Analyse Libérale

Zone euro: les véritables conclusions du sommet d'octobre 2011

31 Octobre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

      La zone euro est parvenue à un accord sur la crise de la dette. Les médias et politiques français ont insisté sur l'effacement d'une partie de la dette grecque, ainsi que sur le renforcement du FESF. Cependant, le résultat principal des discussions est la volonté de renforcer la discipline budgétaire de la zone euro.

 

      Dans la nuit du 26 octobre 2011, le sommet de la zone euro a statué sur la crise de la dette. Les médias français se sont focalisés sur les décisions concernant la dette grecques, et celles concernant le refinancement des dettes souveraines qui ne trouveraient pas preneurs sur le marché, ou à des taux prohibitifs.

 

      Ainsi, les pays de la zone euro ont obtenu que les banques effacent 50% de la dette grecque. Il était important de négocier avec les banques, pour éviter que la Grèce ne se mette en défaut. Il n'est pas certain que le résultat final n'aurait pas été le même, mais la négociation évite les mouvements de panique. Elle est donc préférable, et ont peut se féliciter de sa réussite.

 

     D'autre part, les pays de la zone euro ont décidé d'augmenter les moyens du Fonds Européens de Stabilité Financière (FESF). Deux mécanisme sont prévus.

 

      - Un mécanisme de garantie de la nouvelle dette émise par les pays membres. Les investisseurs se verraient offrir la possibilité d'acheter cette assurance risque comme une option sur le marché primaire de la dette.

 

      - La création de Special Purpose Vehicules, des fonds financiers spécifiques, par le FESF, pour augmenter les ressources de ce dernier, en permettant la participation d'institutions privées et publiques, et d'investisseurs. Ceci afin d'étendre les prêts, pour recapitaliser les banques et acheter des obligations souveraines sur les marchés primaires et secondaires.

 

      Le sommet en appelle à l'Eurogroupe pour finaliser en novembre.la mise en place de ces décisions. Ainsi qu'à une coopération renforcée avec le FMI.

 

      Cependant, ces mesures n'occupent qu'à peine quatre pages, en comptant large, sur les quinze de la déclaration du sommet de la zone euro (version anglaise, plus complète, traduction française) , que ce soit la version anglaise ou celle en français.

 

      Dès le paragraphe quatre, la déclaration insiste sur la détermination des États membres de la zone euro à poursuivre leur politique d'assainissement budgétaire et leurs réformes structurelles. Elle ajoute que «Les États membres qui connaissent des tensions sur les marchés de la dette souveraine devront fournir un effort particulier.»

 

      Dans cette déclaration, les États de la zone euro se félicitent des efforts de l'Espagne, et de l'Italie. Et ils invitent la Commission européenne à évaluer et à suivre la mise en œuvre des mesures prises par l'Italie. Ils se félicitent des progrès accomplis par l'Irlande, le Portugal. Ils indiquent que le suivi de la mise en œuvre du programme grec doit être renforcé. Le rôle de la Commission, en coopération avec le FMI et la BCE, désignés par le terme de troïka, sera renforcé. Ils insistent également sur la conditionnalité des programmes d'aide au pays en difficultés: l'aide implique un programme d'assainissement donc.

 

      La déclaration aborde la coordination et la surveillance économique et budgétaire, dans le sens d'une plus grande discipline, avec notamment «adoption, par chaque État membre de la zone euro, de règles relatives à l'équilibre structurel des finances publiques traduisant dans la législation nationale, de préférence au niveau constitutionnel ou à un niveau équivalent, les règles du pacte de stabilité et de croissance, et ce avant la fin de 2012»

 

      Un suivi plus étroit des États est également demandé. Par exemple, la déclaration précise: «pour les États membres de la zone euro faisant l'objet d'une procédure pour déficit excessif, la Commission et le Conseil auront la possibilité d'examiner les projets de budgets nationaux et de rendre un avis sur ces projets avant leur adoption par le parlement national concerné. En outre, la Commission assurera le suivi de l'exécution du budget et, si nécessaire, proposera des modifications en cours d'exercice».

