Analyse Libérale

Retraites: comment en est-on arrivé là?

27 Février 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

     Les retraites sont un sujet d'actualité en France depuis plusieurs années. Le système n'apparaît plus en mesure, dans sa configuration actuelle, d'assurer les retraites futures de ceux qui sont actuellement actifs. De plus, les retraités commencent aujourd'hui à se plaindre du niveau de leurs pensions.


     La situation de la France est commune aux pays développés. La cause en est essentiellement démographique. De nos jours, les gens vivent plus longtemps, et font moins d'enfants. Par conséquent, la proportion de retraités augmente par rapport aux actifs. Or, le système de retraite de base fonctionne sur le principe de la répartition: ce sont les actifs qui paient les retraites. Donc, si le nombre de retraités augmente plus rapidement que le nombre d'actifs, il y a moins d'argent par retraité. A moins que l'on augmente les cotisations des actifs. Ou diminue les pensions des retraités. Ou diminue le nombre de retraités, en reculant l'âge de la retraite. Ce faisant, on maintient la proportion de retraités par rapport aux actifs.


     Cependant, La politique économiques menée par les différents gouvernements qui se sont succédés en France a également contribué aux difficultés du régime de retraites.


     D'abord, le principal axe de lutte contre le chômage en France a été la réduction de la population active et la réduction du temps de travail. Deux aspects d'une même politique. Et d'un même diagnostic, surtout: la cause du chômage, c'était l'augmentation de la population active. Augmentation de la population en âge de travailler, et aussi augmentation de la proportion de femmes actives.


     Cette politique a pris la forme de l'envoi en préretraite d'un nombre important de personnes de plus de cinquante ans. A tel point que la France a un taux d'emploi des plus de cinquante ans parmi les plus faibles des pays développés. Et on admet qu'un plus de cinquante ans ne soit plus véritablement astreint à une recherche d'emploi.


     Dans la même veine, il y a la retraite à soixante ans. L'idée étant qu'en mettant les gens en retraite ou en préretraite, on libère des places pour ceux qui entrent sur le marché du travail.


     Cette politique n'a pas envisagé le fait que la diminution de la population active allait entraîner un problème pour le financement des retraites, surtout si en parallèle on augmente le nombre de retraités et de préretraités. Les politiciens ont une vision à très court terme. Sans compter que cette politique n'a pas entraîné d'amélioration sur le plan du chômage.


     La réduction du temps de travail, elle, ne réduit pas le nombre d'actifs, mais le nombre d'heures travaillées par actif. L'idée étant d'employer plus de personnes pour le même volume total d'heures travaillées.


     Cependant, moins d'heures travaillées, cela signifie moins de salaires, et donc moins d'argent pour les retraites. D'autant que cette politique n'a pas enrayé le chômage, loin de là.


     L'autre axe de la politique de lutte contre le chômage a été la multiplication des petits boulots: les TUC, les emplois jeunes, les CAE, etc. Des boulots mal rémunérés, et en plus subventionnés. Donc des boulots qui ne peuvent pas financer les retraites, mais qui en plus coûtent de l'argent qui aurait pu financer les retraites. La grande mode, aujourd'hui, ce sont les emplois de services. Des emplois à temps très partiel, en moyenne 7h par semaine si je ne me trompe. Dans ces eaux là en tout cas. Cela fait baisser les chiffres du chômage, mais ne financera pas les retraites. Ni l'assurance maladie d'ailleurs.


     On peut toujours dire qu'il suffit d'augmenter les impôts pour payer les retraites. Sauf que le pays est en déficit depuis des années, et le déficit atteint 8% en 2009. Par conséquent, des hausses de prélèvements, il risque d'y en avoir, mais pour combler les déficits, pas pour les retraites.


     Ces déficits viennent à nouveau de la vision à court terme des politiciens. Il faut garantir la prochaine élection. Et aussi des théories keynésiennes, selon lesquelles la dépese publique entraîne la croissance et l'emploi. On avait donc une excuse pour dépenser, et aujourd'hui, il manque de l'argent pour des choses essentielles.


     L'exposé des causes des problèmes du système de retraites montre que la solution n'est pas seulement un recul de l'âge de la retraite. Ce recul est logique, dans la mesure où l'on vit plus longtemps. Même s'il devrait selon moi être modulé en fonction de l'espérance de vie, car certaines professions, dans le BTP par exemple, sont plus pénibles.


