Analyse Libérale

Le G20 peut-il réguler le marché des changes?

31 Octobre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

      Les ministres des finances et les gouverneurs de banques centrales des pays du G20 se sont accordés pour « se diriger vers un système de taux de change plus déterminés par le marché et qui reflète les fondamentaux économiques sous-jacents » tout en « s'abstenant » d'opérer « des dévaluations compétitives », comme le rapporte le quotidien Les Echos. Ils chercheront à éviter une trop fortes volatilités des taux de changes.

 

      Cette annonce est destinée à montrer que les pays coopèreront pour réguler et stabiliser les taux de changes. C'est un refrain qui a souvent été entendu depuis des années, sans effet.

 

      Les gouvernements veulent éviter les dévaluations compétitives. Celles-ci sont provoqués par l'intervention de pays qui veulent éviter que leur monnaie n'augmente trop, afin de soutenir leurs exportations.

 

      Cependant, les déséquilibres et la volatilité des taux de changes aujourd'hui sont dus à deux éléments, qu'il sera difficile de faire évoluer.

 

      D'abord, la politique de la Réserve Fédérale, la banque centrale américaine. Celle-ci a injecté beaucoup de liquidité dans l'économie américaine. C'est-à-dire qu'elle a racheté des bons du Trésor américain, ainsi que des crédits aux banques. Cette action fait baisser les taux d'intérêt, sur les marchés financiers.

 

      En effet, aux USA, les entreprises se financent beaucoup en passant par les marchés financiers. Tandis qu'en Europe, les entreprises se financent plus par prêts bancaires. C'est pourquoi la Réserve Fédérale cherche à faire baisser les taux d'intérêt sur les marchés financiers. Elle ne peut pas le faire simplement en abaissant son taux directeur, qui est d'ailleurs déjà très bas.

 

      Par ailleurs, quand la Réserve Fédérale rachète des titres, elle injecte de l'argent dans l'économie. En effet, pour acheter ces titres, elle crée de la monnaie. Elle fait marcher la planche à billets. Elle fournit donc des liquidités aux institutions financières, qui, espère-t-elle, serviront à financer l'économie.

 

      La Fed a lancé une grosse opération d'injection de liquidités, appelée aussi quantitative easing (QE en abrégé). Elle a maintenant l'intention d'en lancer de plus petites si nécessaire.

 

      La politique de la Fed fait donc baisser le rendement des bons du Trésor américain, et des titres financiers américain. Il y a beaucoup de dollars disponibles. Ce qui, mécaniquement, fait baisser la valeur du dollar.

 

      En effet, les investisseurs vont chercher des rendements plus élevés dans les pays émergents, qui ont fait la preuve de leur robustesse économique. Donc, la monnaie de ces pays augmente par rapport au dollar.

 

      Par ailleurs, les projets de la Fed de réinjecter des liquidités dans l'économie sont anticipés par les investisseurs, ce qui accroît les flux de capitaux vers d'autres pays.

 

      Cependant, le dollar a toujours son rôle de valeur refuge. Ce qui signifie qu'à la moindre inquiétude sur la conjoncture mondiale, à la moindre statistique, pas forcément mauvaise, mais moins bonne que prévue, pour l'économie mondiale, où simplement les pays émergents, et les capitaux reflueront vers le dollars, qui augmentera. La politique de la Fed augmente donc l'instabilité et la volatilité des marchés des changes.

 

      Le deuxième éléments qui perturbe le marché des changes est le contrôle exercé par la Chine sur sa monnaie. La Chine ne laisse pas sa monnaie fluctuer librement. Ce qu'elle peut se permettre de faire, car elle possède d'immenses réserves en dollars notamment, et parce que sa monnaie n'est pas tout à fait convertible. On ne peut pas changer librement des Yuans contre une autre monnaie, et inversement. Il faut passer par les autorités chinoises.

