Analyse Libérale

La fin du capitalisme selon Schumpeter

27 Avril 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

      J. A. Schumpeter considère l'entrepreneur comme l'élément moteur de l'évolution capitaliste. C'est lui qui met en œuvre les innovations qui provoquent les cycles de croissance ( cf La théorie de l'entrepreneur de Schumpeter   ).

 

      Or, dans son ouvrage Capitalisme, socialisme et démocratie, Schumpeter considère que l'évolution capitaliste est susceptible d'entraîner la disparition de l'entrepreneur.

 

      Cependant, précisons tout de suite qu'il ne s'agit pas d'une prédiction. Dans sa préface de la seconde édition de cet ouvrage, Schumpeter se défend de tout défaitisme: il présente un constat à un moment donné. Les populations peuvent réagir à ce constat.

 

      D'autre part, Schumpeter ne se livre pas à une critique du capitalisme. Il est favorable à ce système. Quant à ce qu'il pense du socialisme, système vers lequel nous nous dirigeons selon lui, ce ne sera pas évoqué dans cet article, car l'analyse du socialisme par Schumpeter est très fouillée.

 

      Capitalisme, socialisme et démocratie a été publié pour la première fois en 1942. Il est donc intéressant d'énumérer les causes de disparition de l'entrepreneur, générés par le capitalisme, et identifiées par Schumpeter, et d'examiner ce qu'il en est aujourd'hui, 70 ans plus tard.

 

      Toutes les causes de disparition de l'entrepreneur présentées ici proviennent donc du capitalisme lui-même. Ce dernier détruit donc les conditions mêmes de son existence.

 

      Les mécanismes qui provoquent la disparition de l'entrepreneur peuvent être classés en trois catégories (qui sont de mon crû, Schumpeter n'ayant pas opéré cette classification).

 

      Les différentes causes influent les unes sur les autres. L'ordre dans lequel elles sont présentées n'est donc ni chronologique, ni graduel. (Les citations proviennent de Capitalisme, socialisme et démocratie, édition Payot, 1951, 1990.)

 

I-L'argumentation de Schumpeter

 

A-L'entrepreneur et l'utilité des principes du capitalisme perdent en visibilité.

 

      L'une des causes de la disparition de l'entrepreneur est que celui-ci apparaîtra comme moins utile, de même que les principes qui sont favorables à son action.

 

      Ce qui est en cause, c'est le développement, dans le sillage du capitalisme, de très grosses sociétés, dans lesquelles sera employée la majeure partie de la population active à long terme.

 

      Dans ces grosses sociétés, le progrès technique est mécanisé. Le rôle de l'entrepreneur comme apportant des ruptures n'apparaît donc plus aux yeux des populations employées dans ces grands groupes.

 

      D'autre part, dans un grand groupe, l'utilité du cadre institutionnel du capitalisme est perdu de vue. En effet, les dirigeants des grands groupes ne sont pas des entrepreneurs, juste des salariés. Les actionnaires ne sont pas non plus des entrepreneurs. Ils ont juste fait un placement. Ces deux catégories n'ont pas le même rapport de propriété à l'entreprise que l'entrepreneur.

 

      Par ailleurs, au sein d'une grosse entreprise, ou même entre les entreprises, les relations sont de plus en plus normées, par des contrats types, ou des règlementations.

 

      La liberté de contracter, essence du capitalisme, est donc perdue de vue. Son utilité également par conséquent.

 

      Ainsi, l'évolution du capitalisme vers de grosses entreprises et plus de réglementation engendre une évolution où l'utilité de l'entrepreneur est moins visible, de même que les principes de propriété et de liberté de contracter.

 

B-Le capitalisme soutient ses opposants.

 

      Schumpeter remarque que la société capitaliste est la plus tolérante envers ses opposants, et que, même, elle les soutient.

 

      En effet, les sociétés pré-capitalistes ne toléraient pas la critique. L'opposant au féodalisme, à la monarchie absolue, risquait gros. Voltaire lui-même, par exemple, qui savait si bien jouer avec les limites, habitait près de la frontière, pour se mettre à l'abri en peu de temps.

