Analyse Libérale

Faut-il que la BCE devienne comme la Fed?

29 Décembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

      Un article des Echos rapporte que des économistes de la BCE ont étudié les déclarations des responsables gouvernementaux sur la Banque Centrale Européenne, et qu'il en ressort que les gouvernements souhaiteraient une BCE à l'image de la Fed, la banque centrale américaine, c'est-à-dire qu'elle ait pour mandat de soutenir la croissance.

 

      Cependant, heureusement que la BCE n'a pas un tel mandat: c'est ce qui a provoqué la crise financière!

 

      C'est en effet pour soutenir la croissance que la Fed a soutenu l'envolée du crédit, d'abord immobilier, puis du crédit à la consommation. Alors qu'elle pouvait tuer dans l'oeuf cette mauvaise tendance.

 

      Elle se conformait à la politique du gouvernement américain, qui souhaitait également soutenir la consommation, et qui a assoupli les conditions de rachat des crédits hypothécaires aux banques par les agences Fanny Mae et Freddi Mac.

 

      Mais les gouvernements préfèrent souvent les politiques de court terme, et la BCE est un bouc émissaire bien commode.

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De l'influence des crises pour faire avancer les choses.

18 Décembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

      Chacun voudrait que le monde avance sereinement et progressivement, mais, en vérité, il n'avance que par à-coups et à l'occasion de crises.

 

      Ainsi, c'est la crise des années trente qui a largement façonné le monde actuel, et c'est la crise qui aujourd'hui fait avancer l'Europe.

 

       Le monde actuel en matière économique est en effet issu de la crise des années trente. Cette crise avait provoqué une compétition monétaire, chaque pays dévaluant sa monnaie. Après la seconde guerre mondiale, la coopération monétaire a été institutionnalisée, sous l'égide des accords de Bretton Woods et du FMI, créé à l'occasion.

 

       Ce sont aussi les accords du GATT qui sont lancés. Pour la première fois, le monde tente d'organiser le commerce mondial. Le GATT aboutira à la création de l'OMC. Ces accords du GATT tiraient la leçon des politiques protectionnistes prises lors de la crise des années trente, et qui avaient aggravé cette crise. L'objectif du GATT étant de créer des règles pour le commerce mondial, et éviter le protectionnisme unilatéral.

 

      Aujourd'hui, c'est la construction européenne qui s'accélère, acculée par la crise de la dette souveraine de certains Etats de la zone euro.

 

      Il est reproché aux pays de la zone euro de ne pas mener des politiques économiques suffisamment harmonisées. Il y a bien des critères de Masstricht à respecter, mais chacun s'en accommode, l'Allemagne et la France allant jusqu'à provoquer un assouplissement du pacte de stabilité, en 2003, pour ne pas être sanctionnés pour déficit excessif.

 

       Il faut reconnaître qu'il est compliquer de sanctionner par une amende un pays qui est déjà en déficit excessif, c'est-à-dire en difficulté. D'autre part, chaque Etat est logiquement jaloux de sa souveraineté, et n'acceptera pas de se faire imposer une politique.

 

      C'est pourquoi ce qui se déroule aujourd'hui est historique. En effet, les Etats ont imposé des politiques à des pays de la zone, en échange de leur aide. En particulier, l'Irlande ne voulait pas d'aide. Mais la BCE ne voulait plus assurer les fins de mois des banques irlandaises, qui étaient devenues les principales bénéficiaires des injections de liquidités de la banque centrale.

 

      Bien sûr, les Etats de la zone euro n'ont pas pu obtenir le rehaussement de l'impôt sur les sociétés en Irlande. Mais ils ont essayé.

 

      Aujourd'hui, les européens discutent d'un mécanisme pérenne d'aide aux pays en difficultés. Ce qui signifie un renforcement du pouvoir européen, puisque l'aide ne se fera pas sans contrepartie. Cela sera une incitation plus puissante que les critères de Maastricht à une bonne gestion budgétaire, si un pays sait qu'il peut, en cas de défaillance, passer sous les fourches caudines de ses pairs.