     Mais pour que les gens travaillent plus longtemps, encore faut-il qu'il y ait des emplois, et qu'ils ne se fassent pas jeter à cinquante ans.


     Et pour financer les retraites, et assurer un niveau décent de pension, encore faut-il des emplois bien rémunérés, qui rapportent en cotisations.


     En conclusion, le niveau des retraites dépend de la proportion entre la population à la retraite et la population active, mais aussi, et beaucoup, de la politique économique. C'est le développement économique qui a permis de développer un système de retraite. Ainsi que tout notre système social.


     Pour préserver notre système social, il faudrait sortir du keynésianisme, et de la politique à la petite semaine, pour mener une véritable politique de développement économique. Des pistes existent pour ce genre de politique: en s'inspirant de ce que j'appelle le principe de base de l'économie, et en développant, par exemple, le capital risque et le capital développement.

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Retraites: salariés du privé contre Fonction Publique

20 Février 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

      Le débat sur les retraites a été esquissé puis repoussé. Parmi les critiques, il a été pointé que les fonctionnaires avaient un système de retraite plus favorables que les salariés du privés. En effet, ceux-ci peuvent toucher une pension égale à 75% du traitement indiciaire brut des six dernier mois d'activité, tandis que les salariés du privé touchent une pension égale à 50% du salaire annuel moyen de base, calculé sur les 25 meilleures années.


       Cependant, comme souvent dans ces débats techniques, une étude plus précise nuance le tableau. Ainsi, la pension des fonctionnaire est calculée à partir de leur traitement indiciaire brut. Ce qui exclut les primes. Or, celles-ci sont une composante importante de la rémunération des fonctionnaires, comme le montre le tableau suivant:


salaires dans la fonction publique 2


(Tableau tiré de Rapport annuel sur l'état de la Fonction Publique, volume 1, faits et chiffres 2006-2007, par la Ministère du Budget, des Comptes Publics et de la Fonction Publique )

     
      Ce tableau montre qu'en moyenne les primes représentent environ 18% de la rémunération brute totale d'un fonctionnaire (5 623/(24 623+5 663)). Il montre également que plus la rémunération est élevée, plus la proportion des primes est élevée. Par exemple, le calcul donne 30% pour les attachés et inspecteurs.


      Or, la retraite des fonctionnaires est calculée sur le traitement brut, c'est-à-dire sans les primes. Tandis que pour les salariés du privés, les primes, si elles ont été soumises à cotisations, sont incluses dans le calcul de la pension.


      Concrètement, cela réduit le taux de la pension si on considère la rémunération totale, traitement et primes, du fonctionnaire. Un fonctionnaire touchera en moyenne 75% de 82% de sa rémunération (100-18=82). Soit 61,5%. Pour un attaché ce sera 75% de 70% (100-30=70). Soit 52,5%. Les situations étant très variables selon les administrations.


      De plus, le secteur privé bénéficie d'un système de retraite complémentaire, les régimes ARRCO et AGIRC, ce dernier étant destiné aux cadres, dont ne bénéficient pas les fonctionnaires. Selon le site de AGIRC-ARRCO, 18,6 millions de salariés cotisent à l'ARRCO, et 3,9 millions de cadres à l'AGIRC.


      Enfin, ajoutons que les salaires des cadres sont plus élevés dans le privé que dans le public. Selon l'INSEE, dans France, portrait social, édition 2007, le salaire annuel moyen net de prélèvement d'un cadre dans le privé est de 45 327 euros en 2005, et de 30 342 euros pour un fonctionnaire de catégorie A la même année, sachant que ce chiffre inclut les primes, qui ne comptent pas pour la retraite.


      Ou plutôt, il existe depuis quelques années un système qui prend en compte les primes des fonctionnaires, mais le montant qu'ils peuvent espérer toucher est peu élevé.


      ll est difficile de tirer des conclusions trop catégoriques des données énumérées ci-dessus. Ils faudrait faire des simulations sur de gros ordinateurs pour avoir des exemples chiffrés significatifs de retraites.