 

      Au contraire, le capitalisme soutient la liberté d'expression. Car, pour la classe bourgeoise, fondement du capitalisme, «les libertés qu'elle désapprouve ne sauraient être anéanties sans que soient également anéanties les libertés qu'elle approuve.» (p. 204)

 

     Ce principe laisse le champ libre aux "intellectuels", ceux qui sont des «professionnels de l'agitation sociale» (p. 198).

 

      «Le groupe intellectuel ne peut se retenir de grignoter [les institutions], car il vit de ses critiques et il ne peut affermir sa position qu'à coup de banderilles; enfin, la critique au jour le jour des personnes et des événements doit, dans une société où rien n'est plus tabou, fatalement dégénérer en critique des classes et des institutions.» (p. 205)

 

      Ajoutons que le progrès capitaliste facilite la diffusion des critiques en la rendant moins onéreuse grâce aux progrès techniques, dans l'imprimerie et la radio notamment.

 

C-L'évolution des classes sociales.

 

      L'évolution du capitalisme chamboule totalement les classes sociales. D'abord, elle provoque la disparition progressive des aristocrates, et le développement de la bourgeoisie.

 

       Or, selon Schumpeter, les aristocrates sont plus aptes à la direction d'un pays. Ils sont plus capables de défendre des principes, de clouer le bec d'un contradicteur. Par conséquent, ils sont plus aptes que les bourgeois à défendre les institutions, les principes capitalistes.

 

     D'autre part, la bourgeoisie, pourtant issue du capitalisme, change également avec lui. Schumpeter cite ainsi la désintégration de la famille bourgeoise comme cause de disparition du capitalisme.

 

      On ne se met plus en couple forcément pour fonder une famille, avoir des enfants, et les obligations que cela suppose. Les bourgeois arbitrent entre les obligations familiales, qui exigent des sacrifices, et les plaisirs immédiats.

 

      De même, le symbole de la famille bourgeoise, la maison bourgeoise, avec le train de vie correspondant, le personnel correspondant, est en voie de disparition. Les bourgeois préfèrent aller au restaurant, et habiter en appartement. (Schumpeter écrit dans les années 30, rappelons le).

 

      Or, selon Schumpeter, l'homo oeconomicus étudié par les économistes est l'homme dont «les opinions et les volitions étaient modelées par un tel foyer et qui se proposait primordialement de travailler et d'épargner pour sa femme et ses enfants» (p 217, caractères en italique dans le texte).

 

      La famille bourgeoise impliquait donc des besoins financiers élevés, et une vision à long terme. Les besoins financiers incitaient à entreprendre, la vision à long terme permettait de préserver les principes capitalistes, bénéfiques pour la société à long terme.

 

      La famille bourgeoise disparaissant, l'homo-œconomicus «cesse d'obéir à l'éthique capitaliste qui enjoignait de travailler pour l'avenir, que l'on fût ou non destiné à engranger la récolte.» (p.218)

 

D-Pourquoi l'efficacité du capitalisme ne le préserverait-il pas?

 

      On pourrait se demander si l'efficacité du capitalisme ne suffirait pas à garantir sa persistance.

 

      Cependant, selon Schumpeter, les justifications utilitaires ont peu de poids dans ce cas. Les sociétés obéissent à des impulsions extra-rationnelles: «aussi, un attachement émotionnel à l'ordre social (c'est-à-dire précisément le sentiment même que le capitalisme est constitutionnellement impuissant à engendrer) est-il seul capable de refouler en nous les impulsions hostiles.»

 

      De plus, selon Schumpeter, le capitalisme ne peut être expliqué en terme simple, et il a une action bénéfique sur le long terme. Ce qui permet à des thèses simplistes et faisant des promesses à court terme de prendre l'ascendant au sein de la population.

 

      Enfin, le capitalisme a permis d'améliorer considérablement les niveaux d'existence. Or, le progrès recèle une part d'insécurité, puisqu'il remet en cause des situations acquises. Il est facile d'utiliser cette insécurité pour jeter de l'huile sur le feu de l'agitation sociale.

 

II- Regard actuel sur le constat de Schumpeter.

 

A-Le conservatisme, socle du capitalisme?