 

      L'avancée peut sembler légère, mais l'euro n'a que douze ans, et n'est en circulation que depuis neuf ans. Les constructions de ce genre sont très longues.

 

       On remarquera que les Etats ont repris leur place centrale dans la construction et la gouvernance de l'Europe. Ce qui est normal, vis-à-vis de la Commission, qui n'est là que pour exécuter. Par contre, on aurait pu espérer plus d'initiative de la part du Parlement. Mais, celui-ci préfèrerait augmenter le budget de l'Union, plutôt que de s'intéresser aux problèmes de dette des pays de la zone euro. Même s'il n'est pas directement concerné par la gestion de l'euro, il s'agit quand même des pays les plus importants de l'Union.

 

      Après les grands projets vecteurs de communication comme la Constitution ou le traité de Lisbonne, l'Europe retrouve le mode de fonctionnement qui lui a permis d'avancer jusqu'à présent: les Etats se réunissent pour traiter un problème concret, et un seul à la fois.

 

      On ne peut pas préjuger de ce qui en sortira, mais que le processus soit engagé est déjà une bonne chose.

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De la loi des débouchés à la politique de l'offre

16 Décembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

       L'échec des mesures keynésiennes face à la crise des années 1970 a entraîné une nouvelle politique économique, appelée "politique de l'offre". Cette expression désigne le fait qu'il faut favoriser le secteur productif, les entreprises, plutôt que d'essayer de soutenir artificiellement la demande.

 

       Ce sont les mesures de désindexation des salaires sur l'inflation, de libéralisation de certains marchés, de baisses des impôts sur les entreprises, de mécanismes fiscaux favorables aux entreprises, etc. Cette politique de l'offre consiste à favoriser le secteur productif, pour qu'il crée de la valeur et des emplois.

 

       L'expression "politique de l'offre" provient de la Loi des débouchés, de l'économiste français libéral Jean-Baptiste Say.

 

       Cependant, l'expression "politique de l'offre" provient du keynésianisme, et dénature la loi des débouchés de Say. Elle s'inscrit dans le cadre de la synthèse, qui mélange les théories keynésiennes et néoclassiques. Elle sert aussi à justifier des politiques qui n'ont rien de libéral.

 

       John Meynard Keynes a élaboré une théorie qui veut démontrer que, pour résumer, le marché a besoin d'être aidé pour parvenir au plein emploi. Sans aide, le marché peut se trouver en équilibre de sous-emploi. C'est-à-dire que la situation est stable, mais tous ceux qui veulent travailler n'ont pas d'emploi. Ce qui est contraire à la théorie dominante de l'époque, la théorie néoclassique, qui veut que l'économie s'équilibre toujours au niveau de plein emploi.

 

      Soutenir le marché signifie, pour Keynes, soutenir la demande. Il s'oppose ainsi à Jean-Baptiste Say, dont il considère la loi des débouchés comme un fondement des théories de marché. Keynes résume la loi des débouchés en écrivant que, selon celle-ci, l'offre crée la demande. C'est donc de cette formulation, simpliste, que provient l'expression "politique de l'offre".

 

      Pourtant, la formulation de Say est différente. Il écrit que les produits s'échangent contre des produits. Say ne dit pas qu'il suffit de produire pour créer de la demande, la distribution de salaires assurant l'offre. Ce que décrit Say, c'est que pour obtenir un produit, il faut offrir un autre produit. Evidemment, on peut offrir quelque chose qui ne trouve pas preneur. Le fait de produire ne crée pas une demande. Cela permet d'obtenir, autre chose. Il faut avoir quelque chose à échanger pour obtenir autre chose.

 

      C'est une remarquable explication du mécanisme du marché. Qui n'a rien à voir avec la formule "l'offre crée sa propre demande".

 

      Cette formule est devenue d'actualité quand les recettes keynésiennes ont échoué. Ce qui ne signifie pas que le keynésianisme soit tombé en désuétude. On l'a d'ailleurs vu lors de la crise actuelle, pendant laquelle les keynésiens sont revenus à la charge avec les politiques de relance, suivie, comme dans les années 1970, de politiques de rigueur.

