Analyse Libérale

Les 10 ans des 35h

31 Janvier 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

      Des articles fleurissent ici et là pour les dix ans de l'application des 35h en France. A mon tour d'y aller de mon billet.


      Dix ans après, les 35h font toujours débat. Les 35h n'ont pas le statut universellement reconnu d'avancée sociale, au contraire des congés payés par exemple. On s'interroge sur leur effet: utile ou néfaste? A l'époque, d'ailleurs, ce n'était pas une priorité pour les français. Les sondages indiquaient qu'il voulait en priorité une augmentation de pouvoir d'achat.


      Quelles sont donc les effets des 35h sur l'économie: ont-elles crées des emplois surtout?


      Il faut déjà préciser les choses. Les 35h n'avaient pas pour but de créer des emplois. Le but était de partager les emplois. Il s'agit de gérer la pénurie, et non de chercher à y remédier.


      La précision n'est pas anodine. Car partage de l'emploi signifie aussi partage des revenus. Ainsi, les 35h se sont traduites en France par la modération salariale. Dans certains cas, il y a eu aussi suppression des heures supplémentaires, remplacée par plus de flexibilité.


      Ce partage des revenus explique en partie pourquoi les 35h font l'unanimité. Les cadres les plébiscitent majoritairement. Ils ont de hauts revenus et par conséquent ils peuvent apprécier d'avoir plus de jours de congés, en contrepartie de la modération salariale. D'autre part, le salaire des cadres est de plus en plus individualisé, avec une part variable, qui dépends des objectifs à atteindre.


      Un cadre est donc payé en fonction des résultats, et non en fonction du temps de travail. Une réduction avec partage des revenus ne changeait pas grand chose. Et l'entreprise peut demander à ses cadres autant de travail, malgré la réduction du temps de travail. En effet, le travail des cadres ne se mesure pas par le temps. C'est la réalisation d'objectif. Ce n'est pas comme sur une chaîne d'assemblage, où réduire le temps de travail peut effectivement provoquer des embauches, avec une modération salariale pour compenser les coûts supplémentaires.


      Dans les sondages qui paraissaient sur les 35h on constatait donc logiquement un satisfecit des cadres, mais la satisfaction diminuait quand on descendait dans la hiérarchie.


      Les conditions de travail ont pu aussi être parfois dégradée par les 35h, la réduction du temps de travail engendrant une demande plus forte de productivité. Par exemple, certains temps de pause qui étaient comptés en temps de travail ont été sorti de ce tremps de travail. Ce qui réduit la diminution du temps de travail, et augmente l'intensité et donc la pénibilité du travail. Ce ne sont pas les cadres qui ont été touché par ces conséquences des 35h. Ce sont, par exemple, des employés d'usines, ou de magasins.


      Les entreprises ont également obtenue, en échange des 35h, plus de flexibilité dans la gestion horaires de leurs salariés. Cela signifie moins d'heures supplémentaires, puisque le temps de travail est annualisé, et même plus puisque des compte épargne temps peuvent être mis en place quand les salariés travaillent plus que 35h. La flexibilité, cela signifie également que le salarié n'est pas forcément maître des ses RTT. Il doit prendre des jours quand on lelui dit, travailler quand on l'appelle. Et parfois avec un préavis assez bref.


      On loue aujourd'hui la flexibilité, qui permet, en partie, de compenser les baisses de commandes provoquées par la crise. Mais les salariés qui sont astreint à cette flexibilité ont l'impression de la subir sans rien en échange. Les jours de RTT sont imposés, et ils n'ont pas obtenu d'augmentation en compensation. Pire, certains ont perdu en salaire, car la flexibilité diminue la nécessité d'heures supplémentaires.


      Une fois encore, ce ne sont pas les cadres qui sont victimes de cette évolution, leur temps de travail dépendant des missions, il était déjà flexible. Sauf qu'ils ont plus de prise sur cette flexibilité, ayant plus de possibilité de s'organiser eux mêmes qu'un ouvrier ou un vendeur.


      La notion de partage des revenus a aussi une incidence sur la consommation. En effet, si les salaires augmentent moins, la consommation augmente moins. Surtout, si les salaires restent bas, la consommation est plus concentrée sur des produits basiques. Quand le salaire augmente, les gens consomment plus de services, ils peuvent acheter des produits plus chers. Ce qui soutient l'emploi.