 

      La déclaration s'achève par deux annexes. La première présente dix mesures pour améliorer la gouvernance de la zone euro. C'est un ensemble de mesures techniques, mais une phrase souligne l'objectif d'amélioration de la compétitivité de la zone euro parmi les objectifs de cette gouvernance. La deuxième annexe garantit un soutien au secteur bancaire.

 

      L'ensemble de la déclaration est donc centrée sur un renforcement de la discipline budgétaire, sous le contrôle de l'Europe, par l'intermédiaire de la commission, de la BCE, du FMI, selon diverses modalités.

 

      Il y a là un grand contraste avec les débats français. En France, L'Europe est vue comme un moyen de dépenser plus, à travers les eurobonds. La mutualisation des dettes est souhaitées pour augmenter la possibilité de chaque État à s'endetter. Mais, l'action de l'Europe est d'inciter, ou même d'obliger, à plus de discipline budgétaire.

 

      Il y a en France, et dans le monde, beaucoup d'appel à une augmentation de la dette, dans l'espoir d'un effet de relance, comme l'enseigne les théories du courant keynésien. Seulement, la crise des années 1970 a enseigné que l'endettement n'entraîne pas la relance. Aujourd'hui, nous vivons à l'échelle européenne le même phénomène qu'alors: des relances organisées par tous les pays, qui ne sont qu'éphémères, et qu'il faut rembourser. D'autre part, le pays sur lequel tous comptent, l'Allemagne, ne fait que demander aux autres les efforts qu'il s'est lui même infligés. De même pour un pays hors zone euro, comme la Suède, qui poursuit un mouvement de réduction de la dépense publique.

 

      La zone euro, menée par le pays en meilleure santé, l'Allemagne, effectue donc un retour au principe de réalité. A des années lumières des débats français. Ce qui n'est pas mis en exergue par les principaux médias en France. Ni les politiciens.

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Le deuxième plan de l'Europe sur la dette

27 Octobre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

     L'Europe a dévoilé dans un document daté du 26 octobre 2011, et publié le 27 octobre 2011, son dernier plan pour juguler les problèmes de dettes et de financement de certains de ses membres. Les médias français en ont donné des résumés qui paraissent succinct, par rapport au texte d'origine. Celui-ci est publié en anglais sur le site Europa. A lire, pour ceux qui lisent l'anglais. Je le commenterai ce week end, après l'avoir étudié un peu plus en détail.

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Sarkozy à la TV: taxe sur les importations

27 Octobre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Le Figaro.fr rapporte ces propos du président de la République Française Nicolas Sarkozy: «il faudra sans doute faire participer les importations au financement de la protection sociale, sous la forme d'un dispositif de taxation de certains produits importés».

 

     Nicolas Sarkozy s'inscrirait-il dans la ligne Montebourg-Le Pen de la démondialisation, accusant l'étranger des problèmes français?

 

      Au XIXème siècle, l'économiste français Jean-Baptiste Say écrivait déjà que lorsque l'Etat taxait les importations, c'est le consommateur français qui trinquait, pas le producteur étranger: «Quand la valeur a été donnée partie par des producteurs étrangers, partie par des producteurs nationaux, ceux-ci supportent presque tout le fardeau de l'impôt. Si l'on impose chez nous les cotonnades, la demande de ces produits devenant moins forte, les services productifs de nos fabricants seront moins payés; ils porteront une part de cet impôt: mais les services productifs de ceux qui cultivent le coton en Amérique ne seront pas payés sensiblement moins, s'il n'y a pas d'autres raisons que celle-la. En effet, cet impôt, qui altère peut-être la consommation de la France en coton d'un dixième, ne diminuera les ventes de l'Amérique que d'un centième, en supposant que la France n'entre que pour un dixième dans le débouché que l'Amérique trouve pour ses cotons.» (Traité d'économie politique, Economica, page 1021)

 

     Le président de la République vise sans doute les importations chinoises bon marché. Elles correspondent parfaitement à l'exemple de Jean-baptiste Say: la France ne pèse guère dans les prix de ces produits. Toute taxe serait payée par les consommateurs français qui les achètent. Et ce sont les moins aisés des consommateurs, les riches ayant les moyens de payer plus chers. En résumé, une taxe sur les produits chinois serait payée par les plus pauvres, ne pèserait pas sur les chinois, diminuerait la consommation, car le pouvoir d'achat serait diminué d'autant. Moins de pouvoir d'achat signifie ralentissement économique. Et augmentation du chômage.

