Analyse Libérale

La théorie de l'entrepreneur de Schumpeter

26 Mars 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Cliquez ici pour un article actualisé et plus complet sur l'entrepreneur dans la théorie économie, sur mon nouveau blog : L'école autrichienne d'économie.

      Joseph Alois Schumpeter est un économiste autrichien , qui a vécu de 1883 à 1950. Comme ses confrères de l'école autrichienne, il a dû fuir le nazisme, et a vécu aux Etats Unis d'Amérique.

 

      Schumpeter est connu pour son concept de l'entrepreneur, qui est revenu à la mode, en théorie économique, face au constat d'échec du keynésianisme. Cependant, ce concept a été un peu galvaudé par certains. En bon économiste de l'école autrichienne, Schumpeter est très précis dans les termes qu'il emploie, et dans la description de ses concepts. L'entrepreneur schumpétérien n'est pas un simple créateur, ou repreneur d'entreprise, comme on le dit souvent. C'est le moteur de l'évolution économique.

 

       Schumpeter a développé sa théorie dans le livre Théorie de l'évolution économique dont la deuxième édition est datée de 1926 selon la préface, et qui est édité par Dalloz en France.

 

      L'objectif de Schumpeter est donc d'expliquer l'évolution de l'économie, qui alterne période d'essor et période de crise.

 

      Il part d'un état stable. Ce n'est cependant pas l'équilibre néoclassique. Schumpeter est un économiste de l'école autrichienne, donc il raisonne en terme de circuit. Il y a des producteurs, qui achètent des biens de productions et du travail, qui fabriquent des biens intermédiaires ou des biens de consommation, qui sont achetés par les clients.

 

      Une situation stable est une situation dans laquelle le circuit se répète à l'identique. Il peut y avoir de la croissance, si la population augmente par exemple. Mais c'est toujours le même type d'entreprises, le même type de biens. Il y a seulement plus d'entreprises.

 

      C'est là une approche différente des néoclassiques, dont le point de vue est plus statique. Ils postulent un équilibre de marché, un équilibre de l'offre et de la demande. Les deux approches ne sont pas incompatibles. C'est une différence d'approche conceptuelle. Les économistes autrichiens essaient de coller à la réalité. Les néoclassiques ont une approche plus théorique, plus mathématique.

 

       L'entrepreneur vient bouleverser la stabilité du circuit. C'est quelqu'un qui apporte une innovation, c'est-à-dire une nouvelle combinaison des moyens de production. Selon Schumpeter, «ce concept englobe les cinq cas suivants:

      1° Fabrication d'un bien nouveau, c'est-à-dire encore non familier au cercle des consommateurs, ou d'une qualité nouvelle d'un bien.

      2° Introduction d'une méthode de production nouvelle, c'est-à-dire pratiquement inconnue de la branche intéressée de l'industrie; il n'est nullement nécessaire qu'elle repose sur une découverte scientifiquement nouvelle et elle peur aussi résider dans de nouveaux procédés commerciaux pour une marchandise.

      3° Ouverture d'un débouché nouveau, c'est-à-dire d'un marché où jusqu'à présent la branche intéressée de l'industrie du pays intéressé n'a pas encore été introduite, que ce marché ait existé avant ou non.

      4° Conquête d'une source nouvelle de matières premières ou de produits semi-ouvrés; à nouveau, peu importe qu'il faille créer cette source ou qu'elle ai existé antérieurement, qu'on ne l'ait pas prise en considération ou qu'elle ait été tenue comme inaccessible.

      5° Réalisation d'une nouvelle organisation, comme la création d'une situation de monopole (par exemple la trustification) ou l'apparition brusque d'un monopole.»

(Théorie de l'évolution économique, édition Dalloz, traduit de l'allemand par Jean-Jacques Anstett, page 95).

 

      Les entrepreneurs apparaissent par grappes. Un entrepreneur défriche le terrain, et d'autre apparaissent dans son sillage. Car l'entrepreneur crée de la prospérité dont d'autres veulent profiter.