 

       L'idée qui a été développée est qu'il existe des crises qui doivent être traitées par une politique keynésienne, et d'autres par une politique de l'offre. Nous sommes dans la droite ligne de la synthèse, qui est pour une large partie néo-kéneysienne. La précision est utile car l'économie de la synthèse a été développée après la mort de Keynes. La synthèse s'accommode à la fois des théories néoclassiques, et des théories keynésiennes.

 

      L'idée que l'économie puisse être dirigée par manipulation de la demande n'est donc pas abandonnée. Et la politique de l'offre est intégrée à ce qui était le courant dominant à l'époque, et qui l'est peut-être toujours aujourd'hui, quand on voit la promptitude avec laquelle les politiques de soutien à la demande ont été mises en avant avec la crise actuelle.

 

      Notons néanmoins que la politique de l'offre ne s'oppose pas seulement au keynésianisme, mais aussi à l'étatisme. Les politiques qui se réclament de l'offre veulent les dénationalisations, le démantèlement des monopoles. Or, le keynésianisme n'est pas à ce point étatiste. Les politiques de l'offre reviennent ainsi sur l'étatisme qui a été appliqué, par exemple, à un pays comme le Royaume Uni. Celui-ci est présenté comme un parangon de libéralisme. Pourtant, il a atteint un niveau de socialisme qui ne l'a jamais été en France.

 

      La politique de l'offre est souvent largement détournée de la loin des débouchées. Elle signifie en effet pour beaucoup qu'il faut favoriser les entreprises, mener une politique "pro-business". Est-ce là la logique de la loi des débouchés?

 

      Cette loi décrit le mécanisme du marché. Elle indique qu'il est inutile de relancer artificiellement l'économie. Qu'il ne faut pas d'entrave à la libre entreprise. Mais pas qu'il faut une politique d'incitation fiscale, de subventions aux entreprises, de financement des entreprises par des prélèvements sur la population.

 

      Malheureusement, le libéralisme est souvent récupéré par le "big business", qui réclame du libéralisme quand cela l'arrange, et se réfugie dans les jupes de l'Etat à la moindre crise. Ce qui contribue à brouiller le message libéral.

 

      La loi des débouchés est une description simple et pertinente de l'économie de marché. Elle a été un peu tourné en dérision par Keynes, et beaucoup ne retienne que la formule simpliste de l'offre qui crée la demande, et il y en a même qui y croit! La formule de Keynes est aussi utilisée pour justifier des demandes en faveur des entreprises qui n'ont rien de libéral.

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Le microcrédit dans la tourmente

12 Décembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

      Le microcrédit est sur la sellette, dans les pays même où il a été inventé, le Bangladesh et l'Inde. Il est accusé d'inciter au surendettement, et même au suicide, en incitant des pauvres à y recourir.

 

      L'Inde et le Bangladesh veulent donc durcir la réglementation sur cette forme de crédit. La figure de proue de ce type de crédit, Mohammad Yunus, prix Nobel de la paix, déplore lui même certaines pratiques: "Je suis inquiet. Certaines personnes ont pris une mauvaise direction et ont franchi la ligne jaune, en prêtant n'importe comment, avec souvent des objectifs assez éloignés de leur mission. Dans certains cas, le micro-crédit est devenu une sorte de crédit à la consommation servant à financer les achats courants des ménages" (Le Figaro, dépêche AFP).

 

      Le micro-crédit s'est-il fourvoyé dans une mauvaise direction? Nous verrons d'abord ce que veut être le micro-crédit est ce qu'il est devenu. Puis, nous verrons l'avis intéressant de Raghuram Rajan, ancien économiste du FMI sur le sujet, qui donne une approche nouvelle et pragmatique de la situation dans le quotidien Les Echos. Enfin, nous essaierons de faire une synthèse de la situation.

 

Ce que veut être le micro-crédit et ce qu'il est devenu.

      Le micro-crédit est un crédit à l'investissement à destination des plus démunis. Ceux-ci peuvent créer leur emploi grâce au micro-crédit. Ils créent leur micro entreprise grâce au micro-crédit. C'est l'exemple de ces femmes qui revendent des minutent de communication acquises grâce au micro-crédit.

