Analyse Libérale

La SEC contre Goldman Sachs dans la crise des subprime

21 Avril 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

      Goldman Sachs, la grande banque d'affaire de New York, est, à son habitude, au cœur de l'actualité. Elle est accusée par la SEC de "misleading statements": de déclarations ou indications, fallacieuses, et pour omission. (Voir la plainte déposée par la SEC, en cliquant ici). La banque américaine est accusée d'avoir caché des informations, ce qui a induit en erreur des investisseurs, sur un de ses produits, un CDO, en 2007. Que s'est-il passé en clair?
 

      Les CDO sont des produits sophistiqués. Ce sont des obligations, adossées à différents types de produits immobiliers. C'est comme si on rassemblait des crédits immobiliers, on les mettait tous dans un fonds de placement, et qu'on les vendait sur le marché financier. Mais en plus sophistiqué. (Voir mes articles sur le sujet, Les titres toxiques et leur rôle dans la crise financière.  , Les essentiels sur la crise   ,ou, mon petit livre, La crise avec des mots simples )

 

      Goldman Sachs a conçu des CDO. En particulier, un synthetic CDO (collaterized debt obligation) nommé Abacus 2007-AC1. Un synthetic CDO est un produit très sophistiqué. Son évolution dépend de celle d'autres titres financiers, des RMBS (Residential mortgage backed securities): des titres qui étaient des crédits immobiliers titrisés. C'est-à-dire que des crédits avaient été transformés en titres financiers et vendus. 

     

      Le synthetic CDO ne contient aucun de ces titres. Il évolue en fonction de ces titres.

      Officiellement, pour choisir ces RMBS, Goldman Sachs a fait appel à ACA Management LLC, une société spécialisée l'analyse risque de ce genre de titres. Cependant, une autre société est intervenue dans le processus de choix des titres: le fonds Paulson & Co. Inc. Cela, Goldman Sachs ne l'a pas indiqué sur les informations officielles du CDO.
 

     Ce fonds, Paulson & Co. Inc., a par ailleurs pris position contre le CDO Abbacus qu'il a contribué à créer. C'est à dire qu'il a fait le pari que le prix de ce CDO s'effondrerait. Ou plutôt, il a fait un pari contre certains RMBS dont dépendait l'évolution du fonds Abacus. Pour ce faire, Paulson a utilisé des CDS (Credit Default Swap), conçu spécialement pour rapporter si le fonds Abbacus se cassait la figure, pour employer un langage certes familiers mais clair.

 

      Les CDS sont conçus pour être comme une assurance contre le risque de défaut. L'acheteur d'un CDS reçoit des intérêts, mais perd sa mise si le risque se réalise. Ou un investisseur dans une banque, qui veut se protéger au cas où la banque prend trop de risques. Normalement, on pourrait penser que seuls ceux qui craignent un risque de défaut sur un crédit s'assurent à l'aide des CDS. Par exemple, un investisseur qui a acheté des titres adossés à des crédits, et qui veut garder sa mise même si les titres s'effondrent.

      Mais on peut aussi faire des paris. C'est à dire ne pas courir de risque, mais s'assurer quand même, pour raffler la mise en cas de défaut.

       C'est ce qu'a fait Paulson. Avec l'aide de Goldman Sachs d'ailleurs, si j'ai bien compris.

      Paulson a donc aidé à sélectionner des titres pour fabriquer un CDO, et a parié contre ces titres. Ce que Goldman Sachs savait. Donc, la banque Goldman Sachs est accusée d'avoir diffusé une mauvaise information sur les CDO et d'avoir caché des faits importants.

     

      La banque Goldman Sachs est-elle coupable? Ce n'est pas si simple. Les CDO sont des produits très complexes. Par exemple, ils peuvent être eux mêmes assurés contre le risque de défaut des titres sous jacents. Un CDO est ainsi constitué de plusieurs couches. Chaque couche évolue en fonction de RMBS différents. Certaines de ces couches sont assurées, ou en partie assurées, contre le risque de défaut des RMBS qu'elles représentent. Il est possible que ce soit contre ces RMBS là que Paulson a parié.