 

       Schumpeter distingue l'entrepreneur du "financeur". Ce n'est pas celui qui investit qui est l'entrepreneur, même si les deux peuvent être confondus. D'ailleurs, Schumpeter accorde une importance centrale au crédit comme financement de l'entrepreneur.

 

       L'action des entrepreneurs entraîne l'essor de l'économie. Ils créent une demande d'investissement distribuent des salaires, ce qui crée un essor, et de l'inflation.

 

       Des fortunes se créent car les entrepreneurs font des profits. Dans le cycle stable, il n'y a pas de profit. C'est le fait d'introduire une innovation qui crée le profit. Dans le cycle normal, les chefs d'entreprises n'obtiennent que l'équivalent d'un salaire.

 

       Après l'essor, vient la crise. En effet, les entrepreneurs ont perturbé la stabilité du circuit. Tous les repères sont perdus. Pendant la crise, les anciennes entreprises, de l'ancien équilibre, sont en difficultés. Mais les nouvelles, créées par les entrepreneurs, souffrent également. Comme elles n'ont pas d'historique, elles manquent de soutien.

 

       Durant cette période de crises, beaucoup d'erreurs sont commises de la part des dirigeants d'entreprises. Car ils ont perdu leurs repères. Ils ne peuvent plus anticiper, prévoir. Des décisions aberrantes sont prises, aggravant la crise.

 

       Puis, une nouvelle situation de stabilité apparaît.

 

       Il faut souligner ici la définition très restrictive de l'entrepreneur selon Schumpeter. Ce n'est pas le simple créateur d'entreprise. C'est celui qui apporte une innovation.

 

       La plupart des chefs d'entreprise sont des gestionnaires, de même que les repreneurs. Schumpeter est libéral, et s'inscrit dans la théorie de l'initiative privée. Mais sa théorie concerne la source de l'évolution de l'économie. Et cette source, c'est l'entrepreneur, dans le sens de celui qui apporte une innovation.

 

       L'intérêt de cette théorie est clairement de mettre en valeur le rôle de l'humain dans l'évolution économique, là ou d'autre, comme Keynes, ne mettent en valeurs que des agrégats financiers.

 

      Toutes les crises ne sont pas dues à l'évolution cependant. L'action des gouvernements peut empirer une crise, comme la crise de 1929.

 

      Schumpeter souligne que plus une économie est diversifiée, moins elle est sensible à une crise, car tous les secteurs n'entrent pas en crise en même temps.

 

      Mais rien ne peut empêcher l'évolution, et le meilleur moyen d'en atténuer les effets, est de profiter de l'amélioration des moyens de prévision de la conjoncture, pour être mieux préparé à une crise.

 

Un article complémentaire sur Schumpeter: Schumpeter et le courant autrichien

 

       (Théorie de l'évolution économique, éditions Dalloz,)

NB:Le Cercle des élus, un polar qui se déroule dans ma ville natale. si vous aimez les polars, et la province, n'hésitez pas.

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Les électeurs de Marine Le Pen

21 Mars 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Présidentielles 2012

      Le nouveau webzine Atlantico a publié un tableau décortiquant les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen, en fonction de l'âge et de la catégorie socio-professionnelle des sondés. Ce tableau compare en outre les données de deux périodes, juin-octobre 2010, et février-mars 2011.

 

      Pour la période février-mars 2011, voici les données principales (se reporter à l'article d'Atlantico pour l'évolution depuis 2010, qui ne sera pas commentée ici).

 

Intentions de votes en faveur de Marine Le Pen

Ensemble des Français: 21%

Femmes: 20,5%

Hommes: 21,5%

18-24 ans: 11,5%

25-34 ans: 25%

35-49 ans: 29,5%

50-64: 22%

65 et plus: 12%

Artisans/commerçants: 21%

Professions libérales, cadres sup.: 12%

Professions intermédiaire: 16%

Employés: 34,5%

ouvriers: 37,5%

Retraités: 13,5%

Autres inactifs: 13,5%

 

      On remarque d'abord la proportion importante d'intentions de vote de la population entre 35 et 49 ans. C'est le cœur de la population active.