 

       La Chine était engagée dans un mouvement de revalorisation de sa monnaie, quand la crise est arrivée. Elle a alors bloqué la valeur du Yuan, maintenant une parité fixe avec le dollar. Elle a permis cependant une légère augmentation récemment.

 

      La rigidité du Yuan empêche les valeurs des monnaies de s'ajuster correctement.

 

       La Chine n'est pas contre l'idée de réévaluer le Yuan. Son but est même d'en faire à terme une monnaie convertible comme les autres.

 

        Mais la politique de la Fed, en faisant baisser le dollar, gêne la Chine. Un dollar sous-évalué serait mauvais pour ses exportations. Le Yuan risquerait de voir sa valeur trop augmenter. La Chine ne veut pas être le dindon de la farce.

 

       Quant à la normalisation du Yuan, elle prendra forcément du temps. La Chine est un paquebot de plus d'un milliard d'habitants, dont l'économie évolue à la vitesse d'un hors bord. Le pilotage est délicat.

 

      Des voix au G20 ont critiqué les politiques menées par la Chine et les USA, sans citer les pays en question. Mais on voit mal comment influer sur ces politiques, qui obéissent à des considérations internes.

 

 

Lire la suite

La réforme du FMI

28 Octobre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

     Les ministres des finances et les banquiers centraux des pays du G20, réunis en Corée du Sud, ont trouvé un accord sur une réforme du Fonds Monétaire International, le G20.

 

     A l'issue de cette réforme, les dix plus grands actionnaires du FMI seront les USA, le Japon, l'Allemagne, la France, la Grande Bretagne, le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine. Par ailleurs, l'Europe, qui détenait neuf sièges au conseil d'administration du FMI, en abandonne deux aux pays émergents. Les USA conservent leur droit de veto sur les décisions importantes.

 

     Cette réforme est présentée comme équilibrant les pouvoirs en faisant de la place à toutes les économies en fonction de leur poids.

 

     Le FMI a été créé suite aux accords de Bretton Woods, après la seconde guerre mondiale, et la crise des années trente. Son rôle était d'assurer la stabilité monétaire, dans le cadre de la convertibilité des monnaies. La valeur de toutes les monnaies était à l'époque liée à celle du dollar, par une parité quasi fixe, qui ne pouvait que très peu varier. La valeur du dollar était elle liée à l'or. Il y avait donc un lien quasi fixe entre toutes les monnaies et l'or. Le FMI aidait les les pays à maintenir la parité de leur monnaie avec le dollar, et donc l'or indirectement. Il intervenait également pour donner son accord à certaines dévaluations.

 

     Aujourd'hui, la parité fixe des monnaies n'existe plus. Nous sommes dans un système de changes mobiles. Les valeurs des monnaies les unes par rapport aux autres sont déterminés par les marchés, par l'offre et la demande. Le FMI a donc perdu sa fonction principale.

 

     Le FMI s'est affirmé depuis dans une autre fonction: celle de pompier des Etats en difficultés financières. Il leur prête de l'argent, et les Etats s'engagent à mener des restructurations.

 

     Ce rôle fait que le FMI est détesté. Il est considéré comme responsable des restructurations, difficiles, qui frappent les pays qui bénéficient de son aide.

 

     Ces reproches sont injustes. En effet, le FMI n'est pas responsable des difficultés de ces pays. Il intervient pour assurer leur stabilité financière, en préconisant des restructurations pragmatiques, qui ont prouvé leur efficacité. Les considérations du FMI, dans ces situations, dont purement financières, et ne concernent que la stabilité financières des pays. Ce qui en fait une institution inhumaine. Mais reprocher ce rôle au FMI c'est critiquer le pompier qui fait la part du feu. Encore une fois, le FMI intervient dans l'urgence, pour rétablir une situation financière dont il n'est pas responsable.

 

     Le FMI essaie aussi d'avoir une influence par ses études et ses recommandations. Comme tout organisme, il veut prouver son utilité, et publie différentes études et recommandations.