      On constate néanmoins que la situation des fonctionnaires n'est pas si favorable. On peut supposer que celle des fonctionnaires du bas de l'échelle l'est par rapport à celle des salariés du privé du bas de l'échelle. Par contre, on peut supposer que les cadres A de la fonction publique sont dans une situation bien moins favorable que les cadres du privé.


      Si j'étais un responsable syndical de la fonction publique, je répondrais au gouvernement que je veux bien aligner le régime des retraites de la fonction publique sur celui du privé. Bien entendu, en s'arrangeant pour qu'il y ait des compensations pour que qui sont au bas de l'échelle, dans l'éventualité où la réforme leur serait défavorable: l'Etat se doit d'être exemplaire sur le plan social.


      D'autre part, je demanderais que les salaires bruts des fonctionnaires augmentent, pour absorber les cotisations supplémentaires. En effet, les fonctionnaires ne cotisent pas au régime général de retraite, puisqu'il ne touche rien de ce régime. Ce qui fait que leur rémunération ne tient pas compte des cotisations retraites. S'ils intègrent le régime général, il est nécessaire que leur rémunération en tienne compte. Il faudrait donc augmenter leur salaire brut, sans que leur salaire net augmente, pour absorber les cotisations retraites.


      Quant aux régimes ARRCO et AGIRC, ils pourraient être optionnels. Mais, dans la logique d'une affiliation au régime général, il faudrait là encore revaloriser les salaires bruts pour tenir compte des cotisations.


      Le gouvernement pourrait cotiser au régime général pour ses employés. Cela n'aggraverait pas son déficit, puisque d'un côté il y aurait une dépense, et de l'autre une rentrée. Par contre, cotiser aux régimes complémentaires ARRCO et AGIRC va creuser le déficit. Même si l'Etat ne compense pas la cotisation salariale, il reste la cotisation patronale.


      Comme d'habitude, quand on analyse une situation correctement, on s'aperçoit qu'elle n'est pas aussi caricaturale que l'image que les médias en donne. Le vrai problème des retraites, ce seront tous ces gens qui auront eu des carrières complètement destructurées, alternant chômage, emploi aidé, temps partiel. Eux sont les défavorisés.


      Notre système de retraite est basé sur la répartition: les actifs paient pour les retraités. C'est la solidarité. Le temps de vie a augmenté, on est en bonne santé plus longtemps. La logique voudrait donc que l'on allonge la durée de cotisation pour préserver les niveaux de retraites.


      Le problème, c'est qu'on a vendu l'âge de la retraite comme un acquis. Il ne faut donc pas s'étonner que les gens renâclent à travailler plus longtemps. D'autant plus qu'on a instauré la réduction du temps de travail, et que l'on compte sur les départ à la retraite pour résorber le chômage. Résorption qui ne se produit pas, malgré retraites et préretraites, et 35 heures.


      On ne peut pas non plus compter sur un surcroît d'imposition, sur les riches par exemple. Nous avons déjà un taux d'imposition élevé, et un déficit abyssal. L'heure est plutôt à la rigueur, et les impositions supplémentaires serviront à la réduction du déficit.


      Une possibilité serait de provoquer une croissance économique. j'ai quelques idées sur le sujet que j'ai exprimé ici. mais ce n'est pas la voie que prend la France.


      Il faut donc s'attendre à une baisse des pensions, et à une augmentation des prèlèvements obligatoires.

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Climat: ce que disent vraiment les "climato-sceptiques"

18 Février 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Je me permets de relayer ici un article très bien écrit du quotidien Les Echos sur le débat climatique. Avec notamment deux graphiques intéressant à la fin.

En vous souhaitant une bonne lecture.
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PIB en France en 2009:-2,2%; Emploi: -2,5%

15 Février 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Les chiffres de l'INSEE montrent que la France a été en récession en 2099, avec une évolution négative du PIB à -2,2%. De même, l'emploi salarié des secteurs marchands a baissé de 2,5%. (Voici un autre lien vers des tableaux plus détaillés du PIB)


     La tendance sur la fin de l'année semble être à la hausse, puisque la croissance au quatrième trimestre a été de 0,6%, et que les effectifs dans l'interim augmentent. L'interim est considéré comme un indicateur avancé du marché du travaiL


     Ces chiffres corroborent l'impression laissée par l'évolution du crédit bancaire, dont les encours cessent de baisser.