 

      On constate aussi le fort pourcentage parmi les employés et les ouvriers.

 

      La population qui indique son intention de voter Le Pen est celle qui travaille, ou doit chercher du travail, élève des enfants, celle qui doit se débrouiller chaque jour pour gagner sa vie, et celle de sa famille, celle qui a en charge l'avenir des enfants. Celle qui crée la croissance, la richesse, qui finance l’État et la solidarité. Ce sont les forces vives, comme on dit parfois.

 

      Et, parmi cette population, ce sont ceux qui sont au plus bas de l'échelle social, les ouvriers et les employés, qui expriment le plus d'intentions de vote en faveur du FN.

 

      Le vote FN peut donc s'analyser comme l'expression d'un réel malaise social.

 

 

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Le déficit et la Constitution

20 Mars 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

      Le gouvernement souhaite inscrire la lutte contre le déficit budgétaire dans la Constitution.

     

      Cependant, comme le montre cet article du Figaro, et celui-ci de 20 Minutes, il ne s'agit pas d'interdire le déficit dans la Constitution. Le projet est de créer une loi cadre de programmation des finances publiques d'au moins trois ans. Ensuite, une loi organique définira le contenu de la loi cadre.

 

      Le dispositif est prudent, et c'est bien, pour ce qui n'est, il faut l'avouer, qu'un gadget de communication.

 

      En effet, d'une part, la Constitution française est régulièrement modifiée. Par conséquent, penser qu'une règle constitutionnelle peut empêcher les déficits budgétaires est illusoire.

 

      D'autre part, pourquoi avoir besoin d'une loi constitutionnelle pour s'approcher de l'équilibre budgétaire? Il faudrait plutôt réfléchir à une meilleure utilisation de l'argent public. Une utilisation plus efficace, pour avoir le même service en dépensant moins, pour supprimer les dépenses inutiles.

 

      Une loi, même constitutionnelle, ça se change. Le pays a besoin de quelque chose de plus pratique, pragmatique.

 

      L'exemple qui est cité est l'Allemagne. Mais l'Allemagne a d'abord diminué ses dépenses, avant d'inscrire le quasi équilibre dans sa Constitution (un déficit de 0,35%du PIB en 2016). Elle a notamment réorganisé le fonctionnement des caisses d'assurance maladie.

 

      Pour diminuer le déficit, tout en préservant les services publics et la solidarité, et pour imiter l'Allemagne, il faut avant tout réfléchir à une dépense publique plus efficace.

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Dette souveraine: renforcement de la coopération européenne

19 Mars 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

      La zone euro a renforcé son système de secours aux pays qui ont des difficultés de financement. La capacité du fonds sera augmenté, et il pourra acheter directement de la dette souveraine des pays de la zone, c'est-à-dire des obligations, en plus d'accorder des prêts et des garanties.

 

       Les pays prêteurs ont également allégé le taux d'intérêt des prêts accordés à la Grèce, mais pas le taux accordé à l'Irlande. Cela car les pays prêteurs sont satisfaits des efforts de la Grèce, mais critiquent l'Irlande qui refuse toute harmonisation fiscale.

 

      On peut critiquer le fait que l'on cherche à contraindre les pays endettés. Cependant, c'est la situation habituelle d'un organisme ou d'un État endetté: quand on a besoin des autres, ceux-ci peuvent dicter des conditions.

 

      On peut également souligner le fait que l'Europe coopère, s'organise. Il faut du temps, c'est normal. Les décisions ne plaisent pas à tous, c'est normal aussi. Ou logique.

 

      En tout cas, c'est une réponse à ceux qui critiquaient l'immobilisme de l'Europe. Bien sûr, on peut être d'accord ou non avec ce qui est décidé. Mais c'est un autre débat. On ne peut pas dire que l'Europe ne fait rien parce qu'elle ne fait pas ce que l'on voudrait.