 

     Nicolas Sarkozy appelle à être moins naïf vis-à-vis des importations. Que n'attaque-t-il pas la Chine, ou d'autre pays, à l'OMC, sur la propriété intellectuelle, sur le dumping? Serait-ce pour préserver les grands contrats, le nucléaire, l'automobile... les exportations? Qui taxe les importations pénalise l'exportation. Les moyens de se préserver existent. Mais ils ne sont pas dans l'intérêt de la France, sinon ils auraient été utilisés.

 

     Le président français semble avoir une optique européenne, car il a dit, selon Le Figaro, que l'Europe ne doit pas être la grande naïve des échanges commerciaux. Mais l'Allemagne partage-t-elle son avis? Dans le même temps, il voudrait créer un poids lourd économique au cœur de l'Europe, avec l'Allemagne. Or, ce pays vit de ses exportations, avec le monde entier!

 

     Rappelons également que la France est en déficit commercial essentiellement avec... l'Europe! Ce n'est donc pas l'éventuel dumping social de pays émergents qui explique le manque de compétitivité du pays, et ce n'est pas une taxation des importations extra-européennes qui résoudra le problème.

 

     Ces propos de Sarkozy sont totalement contradictoires, et irréalistes. Ils rejoignent les propos des autres candidats à l'élection présidentielle. Voici le diagnostic: l'étranger est responsable. Voici l'avenir: une France repliée sur elle-même, sans perspective, en décroissance peut-être, qui craint le reste du monde. Enthousiasmant, vraiment!

 

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Les débats européens sur la dette

24 Octobre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Il se déroule en ce moment une bataille feutrée, masquée par la mort de Kadhafi et le coupe du monde de rugby, qui revêt cependant une importance cruciale en matière monétaire. Les européens mènent en effet des négociations sur ce que doit faire la zone euro face à la crise de la dette. Parmi les solutions figurent la proposition française de transformer le fonds de soutien à l'euro en banque, afin de lui permettre d'être financé par la BCE, la Banque Centrale Européenne.

 

     C'est ce qu'on appelle vulgairement le financement par la planche à billets. C'est ce qu'a fait la Fed, la banque centrale des USA, à travers ses politiques de quantitative easing. Cela signifie créer de la monnaie, ex nihilo, pour financer la dette des états européens. En effet, la BCE crée de la monnaie à chaque fois qu'elle achète de la dette.

 

     C'est d'abord aller à l'encontre des traités européens, qui interdisent à la BCE de créer de la monnaie pour financer les Etats de la zone euro. La BCE a trouvé un subterfuge en rachetant de la dette sur les marché financiers et non pas directement lors de l'émission de l'emprunt par un pays de la zone. Il n'en reste pas moins qu'il s'agit là d'un contournement rendu possible uniquement par l'assentiment des différents pays de la zone.

 

     Ensuite, c'est le rejet, ou même le déni, de l'expérience. Pourquoi cette règle qui interdit ce qu'on appelle la monétisation de la dette a-t-elle été instaurée? Parce que la monnaie la plus stable d'Europe, et qui a soutenu l'édification de l'économie la plus puissante de l'Union était le deutschemark. La banque centrale allemande avait construit cette monnaie en luttant scrupuleusement contre l'inflation. Cette monnaie, forte, constamment réévaluée, avait soutenu la croissance de l'Allemagne, qui était la première puissance exportatrice mondiale (et qui vient à peine de se faire détrôner par la Chine).

 

     C'était un pacte: l'Allemagne acceptait d'abandonner le deutschemark, à condition que la nouvelle monnaie soit aussi bien gérée. C'est ce pacte qui vole en éclats, ce qui explique les réticences allemandes.

 

     Mais ce pacte n'est-il pas trop rigide? Ne faut-il pas libérer la création monétaire pour enrayer la crise, comme l'a fait la Fed?

 

     Les médias popularisent l'idée que le laxisme monétaire, grâce notamment à la dévaluation, permettrait une reprise rapide et sans douleur. Rappelons cependant l'expérience française des années 1980. A cette époque, l'euro n'existait pas, le franc était dévalué selon le bon vouloir du gouvernement. Ce qui n'a pas empêché, sous un gouvernement socialiste, un plan de rigueur tel que cette expression est devenue tabou en France. Ce qui montre clairement les conséquences de la fuite en avant de l'endettement. On pourrait ajouter que la crise actuelle provient de la création monétaire débridée de la Fed.