     La croissance est cependant favorisée par le déficit budgétaire, et principalement par les primes à la casse dans l'automobile. Ces éléments faussent les prévisions, et, de plus, l'évolution sur un trimestre, aussi faible, n'est pas très significative. Il ne faut donc pas s'emballer, même si les nouvelles du côté de l'économie sont donc meilleures.


     Par ailleurs, même si le pays semble être sur la voie du redressement, les problèmes d'avant la crise demeureront, c'est-à-dire que la croissance risque de demeurer aussi faible qu'elle l'était avant la crise. Avec d'autre part des déficits à éponger.

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Les effectifs de l'Etat: le rapport de la Cour des Comptes

11 Février 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 La Cour des Comptes a publié en décembre 2009 un rapport intitulé Les effectifs de l'Etat 1980-2008 Un état des lieux. Ce rapport pointe l'augmentation continue des effectifs de la fonction publique depuis 1980, même si cette augmentation ralentit, les effectifs de la fonction publique d'Etat, c'est-à-dire les employés de l'Etat, diminuant depuis quelques années.


     Diminution qui contraste avec l'augmentation des effectifs de la fonction publique territoriale, les employés des communes, régions, départements, et celle des effectifs de la fonction publique hospitalière.


     Le rapport souligne également l'augmentation des effectifs de ce qu'il appelle les opérateurs. Ce sont des organismes, qui ne sont pas des administrations, mais qui sont rattachés à elles, comme la Réunion des Musées nationaux.


     Je vous invite à feuilleter ce rapport, non forcément pour le lire, mais pour observer les nombreux graphiques et tableaux.


     La Cour des comptes s'intéresse dans ce rapport à la décentralisation et à la déconcentration, principal changement dans la fonction publique sur la période étudiée. Elle constate que, loin de permettre une réduction des effectifs, ce mouvement a favorisé l'augmentation.


     La Cour des Comptes met en cause la mauvaise organisation de la décentralisation et de la déconcentration. Par exemple, les missions des services de l'Etat et de ceux des collectivités locales se chevauchent. Il n'y pas eu de gestion prévisionnelle des effectifs. La Cour des comptes parle d'absence de programmation.


     Dans ce rapport, la LOLF, la nouvelle Loi Organique de la loi de finances, qui a rénové le cadre budgétaire, ainsi que la RGPP, la Révision Générale des Politiques Publiques, sont considérées comme pouvant améliorer la gestion.


     Cependant, si elle se félicite de la volonté de maîtriser les coûts, la Cour des Comptes critique sévèrement la méthodes employée en ce qui concerne les effectifs. Elle critique notamment la règle uniforme de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite. Elle écrit, page 96:

"La difficulté rencontrée par les administrations de l’Etat pour tirer

les conséquences sur leurs effectifs aussi bien des mesures que des

changements qui ont affecté le périmètre, la nature et les conditions

d’exécution de leurs missions explique l’absence d’un lien étroit entre

l’analyse des besoins et la programmation des moyens en personnels et,

partant, la faible corrélation de leurs évolutions respectives.

Pour pallier à cette carence, les responsables politiques ont eu

recours à des mesures à caractère général, essentiellement quantitatives et

d’application uniforme (même si des aménagements ont été peu à peu

introduits, sous forme de dérogations ponctuelles, pour en atténuer les

effets en prenant en compte certaines spécificités sectorielles). Quelques

initiatives ont été prises, surtout qualitatives, pour initier une approche

prospective des ressources humaines en lien avec une meilleure

appréhension des besoins. Elles n’ont pas abouti aux résultats escomptés

(la principale étant la démarche dite de « gestion prévisionnelle des

emplois, des effectifs et des compétences (GPEEC) » abandonnée en

2006).

La politique du personnel de l’Etat s’est surtout concrétisée au cours

des deux dernières décennies par l’application d’une norme de progression

ou de diminution des effectifs, alors que celle-ci avait surtout pour

vocation, au moment de sa mise en place au début des années 1980, de

constituer un outil destiné à permettre une meilleure adéquation des

emplois aux besoins. D’un outil, la norme est devenue progressivement un

objectif. Il en est ainsi de la décision de ne remplacer qu’un agent de l’Etat

partant à la retraite sur deux, qui devrait conduire, selon le budget triennal

2009-2011, à une diminution de 30.000 agents par an.