      Il y a donc une contradiction dans les 35h. C'est une politique qui vise à partager le travail, pour que plus de gens aient un emploie. Cependant, c'est une politique qui réduit la potentialité de création de nouveaux emplois, réellement nouveaux, qui ne proviennent pas d'un rationnement.


      C'est aussi pourquoi faire un bilan chiffré des 35h est difficile. Ainsi, souvent, on fait le compte des emplois créés et sauvés. Mais ne devrait-on pas estimer le nombre d'emplois non créés? Le bilan des 35h dépend de l'approche que l'on peut avoir. Quelqu'un qui est favorable aux 35h ne considérera pas ces emplois non créés.


      On peut toutefois souligner que les 35h sont la cause de la modération salariale. Les années 1998-2000 étaient un sommet de cycle économique. Normalement, c'est le moment des augmentations de salaires. Au lieu de ça, les négociations ont porté sur la réduction du temps de travail. Puis le pic est passé. Les salariés ont en quelque sorte passé leur tour d'une augmentation plus forte que les révisions annuelles.


      Les 35h sont critiquées également parce que le chômage en France reste élevé. Mais c'est la politique de l'emploi choisie par la France qui peut être critiquée, et dont les 35h font partie.


      En France, on considère que le chômage provient d'une population active trop importante. On ne pense pas que la croissance puisse être suffisante pour absorber la population active. Alors, on a mené une politique de rationnement. D'abord par les préretraites. On diminue la population active. Puis la réduction du temps de travail. Cette réduction n'est pas l'apanage de la gauche. La droite incitait à la semaine de 4 jours, avant l'instauration des 35h. Le monde politique attend ce moment où la population active n'augmentera plus, et où, selon elle, le chômage se résorbera de lui même par remplacement des salariés qui partent à la retraite.


      Aujourd'hui, la population active augmente moins vite. Manque de chance, le chômage est au plus haut.


      La question que se pose est de savoir s'il ne faut pas changer de politique. Il y a aujourd'hui une ou deux générations gâchées par cette politique de rationnement. Je dis gâchées car une partie de la population a alterné des période de chômage, de stage, d'emplois précaires, pour arriver ainsi à l'âge de la retraite. Cette politique de rationnement, de décroissance presque, n'a pas donné les résultat escomptés. Pire, le ralentissement de l'augmentation de la population active ne permet pas d'atteindre le niveau de plein emploi.


      Je suis favorable à une réglementation du temps de travail qui empêche l'exploitation, protège le salarié, et lui laisse le choix. Dans ce sens, la journée de huit heures s'est imposées. Mais on peut laisser des espaces de libertés: travailler moins, ou plus, avec des limites, et payé en heures supplémentaires. Cependant, le débat sur le temps de travail est un débat sur la politique économique. La France a choisi une politique de rationnement.
Or, une autre politique est possible, par exemple en suivant ce que j'écris dans,  La relance, l'innovation, capital risque et capital développement  , et en suivant le  Le schéma de base de l'économie  .  Mais le débat n'a pas lieu.

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Croissance US au 4ème trimestre 2009: 5,7%

30 Janvier 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     L'économie des USA a connu une croissance de 5,7% en rythme annualisé au quatrième trimestre 2009. C'est le deuxième trimestre consécutif de croissance, après une augmentation de 2,2% au troisième trimestre.


     Quelques précisions sur ce chiffre de 5,7%. C'est la croissance du quatrième trimestyre par rapport au troisième trimestre, en rythme annualisé, c'est-a-dire comme si le quatrième trimestre avait duré un an. On extrapole donc.


     Pour l'année 2009 dans son ensemble, l'évolution est de -2,4% par rapport à 2008.


     Bien sûr, ces chiffres de croissance sont surveillés comme le lait sur le feu. la reprise tant attendue est-elle là? Nous avons de nos jours une vision à très court terme. On guette les évolutions d'un mois sur l'autre, ce qui ne veut pas dire grand chose.


     La grande question, bien sûr, c'est de savoir si la crise est finie. Mais, là encore, la formule magique n'existe pas. Il faudra du temps pour résorber le chômage.