 

      Est-ce que l'aristocratie est plus apte à gouverner que la bourgeoisie? Ou est-ce une question d'éducation que pourrait recevoir tout un chacun?

 

      On peut penser que Schumpeter a voulu mettre en avant les valeurs de l'aristocratie. Un argument à rapprocher de sa défense de la famille bourgeoise. Ce qui amène à une question: les valeurs traditionnelles, et donc un certain conservatisme, sont-elles bénéfiques au progrès économique et social?

 

      C'est un débat d'actualité, avec la notion de "libéral-conservateur", alors même que des libéraux classiques et des libertariens critiquent le conservatisme.

 

      C'est un axe de réflexion, qui ne sera pas développé ici car le sujet est vaste. On pourra avoir des éléments de réflexion dans le séminaire qu'Alain Laurent y a consacré, sous l'égide de l'Institut Coppet.

 

B-La mécanisation de progrès

 

     Là où la situation a évolué depuis l'époque de Schumpeter, c'est la tendance à la mécanisation du progrès.

 

      Aujourd'hui, les petites et moyennes entreprises ne sont pas mortes, et elles sont le creuset des innovations. C'est le phénomène des start-up. Ce sont ces grandes entreprises, telles Hewlett-Packard, ou IBM, qui rachètent des PME pour développer leurs technologies.

 

      Le magazine Enjeux-Les Echos a publié dans son édition de février 2011 un graphique montrant qu'en 1981, les entreprises de plus de 25 000 salariés concentraient 71% des dépenses de recherche et développement aux USA, contre 10% pour celles de moins de 5 000 salariés.

 

      En 2005, la proportion est de 38% pour les entreprises de plus de 25 000 salariés, et de 39% pour celles de moins de 5 000 salariés.

 

      Aujourd'hui, de nouvelles entreprises provoquent toujours des ruptures. Les grosses entreprises l'ont compris et, toujours selon Enjeux-Les Echos, elles coopèrent avec elles plutôt que de les racheter.

 

C-L'hostilité envers le capitalisme

 

      Le capitalisme est toujours la cible principale de nombreux "intellectuels" et des médias. Les contempteurs sont toujours, de loin, majoritaires.

 

      Cependant, la crise des années 1970 a quelque peu modifié la donne. L'échec des politiques dirigistes a remis à l'honneur le capitalisme, et, en particulier, la théorie de l'entrepreneur de Schumpeter. Un autre économiste autrichien, F. A. Hayek est également à nouveau mis en avant.

 

      Ce courant de pensée n'a jamais été majoritaire. Le capitalisme a toujours été critiqué avec véhémence. Mais, son efficacité apparaissait comme indéniable. C'est donc l'aspect utilitaire qui a permis cette résurgence des défenseurs du capitalisme.

 

      Ensuite, la dernière crise financière, appelée aussi crise des subprime, a été vue comme une revanche à prendre par les anti-libéraux. Ils dénoncent le capitalisme comme responsable de cette crise.

 

      Cependant, les politiques keynésiennes mises en place pour relancer l'économie se sont vite heurtée au plafond de la dette. Les théories anti-libérales se heurtent donc à nouveau à la réalité. Peu d'entre elle prône une nationalisation de l'économie, ce système ayant conduit à une catastrophe. Néanmoins, les idées dirigistes ont repris de la vigueur.

 

      Cependant, aux USA, les politiques menées suite à la crise financière ont provoqué le mouvement du Tea Party, qui réclame un retour aux sources des USA, avec moins d'Etat, plus de responsabilité individuelle.

 

      Enfin, on ne peut passer sous silence l'adhésion des pays émergents au capitalisme. Là encore, ce n'est pas l'adhésion à une idéologie, mais c'est l'efficacité économique et sociale du libéralisme qui justifie ces politiques économiques. Même s'il faut souligner que des pays comme la Chine, ou encore plus l'Inde, ont encore beaucoup de chemin à parcourir pour être qualifiés de capitalistes. Mais c'est la direction qu'ils suivent.