      Ensuite, un CDO est évalué en fonction de son évolution globale probable, pas en fonction d'une de ses couches. On peut volontairement y inclure un produit très risqué, mais à fort rendement.

     

      Enfin, rien n'interdit à Goldman Sachs d'être des deux côtés de la barrière. La banque est à la fois concepteur de produits financiers, et conseillère des investisseurs. Elle fabrique le produit qu'on lui demande de fabriquer.

      N'oublions pas non plus que ces CDO s'adressaient à des investisseurs a priori avertis. Ce qui constitue d'ailleurs un des arguments de défense de Goldman Sachs.

 

      La SEC, le gendarme de la bourse aux USA, n'attaque pas la banque qu'au civil, pas au pénal. Il n'y aura pas de peines de prison.

     

      Ce qui est selon moi le plus extraordinaire, c'est que des investisseurs professionnels achètent des produits aussi complexe sans réfléchir. Des produits notés AA A, c'est à dire sans risque, alors qu'ils offrent un rendement élevés, et contiennent des actifs risqués. C'est un peu croire au père Noël.

 

 

 

 

 

 

 
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L'emploi dans les entreprises en France

14 Avril 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

      Une étude de l'INSEE montre que les grands groupes emploient une proportion toujours plus importante de salariés. Elles employaient 17% des salariés en 1985, et 21% en 2006. La proportion de salariés dans les entreprises de 1 à 9 employés passe de 22 à 21%. Celle des salariés des entreprises de tailles intermédiaires, de 250 à 5000 employés, reste stable, à 20%.

 

      On peut d'abord noter que les variations sont faibles. Ensuite, la part importante des employés d'une entreprise comprenant 1 à 9 salariés tient sans doute à la législation française. Des charges sociales apparaissent dès qu'est embauché un 10ème salarié.

 

      L'augmentation de la proportions des salariés employés dans es grandes entreprises tient à un double mouvement. Une baisse des effectifs dans l'industrie manufacturière. Une concentration dans l'industrie des services, qui voit les grosses entreprises occuper le terrain. 
 

      A noter, l'augmentation de la proportion de salariés dans le commerce de détail. Cela est dû au développement de la grande distribution. Mais le petit commerce est stable depuis 1988.

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La crise grecque: une étape de la construction européenne?

12 Avril 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La crise Gecque

 

      La crise grecque est présentée comme un échec de l'Europe. Pourtant, ne pouvons nous pas y voir une étape de la construction européenne?

 

      Condamnons préalablement les excès de langage. Beaucoup de critiques ont été formulées à l'encontre de la Grèce, particulièrement de la part des financiers anglais et des allemands. Les premiers ont inventé le terme de pigs, pour définir le Portugal, l'Irlande, la Grèce, l'Espagne (Spain en anglais), sachant que ce mot signifie cochon en anglais. Les seconds ne se privent pas de critiquer la Grèce.

 

      Pourtant, les anglais sont mal placés pour donner des leçons d'équilibre budgétaire, ainsi que dans le domaine bancaire. Quant aux allemands, ils ont refusé des sanctions de l'Union Européenne quand leurs déficit était épinglé par la Commission.

 

      Il y a encore beaucoup de noms d'oiseaux qui circulent. Néanmoins, l'Europe discute, et c'est déjà un progrès. Définissons maintenant l'enjeu de ces discussions.

 

      L'avènement de l'euro a été accompagné d'un système de sanctions pour les pays ne respectant pas les critères de Maastricht, en matière de déficit budgétaire et de dette. Ces sanctions se sont révélées inopérantes. La France et l'Allemagne ont ainsi refusé de s'y soumettre. D'autre part, il parait un peu illogique de soumettre à des pénalités un pays qui a déjà des difficultés budgétaires.