 

     Tel est le débat aujourd'hui. D'un côté, la théorie, héritée du keynésianisme, qui stipule que la dépense publique permet la relance de l'économie. Et, de l'autre côté la réalité, selon laquelle la relance budgétaire engendre des dettes qu'il faut rembourser, sans aucun effet de relance. L’Allemagne s'est astreinte à un gros effort pour pour retrouver l'équilibre budgétaire, de même que le pays emblématique de l'Etat providence, la Suède. Et ce sont ces pays qui sont en meilleure santé aujourd'hui. Ne serait-ce pas un signe?

 

     De plus, le monde connaît aujourd'hui une inflation des prix des matières premières, laquelle n'est pas sans rapport avec les politiques de quantitative easing de la Fed.

 

     Aujourd'hui, l'Europe négocie pour circonscrire la crise. Est prévu l'acceptation d'un défaut partiel de la Grèce, à hauteur de 50% de sa dette, par les banques, en échange d'une recapitalisation de ces dernières. Les négociateurs mettent également la pression sur l'Italie, pour qu'elle présente des perspectives budgétaires crédibles. Ils veulent éviter un effet domino: si un pays de la zone n'est pas crédible, toute la zone est entourée de suspicion.

 

     Pour le moment, la proposition française de la planche à billets est écartée. Mais il semble que ce soit surtout l'Allemagne qui l'écarte. Cette proposition pourrait donc redevenir d'actualité. Avec ses effets prévisibles.

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Le libéralisme est-il égoïste?

14 Octobre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     Le 22 septembre est sorti aux Editions des Belles Lettres La grève, traduction française d'Atlas Shrugged, d'Ayn Rand. L'auteur a développé comme doctrine l'objectivisme, dans laquelle elle défend l'égoïsme.

 

     Ayn Rand est présentée comme une figure de proue du mouvement libertariens aux USA, le libertarianisme étant ce qui est appelé libéralisme en France (aux USA, le terme "liberal" a une connotation plus politique et plutôt social-démocrate, si on se place tant bien que mal dans un référentiel européen). La défense de l'égoïsme par Ayn Rand renforce donc l'image d'un libéralisme qui défend le chacun pour soi et qui refuse l'entraide, la coopération, la solidarité.

 

     Au cours d'une conférence donnée le 4 octobre 2011 dans les locaux de l'Alliance Française, Alain Laurent, l'éditeur de La Grève, a explicité l'usage du terme égoïste par Ayn Rand. Être égoïste, c'est prendre conscience de soi. Un esprit égoïste, c'est l'indépendance de la pensée. C'est l'affirmation de l'être en tant que tel.

 

     Selon Alain Laurent, il y a un peu de provocation de la part d'Ayn Rand dans l'emploi du terme égoïsme, plutôt qu'individualisme, qui est moins fort.

 

     L'égoïsme, c'est donc l'indépendance de l'être, indépendance de pensée, libre-arbitre, libre-choix. C'est le fait de ne pas être un objet, ni un moyen pour les autres.

 

     Il y a deux aspect dans ce concept. D'un côté, c'est l'affirmation d'un individu libre et indépendant. De l'autre, c'est le respect de l'indépendance d'autrui. En effet, aucun individu ne doit être considéré comme un moyen par autrui, c'est-à-dire être utilisé par autrui, et donc ne doit utilisé autrui.

 

     Ayn Rand s'inscrit donc bien dans la tradition libérale, qui défend la liberté, l'autonomie de l'être humain, ainsi que le respect de ces principes chez autrui. Rien à voir donc avec l'acception courante de l'égoïsme.

 

     Le projet libéral est ainsi une société qui respecte les aspirations, le libre-arbitre, la liberté de chacun. Société signifie règles. Il est faut de dire que le libéralisme prône une société sans règles. Rien que le respect d'autrui est une règle. Une société, c'est aussi la coopération. Le marché est un mécanisme de coopération, permettant l'échange entre personnes qui ne se connaissent pas. Friedrich A Hayek appellent ces règles qui régissent la société des règles de juste conduite. Elles ne sont pas forcément toutes écrites. Ce peuvent être des comportements qui se perpétuent car ils ont prouvé leur efficacité: des coutumes par exemples.