 

Conclusion

 

      Schumpeter a dégagé des tendances conduisant à la fin du capitalisme, et issues du capitalisme lui-même. Tout en précisant qu'il ne s'agissait pas d'une prédiction, mais d'un constat à un moment donné, et en ajoutant qu'en ce domaine, un siècle représente une période court terme.

 

      Aujourd'hui, du fait de la crise des années 1970, les théories libérales ont été remises au goût du jour, en particulier la théorie de l'entrepreneur de Schumpeter. Et le capitalisme s'étend sur toute la planète.

 

      Cependant, l'opposition reste forte, en particulier en France d'ailleurs.

 

      Mais, le monde a aussi changé avec l'internet. Une théorie peut moins facilement dominer une société et faire taire ses opposants. Le mouvement du Tea Party, assez informel, doit beaucoup à internet. En France, les libéraux commencent à s'organiser sur le web, avec par exemple, Contrepoints, l'Institut Turgot, l'Institut Coppet, ou l'Aleps par exemple.

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Une interview d'Alain Madelin

21 Avril 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Deux réflexions intéressantes d'Alain Madelin, invité le 20 avril du Talk Le Figaro-Orange actu.

 

A propos de la prime obligatoire pour les entreprises qui distribuent des dividendes. Alain Madelin remarque qu'une entreprise comme Peugeot, qui a maintenu une importante base industrielle en France, et donc de nombreux employés, est pénalisée.

 

A propos du blocage des prix de l'énergie, il remarque qu'il y a peu, on considérait que le prix de l'énergie était trop faible, et qu'il fallait rajouter une taxe carbone par dessus.

 

Par contre, Madelin se réclame du libéralisme, mais il a une curieuse expression dans cette interview. Il se dit libéral complet, à la fois liberal à l'américaine, et libéral classique. Il semble mal appréhender ce que sont les liberals aux USA, qui ne sont pas des libéraux au sens français du terme. Ils sont interventionnistes.

 

 

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CV Anonyme: résultats d'une expérience

18 Avril 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

La journaliste Natacha Polony, sur son blog, attire l'attention sur le rapport décrivant les résultats d'une expérimentation du CV anonyme en France. Ce CV anonyme est présenté comme une solution pour corriger les discriminations. Discrimination envers les populations issues de l'immigration, et de banlieues défavorisées.  

 

L'étude a été menée conjointement par le CREST, Centre de Recherche en Economie et Statistique, le Laboratoire d'Action contre la Pauvreté (J-PAL Europe), et PSE-Ecole d'Economie de Paris, en collaboration avec la sous direction des études et évaluations de Pôle Emploi.

 

Le résultat de cette étude, dont je vous invite à lire au moins la synthèse, c'est que le CV  anonyme permet de contrecarrer la tendance à recruter quelqu'un de semblable, ce qui est appelé l'homophilie. Par le CV anonyme, les hommes recrutent plus de femmes, les femmes plus d'hommes, et les jeunes plus de séniors. Cependant, Cela n'améliore pas en moyenne les chances des femmes et des séniors, car ce phénomène  d'homophilie se compense d'un  recruteur à un autre.

 

Par contre, les candidats issus de l'immigration et des banlieues sont défavorisés par le CV anonyme. Il semble que les recruteurs pardonnent plus volontiers les imperfections d'un CV quand ils savent d'où vient le candidat.

 

Dans son article, Natacha Polony souligne que, selon elle, il s'agit là de la preuve que l'école Républicaine remplit mal sa mission. C'est un manque de formation qui explique les   inégalités

 

(Natacha Polony est enseignante, et tient un blog sur l'école). 

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Les jeunes et Marine Le Pen

13 Avril 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Présidentielles 2012

      Un nouveau sondage, paru dans une dépêche du Figaro.fr donne à Marine Le Pen entre 20% et 23% des intentions de vote à la présidentielle de 2012, en fonction des cadidats qui lui sont opposés, chez les 18-24 ans. C'est le double de la moyenne réalisés sur la période février-mars 2011 d'un précédent sondage.

 

      On note que les jeunes seraient attirés par l'extrémisme, puisque Besancennot entre 11% et 14%.

 

      Bayrou aussi fait un bon score, entre 12% et 16%.

 

      Les sondages vont se multiplier sur les intentions de vote. Ils vont être décortiqués, un sondage en influençant un autre.