 

     Pour aider les pays en difficultés, le FMI a besoin de fonds. Ceux-ci sont fournis par ses actionnaires. Qui ont été particulièrement sollicités ces temps ci.

 

     Que change la réforme du FMI? Les pays émergents voient leur puissance reconnue en ayant deux sièges au FMI. Cependant, ils ne pèseront pas très lourds. Ce qui est logique. Un pays comme le Brésil est encore loin derrière la France en termes économiques.

 

     La doctrine du FMI va-t-elle changer? Les méthodes du FMI, quand il octroie des aides à un pays, sont en effet très critiquées (il y a une différence entre le discours du président du FMI, plutôt keynésien, et l'action du FMI. Cf   A quoi sert le FMI aujourd'hui? ).

 

     Il est vrai que les pays ayant recours au FMI sont rarement les pays riches. Cependant, un pays comme le Brésil est adepte d'une discipline budgétaire très stricte. Les pays émergents sont souvent gérés de façons très orthodoxes. La probabilité que les méthodes du FMI changent est donc peu probable.

 

     Le FMI est une institution financière, contrôlée par des actionnaires qui engagent leur argent. Le fait d'engager de l'argent rend les pays plus exigeant. C'est un fait qui ne changera pas.

 

     Enfin, le changement dans l'actionnariat du FMI reste faible. Les USA sont toujours dominateurs.

 

     La réforme ne changera donc pas grand chose.

Lire la suite

La réponse de la direction de Molex

18 Octobre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Le quotidien Les Echos publie une interview d'Anna Rodriguez, vice-présidente de Molex, qui répond à ceux qui déclrent que Molex ne tient pas ses engagements, et traitent ses dirigeants de patrons voyous.

Cette interview est très intéressante, ne serait-ce que pour avoir la version des faits de Molex. Ensuite, que chacun se fasse son opinion.

Lire la suite

La politique monétaire de la Fed: quantitative easing 2

17 Octobre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

    La Réserve Fédérale, la banque centrale américaine, semble décidée à injecter encore plus de liquidités dans l'économie des USA. Une politique appelée QE 2, pour quantitative easing 2. La rumeur lui prête même l'intention de laisser filer un peu l'inflation. En effet, le dernier comité de politique monétaire considère que "l'inflation est au dessous des niveaux cohérents avec un mandat pour un emploi maximum et la stabilité des prix" (Les Echos, 14 octobre 2010).

 

    Ce qui ne signifie pas que la Fed veut provoquer une augmentation de l'inflation. Mais sans doute plus simplement, que si la politique d'injection de liquidités provoque une augmentation de l'inflation, c'est sans importance, compte tenu du niveau très bas de cette dernière.

 

    La politique de quantitative easing consiste pour la Fed à racheter des obligations du Trésor américain notamment. Mais aussi des crédits hypothécaires. Pour ces rachats, elle crée de la monnaie, qui est donc injectée dans l'économie.

 

    L'objectif, pour la Fed, est de maintenir les taux d'intérêt réels bas. En effet, les entreprises américaines se financent beaucoup par les marchés financiers, tandis qu'en Europe le financement passe plus par des prêts bancaires.

 

    En rachetant des obligations du Trésor, ou des prêts hypothécaire, la Fed fournit aussi des liquidités aux banques, des dollars qui peuvent être réemployés dans le financement de l'économie.

 

    Cependant, jusqu'où peut aller cette politique? Déjà, le quantitative easing perturbe complètement le marché des changes. En effet, la Fed maintient les rendements des obligations du Trésor et des investissements financiers à un taux très bas. Donc, les investisseurs se reporte vers des rendements supérieurs, vers les pays émergents. Cet afflux de capitaux fait augmenter la valeur des monnaies de ces pays, qui prennent des mesures pour ralentir ce mouvement.

 

    Et la Chine, étant donné la politique des USA, ne va pas s'empresser de réévaluer le Yuan, même si elle paraît favorable à une augmentation contrôlé de sa valeur.