 

      La crise grecque pose le cas d'un pays qui risque le défaut de paiement sur sa dette. Risque théorique pour le moment, soulignons le: la Grèce n'a pas fait défaut. Rappelons aussi que l'euro a protégé et protège encore la Grèce. Sans l'euro, la Grèce aurait dévalué sa monnaie, ce qui n'est jamais indolore. Cela aurait entraîné des taux d'intérêt très élevés pour les grecs. Et un plan de rigueur drastique.

 

      Maintenant, la question se pose de savoir s'il faut, ou faudra, aider la Grèce, et surtout, à quelles conditions. Là est le cœur du débat: les conditions que l'on peut imposer au pays qui a besoin d'aide. Il est évident que les prêteurs sont en position de force. Sachant qu'on peut très bien laisser la Grèce en défaut de paiement, il n'y aura pas de conséquences importantes sur l'euro.

 

      Ce qui se construit, c'est donc le mécanisme de respect des critères de bonne gestion. Celui prévu par le traité de Maastricht est un échec. La réalité impose une réflexion pratique, pragmatique. Après tout, c'est le mode qui s'est montré le plus efficace pour la construction de l'Europe. 
 

      L'idée d'un fonds monétaire européen n'est pas mauvaise. Pour garder un aspect technique, et le moins politique possible, même si la politique n'est jamais absente en ces domaines, il pourrait être placé sous la responsabilité de la BCE.

 

      Mais, répétons le, le point crucial sont les conditions qui pourraient être imposées ou non à un pays. Ainsi, la création d'un fonds monétaire européen pourrait en fait inciter les pays à une bonne gestion, pour ne pas y avoir recours, et perdre, temporairement, une partie de leur souveraineté. Comme le FMI impose des conditions, après négociations, aux pays qu'il aide.

 

      Je ne présume pas de ce qui sortira de cette crise. Je souligne que le débat et la réflexion sont sains, et utiles.

 

      J'avoue avoir été contre la constitution européenne, et être contre le traité de Lisbonne. Ils ne correspondent pas à l'esprit européen. Les pays d'Europe ont des points communs, mais de grosses différences aussi. L'on veut parfois en faire une nation, on veut une constitution. Mais on ne peut pas rassembler les Européens sur tous les sujets.

 

      C'est pourquoi je préfère la méthode d'origine: le pragmatisme, des projets concrets, et mettre d'accord tous les européens. L'Europe n'est pas une nation. C'est une union, comme le continent a pu en connaître à d'autres époques, comme le Saint Empire par exemple. C'est une construction, qui aboutira peut-être à une fédération, peut-être à autre chose.

 

      Sachons mettre en valeur et capitaliser les succès: les européens se parlent. Les européens sont liés par l'euro, qui est un succès. La construction n'est pas finie. Mais  n'oublions pas qu'à une autre époque, une crise de cette envergure aurait entraîné une guerre.

 

      Bien sûr, l'Europe qui se dessine n'est pas du goût de certains. Ils voudraient un grand plan de relance keynésienne. Mais que ce plan ne se fasse pas ne signifie pas un échec de l'Europe.

 

      Enfin, n'oublions pas le but premier de l'Europe: la paix, et la coopération. J'ai tendance à voir le verre à moitié plein, car c'est un progrès, et une aventure extraordinaire. Je ne suis pas fédéraliste. Mon credo est le pragmatisme: l'Europe des européens.

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Les méthodes de vente des banques

11 Avril 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

      Le magazine L'Expansion d'avril 2010 a publié un intéressant article sur les méthodes de vente des banques. Par exemple, donner dix jours à quatre salariés pour placer 650 000 euros de produits boursiers. Une grosse pression. Je vous invite à lire l'article pour voir où cela mène (cliquer ici).

 

      Au delà du problème de gestion des ressources humaines, cet article vient rappeler que les banques n'ont pas forcément le rôle qui est attendu d'elles. Elles aiment à faire croire qu'elles ont un rôle de conseiller. Mais elles sont distributrices de produits, comme un supermarché. Elles sont même conceptrices des produits vendus. Leur but n'est pas de conseiller le client. Mais de vendre les produits en rayons.