 

     On peut espérer que l'argent soit dépensé à meilleur escient, en interrogeant les électeurs de Marine Le Pen, et aussi de l'extrême gauche, sur les raisons de leurs intentions de vote. En essayant de comprendre leurs attentes, pour y répondre, et faire baisser le vote extrémiste.

 

      Et même si les questions dérangent. Ce sera beaucoup mieux de débattre que de laisser le champ libre à l'extrémisme.

 

         

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Présidentielle 2012: la gauche et l'économie.

13 Avril 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Présidentielles 2012

     Le programme socialiste pour les présidentielles 2012 est caractérisé par un étonnant manque de perspectives. Il présente un monde terrible, dans lequel il faut se serrer les coudes pour vivre mieux, mais il ne recèle aucun élan, aucune volonté de créer de la croissance économique.

 

     Cette absence de perspectives est commune à la gauche, sauf la gauche extrémiste. En effet, les écologistes ont aussi cette absence de perspectives. Certains prônent même la décroissance.

 

     L'absence de perspectives est caractérisée par l'indicateur de bien être. Il s'agit de remplacer le PIB par un autre indicateur, qui caractériserait le progrès réel. L'argumentation est sans fondement, puisque le PIB n'a jamais mesuré le progrès, ni le bien être, mais juste la croissance. L'amélioration des conditions de vie matérielles étant généralement corrélée avec cette dernière.

 

     Il existe par ailleurs d'autres indicateurs, pour mesurer le taux d'alphabétisation, les conditions sanitaires, etc. Le PIB n'a jamais eu vocation d'être l'alpha et l'oméga du progrès.

 

     Cet indicateur de bien être est par ailleurs une véritable boîte noire, alors que l'on reproche au PIB d'être déjà complexe à mesurer.

 

     Mais l'indicateur de bien être présente l'avantage d'être facilement manipulable. Par exemple, imaginons que parmi le bien être on inclut le pourcentage de production d'énergie éolienne. Il suffit d'investir dans l'éolien, pour faire augmenter cette proportion, et l'indicateur de bien être augmentera. Par contre, le prix de l'électricité aura augmenté, contraignant le pouvoir d'achat, augmentant les coûts des entreprises, ralentissant éventuellement le PIB et l'emploi, cela ne sera pas pris en compte par la boîte noire que représente l'indicateur de bien être.

 

     Cet indicateur de bien être est aussi très subjectif, puisqu'on décide de ce qu'est le bien être pour la population. En cela, la gauche est fidèle à sa tradition dirigiste.

 

     Mais l'abandon de l'objectif de croissance n'est pas dans la tradition de la gauche. Celle-ci a plutôt une tradition matérialiste, se fixant pour objectif d'améliorer le sort des plus défavorisés, par l'emploi d'abord, l'aide sociale ne venant qu'en secours. Droite et gauche ont toujours voulu favorisé la croissance.

 

     Par ailleurs, l'interventionnisme de la gauche s'appliquait dans le domaine social et économique. Il s'applique toujours aujourd'hui dans le domaine social, mais il va beaucoup plus loin, puisqu'il décide de ce qu'est le bien être pour chacun. On pourra objecter que cela a toujours été le cas, sauf qu'auparavant c'était un bien être matériel. La gauche ne décidait pas du mode de vie des gens. Elle promettait le bien être matériel. Et la croissance du PIB.

 

     D'où vient cette évolution? On peut remarquer d'abord que toutes les politiques interventionnistes, qui ont été menées ou préconisées par la gauche, mais aussi par la droite, ont échoué. Le collectivisme a sombré, même Cuba l'abandonne. Le keynésianisme a échoué face à la crise des années 1970. L'expansion de l'après guerre apparaît comme la conséquence du développement de l'ouverture économique des pays dans le cadre des accords du GATT, et de l'apparition de nouveaux produits, de nouveaux services. Le dernier levier, la manipulation des taux d'intérêt, et l'encouragement au crédit, a créé la crise financière et économique que nous connaissons actuellement.

 

     Quiconque préconiserait ces politiques ne serait pas pris au sérieux. La gauche ne peut donc pas les revendiquer.