      En l'occurrence, je critiquerai deux points parmi ce qui a été décidé. D'abord, je n'ai pas trouvé mention dans l'actualité de la possibilité de restructuration d'une dette souveraine. C'est-à-dire que les investisseurs assument le risque, par une défaillance partielle d'un pays.


      En ce moment, les investisseurs en obligations d'Etat ont le beurre et l'argent du beurre. Les taux d'intérêt sont élevés, mais tout le monde compte sur le soutien de la zone euro pour aider les pays en difficulté à payer la dette et les intérêts. Il faudrait rappeler aux investisseurs qu'il y a un risque réel, pour qu'ils soient plus prudent à l'avenir, et s'intéressent aux fondamentaux d'un pays avant d'en acheter des obligations, plutôt que de compter sur la zone euro pour garantir leur argent.


      Ensuite, la contrepartie du renforcement du fonds de soutien est un nouveau pacte pour l'euro, qui passe entre autre par la modération salariale.


      Si les hausses autoritaires de salaires sont créatrices d'inflation et mine l'économie d'un pays, il faut quand même laisser évoluer les salaires en fonction des conditions du marché du travail, au risque sinon de décourager l'offre de travail. On parle beaucoup de compétitivité aujourd'hui. Cependant, on ne concurrencera pas les salaires chinois, ne rêvons pas.


      L'exemple à suivre serait celui de l'Allemagne. Mais chaque pays est différent. L'Allemagne a connu une hausse globale des salaires, puis les a bloqués. Aujourd'hui, dans les industries exportatrices, ces salaires restent parmi les plus élevés d'Europe. Mieux, ils augmentent!


      Un pays comme la France, contrairement à l'Allemagne est soutenu par la demande interne. Pour une raison démographique: la population française augmente, la population allemande diminue. Les salaires soutiennent donc la croissance, en particulier l'offre de services.


      Que l'on critique les système d'indexation des salaires et de l'inflation, cela peut se comprendre économiquement, même si c'est explosif socialement.


      Mais poser comme un dogme la modération salariale, que la France a connu avec les 35h, n'est pas une bonne chose. C'est du dirigisme pur et dur.


      De toutes façons, aujourd'hui, du fait de la crise, les salaires stagnent.

 

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Revue du web: les salaires, DSK et Sarkozy, le nucléaire, et l'Institut Coppet.

18 Mars 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Revue du web

 

 

Petite revue d'articles intéressants sur le web.

Cliquer sur les liens pour accéder aux articles.

 

Alain Madelin se prononce pour des bons salaires plutôt que de bas salaires, sur le site de l'Institut Turgot.

 

Un peu de politique, avec un article sur Dominique Stauss Kahn et des détournements de fonds koweitiens, et quelques infos sur les postes occupées par la famille du président de la République.

 

L'actualité du nucléaire, avec une description claire des incidents de la centrale de Fukushima au Japon, des robots français pour les centrales nucléaires, et sur l'avenir du nucléaire civil.  

 

Pour s'instruire, un article de l'Institut Coppet sur les points communs et les différences entre les conservateurs et les libertariens, écrits par un conservateurs américain, et traduit par l'Institut Coppet.

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La révolution fiscale selon Piketty

11 Mars 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

      Thomas Piketty, économiste de gauche, a écrit un livre intitulé Pour une révolution fiscale. Il propose de créer un nouvel impôt, qui remplacerait l'actuel impôt sur le revenu, la CSG, et le prélèvement libératoire. Seraient supprimés concomitamment la prime pour l'emploi et le bouclier fiscal. Ce nouvel impôt serait très progressif, avec six tranches, basées sur la totalité du revenu (l'impôt sur le revenu actuel est basé sur le revenu marginal. Ainsi, quelqu'un qui gagne 30 000 euros par mois, paiera 0% d'impôt pour la tranche de ses revenus entre 0 et 5 963 euros, il paiera 5,5% de 5963 à 11 896 euros, 14% de 11 896 à 26 420 euros, et 30% de 26 420 à 30 000 euros. Il sera donc au taux marginal de 30% mais ne paiera pas 30% d'impôt, puisque son revenu est découpé en tranches, chaque tranche ayant un taux d'imposition différent. Il paiera 2 534 euros d'impôt, soit un taux d'imposition réel de 9,39% de son revenu total.)