 

      Est-ce que le micro-crédit peut permettre le développement? La question reste en suspens. Cela n'a pas été vérifié. Le micro-crédit ne permet que de micro-activités.

 

      Cependant, il a une fonction, puisqu'il permet l'accès au crédit de certaines populations qui n'en bénéficiaient pas. Parce que les organisme de crédit ont des coûts de structure trop important. Parce qu'ils connaissent mal cette population peu solvable.

 

      Sachant que le micro-crédit reste cher. En effet, Mohammad Yunus prône par exemple un taux de 20% pour couvrir tous les frais.

 

      Ce qui est reproché au micro-crédit, c'est d'être devenu un crédit à la consommation pour la classe moyenne, et non plus un crédit pour créer une activité. C'est d'avoir octroyé des crédit sans discernement, certains se retrouvant surendettés.

 

      C'est aussi le développement de société véritablement commerciale dans ce secteur. Mohammad Yunus, à la question de savoir si les institutions de microfinance ont vocation à faire des bénéfices, comme la société SKS introduite en Bourse en Inde, il a indiqué: "cela a été une erreur fondamentale et un mauvais signal. Le micro-crédit ne doit pas être présenté comme une opportunité pour gagner de l'argent. Il doit d'abord servir à créer de l'activité, à permettre aux plus démunis d'avoir un métier". (Le Figaro).

 

Les observations de Raghuram Rajan

      Raghuram Rajan a une autre explication quant aux critiques dont fait l'objet le miicrocrédit. D'abord, selon lui, la réussite exerce la suspicion, surtout si elle se bâtit sur l'argent des plus démunis. Et c'est cette réussite que l'on veut faire payer au microcrédit.

 

      Raghuram Rajan ne surestime pas les bénéfices du micro-crédit. Mais il le trouve utile, pour créer une activité, mais aussi pour un prêt d'urgence par exemple. Il décrit un environnement où il est très difficile pour beaucoup d'obtenir un prêt quand un enfant tombe malade, en dehors des usuriers. Ou encore, pour financer un mariage.

 

      D'autre part, selon Raghuram Rajan, le micro-crédit court-circuite les politiciens. Il écrit, à propos des restrictions imposées aujourd'hui au micro-crédit:

 

      «Le monde du microcrédit estime que ces restrictions ont été imposées à son activité non parce qu'elle constituerait une exploitation des pauvres, mais parce qu'elle leur permet d'échapper au patronage des politiciens. Or ces derniers ont assuré leur propre succès en ordonnant aux banques publiques de faire des prêts dans les circonscriptions électorales qu'ils voulaient privilégier. Menaçant ainsi le pouvoir en place, le microcrédit s'est trouvé face à un ennemi de taille qui a attendu le moment opportun pour frapper.»



Synthèse

      Raghuram Rajan apporte un éclairage particulier sur le micro-crédit. Cette activité semble s'être développée en partie à cause des défauts du système bancaire de l'Inde et du Bangladesh. Il occupe un secteur délaissé par les banques. Ce qui expliquerait son développement.

 

      Cette fonction est plus large donc que celle d'origine consistant à lancer de petites activités. Mais elle est similaire dans le sens où elle comble un manque.

 

      En conclusion, le micro-crédit semble s'être développé là où l'accès au crédit, en dehors des usuriers, est restreint pour une partie de la population. Pour des motifs en partie politique.

 

      Le meilleur moyen d'éviter les dérives serait donc le développement du système bancaire classique, ce qui permettrait de faire baisser les taux d'intérêt. Et, peut-être également, pour certains cas, développer le système social.

 

 

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Education: PISA 2009

10 Décembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Education

L'étude PISA 2009 de l'OCDE est sortie. Vous en trouverez une synthèse sur le site de l'OCDE, ici.

 

La situation n'a pas vraiment changé pour la France. Attention cependant aux conclusions hâtive. L'éducation est un domaine complexe. Vous trouverez un essai de synthèse sur la question dans cet article, qui est toujours d'actualité:  L'éducation, ébauche d'un constat et de pistes.  