 

    Tous ces échecs renforcent les théories libérales. Mais, par idéologie, la gauche rejette le libéralisme. La gauche française est, de plus, socialiste, c'est-à-dire qu'elle n'apprécie pas trop l'économie de marché, contrairement aux socio-démocrates, qui l'ont adoptée. Par conséquent, la gauche va chercher autre chose. A une époque, elle cherchait des solutions du côté des sociologues. Aujourd'hui, c'est l'écologie. Avec cette idée qu'il n'y a plus de marge de progression car les ressources matérielles sont épuisées.

 

     On remarque qu'il y a toujours cet aspect matérialiste dans l'idéologie de gauche. Que l'économie soit aujourd'hui basée sur les services ne l'influence pas (la droite aussi veut réindustrialiser le pays d'ailleurs). Le concept de production est forcément matériel pour la gauche, et une grande partie de la droite également. Seuls les libéraux mettent en avant l'industrie humaine, dans le sens de mise en œuvre de moyens pour produire quelque chose, indifféremment bien ou service. La production peut être immatérielle, et ne pas dépendre des ressources naturelles. De même, l'industrie humaine peut apprendre à utiliser d'autres ressources, inépuisables. Mais ce n'est pas la perspective de la gauche.

 

     Par ailleurs, l'électorat de la gauche non extrémiste évolue. Il est de plus en plus aisé. Une forte proportion de cet électorat est l'électorat bobo. Pas uniquement. Mais en partie. Les dirigeants du PS sont eux complètement bobos. Des gens aisés, qui peuvent effectivement se poser la question de ce qui est réellement nécessaire dans la vie. Parce qu'ils ont tout.

 

     Plus on possède de biens matériels, moins on les considère comme importants. C'est le constat d'une étude européenne sur la perception de la pauvreté. Il est donc logique que les bobos se posent des questions sur la poursuite de la richesse matérielle.

 

     Est-ce que ces raisons expliquent ce manque de perspectives? Peut-être, peut-être pas. Ce ne sont que des hypothèses. On ne peut qu'espérer un peu plus d'allant de la part de la droite. Ou du candidat socialiste à la présidentielle, qui aura son propre programme. Il y a en France une grande résignation. Mais aussi une grande contradiction: les gens sont souvent optimistes pour eux mêmes, mais pessimistes pour le pays.

 

     Il manque peut-être tout simplement un projet, une étincelle. On ne peut qu'espérer que cette étincelle se produise. Sinon, l'élection présidentielle se résumera à un choix entre le moins pire des candidats, mais n'apportera aucun espoir.

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L'emploi en Allemagne par secteur

6 Avril 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #L'Allemagne et la France

     Après un article d'humeur sur le projet socialiste pour les présidentielles 2012, voici un petit billet plus informatif, et plus dans la ligne de ce blog.

 

     C'est un graphique qui provient de l'institut fédéral allemand de statistiques, Destatis. Il contredit une image que nous avons de l'Allemagne.

 

     Ce n'est pas dans l'industrie que l'Allemagne crée des emplois. Mais dans les services.


Emploi en Allemagne par secteurs

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Présidentielle 2012: le PS sans perspectives.

6 Avril 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Présidentielles 2012

      Le parti socialiste a présenté mardi 5 avril son projet pour les présidentielles 2012. Ce projet m'inspire un billet d'humeur, qui n'est pas dans la veine de ce que j'écris d'habitude. Je le publie néanmoins, tant je suis déçu par ce projet.

 

      D'un point de vue économique, ce projet est étonnamment pauvre. Bien sûr, ce blog est libéral, et peu susceptible d'approuver un projet socialiste. Mais ce dernier est-il intéressant même pour un socialiste? Cette pauvreté pas que l'économie. Il y a aussi un manque d'élan surprenant pour un projet de gauche.

 

      En économie, les solutions évoquées sont toutes des solutions déjà essayées, ou existantes. Des emplois jeunes, alors qu'existent déjà des contrats aidés, une banque d'investissement, qui n'est que le regroupement de structures qui existent déjà, des taux différenciés d'imposition pour les bénéfices réinvestis et les bénéfices redistribués, dont je traite dans un précédent article.