De fait, l’impossibilité d’un ajustement spontané du nombre des

agents aux missions a conduit, à l’expérience, à une approche

principalement budgétaire de la gestion des ressources humaines de l’Etat,

consistant en la mise sous tension des grands employeurs publics pour

qu’ils consentent à un ajustement de leurs effectifs ; dès lors, celui-ci ne

s’opère pas avant tout au regard d’une analyse - qui souvent reste à faire -

des besoins correspondant aux missions, mais en fonction,

presqu’exclusivement, de considérations démographiques et de contraintes

macro-économiques."

 

Et pages 99-100:

En permettant d’objectiver les économies potentielles liées à des

réformes structurelles, la RGPP doit être un instrument privilégié

d’adaptation du niveau et de la nature des moyens mobilisés pour les

remplir. Ce ne sera le cas, cependant, que si, d’une part, l’exercice ne sert

pas seulement à justifier ou à confirmer des économies résultant de

l’application d’une norme et si, d’autre part, les administrations se livrent

préalablement à une analyse objective de leur vocation propre et à un

examen prospectif des besoins qui en résultent.

Par ailleurs, cette initiative n’aura une incidence durable et en

profondeur sur l’action de l’Etat, son coût et la qualité des prestations

rendues par les administrations que si elle donne lieu, au-delà des

regroupements de services, à une véritable analyse des missions, assortie

de cibles à moyen terme, s’inscrivant dans une approche des politiques

publiques élargie à l’ensemble des acteurs publics (singulièrement les

collectivités territoriales).

 

     Ce discours signifie que, pour avoir une administration efficace, pour un coût maîtrisé, il faut d'abord définir les objectifs. A quoi doit doit servir telle administration? Ensuite, il faut définir comment atteindre l'objectif, donc définir une organisation. En fonction des moyens qu'on veut bien y mettre.

 

     Notons que cette démarche doit aussi s'appliquer au niveau politique, même si la Cour des Comptes n'en parle pas. En effet, l'administration applique la politique votée par le parlement. C'est lui qui décide des objectifs, et des méthodes donc. Par exemple, l'organisation de l'Education nationale dépend des choix politiques. La décision politique de créer des ZEP a eu des conséquences en matière d'effectif, de coûts.

 

     Je pense à l'exemple de l'éducation, car je viens de lire un livre sur le système éducatif finlandais. Celui-ci a été progressivement et profondément réformé. Cette réforme a été mené à la fois pour gagner en qualité, et sans explosion des coûts. Donc elle a été pensée en conséquence, au niveau politique.

 

     Les implications du rapport de la Cour des comptes sont considérables. En effet, l'administration, c'est l'école, la santé, la culture, la sécurité, le logement, l'état civil, etc. Ce qui signifie qu'une maîtrise des coûts, et partant une réduction des effectifs, tout en assurant un service acceptable par la population, dépend d'une réflexion pour chacune des administrations. Et donc d'une réflexion sur l'action publique.

 

 

 

 

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Le crédit en France et en Europe en 2009

10 Février 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

      L'encours de crédit des établissements de crédits installés en France au secteur privé a augmenté de 0,2% en France en décembre 2009 en rythme annuel, selon les statistiques de la banque de France. L'encours de crédit au secteur non financier a augmenté de 1,8%, avec une baisse de 0,9% pour les sociétés non financières, et une augmentation de 4,1% pour les ménages.


Tableau crédit en France en 2009

      Une baisse, ou un ralentissement de l'augmentation, des encours de crédit n'est ni anormale ni inhabituel en temps de crise, comme le montre ce tableau de l'article La diminution du crédit en France  . (Cliquer sur le tableau pour l'avoir en plus grand).


Endettement-et-PIB-en-France.jpg

      On constate une forte baisse du crédit de trésorerie. La trésorerie finance les dépenses courantes des entreprises. Par exemple, l'entreprise doit payer son stock avant de le vendre. En situation de ralentissement, les entreprises diminuent leurs stocks, donc leur besoin de trésorerie. C'est un premier réflexe en temps de crise de limiter les besoins en trésorerie.