 

    Surtout, à quoi va servir ce QE 2? L'ambition de la Fed, c'est de relancer l'économie.

 

    D'abord, on ne peut qu'être perplexe quant à cette façon de relancer l'économie, quand on se souvient que la crise financière provient d'un excès de crédit, c'est-à-dire de liquidité (cf La crise avec des mots simples). Même si les premières mesures d'injection, quand tout le système financier était bloqué, était nécessaire.

 

    De plus, la crise économique provient de la politique en faveur du crédit menée pendant plusieurs années par les USA. En encourageant notamment le secteur de l'immobilier, le gouvernement américain y a suscité des emplois. Emplois qui ont aujourd'hui disparu.

 

    L'économie doit donc se reconfigurer. Reprendre une marche normale. On repart en arrière, pour prendre en quelque sorte un nouveau départ.

 

    Tout cela ne se fera pas instantanément. Il faut créer de nouveaux emplois, il faut former les gens. L'économie est un système lourd à bouger. C'est aussi un système humain. Ce ne sont pas simplement de grands indicateurs chiffrés.

 

    Mais la politique veut des solutions rapides. La Fed essaie de contenter les politiciens.

 

    En fait, plutôt que de grands plans de relance, d'injection de liquidités, il faudrait plutôt améliorer l'indemnisation des chômeurs, aux USA, car il y aura forcément un temps de latence avant une reprise, et améliorer les dispositifs de reconversion.

 

     La politique de la Fed provoque déjà des perturbations, et cela continuera. Et, dans le même temps, les USA critiquent la politique monétaire de la Chine, mais ils sont les premiers à perturber le marché des changes.

 

 

Lire la suite

Une gare européenne à Arras

16 Octobre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

       Le maire d'Arras, Jean-Marie Vanlerenberghe, milite pour l'installation de la future deuxième gare ferroviaire européenne du Nord-Pas-de-Calais à Arras. Cette gare accueillerait, en plus des TGV qui s'arrêtent déjà à Arras, les Thalys et les Eurostar.

 

       Le projet arrageois présente de nombreux avantages. D'abord, son coût. 10 millions d'euros, pour un investissement de ce genre, c'est peu. C'est possible car le terrain envisagé appartient déjà au Réseau Ferré de France. Il y a déjà des rails, qui devront être rénovés, sans doute, mais à moindre frais. Il s'agit de l'emplacement d'une ancienne gare.

 

      Le lieu, également, est idéal. A côté du centre ville, proche d'un secteur amené à se développer, celui de la Citadelle, abandonné par l'armée. Au cœur d'une ville donc, avec tout ce qu'il faut autour pour les voyageurs. Les emplacements concurrents, selon La Voix du Nord du 16 octobre 2010 sont entre Seclin et Lesquin, ou à hauteur de Noyelles Godault, pas du tout dans un centre ville.

 

       Quoi de mieux comme cadre de vie, de travail? Et quoi de mieux pour développer l'activité? On ne part pas de rien. Il y a des infrastructures, des bâtiments, des écoles, une universités, et même des terrains.

 

      D'autre part, à partir d'Arras, c'est tout le département qui est irrigué, par le train et la route. Arras est le chef lieu de l'Artois, et du Pas-de-Calais. Depuis très longtemps, c'est un centre de communication, de commerce. Ville de marché du Moyen âge, et aujourd'hui encore, Nemetacum des romains, la ville a une vocation de centre. A Arras, c'est tout le département du Pas-de-Calais, qui profiterait de la gare européenne.

 

      C'est aussi une logique d'aménagement du territoire, pour équilibrer le développement de la région Nord-Pas-de-Calais, face à Lille, la capitale régionale. Afin qu'il n'y ait pas de désert économique dans la région.

