La BCE doit-elle financer les Etats Européens? La Banque Centrale Européenne est très sollicitée dans ce sens par les politiciens européens, les français notamment, et par ailleurs par les commentateurs dans les médias. Parallèlement, la critique de la loi n° 73-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France, qui stipule que « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France », laisse entendre qu'auparavant la Banque de France finançait l'Etat par la création monétaire. Un financement par la BCE ne serait donc qu'un retour à la situation antérieure, sous-entendu avant la domination des marchés financiers.

 

     Cependant, il n'en est rien. Même si les banques centrales ont été créées pour financer les Etats, et si elles ont fait marcher la planche à billets plus souvent qu'à leur tour, cela n'a jamais été la règle de relancer l'économie par la création monétaire. Au contraire, la période de l'après seconde guerre mondiale a par exemple été marquée par les accords de Breton Woods, d'après lesquels le franc était indexé sur le dollar, lui-même indexé sur l'or. Une sorte d'étalon or indirect. La Banque de France ne pouvait créer de la monnaie qu'en fonction de ses réserves en dollars.

 

     Le financement des Etats par la création monétaire, la planche à billets, n'a jamais été considéré comme normal. Les demandes adressées à la BCE constituent donc une évolution majeure de la politique économique. C'est là à la fois un prolongement naturel du keynésianisme, en même temps qu'une une sorte de fuite en avant. Pour réaliser ce que signifie cette politique, il est nécessaire dans un premier temps de revenir aux prémisses de la théorie de John Maynard Keynes. Puis, de montrer comment elle s'inscrit dans son prolongement, tout en constituant une radicalisation.

 

     Le principe développé par Keynes est simple dans sa formulation. Keynes considère que la production dépend de la demande. Celle-ci comprend la consommation des ménages et les investissements. Les producteurs investissent pour ajuster leur offre en fonction de leurs prévisions de demande. Le niveau de production détermine le niveau de chômage.

 

     Le niveau de la demande ne permet pas forcément d'employer toute la population désirant travailler. Il y a du chômage. Pour résorber ce chômage, il faut faire en sorte que la demande augmente. Ce qui peut se faire par la dépense publique.

 

     Avec le keynésianisme, l'économie est ainsi envisagée comme un circuit monétaire: c'est l'injection de monnaie dans le circuit qui la stimule. Il ne s'agit pas là de création monétaire. Quoique la dépense puisse se faire par endettement.

 

     C'est une rupture dans la conception de l'économie. Les prédécesseurs de Keynes, les classiques, comme Ricardo, ou les néo-classiques, comme Marshall, mettaient en avant l'initiative humaine, l'industrie comme mise en œuvre des capacités de chacun, comme moteur de l'économie. C'est l'image de l'entrepreneur de Schumpeter.

 

     Schématiquement, chacun échange sur le marché ce qu'il sait faire, produit ou service, contre autre chose dont il a besoin, personne n'étant capable de tout produire. La monnaie est dans ce cas un bien intermédiaire, qui permet d'éviter les lourdeurs du troc. Par exemple, la théorie néo-classique reprend l'image du commissaire priseur. L'économie est composée d'une infinité de marchés, chacun correspondant à un produit ou service. Les gens offrent leur production, et un prix d'équilibre s'établit, comme si un commissaire priseur avait entériné une enchère. Chacun peut être offreur ou acheteur sur chaque marché, ce qui a été vendu sur l'un servant à payer ce qui est acheté sur l'autre. Par exemple, le gain fait sur le marché du travail va servir à payer le pain sur le marché du pain. Les modélisations des néo-classiques décrivent des situations d'équilibre qui se situent après ce processus de marché. Processus que Keynes ignore complètement.

 

     Les gens n'attendent pas une demande pour mettre une production sur le marché. Ils tentent, font des paris, et ceux qui sont intéressés par cette nouvelle production propose la leur en échange. C'est une économie d'échange entre offreurs en quelque sorte. Tandis qu'avec Keynes, l'économie devient un circuit monétaire.

 

     Le keynésianisme bute aujourd'hui sur la dette. Les dépenses publiques ont augmenté, les déficits budgétaires sont devenus la norme, et, logiquement, l'endettement a augmenté. La dette a plus augmenté que le PIB. La dépense publique peut effectivement soutenir l'économie, mais sans effet de relance.