     Le point positif, c'est que les entreprises reconstituent leurs stocks, et que les investissements, en particuliers dans l'informatique, ont augmenté. Mais ils augmentent après une forte baisse.


     Une hirondelle ne fait pas le printemps. Les chiffres sont positifs et donnent matière à espérer. C'est une bonne chose. Mais il il y a beaucoup d'incertitude. Le niveau des déficits publics, par exemple.


 

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Le "capitalisme financier" et la crise

29 Janvier 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

      Ce blog est né d'un texte dans lequel j'expliquai à quelques amis la crise financière, car j'étais mécontent de ce que je lisais et entendais. Depuis, j'ai même écrit un livre sur cette crise: La crise avec des mots simples.


      J'ai décortiqué le mécanisme de la crise financière, et économique, dans ce livre. Cependant, je n'ai pas été assez bon vulgarisateur. Bien sûr, un lectorat qui lit habituellement des articles économiques, comprend sans peine. Mais ceux qui ne se sont jamais intéressés à l'économie, ou de très loin seulement, ont un peu de mal avec mon approche, qui est de décortiquer le mécanisme de la titrisation, ses origines et ses conséquences.


      L'économie est une matière particulière, car elle concerne chacun d'entre nous, qui veut comprendre le monde dans le quel il vit, qui doit se déterminer au moment de voter. Ce n'est pas comme la philosophie, dont on pense pouvoir se passer (mais qui est très enrichissante, c'est une lacune de mon éducation). Cependant, l'économie est plus complexe qu'il n'y paraît. Elle est aussi objet de multiples débats.


      Face à la crise que nous connaissons, il y a une soif d'analyse. On se perd dans le maelström de l'information. Il y a très peu d'analyse. Il faut une analyse simple et compréhensible du plus grand nombre. Pas seulement des économistes, ni de ceux qui s'intéressent régulièrement à l'économie sans en être spécialistes.


      Aujourd'hui, on pointe du doigt le "capitalisme financier". On accuse le système financier d'être à l'origine de la crise. On accuse l'avidité des traders, des banques.


      Cette explication est populaire car elle est simple, compréhensible. Elle s'accorde aussi avec les désirs de la plupart d'un monde plus contrôlé, avec le sentiment que l'on peut avoir quand on gagne le SMIC, ou moins quand on travaille à temps partiel, face aux bonus, primes, stock option, parachutes dorés et retraites chapeau du monde de la finance.


      Or, cette explication est fausse. Non qu'il ne faille pas changer la réglementation financière, à mon humble avis. Je me suis exprimé sur ce sujet dans l'article    Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer. . Cependant, la finance n'est pas à l'origine de la crise. Elle en est complice, mais pas à l'origine.


      Mais, pour l'expliquer, on a recours au jargon des économistes, on passe par les explications sur l'inflation. Cela ne fait pas le poids face à une explication simpliste, mais qui rencontre l'adhésion car elle correspond aux sentiments des victimes de la crise, et de tous ceux qui craignent d'en être victime, c'est-à-dire une majorité d'entre nous. De plus, ces explications, je m'en suis aperçu d'après les échos que j'ai eu de mon livre, ne sont pas forcément abordables par tous, comme je l'explique au début de cet article.


      Il faut donc adopter une autre démarche. Les économistes s'enferment trop dans un jargon, dans des théories, puis s'étonnent d'être incompris. Il faut, au contraire, aller vers les gens.


     D'où cette nouvelle explication de la crise, dans le but de montrer pourquoi ces discours contre le "capitalisme financier" ne sont pas pertinents, sans laver toutefois le monde de la finance de tout reproche.


      Pour comprendre la crise, et les responsabilités dans celle-ci, le mieux est de remonter aux origines historiques. A ces origines, il y a un reproche, qui est fait aux banques américaines: il leur est reproché de ne pas prêter aux pauvres. Et aux minorités. Ce qui est la même choses, puisque les minorités en question comptent une forte proportion de pauvres. Mais les USA classent leur population selon des critères raciaux et ethniques, là où nous faisons des classements sociaux.