 

      Par ailleurs, cette gare conforterait la dynamique propre de la communauté urbaine d'Arras. Arras a déjà utilisé sa position géographique pour créer la zone d'activité Artoipole. Elle développe également le tourisme, et les expositions et congrès, avec Artois Expo. L'arrageois est par ailleurs un centre agro-alimentaire, ainsi que de services aux entreprises, et du transport et de la logistique.

 

      Il est en effet important de partir de l'existant pour développer une région. Dans la région, on a souvent simplement cherché à faire venir des industries. Alors qu'il faut favoriser l'éclosion et le développement de nouvelles activités. A ce titre, l'université d'Artois, dont Arras héberge notamment les facultés de littérature et d'économie, est un atout important.

 

       En conclusion: un investissement raisonnable, pour beaucoup de retombées, dans une grande partie du département.

 

.

Lire la suite

Augmenter l'âge des retraites va-t-il augmenter le chômage?

15 Octobre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #L'Allemagne et la France

 

    Les étudiants, et lycéens, sèchent les cours et manifestent contre le report de l'âge légal de la retraite. Les étudiants affirment que le report de l'âge de la retraite va augmenter le chômage des jeunes, dont la situation n'est déjà pas très enviable.

 

    Les départs à la retraite favorisent-ils l'emploi? C'est une idée assez bien ancrée en France, de considérer qu'une personne partant à la retraite donne un emploi à un jeune. Comment vérifier cette hypothèse?

 

    L'Allemagne permet de procéder à cette vérification. En effet, depuis 2006, la population active allemande stagne, contrairement à la France où elle augmente. Et le chômage baisse en Allemagne, ce qui accrédite l'idée que la baisse ou, en l'occurrence, la stagnation de la population active, influe sur le chômage en général.

 

     Depuis 2006, en effet, la population active allemande stagne, comme le montre le graphique 1.

 

populaion active en Allemagne

 

     L'évolution de la population active semble bien corrélée avec la baisse du chômage, comme le montre par ailleurs le graphique 2.

 

Taux de chômage et population active en Allemagne 

 

     La stagnation de la population active n'explique pas toute la baisse du chômage en Allemagne. Ce pays a aussi créé des emplois dans les services (graphique 3).

 

  Contribution des services à l'emploi en Allemagne

 

     Mais, si on compare la situation de la France et de l'Allemagne, cette dernière a créé moins d'emploi en proportion que la France, mais son taux de chômage a baissé. En effet, Patrick Artus, dans les Echos du 16 septembre, indique que, de 1998 à 2010, l'emploi total a augmenté d'11% en France, contre 7% en Allemagne. Par ailleurs, la baisse du temps de travail est comparable des deux côtés du Rhin, même si elle ne s'est pas effectuée de la même manière, l'Allemagne privilégiant le temps partiel (graphique 4).



 Réduction du temps de travail France Allemagne2 t

 

     Cependant, cette stagnation de la population active n'a pas empêché l'Allemagne de réformer son système de retraite. Elle le réforme depuis 1992 en fait. L'objectif étant de limiter les cotisations. L'âge de la retraite a ainsi été remonté à 65 ans, et doit progressivement monter à 67 ans. Ceux qui partent avant devant supporter une forte décote.

 

     Même si la population active stagne, l'Allemagne doit financer de plus en plus de retraites, puisque le nombre de retraités augmente par rapport à la population active. C'est pourquoi elle a cherché à limiter la croissance des dépenses de pensions de retraite, en ralentissant l'augmentation des retraités, par le report de l'âge de départ, et en régulant les pensions, de manière à garder à peu près stable le rapport entre cotisants et pensionnés, et en fixant une limite à l'augmentation des cotisation. (Ces réformes ayant au préalable provoqué une augmentation de la population active.)

 

      D'autre part, les créations d'emplois ne s'expliquent pas forcément par des départs à la retraite. La population active stagnant, mais ne diminuant pas, la baisse du chômage s'explique par des créations d'emplois, dans les services, comme le montre le graphique 3.