 

      Cela s'ajoute au problème de la Muraille de Chine. Les banques sont en effet souvent conseillère à la fois des entreprises qui veulent émettre des titres, des obligations par exemple, et des investisseurs qui les achètent.

 

      Dans un monde idéal, il ne devrait plus y avoir de banques en contact direct avec les gens. Il devrait y avoir des conseillers indépendants, qui conseilleraient les produits dont les gens auraient vraiment besoin.

 

      Les banques auraient beau jeu de déclarer que cela alourdirait le coût pour le consommateur, puisqu'il faudrait payer en plus les conseillers.

 

      Soulignons aussi que la plupart des grandes banques françaises sont des sociétés mutuelles, ou coopératives. Ce ne sont donc pas les actionnaires qui seraient à l'origine de la dérive. La Poste avait elle-même été épinglée au sujet d'un placement il y a quelques années.

 

      Le monde est bien compliqué. Il n'est pas possible de faire confiance à un conseiller. Pour tout achat, il faut se renseigner, multiplier les démarches. Encore, les personnes aisées peuvent se payer des conseillers, ou ne pas regarder au prix. Mais les autres?


 

      On ne peut qu'espérer un contrôle accru sur les banques, et une meilleure protection des consommateurs.

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Les très hauts salaires en 2007

3 Avril 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

      Le numéro d'avril 2010 d'INSEE Première (version imprimable ici) traite des très hauts salaires du secteur privé en 2007. Sont désignés ainsi les 1% de salariés à temps complet les mieux rémunérés. (N'hésitez pas à cliquer sur les liens pour voir les chiffres complets. Ce sont des articles simples, courts, et pas rebutants du tout de l'INSEE, et vous verrez ainsi d'où viennent les informations des journalistes sur le sujet.)

 

      Faisons tout de suite la distinction entre très hauts salaires et très hauts revenus. L'INSEE ne traite ici que des salariés. Les plus hauts revenus sont les revenus financiers, donc pas les salaires. Cette étude de l'INSEE ne couvre donc pas tous les hauts revenus,et n'intègre pas les plus élevés.

 

      L'INSEE donne une série de chiffres. Ainsi, les très hauts salaires sont les salaires bruts supérieurs à 124 573 euros. 133 000 personnes sont concernées, pour un salaire moyen de 215 600 euros brut.

 

      Ces très hauts salaires concernent des quadragénaires et des quinquagénaires, à quelques exceptions près. Ces exceptions étant essentiellement des sportifs de haut niveau.

 

      Ce qui frappe, c'est bien sûr l'écart avec le revenu moyen, qui est élevé. Le revenu moyen étant de 32 000 euros brut, le salaire moyen net de tous prélèvement s'élevant à 23 964 euros, et la moitié des salariés à temps complet du secteur privé et semi public gagnent moins de 19 128 euros nets par an (cf INSEE Première mai 2009).

 

      Mais, surtout, c'est l'évolution de ces très hauts salaires qui est frappante. Ceux-ci ont en effet augmenté de 5,2% en moyenne par an depuis 2002, contre 2,3% en moyenne par an pour l'ensemble des salariés.

 

      L'INSEE Première indique que ces très hauts salaires sont bien représentés dans la finance, les holdings, le conseil en entreprise, le commerce de gros. La déconnexion avec les salariés "normaux" pourrait s'expliquer par le fait que ces très hauts salaires sont de niveau international. Les grosses entreprises sont de niveau mondial, le conseil à ces grosses entreprises également. Cependant, l'étude de l'INSEE ne permet pas de vérifier cette hypothèse.

 

      Il n'en reste pas moins qu'elle confirme une évolution inégale des revenus, déjà constatée par ailleurs. Que ce soit pour les salariés ou les non salariés, le revenu des 1% les plus riches augmente plus, beaucoup plus quand même, que la moyenne. (Voir aussi, sur ce sujet: Inégalités, évolution des revenus )

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