 

D'autres articles peuvent compléter l'étude de la question:  Nombre d'élèves par classe, nombre d'élèves par enseignants... ,   Autorité sur les enfants à l'école et à la maisonLa notation à l'école, un avis critique.   , Ecole, délinquance, logique comptable

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Les marchés plus forts que les Etats?

7 Décembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

      Il est courant de dire aujourd'hui que les marchés sont plus forts que les Etats. Le magazine l'Expansion a d'ailleurs titré sur le sujet il y a quelques mois.

 

      Ces propos sont excessifs. En effet, ce ne sont pas les marchés qui commandent aux Etats, c'est la dette. Les Etats ont besoin d'argent. Ils doivent donc se plier aux desiderata de leurs prêteurs.

 

      A d'autres époques, l'Etat empruntait auprès de banquiers. Aujourd'hui, ce sont les marchés financiers. Mais la rengaine est la même: il faut rembourser, et trouver de nouveaux fonds.

 

      Mais il est plus facile de vilipender autrui que de reconnaître ses excès. On accuse donc les marchés, entités vouées aux Gémonies.

 

      Mais la réalité demeure, et le terme de la récréation finit par être sifflé, car il faut bien rembourser. L'Etat peut ne pas rembourser, mais, dans ce cas, il ne trouve pas de nouveaux prêteurs.

 

       Ce n'est pas le marché qui est plus fort que les Etats, mais la dette.

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La zone euro va-t-elle éclater?

6 Décembre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

     Depuis sa création, l'euro est l'objet de critiques. Il est logique que celles-ci redoublent en période de crise, quand certains pays sont en difficultés. La crise peut-elle faire éclater la zone euro? La question est légitime, et nous l'examinerons donc ici.

 

     Premièrement, notons qu'aucun pays de la zone euro n'a émis le souhait d'en sortir. Ce qui est déjà significatif. La zone euro, c'est l'accès au plus grand marché mondial, sans risque de change. C'est aussi bénéficier de taux d'intérêt bas pour les entreprises, profitant de la confiance en l'euro.

 

     La force de l'euro c'est aussi d'être une monnaie unique. Auparavant, on essayait de maintenir des parités fixes, ce qui est impossible en tempe de crise. Avec l'euro, le problème n'existe plus.

 

     Ensuite, la zone euro, et l'Union Européenne, s'organise face à la crise. Elle s'est organisée pour la Grèce. La zone euro, ainsi que le Royaume Uni et la Suède se sont organisés pour l'Irlande. Ce dernier pays n'avait pas demandé d'aide. Mais la Banque Centrale Européenne en avait assez d'assurer la liquidité des banques irlandaises, dans des proportions beaucoup plus importantes que la taille du pays. Ce qui montre que l'Europe est capable d'imposer sa volonté à un pays, alors qu'on lui reproche le contraire.

 

     Les plans de financement de la Grèce et de l'Irlande sont-ils bons? Ils ont le mérite d'exister. Ensuite, chacun peut donner son avis. Mais il n'y a pas de vérité en ce domaine. L'Europe se construit. Elle débat. Elle s'adapte.

 

     La crise oblige l'Europe à redevenir pragmatique. Après la Constitution européenne, le traité de Lisbonne, qui était des fourre-tout, on revient à la marche normale de l'Europe. C'est-à-dire qu'on s'interroge sur une situation précise: que faire quand un Etat a des difficultés financières. Faire un règlement pour une situation précise, de manière pragmatique, telle a été la voie de l'Europe, depuis la CECA et la politique agricole commune.

 

     Ainsi, la France et l'Allemagne se sont-ils mis d'accord sur le principe d'une participation des investisseurs privés, à l'avenir, à la restructuration de la dette des états en difficultés. Ce qui signifie que les investisseurs devront supporter des pertes en cas de restructuration de la dette d'un état à l'avenir. Les modalités n'en sont pas encore fixées.

 

     On voit ici aussi le retour des Etats dans la construction européenne. Ce sont la France et l'Allemagne, les deux plus grands Etats de la zone euro, qui ont convenu des principes des futurs plans de restructuration de dettes d'un Etat de la zone. Dans un autre domaine, on peut noter le rapprochement entre la France et le Royaume Uni en matière de défense. Toujours le pragmatisme.