 

      Piketty présente sa révolution comme juste socialement. Il calcule que son système permettrait d'imposer plus les riches, et moins les autres.

 

      Sauf que Piketty oublie les cotisations sociale. En 2005, celles-ci représentaient 16,23% du PIB en France. La CSG et l'impôt sur le revenu (qui comprend le prélèvement libératoire), représentaient 7,10% du PIB en 2005. Un peu moins que la TVA, à 7,43% (source: Wikipedia).

 

      Ainsi, Piketty ne s'intéresse qu'à une petite partie des prélèvements obligatoires. Sachant que les cotisations sociales touchent tous les salariés, même ceux qui ne travaillent qu'à temps partiel, pour un salaire partiel.

 

      Les simulations présentées par Piketty sont d'ailleurs clairs: avec son système, c'est de 40 à 50% de prélèvements pour tout le monde. Pas tellement de différences entre les riches et les pauvres.

 

      Piketty sait que l'argent se trouve au sein de la classe moyenne. C'est elle qu'il faut taxer, donc. Bien sûr, il y a des riches qui gagnent beaucoup. Mais, en additionnant les revenus de la classe moyenne, globalement, c'est là qu'il y a le plus d'argent, de loin. Même si les riches, intégrés dans l'économie mondiale, ont tendance à gagner de plus en plus.

 

      La classe moyenne est largement composée de salariés. Par conséquent, le moyen le plus efficace de la taxer est de se servir à la source, au salaire donc.

 

      Il n'y a donc pas de révolution fiscale avec Piketty. Juste l'hypocrisie habituelle en matière de prélèvements obligatoires.

 

      Une véritable révolution fiscale serait une flat tax sur tous les revenus, les salaires (complets, en incluant les cotisations patronales), les plus values, les stock options, les héritages, l'impôt sur les sociétés, tout, avec un taux de 20% par exemple, ou 25% comme je le propose dans mon précédent article. Ajoutons la TVA , avec au besoin une légère augmentation. Puis, un impôt sur le revenu, auquel seraient assujettis tous les revenus supérieurs à un certain seuil, déterminé par les ordinateurs de Bercy. En supprimant toutes les niches fiscales, bien sûr. Là, ce serait la révolution, au bénéfice des bas salaires. En effet, si on reverse aux salariés la totalité de ce qui est payé par l'entreprise, salaire+charges patronales, amputés d'un impôt à 20%, les salariés sont gagnants.

 

      Pourquoi Piketty ne propose-t-il pas cette véritable révolution?

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Flat tax et justice sociale

5 Mars 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

      La flat tax consiste à appliquer le même taux d'imposition à tous les revenus, quels qu'ils soient, sans aucune progressivité. Elle est considérée comme un impôt injuste, favorisant les riches au détriment des faibles revenus. Et, de fait, la moitié des foyers français ne paient pas d'impôts sur le revenu, du fait de la progressivité. Cependant, n'y-a-t-il pas là un effet de trompe l’œil?

 

      Prenons par exemple le SMIC, qui s'élève à 1 365 euros par mois au premier janvier 2011. Il s'agit là du chiffre brut. Le montant net, c'est-à-dire celui touché réellement par le salarié, s'élève à 1 073 euros. Soit un prélèvement obligatoire de 21,39%.

 

      Donc, dans le système français, un smicard se voit prélever, à la source, 21,39% de son revenu.