 

     Le libéralisme défend l'accomplissement de l'être humain, par conséquent il ne lui impose pas de but, et donc il n'en impose pas non plus à la société. Ainsi, dire que le libéralisme préconise la course au profit est contradictoire. Une personne peut très bien choisir de se mettre au service des autres. Mais, dans la tradition libérale, il ne faut pas qu'elle y soit forcée.

 

     Les libéraux ont aussi un grand souci d'aide à ceux qui sont dans le besoin. Dans Droit, Législation et Liberté, Hayek écrit que dans la société ouverte d'aujourd'hui, un nombre croissant de gens sont isolés, et n'ont plus d'appuis pour les aider. Il est donc tout à fait légitime de leur accorder une aide s'ils ne peuvent subvenir à leur besoins.

 

     De même, Milton Friedman a développé l'idée d'un impôt négatif, pour ceux qui ne gagneraient pas suffisamment, ainsi qu'un système de vouchers, pour financer l'éducation par exemple.

 

     Certains comme Ludwig Von Mises sont plus sceptiques quant à l'aide publique. Ils considèrent que la solidarité, c'est-à-dire l'aide privée, est plus efficace. Ludwig Von Mises considère ainsi qu'elle est plus responsabilisante. Ces auteurs se réfèrent à l'époque où l'aide publique n'existait pas, ce qui n'avait pas empêché l'alphabétisation par exemple. En contrepartie, les prélèvements obligatoires étaient faibles, ce qui laissait plus d'argent disponible pour la solidarité.

 

     On notera au passage que Friedrich A. Hayek et Milton Friedman, qui soutiennent l'aide publique, sont pourtant qualifiés d'ultra-libéraux.

 

     Qu'ils soient pour la solidarité ou l'aide publique, les libéraux sont pour l'efficacité de l'aide. Celle-ci ne doit pas non plus être un prétexte à une relance budgétaire.

 

     L'égoïsme d'Ayn Rand, ou l'individualisme libéral, recouvrent donc une position philosophique, selon laquelle l'être humain doit être totalement libre et indépendant. Cette position permet la coopération sociale. Elle n'a rien à voir avec un caractère égoïste ni individualiste.

 

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Le pouvoir de la notation est un effet des réglementations

3 Octobre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

      Les agences de notations sont accusées d'avoir contribué au déclenchement de la crise financière, et d'aggraver les difficultés des États. Des propositions sont faites pour les réguler. Pourtant, leur rôle au sein des marchés financiers provient justement des réglementations, qui en ont fait un élément central de la régulation financière.

 

      Standard & Poors a dégradé en septembre la note de l'Italie. Ce qui a entraîné l'habituel flot de critiques contre les agences de notation. Celles-ci, qui notent les emprunts des sociétés et des États sur les marchés financiers, sont contestées depuis la crise financière. Elles sont accusées d'avoir une part de responsabilité dans cette crise. Leur indépendance est mise en question, car elles sont payées par la société qui est notée. La situation d'oligopole des trois principales d'entre elles est mise en exergue. Leurs méthodes de notation sont considérées comme opaques.

 

      Diverses réformes sont proposées, voire commencent à être mises en œuvre, pour changer le système. Une régulation forte est ainsi réclamée. les agences doivent désormais s'enregistrer auprès du CESR, le comité européen de régulation. La création d'une agence publique est envisagée. La modification du mode de rémunération, plus de concurrence, ou une responsabilité civile des agences sont d'autres exemples de propositions pour réguler les agences de notation.

 

      Cependant, le système de la notation en lui même ne semble pas remis en cause. Il est considéré comme ayant failli à cause d'un manque de régulation. Or, le pouvoir des agences de notations leur est donné par la réglementation financière. Aussi surprenant que cela puisse paraître, leur importance et leur pouvoir sont des conséquences de la régulation des marchés financiers.