 

     Parallèlement, la création monétaire est devenue plus facile. En mars 1973, l'instauration des changes flottants marque la fin du système monétaire issu des accords dits de Bretton Woods. Selon ces accords, la valeur de chaque monnaie était fixée par rapport au dollar. Par conséquent, la création monétaire dépendait du montant de dollars possédés par la banque centrale. Sauf pour les USA, bien entendu, qui pouvaient faire ce que bon leur semblait. Les changes flottants permettent à chaque banque centrale de créer autant de monnaie qu'elle le souhaite.

 

     D'où les appels au financement des dettes publiques européennes par la Banque Centrale Européenne, des dettes de chaque pays par leur propre banque centrale, et plus généralement, la relance de l'économie par la création monétaire. C'était ainsi le programme d'Europe Ecologie aux élections européennes de 2009.

 

     Cette politique s'inscrit tout naturellement dans le keynésianisme. Elle constitue presque un aboutissement: l'économie dépend du flux monétaire qui y est injecté. En utilisant la création monétaire, l'économie peut être constamment stimulée, et peut ainsi créer suffisamment de croissance et d'emplois. Il s'agit néanmoins d'une rupture, car cela n'a pas été prévu par Keynes, ni appliqué jusqu'à présent.

 

     Ce modèle économique est séduisant: la croissance assurée, sans effort. C'est un rêve pour les politiciens. Un rêve également pour les marchés financiers, qui ne risquent pas de voir les dettes souveraines qu'ils détiennent perdre de la valeur. Sur le papier, la théorie peut paraître cohérente, si l'économie est réduite à des équilibres monétaires arithmétiques. Mais n'est-ce pas trop beau?

 

     Les banques centrales ont commencé à appliquer cette politique. Notamment la Fed, à travers ses politiques de quantitative easing. La banque d'Angleterre est également montrée en exemple. Mais l'action de la Fed provoque un afflux de dollars dans les pays émergents et sur les marchés de matières premières, qui en sont déstabilises. Le Royaume Uni connaît une inflation de plus du double de celle de la France. Que dirait-on en France si les prix augmentaient autant? Ajoutons que ces politiques, notamment pour le Royaume Uni, n'empêchent pas la rigueur budgétaire, et ne provoquent pas de relance.

 

     Cette politique de financement des budgets publiques par la création monétaire ressemble à une sorte de " jusqu'au boutisme " keynésien. La dépense publique n'ayant pas provoqué de relance, autant soutenir indéfiniment l'économie par la création monétaire. Mais c'est aussi une prolongation logique du keynésianisme, pour qui c'est la dépense qui stimule l'économie. Enfin, c'est également l'échec des politiques keynésiennes à relancer l'économie, avec au contraire la création d'une spirale de la dette, qui provoque cette fuite en avant.

 

 

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La dépense publique nous concerne tous.

4 Décembre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

     En France, parler de maîtrise de la dépense publique fait scandale. C'est considéré comme une atteinte aux acquis sociaux. Les solutions proposées pour soutenir cette dépenses publiques sont l'endettement et l'augmentation de l'imposition des riches. La dépense publique est ainsi considérée comme un outil de redistribution, qui assure les acquis sociaux, en prélevant une dîme sur les profits des riches.

 

     Cependant, en réalité, la redistribution n'est qu'un aspect de la dépense publique, et peut-être pas l'essentiel. En effet, les prélèvements ne concernent pas que les riches, mais tous les citoyens, car la dépense publique nous concerne tous.

 

     La dépense publique a une fonction redistributrice, comme le montre l'INSEE. Ainsi, l'étude 2011 de l'INSEE, Les revenus et le patrimoine des ménages, découpe la population françaises en déciles. Chaque décile regroupe 10% des ménages français. Le premier décile regroupe les ménages les plus pauvres, le dixième les plus riches. En terme de revenu disponible, le décile D1 est le montant sous lequel se situent les 10% les moins riches, et le décile D9 celui au dessus duquel se situent les 10 % les plus riches. Selon l'INSEE, en ce qui concerne le revenu disponible, « le rapport interdécile du revenu avant transferts est de 6,4 ; le jeu des transferts le ramène à 4,6. Le rapport interdécile étant le rapport entre D1 et D9. »

 

     L'INSEE publie le tableau suivant qui montre les effets de la redistribution. Le revenu disponible comprend, selon les définitions de l'INSEE qui sont ici recopiées, « les revenus déclarés à l’administration fiscale (revenus d’activité, retraites et pensions, indemnités de chômage et certains revenus du patrimoine), les revenus financiers non déclarés et imputés (produits d’assurance-vie, livrets exonérés, PEA, PEP, CEL, PEL), les prestations sociales perçues et la prime pour l’emploi, nets des impôts directs (impôt sur le revenu, taxe d’habitation, contribution sociale généralisée [CSG] et contribution à la réduction de la dette sociale [CRDS]). »