      D'autres facteurs peuvent expliquer la stagnation du crédit aux entreprises. La baisse des LBO peut être une explication. Le LBO (Leverage Buy Out, achat avec effet de levier), consiste pour un holding à s'endetter pour racheter une entreprise. Cette diminution des LBO est une bonne chose pour l'économie. Ils finissait par créer une inflation financières, les sociétés étant sans cesse acheté et revendue à crédit.


      Les encours de crédit ont aussi été affectés par le fait que certaines entreprises ont été directement cherché des financements sur les marchés.


      Le crédit aux ménages a notamment été soutenu par le crédit automobile, et indirectement par les primes à la casse. On constate que le crédit à l'habitat s'est bien tenu également.


      Le graphique montre aussi que le crédit avait atteint un taux de croissance de plus de 12% fin 2007. Ce taux de croissance très élevé était plutôt anormal, et ne peut servir de comparaison, comme le montre le tableau ci-dessus, qui reprend des chiffres à plus long terme.


      La tendance du dernier trimestre est à la reprise du crédit, avec une augmentation en rythme annualisée de 2,4%. Le graphique montre lui aussi qu'un point bas semble avoir été atteint, et que la situation va vers une remonté des encours de crédit. (Tous les graphiques sur le site de la banque de France).



Grzphe crédit en France 2009


      La situation dans la zone euro est globalement analogue à celle de la France. On constate que l'encours de crédit en France, qui comprend donc à la fois le crédit des établissements résidents en France, et les non résidents, est stable.



tableau crédit zone euro 2009



Graphe crédit zone euro 2009
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Le Chili entre à l'OCDE

2 Février 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

      Le 11 janvier 2010, l'OCDE a annoncé l'arrivée en son sein du Chili, premier pays d'Amérique latine à intégrer l'Organisation de Coopération et de Développement économique. L'adhésion sera effective après différentes formalité. A cette occasion, une étude économique sur ce pays a été édité par l'OCDE. (Cliquer ici pour un résumé en français).


      Cette étude est intéressante car, finalement, nous connaissons assez mal les pays d'Amérique Latine. Du Chili nous connaissons la Cordillère des Andes, les richesses en cuivre, vinicole et halieutique. C'est un pays réputé bien géré, et dont le PIB par habitant est le plus élevé d'Amérique Latine, après le Mexique, mais très proche de ce dernier (9400$ contre 9980$ en 2008).


      La question qui peut se poser, c'est pourquoi ce pays ne s'est pas déjà hissé au niveau des pays développés, comme la Corée du Sud, ou Taïwan par exemple. C'est un pays qui dépend encore largement de ses ressources naturelles, certes apparemment bien gérées.


      L'étude de l'OCDE apporte des réponses. L'OCDE souligne la bonne gestion financière du pays: un système de change flexible, un système fiscal solide, une inflation contenue. Mais elle pointe aussi les faiblesses, qui freinent le développement. Ces faiblesses peuvent être classée en deux groupes: économiques et sociales.


      Sur le plan économique, l'étude montre que l'entrepreneuriat n'a pas encore un cadre aussi favorable au Chili que dans un pays comme la France. L'OCDE considère que les amendes contre les cartel sont insuffisantes. C'est une manière diplomatique de dénoncer des situations de monopole ou d'oligopole. Des ententes entre grandes entreprises qui faussent la concurrence, et empêche l'émergence d'un nouveau concurrent, plus dynamique.


      Les formalités de création d'entreprise sont trop lourdes, selon l'OCDE. Particulièrement dans certains secteurs dans le commerce de détails où les services. Il n'y a que le résumé de l'étude qui soit disponible en ligne gratuitement, et en anglais. Ce résumé parle d'immatriculation spécifique dans le commerce de détail, et de droits professionnels exclusifs. Ce qui laisse en tendre que les barrières à l'entrée dans certains secteurs sont fortes, limitant la création d'entreprises, et créant par là des rentes de situation profitant à une catégorie de la population.


      La réglementation sur les liquidations d'entreprises est également critiquée. La procédure est trop longue. Et, durant celle-ci, les banques ne sont pas incitées à prêter aux entreprises, ce qui pénalise les projets risqués.


      Enfin, les entreprises n'investissent pas assez dans la recherche, et le gouvernement chilien cherche à modifier cette situation.