 

      Cet article de Georges Kaplan, dans Contrepoints, Le surprenant pouvoir des agences de notation, décrit les origines de ce pouvoir. C'est d'abord la SEC, Securities and Exchange Commission, le régulateur des bourses US, qui a introduit la notation financière dans la réglementation. Le ratio de Bâle II, qui réglemente les banques, utilise également la notation financière comme mesure du risque. La SEC avait parallèlement défini une liste des agences dont les notes pouvaient être utilisées comme mesure du risque.

 

      Par conséquent, les agences sont à la fois régulées, et sont parties prenantes de la régulation. Les réglementations en ont fait des éléments essentiels de la régulation. Les entreprises qui veulent emprunter sur les marchés financiers sont quasiment obligées de se faire noter, pour que les institutions financières puissent mesurer les risques conformément à la réglementation. Et le rôle central des agences a pour conséquence qu'elles font la pluie et le beau temps. Par exemple, comme le souligne Georges Kaplan dans Contrepoints, quand une agence baisse la note d'une société, une partie des institutions financières qui détiennent de la dette de cette société sont réglementairement obligées de vendre. Ce qui fait augmenter le taux auquel la société peut emprunter.

 

      Ce système va à l'encontre des principes de l'économie de marché. Normalement, le prix de marché, donc le taux d'intérêt que peut obtenir un emprunteur, est déterminé par la confrontation de l'offre et de la demande. C'est-à-dire la confrontation d'avis divers, chacun ayant une opinion, ce qui détermine un prix d'équilibre, en l'occurrence un taux d'intérêt d'équilibre.

 

      Le rôle donné aux agences casse le mécanisme du marché, car le risque n'est plus évalué par les acteurs du marchés, qui par leurs avis différents déterminent un avis moyen en quelque sorte, un taux moyen, mais par les agences. Le taux d'intérêt n'est plus un taux déterminé par le marché. Mais par la réglementation.

 

      Le marché est une forme de régulation. Le risque est évalué par le jeu de l'offre et de la demande, et son appréhension évolue en fonction de l'avis des différents intervenants. Cette régulation a été remplacée par une autre, dans laquelle l'avis de quelques intervenants, les agences, déterminent le risque. Cette régulation par les agences n'est pas remise en cause. Seule les modalités sont en débat. La régulation par le mécanisme du marché est toujours refusée. Pourtant, elle est simple à mettre en œuvre: il suffit d'interdire à ceux qui veulent emprunter sur les marchés financiers de se faire noter. Tous les conflits d'intérêt sont résolus, les marchés ne dépendent plus d'une poignée d'agences.

 

      Y-a-t-il vraiment une volonté de tirer les conséquences de la crise? La question de pose. Les marchés financiers sont accusés d'avoir causé la crise, par leurs excès. Pourtant, c'est la politique de crédit hypothécaire des USA, voulue par la Fed et le gouvernement US, qui en est l'origine. Quant aux dysfonctionnements des marchés financiers, ils proviennent de la réglementation, de la volonté d'empêcher la régulation par le marché.

 

 

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Revue du Web: USA et zone euro

2 Octobre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Revue du web

 

- La connaissance de l'histoire permet de mieux comprendre les pays. L'Institut Coppet, avec l'article Jefferson vs Hamilton, nous ramène aux origines du débat sur la place de l'Etat aux USA, en décrivant le débat entre Jefferson et Hamilton. Ce qui permet entre autre de mieux comprendre le mouvement des Tea Parties.

 

- In Eco Veritas publie un entretien avec Peter Altmiks, du think tank allemand Friedrich Neumann Stiftung. Un exposé très clair de l'état des lieux de la zone euro, ainsi que de l'opinion allemande sur le sujet.

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Augmentation de l'inflation dans la zone euro en septembre 2011

2 Octobre 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Monnaie

 

      L'inflation des prix à la consommation augmente en 2011, aux USA comme en Europe. L'inflation importée est la première accusée. Cependant, cette augmentation de l'inflation monétaire pose la question de la pertinence des politiques monétaire des USA et de l'Europe.

 

 

      L'institut statistique européen Eurostat a publié sa première estimation de l'inflation en zone euro pour septembre 2011, le vendredi 30 de ce même mois. Cette estimation est de 3% en variation annuelle. Elle confirme une accélération de l'inflation en zone euro au cours de l'année 2011. A titre de comparaison, en octobre 2010, l'évolution était de 1,6%. L'évolution de l'indice moyen entre 2009 et 2010 est également d'environ 1,6%.