 

     D'autre part, l'Allemagne a su conserver des emplois industriels, dont le volume a globalement stagné, comme le montre toujours le graphique 3. Mais comment a-t-elle conservé ces emplois? En limitant drastiquement les hausses de salaires pendant un certain temps, comme le montre le graphique 5.

 

Evolution des salaires en Allemagne

 

     Ajoutons par ailleurs que la qualité des emplois s'est dégradée. Un cinquième des salariés allemands sont payés moins de 10 euros de l'heure, selon l'Institut pour le travail et la qualification, de l'université de Duisburg, cité par le site Slate. 1,15 millions sont mêmes rémunérés moins de 5 euros de l'heure. Rappelons que l'Allemagne a développé les emplois d'intérêt public à un euro de l'heure. Entre 1998 et 2008, le nombre de salariés payés moins de 10 euros de l'heure a augmenté de 2,26 millions.

 

     En conclusion, la stagnation de la population active est certainement une raison de la baisse du chômage en Allemagne. Mais elle a été précédée d'une réforme des retraites. La baisse du chômage a aussi pour cause l'augmentation de l'emploi, un emploi de faible qualité: mal payé, et à temps partiel. Enfin, si le secteur industriel a pu maintenir l'emploi, c'est en raison de la modération salariale, et de la spécialisation de l'Allemagne dans les équipements dont on besoin les pays émergents pour leur industrialisation.

 

     La stagnation de la population active ne permet donc pas d'échapper à une réforme des retraites, ainsi qu'à une action en faveur de la compétitivité. L'Allemagne profitant de la vigueur des pays émergents, mais ayant payé pour cela.

 

     Une action réduisant la population active ne suffit donc pas à réduire le chômage. De quelque manière qu'on envisage le problème, la croissance de l'emploi est essentielle. L'économie est en perpétuelle mutation. Des emplois qui disparaissent ne sont pas remplacés, mais substitués par d'autres.

 

     Et il reste le problème du financement des retraites, quand le nombre de retraités augmente, alors que la population active stagne ou diminue.

 

Par ailleurs, la France a connu une période de pleine emploi alors même que sa population active augmentait, à une autre époque. Ce qui prouve qu'une augmentation de la population active n'est pas forcément un frein au plein emploi. 

 

 

 

Sources: Natixis, soixante ans de réduction de temps de travail dans le monde, INSEE , Rapport d'information sur les retraites en Allemagne du Sénat, Friedrich Ebert Stiftung

 

Sur le même sujet:   La réforme des retraites est-elle injuste?   ,   La réforme des retraites   ,   Le projet de réforme des retraites du gouvernement.Retraites: salariés du privé contre Fonction Publique   

Lire la suite

Présidentielle 2010 au Brésil

3 Octobre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

      Le président brésilien Luis Inacio Lula Da Silva s'apprête à laisser sa place, au faîte de sa popularité. En effet, il ne peut pas se représenter une troisième fois d'affilée. La présidence de Lula est unanimement saluée comme un succès.

 

      Lula vient du parti des travailleurs, parti de gauche donc. Mais la principale particularité de ses deux mandatures, est une politique budgétaire et monétaires des plus orthodoxes. La lutte contre l'inflation, et un excédent budgétaire primaire ont été les maître mot de sa politique.

 

      Lula a ainsi mis un point d'honneur à rembourser le FMI, dès son arrivée au pouvoir.

 

      La lutte contre l'inflation s'inscrit dans la continuité de son prédécesseur, Henrique Cardoso, montrant la maturité politique du Brésil.

 

      Quel contraste avec les USA. Ceux-ci ont mené une politique monétaire expansionniste, pour provoquer la croissance. Ce qui a provoqué une crise.

 

      Tandis que le Brésil menait, et mène toujours, une politique monétaire orthodoxe, avec même des taux d'intérêt peut-être un peu trop élevé, ce qui lui a offert une remarquable stabilité économique. Faisant oublier les années d'hyperinflation.