 

     Ce retour des Etats ne plaît pas à la Commission Européenne. Elle s'est offusqué de l'accord entre la France et l'Allemagne qui voulait que les éventuelles sanctions contre un Etat ne soient pas automatique, mais décidées par le Conseil des Etats Européens.

 

     Chacun peut avoir son idée de l'Europe. Mais, en pratique, il faut s'adapter aux réalités. On peut vouloir une Europe sans Etats, mais les Européens le oudraient-ils vraiment? Les Etats sont pour l'instant les centres de décision.

 

     A ce titre, on peut se demander à quoi sert Van Rompuy, le président du Conseil Européen. L'Europe est bien mieux représentée par l'Etatqui en assure la présidence tournante. Tout un pays se sent impliqué. Et les pays discutent entre eux. Pas besoin de Van Rompuy.

 

     La critique qui est faite à la zone euro est l'insuffisance de politique économique commune. On propose également d'émettre des obligations européennes, pour financer les Etats. Cependant, le problème est le pouvoir de décision, la souveraineté.

 

     Aujour'hui, il est significatif qu'un petit pays comme l'Irlande soit en crise. Ce pays était fier de sa réussite, par rapport aux grands pays. Il attire notamment les multinationales par des taux d'imposition bas, et fait profiter ces dernières du marché européen. Face à la crise, il a choisi de faire payer les gens plutôt que les multinationales, voulant à tout prix préserver ce modèle. L'Europe n'a pas réussi à lui faire changer d'avis.

 

     Là est le nœud Gordien. Une politique commune, mais comment? Sans compter que, si l'Europe entière avait mené la politique du Royaume Uni, de l'Espagne et de l'Irlande, elle serait en grande difficultés aujourd'hui.

 

     L'euro a été inventé pour favoriser cette intégration. Cependant, on peut très bien avoir la même monnaie et des politiques économiques très différentes. La monnaie n'a pas, en théorie, à être rattachée à un pays. Les pays dont l'économie est "dollarisée" en sont bien la preuve.

 

     Dans ce système c'est la responsabilisation qui s'impose. Les pays ne pouvant pas dévaluer pour diminuer leur dette, ils doivent restructurer cette dette. C'est pourquoi la voie défendue par l'Allemagne, et soutenue par la France, d'inclure dans les conditions d'émission des obligations des clauses valables en cas de restructuration de la dette sont pertinentes. Il est logique que l'investisseur assume le risque. Et que le pays assume sa politique.

 

     De même, il est pertinent que ce soient les Etats qui décident des aides et des sanctions à apporter à leurs homologues, au lieu que celles-ci soient automatiques. L'automaticité des sanctions est un leurre. La France et l'Allemagne ont refusé d'âtre sanctionnées à l'époque, et ont eu gain de cause. On retrouve d'ailleurs la notion de puissance des Etats.

 

     L'euro est très jeune, et vit sa première crise. C'est dans les crises que se fait l'évolution. Pour l'instant, l'Europe choisit la voie de l'évolution, elle cogite, et personne ne veut sortir de l'euro.

 

     Les évolutions de l'Histoire sont longues et tortueuses. L'euro n'est qu'un gamin de douze ans, c'est-à-dire même pas douze mois à l'échelle de l'Histoire. Pour l'instant, les européens veulent le garder, et il reste très puissant. Sa parité avec le dollar est très au-dessus de ses plus bas niveau. Il a beaucoup de marge.

 

     La zone euro ne semble pas vouloir éclater. Les défis sont nombreux, la tâche difficile. Mais elle s'y attelle. Saluons le retour au pragmatisme, car là est le véritable problème de l'Europe. De grands discours, de grands traités, mais rien de réellement utile. La crise force au retour au pragmatisme. Pourvu que ça dure. Car là est la clef: s'adapter. L'Europe prend forme progressivement, au grè de l'Histoire. C'est une chose originale, ni pays, ni fédération. L'euro peut éclater. Pour l'instant, au jour d'aujourd'hui, au vu des informations disponibles, il n'en prend pas le chemin. Tout simplement car personne n'y a intérêt, sauf les spéculateurs.

 

 

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