 

      L'inflation a aussi augmenté aux USA. En août, en données annuelles non désaisonnalisées, elle s'élevait à 3,8% (indice CPI-U du Bureau of Labor Satistics). En août 2010, elle s'élevait à 1,1%. Elle est passé de 0,5% au premier semestre 2010 à 2,3% au premier semestre 2011.

 

      Les USA et l'Europe avaient connu pareille poussée d'inflation au cours de l'année 2008. Comme à cette époque, les premiers commentaires soulignent la hausse des prix de l'énergie comme une des causes de cette poussée. Les commentateurs voulant ainsi montrer que cette inflation est importée, et que la BCE n'a pas à augmenter ces taux d'intérêt pour la conjurer.

 

     Une rapide revue des communiqués d'Eurostat en 2011 montre effectivement l'énergie comme une des principale source d'inflation, à travers le transports notamment, les combustibles et l'énergie. Les produits alimentaires sont aussi source d'inflation. Énergie comme alimentation dépendant, pour partie, des cours mondiaux.

 

      La situation actuelle présente des similitude avec 2008. Cette année là était la fin de la croissance US provoquée par l'expansion monétaire. Le crédit hypothécaire, c'est-à-dire la création monétaire, a financé la bulle immobilière et la consommation. Cela s'est terminé par une inflation des prix à la consommation, provoquée par l'inflation des prix des matières premières. Dans quelle mesure l'augmentation des prix des matières premières était provoquée par la demande US ou par de la création monétaire qui s'y investissait directement, cela serait à vérifier. Il y a au moins une inflation des matières premières produite indirectement par la création monétaire.

 

      Aujourd'hui, le circuit est plus direct. Les banques centrales, Fed en tête, créent de la monnaie pour racheter des obligations d’État aux établissements financiers. La monnaie ainsi créée est ensuite investie dans des placements sûr, comme les matières premières, les produits alimentaires, ou l'or. Provoquant une augmentation des prix de ces produits.

 

      L'inflation des prix à la consommation arrive donc en bout de chaîne. Ce qui est logique, pour des questions de temporalité. Les conséquences d'une politique ne sont pas instantanées. Néanmoins, des leçons sont à tirer du circuit de l'inflation aujourd'hui.

 

      D'abord, une question de définition. L'inflation est généralement définie comme une augmentation généralisée des prix. Ce qui est faux. L'inflation monétaire est une augmentation des prix provoquée par un excès de création monétaire. Les prix n'augmentent pas parce que la demande augmente, ou car l'offre diminue, mais parce que le volume de monnaie a augmenté. Cette monnaie excédentaire fait augmenter les prix des produits dans lesquels elle est dépensée, que ce soient des actifs financiers ou autres.

 

      Par conséquent, la hausse des prix n'est pas forcément généralisée, et l'indice des prix à la consommation n'est pas un indice précurseur. Une surveillance de l'inflation suppose de surveiller à la fois les prix dans tous les domaines, pas seulement la consommation, mais aussi le rythme de création monétaire. Au passage, soulignons que se fier à un unique indicateur est rarement pertinent en économie. L'inflation monétaire n'est pas si facile à cerner.

 

      Ensuite, l'analyse du circuit de l'inflation montre que les taux d'intérêt ne sont pas forcément le levier adéquat pour éviter l'inflation monétaire. En l'occurrence, aujourd'hui, ce sont les politiques de monétisation des dettes souveraines qui déclenchent l'inflation. Il serait donc pertinent de les cesser. L'inflation de 2008 venait des taux d'intérêt maintenu longtemps à des niveaux bas par la Fed, mais aussi de l'assouplissement des conditions de crédit hypothécaire par l'administration Clinton, permettant à des ménages peu solvables d'emprunter.

 

      La monnaie a été utilisée par les USA pour relancer l'économie, elle est à nouveau utilisée aujourd'hui pour simplement la soutenir, à la fois aux USA et en Europe. L'inflation monétaire vient rappeler que ces manipulations sont délicates, et qu'elles ont des conséquences, qui viennent par des chemins qui ne sont pas forcément directs.

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