 

      Bien sûr, techniquement, ce n'est pas un impôt, mais une, ou plutôt plusieurs cotisations sociales. Mais quelle est la différence concrètement pour le salarié ? Il est obligé de la payer, il ne peut y échapper. C'est un prélèvement obligatoire. Et c'est presque le même taux pour tout le monde (il y a un système de plafonnement, pour les hauts revenus).

 

      Le système français n'est donc pas si progressif. Quels que soient ses revenus, même en travaillant à temps partiel et en gagnant des peccadilles, chaque salarié paie environs 20% de prélèvement obligatoire. Cela sans compter ce qui est payé directement par l'employeur. C'est donc un taux de prélèvement touchant les plus modestes les revenus du capital n'étant pas concernés.

 

      Le taux de prélèvement obligatoire en France tourne autour de 44% chaque année. (Le taux de prélèvement globale tourne lui autour de 50%, certains prélèvements n'étant pas considérés comme obligatoire, comme la redevance audiovisuelle par exemple).

 

      Imaginons une flat tax de 25% sur tous les revenus, quels qu'ils soient : plus-values, revenus fonciers, bénéfices industriels et commerciaux, impôt sur les sociétés. Pour les salariés, ce taux s'appliquerait à la somme totale dépensée par l'employeur pour chaque salarié, c'est-à-dire le salaire brut additionné aux cotisations patronales. La totalité de ce montant serait versé au salarié, après donc une retenue à la source de 25%. Le salarié verrait donc sa rémunération augmenter.

 

      Le prélèvement se ferait sur chaque type de revenu. Ce qui signifie, par exemple, que les déficits fonciers ne permettraient pas de réduire les bénéfices industriels et commerciaux. (Une prtaique courante, quand on gagne beaucoup, consiste à investir dans l'immobilier, en faisant des pertes, des déficits fonciers, qui s'imputent sur les bénéfices faits par ailleurs. Ce qui permet de se constituer un patrimoine en partie financé par des réductions d'impôt)

 

      L'impôt sur les société augmenterait légèrement, puisque le taux réel, compte tenu de toutes les possibilités de déduction, serait aux alentours de 22%, contre 33 1/3% pour le taux affiché.

 

      Ce prélèvement se ferait à la source dans tous les cas où cela est possible : versement de salaires, de dividendes, réalisation de plus-values sur vente d'immeubles, etc.

 

      Disons que nous aurons là un prélèvement de 25% du PIB, environ, si vraiment tous les revenus sont touchés. Sachant que ce prélèvement s'appliquerait aussi aux héritages.

 

      Ajoutons au tableau une autre flat tax, qui existe déjà également, la TVA. Selon un tableau trouvé sur Wikipedia, elle représentait 7,4% du PIB en 2005. En augmentant les taux, et en considérant que l'augmentation des salaires touchés par les salariés indiqué ci-dessus provoquerait une hausse de la consommation, on peut facilement arriver à 10% du PIB.

 

      En additionnant TVA et flat tax à 25%, nous arrivons donc à 35% du PIB. Notons que c'est à peu près le taux de prélèvement obligatoire en Allemagne en 2005.

 

      Si on ajoute les prélèvements actuels, taxe professionnelle (remplacée par deux impôts, la CFE et la CVAE), la taxe d'habitation, la taxe foncière, et la TIPP, nous arrivons à 39,5%. Plus très loin des 44%. Enfin, si on ajoute la deuxième flat tax française, la CSG, on arrive à 44%.

 

      Bien sûr, les défenseurs de la flat tax argueraient que le taux retenu ici est trop élevé. Ils dérouleraient l'argumentation popularisé par Laffer, disant que la baisse de l'impôt entraîne un hausse du rendement de celui-ci. Ce n'est pas le débat ici. Il s'agit juste de montrer comment un pas vers une simplification fiscale permettrait d'avoir le même rendement, tout en favorisant les salariés.

 

      Ce type d'imposition est-il injuste? Il est en tout cas plus juste que le système actuel, car il favorise les salariés. Les revenus les plus élevés sont en effet les revenus du capital, qui seraient plus taxés.