 

      Bien sûr, Mitterrand a déclaré que nous avions tout essayé contre le chômage. Mais on pourrait quand même se renouveler, après si longtemps.

 

      L'économie est à vrai dire la partie pauvre de ce projet. Ce qui est surprenant, c'est aussi le manque total de perspectives. Le PS décrit un monde terrible, dans lequel il faut être solidaire, non pas pour se développer, aller de l'avant, mais simplement pour survivre. La mondialisation est l'ennemi. Le marché est l'ennemi. L’Europe doit être une forteresse.

 

      Il n'y a aucun élan, aucun espoir. Le PS présente un pays qui doit être encadré par un Etat omniprésent, encore plus qu'aujourd'hui.

 

      Il ne présente aucune perspective, aucun élan, aucun espoir d'un monde meilleur. C'est un monde dans lequel l'Etat doit tout faire, un monde étouffant.

 

      On peut rétorquer, quand on est libéral, que c'est cela le socialisme, qu'il a toujours été une idéologie étatiste, étouffante. Mais c'était au moins mieux présenté. Il y avait de l'espoir. Il y avait la perspective de plus de pouvoir d'achat, de voir son salaire augmenter. Aujourd'hui, le PS propose de plafonner les loyer, des négociations salariales. Mais il ne propose pas de création d'emplois (les emplois jeunes n'en sont pas). Il ne met pas en avant les perspectives du progrès technique. Il ne souligne pas les perspectives de la mondialisation.

 

      Un paragraphe est particulièrement saisissant, je cite:

 

      "Les temps sociaux sont éclatés. Finie, la séparation de la vie en tranches entre l’école comme temps de formation, la profession comme temps de travail, la retraite comme temps pour parachever sa vie. On peut être étudiante à 70 ans, grand-père à 40, voyageur à 16. Quant au temps libre, l’est-il vraiment quand les courriers électroniques et les sonneries du téléphone portable accompagnent nos pas ? De combien de temps dispose-t-on pour des activités vraiment choisies ? Ces questions, ici ou à l’autre bout du monde, des centaines de millions de personnes ne se les posent pas, tant elles sont

stressées."

 

      Les socialistes ont pour perspective une vie normée, séparée en tranche, sans évolution, sans changement. Au lieu de chercher à donner des perspectives à la population, à donner la possibilité à chacun de s'accomplir, à profiter des possibilités du monde moderne, ils voient de manière négative tout ce qui s'apparente à un écart par rapport à cette vie normée.

 

      Ce paragraphe, et d'autres, montrent aussi qu'ils sont restés dans une vision idéalisée de la société industrielle, avec des salariés pris en charge tout au long de leur vie par l'entreprise.

 

      Cela n'a jamais existé, sauf pour une minorité de la population. Certains ont "profité" des trente glorieuses, mais les salaires n'étaient pas forcément mirobolants, et une grande partie de cette population a connu les préretraites. Leur principal "privilège", c'était un marché immobilier plus accessible qu'aujourd'hui, ou d'habiter depuis longtemps un logement loué, et donc de payer un loyer modique. (Je mets des termes entre guillemets car ils pourraient blesser ceux qui ont connu cette époque. Je les prie de bien vouloir m'excuser, j'écris au fil de l'eau, sans avoir trop le temps de peaufiner).

 

      Mais rappelons qu'à cette époque le Smic n'a pas toujours existé, et que quand il a existé il n'était pas indexé sur l'inflation. Que les retraités étaient pauvres, que le temps de travail dépassait les quarante heures, que la sécurité sociale n'offrait pas la même protection (les soins n'étaient pas aussi développés).

 

      L'avantage de cette époque, c'était l'emploi aussi. Le chômage, peu indemnisé, le droit du travail, beaucoup moins protecteur qu'aujourd'hui, n'étaient pas des préoccupations car il y avait de l'emploi.

 

      C'était une époque que l'on qualifierait aujourd'hui d'ultra-libérale.