 

Redistribution insee 2011

 

     Le niveau de vie est défini comme « le revenu disponible du ménage rapporté au nombre d'unité de consommation (UC). On compte une UC pour le premier adulte du ménage, puis 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus, et 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans. »

 

     Les déciles du tableau sont la répartition de la population en fonction du niveau de vie: D1, représente le montant de niveau de vie en dessous duquel se situe 10 % des ménages les moins riches, et D9 le montant où se situent 10 % des plus riches. C'est donc le niveau de vie après transfert. C'est un peu compliqué, mais c'est l'INSEE.


      Enfin, ajoutons que l'indice de gini de la France, selon Eurostat, pour 2010, est 29,9. Par contre, l'INSEE n'indique pas quel critère sert de comparaison européenne. Il semblerait que ce soit les chiffres du niveau de vie, car l'indice en terme de revenu disponible est supérieur. L'indice de Gini mesure ici le degré d'inégalité de la distribution des revenus. Il varie entre 0 et 1. La valeur 0 correspond à l'égalité parfaite, et 1 à l'inégalité extrême, selon les termes mêmes de lNSEE: une personne a tout le revenu. Par comparaison, l'indice pour l'Union Européenne, est 30,4.

 

     La France est donc un pays où les revenus sont correctement distribués, après redistribution. La redistribution permettant de réévaluer les revenus des moins riches, comme le montre ce tableau de l'Université d'Aix-Marseille:

 

Revenus 2008 avant et après redistribution aix

 

     La dépense publique a donc une fonction de redistribution vers les moins favorisés, mais est-ce sa principale raison d'être? La redistribution s'effectue-t-elle principalement du haut vers le bas? En fait, elle se fait également beaucoup à l'intérieur même de la classe moyenne. Ainsi, les salariés paient des cotisations sociales obligatoires, directement, ou indirectement via les cotisations employeurs, pour en échange être remboursés de leurs soins, ou bénéficier d'un revenu assuré par la collectivité une fois qu'ils ont arrêté de travailler.

 

     De même, l'éducation des enfants est financée par la dépense publique, comme les routes, la Justice, la police, etc.

 

     Toutes ces dépenses, peuvent être considérées pour partie comme de la redistribution vers les moins favorisés, qui n'auraient pas pu payer une assurance santé ou l'école pour leurs enfants. Mais la plupart auraient pu se payer ces services. Il s'agit alors pour eux d'une mutualisation de services. Ces services sont mutualisés car on pense qu'on ne peut pas faire autrement, comme la construction de routes, ou par choix, comme les retraites par répartition.

 

    La dépense publique a donc pour objectif la mutualisation de certains services. C'est même sa principale raison d'être. A ce titre, son contrôle concerne tout le monde.

 

     Enfin, en 2010, la dépense publique représentait 56,6% du PIB selon l'INSEE. A ce niveau, elle ne peut que concerner tout le monde, tous ceux qui ont des revenus. Pour donner un ordre de grandeur, la France comptait 28 millions d'actifs, dont 25 millions ayant un emploi. A cela il faut ajouter ceux qui peuvent vivre de leurs rentes, non précisé, pour avoir le nombre de personnes sur qui pèsent la dépense publique. Autre chiffre, les retraites représentait 13,6 % du PIB en 2008. Les retraites sont financées par les actifs.

 

     A ce niveau, la dépense publique concerne tout le monde, du moins tous ceux qui ont un revenu. Et c'est ainsi que sont organisés les prélèvements en France: tout le monde est prélevé, même le salarié à temps partiel qui gagne la moitié du SMIC.

 

     Les prélèvements sont organisés de façon à être cachés. Ainsi, la population s'imagine ne pas payer de prélèvements car elle ne paie pas d'impôts, et seuls ceux qui voient ce qu'ils paient, les riches, les employeurs, protestent, ce qui donne l'impression que les prélèvements ne touchent que les favorisés, ce qui est considéré comme normal. L'essence même de la dépense publique, qui est une mutualisation, est oubliée, cachée.

 

     Mais la dépense publique concerne tout le monde, en démocratie. Et, en démocratie, c'est au peuple de la contrôler, et d'en être le garant de l'efficacité.

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