 

      La justice consiste-t-elle à appliquer un taux d'imposition plus élevé aux plus riches? Deux camps s'opposent. Certains vont dire que oui, d'autres vont répondre que la justice c'est justement le même taux d'imposition. Qu'il est normal que ceux qui mettent en œuvre des compétences, qui prennent des risques pour gagner plus, puissent garder leurs gains. Evidemment, la discussion est plus compliquée pour les héritiers. Mais on pourrait très bien compenser par un super impôt sur les héritages.

 

      Cependant, il y a la théorie et la réalité. Déjà, ceux qui prônent des taux d'imposition plus élevés pour les hauts revenus sont généralement ceux qui s'inscrivent dans une politique interventionniste. C'est-à-dire que par ailleurs, ils créent des niches fiscales. Par exemple, des niches fiscales écologiques, qui diminuent l'impôt des riches, et augmentent l'imposition de tous, par le biais d'une augmentation de l'électricité par exemple.

 

      Ensuite, les revenus les plus élevés sont aussi ceux qui se délocalisent le plus facilement. C'est pourquoi il y a en France autant de niches fiscales, autant de moyens d'optimisation fiscale, face à un taux d'imposition en apparence élevé. C'est aussi pour cela que le travail est tant imposé, et que la TVA est l'impôt qui rapporte le plus: une assiette large, un taux bas, c'est un principe d'efficacité fiscale. La flat tax, ce n'est rien d'autre que l'application de ce principe.

 

      La flat tax aurait en tout cas l'avantage d'être moins hypocrite que le système actuel, dans lequel les politiciens mettent en avant des taux d'impôt sur le revenu, qui ne représentent pas grand chose finalement. Ainsi, la TVA représente 7,4% du PIB en 2005, les cotisations sociales, additionnés à la CSG, qui est déjà une flat tax, plus de 20% du PIB, tandis que l'impôt sur le revenu ne représente que 2,8% du PIB en 2005.

 

      Ce qui montre que derrière les discours, il y a un impératif d'efficacité, poursuivi par tous les politiciens: les alternances gauche-droite n'ont en effet rien changé à la donne. L'économie, la fiscalité, ce ne sont pas seulement des courbes. Ce sont des comportements humains. Il faut en tenir compte.

 

      Une politique fiscale efficace pourrait donc reposer sur une flat tax et la TVA, et une baisse des dépenses publiques (au niveau de l'Allemagne, en pourcentage du PIB par exemple, pour imiter un pays européen qui a comme nous une tradition sociale).

 

      Je ne sais si c'est juste. Ce serait plus juste que le système actuel, sachant que les salariés y gagneraient, et que les niches fiscales seraient supprimées, que les moyens d'optimisation fiscale diminueraient... Enfin, je crois. Comme le dit mon fiscaliste favori: ce qu'un cerveau élabore, un autre peut le défaire.

 

      (Pour être édifié sur l'optimisation fiscale, faites un tour sur cet article, et, surtout, sur certains commentaires qui le complètent.)

 

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Compétitivité France -Allemagne

1 Mars 2011 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #L'Allemagne et la France

Un article du quotidien Les Echos qui indique que les chiffres du coût du travail en France, qui servaient à la comparaison avec l'Allemagne, étaient surestimés. Dans le secteur manufacturier, les coûts seraient donc équivalents, les coûts allemands restants supérieurs.

Dans cet article, une économiste de la banque HSBC, Mathilde Lemoine, relativise la compétitivité coût, expliquant qu'elle n'est qu'un "tout petit aspect de la compétitivité totale".   En revanche, " la compétitivité hors prix est un élément extrémement important sur lequel la France est très faible, notamment à cause d'un manque d'innovation des entreprises."

A nouveau un élément qui indique que le problème de la France vient aussi,  et en grande partie, de ses entreprises, et pas autant des salariés que le dit le patronat. 

(Voi aussi:  Les patrons français sont-ils moins compétents que les patrons allemands?    )

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