 

      La stabilité monétaire a permis la mise en place d'une politque sociale d'allocation. En effet, dans un contexte d'hyper-infaltion, donner des allocations a peu d'effet. L'inflation fait baisser le pouvoir d'achat de ses allocations très rapidement, et se ces allocations sont indexées sur l'augmentation des prix, elles nourrissent l'inflation.

 

      Le Brésil est un exemple de la pertinence des politiques orthodoxes. Et la crise financière un exemple des problèmes engendrées par les politiques expansionnistes de stimulation.

 

      La méthode libérale est basée sur un concept simple: le tâtonnement. On tâtonne, et la solution la plus adaptée s'impose. Le Brésil a montré l'efficacité économique, mais aussi sociale, d'une politique monétaire orthodoxe.

 

       La Brésil rappelle aussi que le social dépend de l'économie.

 

      Le Brésil a encore beaucoup de progrès à faire. Les infrastructures sont largement insuffisante, la paperasserie est réputée très lourdes. Ce n'est pas facile de faire bouger un pays si vaste, et si peuplé. Mais il semble être sur le bon chemin. Même s'il ne faut pas oublier que tout est fragile en économie.

Lire la suite

Rigueur au Royaume Uni: retour sur le blairisme

3 Octobre 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

      La Grande Bretagne s'apprête à subir un plan de rigueur que les commentateurs qualifient d'encore plus rude que la politique des années Thatcher. Est-ce donc le résultat de 13 ans de pouvoir travailliste: retour à l'époque de l'arrivée de Margaret Thatcher?

 

      La situation de l'économie est bien sûr très différente. Néanmoins, quand Tony Blair est arrivé au pouvoir, en 1997, tout le monde vantait le New Labour. Celui-ci était présenté comme la troisième voie, entre capitalisme et socialisme. Une appellation avait été trouvée: le social-libéralisme.

 

      A l'époque, il s'agissait de se montrer plus "social" que Margaret Thatcher, puis John Major, mais sans perdre les acquis en matière économique de l'époque des conservateurs. Sur ce point, Tony Blair, au contraire, se présentait presque en héritier.

 

      Durant la première partie de son mandat, Tony Blair a voulu montrer que les travaillistes étaient devenus de bon gestionnaires. Il s'est attaché donc à gérer de manière rigoureuse les finances de l'Etat. Les dépenses publiques, en pourcentage du PIB, jusqu'à la période 1999-2000. Le budget de l'Etat a même dégagé des excédents budgétaires.

 

  Deficit britannique

 

      Cependant, ce mouvement s'est inversé par la suite. La dépense publique, en pourcentage du PIB, pour dépasser, en 2004-2005, le niveau de l'époque de l'arrivée des travaillistes au pouvoir.

 

      Cette envolée des dépenses s'explique en partie par l'augmentation de l'emploi public. En effet, alors que tout le monde vantait le dynamisme de l'économie britannique, celle-ci était en fait nourrie à la dépense publique, et à l'emploi public. Tout en restant, paradoxalement, en France, pour le grand public, le symbole de l'ultra-libéralisme. Ainsi, au cours de la période 200-2004, plus de 55% de l'emploi créé l'a été dans la sphère publique.

 

      L'autre ressort de l'économie anglaise pendant la période travailliste a été le fameux effet richesse. Avec la hausse de l'immobilier, les propriétaires voyaient augmenter la valeur de leur patrimoine, pouvait s'endetter pour consommer. Effet qui s'est inversé avec la crise financière.

 

      Le plan de rigueur que subit le Royaume Uni est un retour à la réalité, en quelque sorte. Il n'y a pas de miracle en économie, et, le blairisme, si encensé, n'était pas une nouvelle politique économique. Il s'appuyait sur la dépense publique, et le crédit. En fait, les travaillistes ont utilisé les deux moyens les plus habituels en politique pour stimuler l'économie.

 

      (Pour plus d'infos: Les performances du marché du travail au Royaume Uni , et The public finances 1997-2000 )

Lire la suite