      Il y a donc au Chili, d'après cette étude de l'OCDE, deux types principaux d'obstacle. Ce sont des obstacles administratifs, qui découragent la prise d'initiative. On constate aussi surtout qu'il y a encore beaucoup de secteurs protégés, et même des cartels. Ce qui a sans doute un lien avec le manque d'investissement dans la recherche. A quoi bon innover, si la concurrence n'agit pas en stimulant, et s'il est difficile d'entrer dans des secteurs protégés.
 

      Les faiblesses de l'économie chilienne proviennent aussi de la politique sociale. L'OCDE cite par exemple le système d'assurance chômage. Il incite les entreprises à recruter des salariés en contrat à durée déterminé, tout en accordant de meilleurs allocations, et de loin, à ceux qui bénéficient d'un contrat à durée indéterminé. Ce qui encourage l'emploi précaire.

 

      Surtout, le niveau éducatif du Chili est faible comparé aux standards de l'OCDE. Et il existe une très grande inégalité dans l'éducation. Le niveau éducatif dépend quasi exclusivement du niveau social du foyer.


      Ajoutons à cela de grandes inégalités, telle que mesurée par le coefficient de GINI (une mesure standard de l'inégalité). Ce la même si la pauvreté a reculé.


      Ces facteurs économiques et sociaux se recoupent. Des cartels, des secteurs protégés, une grande inégalité dans l'éducation et les revenus. Le tableau est celui d'une société à deux vitesses, avec une partie de la population pauvre avec peu d'espoir de progresser, et une autre plutôt protégée. Avec un système économique qui n'incite pas suffisamment à l'entrepreneuriat, à la prise de risque. Ce qui de facto limite la croissance du pays, l'ascension sociale ainsi qu'une résorption des inégalités.


      Il ne faut pas oublier, en effet, que si les pays développé ont vu la classe moyenne devenir majoritaire, c'est avant tout parce que le développement économique a créé des emplois, correctement rémunérés, en trop grand nombre pour être exclusivement occupé par la classe dominante, c'est-à-dire la plus aisée. A contrario, le ralentissement économique que nous connaissons en France depuis plusieurs décennies va de pair avec une "panne" de l'ascenseur social.


      Il ne faut cependant pas excessivement noircir le tableau du Chili. La situation au Chili n'est pas pire que dans la plupart des pays d'Amérique Latine. Elle est meilleure qu'au Venezuela par exemple. Les problèmes du Chili sont ceux des pays d'Amérique Latine. Ainsi, l'inégalité, mesurée par le coefficient de GINI, est aussi forte au Brésil, et L'étude de l'OCDE souligne que des progrès ont été réalisés. L'adhésion à l'OCDE est une démarche intéressante, car le pays va être poussé à s'améliorer. Il sera constamment comparé aux autres pays de l'organisation. (le coefficient de GINI a selon moi des défauts, car il faut vraiment connaître tous les revenus pour mesurer efficacement l'inégalité, et certains avantages sont occultes, mais c'est une mesure standard, et permet donc de comparer les pays. Et il n'existe pas d'indicateur synthétique parfait)


      J'avais lu il y a quelques années un article qui montrait des chiliens cherchant à comprendre la réussite des pays d'Asie du Sud-Est, que l'on surnomme les tigres d'Asie. S'exprimait alors une volonté de faire évoluer l'économie, qui est bien gérée mais repose surtout sur les ressources naturelles.


      Cette étude sur le Chili donne donc un éclairage sur les handicaps d'un pays en développement. Ceux-ci sont internes et structurels. L'étude montre, en filigrane, un problème de contrôle de l'économie par des cartels, et peut-être aussi un genre de corporations (cf les obstacles à l'installation dans le commerce et certains services). Le développement économique a besoin de liberté, sinon ce sont les situations acquises qui sont protégées. Et ces situations ne sont pas des "acquis sociaux", comme le montre les inégalités, en terme de revenus et d'éducation du Chili.


      La volonté du Chili d'adhérer à l'OCDE est une volonté d'atteindre les standards de l'organisation, en termes économiques et sociaux. Ce qui implique une volonté de faire des réformes. C'est une démarche qu'il sera d'un grand intérêt de suivre, pour en tirer des enseignements pour d'autres pays en développement.

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