 

      C'est cela qui ressort du projet économique du PS: un monde idéalisé, où l'on fait sa carrière dans la même entreprise, avec un salaire qui augmente régulièrement à l'ancienneté, et ou tout est pris en charge par l'entreprise. Cela a pu exister dans certaines grandes entreprises. Mais il y a toujours eu un secteur, majoritaire, où la vie n'était pas si simple.

 

      Le problème du monde d'aujourd'hui, c'est l'absence de perspective, d'espoir. Le PS n'en offre pas.

 

      Finalement, il y a beaucoup de points communs entre la vision socialiste et le Front National. Le danger, c'est le monde. C'est le changement. Le paradis, c'est le passé, le monde industriel, l'action de l'Etat.

 

      Mais Marine Le Pen sera beaucoup plus convaincante en proposant de mettre dehors les immigrés, pour donner du travail, du vrai travail, pas des emplois jeunes, aux gens, et en proposant de sortir de l'Europe et de l'euro, symboles de l'entrave à l'action de l'Etat.

 

      Ce n'est pas le billet que j'avais prévu d'écrire. J'écris rarement des billets d'humeur. La lecture du projet socialiste est trop déprimante. Je suis particulièrement surpris par ce manque d'élan, de perspective. Bien qu'étant libéral, j'aurais apprécié un projet social-démocrate.

 

      Est-ce une maladresse de rédaction? Je l'espère. On peut aussi se dire que ce ne sera pas le projet du candidat socialiste. On l'espère.

 

      Néanmoins, cette vision sombre du monde, sans perspective, est à mon avis partagée par nombre de politiciens, de droite comme de gauche. Ils ne comprennent pas le monde dans lequel nous vivons. Ils sont perdus avec leurs repères d'un passé idéalisé.

 

      La France manque d'un visionnaire. Elle pense à la fin de la croissance, à la gestion de la pénurie d'emplois et de ressources, ce qui fait pas les affaires de ceux qui manquent déjà de ressources, et qui souhaiteraient des perspectives.

 

      Le premier visionnaire qui se présentera, qu'il soit un démocrate ou une graine de dictateur, emportera tous les suffrages.

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Problèmes structurels de l'Allemagne selon la Fédération Allemande de l'Industrie

4 Avril 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #L'Allemagne et la France

     

 

       Le quotidien Les Echos a publié dans son édition du lundi 4 avril 2011 une interview de Hans-Peter Keitel, président de la Fédération Allemande de l'Industrie, à l'occasion de la foire de Hanovre, dont la France est l'invitée.

 

      Hans-Peter Keitel souligne qu'en Allemagne les PME sont très fortes, tandis que la France a une volonté politique d'avoir des champion nationaux.

 

      Une remarque a mettre en parallèle sur les difficultés des sous-traitants en France.

 

      Interrogé sur les problèmes structurels de l'Allemagne, il indique que "le taux des investissements bruts rapportés aux PIB a constamment baissé depuis 1990 " en Allemagne. Le taux des investissements nets est presque nul. L'industrie allemande investit beaucoup, mais à l'étranger. Ces investissements à l'étranger expliquent une partie des exportations allemandes.

 

      Selon lui, les investissements, y compris publics, doivent augmenter. 

 

      Il souligne également que le taux de croissance structurel est bas, plus bas qu'en France.

 

      C'est un avis intéressant sur l'Allemagne, regardé en France comme l'exemple à suivre. L'Allemagne a aussi ses problèmes.

 

      Par ailleurs, on regarde un peu ce que l'on veut. On applaudit la TVA sociale, en oubliant que l'Allemagne a surtout réduit sa dépense publiques, par exemple.

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Revue de web (suite du 03/04/2011)

3 Avril 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Revue du web

Quelques oublis dans la revue du web. Trois articles sur les problèmes de financement des PME en France.

 

Un premier de la CGPME, critiquant l'opinion de l'observatoire du financementsdes entreprises qui conclut à un financement satisfaisant des entreprises pendant la crise.

 

Un article de ZDNet, dans lequel les entrprises du secteur numérique en France se plaignent de la frilosité des investisseurs.

 

Enfin, un article de L'Expansion, sur la robotique française. Ce secteur est très dynamique en France, mais là encore des difficultés de financement des start up en France sont évoqués.

 

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