     Cela paraît ahurissant chez nous, où l'on reproche le contraire aux banques et autres instituts de crédit, tel Sofinco, Cofidis, et autres Cetelem. On leur reproche d'encourager l'endettement des populations fragiles. Mais, aux USA, on considère que le crédit permet de consommer, chacun a droit à la consommation, donc il faut favoriser le crédit. La France favorise elle plutôt l'aide sociale.


      Par conséquent, les banques ont été fortement encouragées à prêter à ces populations fragiles. Joseph Perella, banquier new-yorkais, déclare dans une interview aux Echos du 29 octobre 2008, que les autorités regardaient le volume de prêts à ces populations fragiles pour autoriser les rapprochements entre banques. Pour se faire bien voir des autorités, il fallait donc prêter aux populations fragiles.


      Pour augmenter les crédits aux populations fragiles, une autre mesure a été promulguée, sous l'administration Clinton, qui concerne les deux institutions que sont Fannie Mae et Freddie Mac. Ce sont deux institutions contrôlées par les pouvoirs publics, dont la mission est de racheter les prêts hypothécaires aux banques. Quand une banque accorde un prêt pour l'achat d'une maison, un prêt garanti par la valeur de la maison, elle peut revendre ce prêt à Fannie Mae ou Freddie Mac.


      Les banques, qui accordent un prêt hypothécaire, peuvent donc le revendre. C'est-à-dire qu'elles n'en assument plus le risque.


      Fannie Mae a été créée en 1938, durant la grande dépression. Il s'agissait de favoriser le crédit. hypothécaire. Le but est de permettre aux habitants des USA d'acheter une maison. Freddie Mac fut créé plus tard, avec le même but.


     Ces deux institutions sont utiles, et ont fonctionné sans problème pendant des années. Elles ont permis l'accession à la propriété de millions d'habitants des USA. Mais il faut croire que le système ne fonctionnait pas suffisamment bien pour l'administration américaine. Celle-ci a donc décidé, sous Clinton, d'assouplir les critères des prêts rachetés. En clair, Fannie Mae et Freddie Mac ont été autorisés, et encouragés, sinon forcés, puisqu'ils sont contrôlés par l'Etat, à racheter des prêts hypothécaires accordés à des populations fragiles, qui présentaient un grand risque de non remboursement. C'était un nouvel encouragement au crédit envers les populations fragiles.


      Ajoutons enfin la politique de de la banque centrale des USA, la Federal Reserve, appelée par le diminutif Fed. Celle-ci a décidé de relancer l'économie par des taux d'intérêt bas, notamment après le 11 septembre 2001. Des taux bas encouragent le crédit, et par conséquent la consommation.


      Toutes les conditions ont donc été réunies par les autorités américaines, le gouvernement et la Fed, pour une forte augmentation du crédit. Sachant que le président de la Fed est nommé par le président des USA, et que sa nomination doit être approuvée par le Congrès, la représentation parlementaire des USA. Le président de la Fed a donc intérêt à complaire à ceux qui le nomment. Et sachant qu'il sera jugé sur une de ses missions, qui est de favoriser la croissance, on comprend encore plus qu'il avait intérêt à suivre la politique du gouvernement en faveur du crédit.


      En effet, le crédit favorise la croissance. Le mécanisme est le suivant. D'abord, c'est le crédit hypothécaire qui a été favorisé. C'est-à-dire le crédit pour acheter son habitation. Ce qui a entraîné une forte demande dans l'immobilier. L'activité de construction a connu une forte croissance. La valeur des maisons a augmenté également. Un processus logique: plus de crédit favorise plus de demande et provoque une augmentation des prix. La croissance des USA a donc été portée par le bâtiment.


      Un autre système a favorisé la croissance aux USA. Nous avons vu que le crédit facile faisait augmenter la valeur des maisons. Or, aux USA, quand on a une maison, et que la valeur de celle-ci augmente, on peut demander un nouveau prêt, garanti par l'augmentation de la valeur de la maison. Concrètement, une famille achète une maison, grâce à un prêt hypothécaire, garanti par la valeur de la maison. Cette maison est achetée sans apport personnel. La valeur de la maison augmente. Cette famille peut obtenir un nouveau prêt, garanti par l'augmentation de la valeur de la maison, en plus du prêt obtenu pour l'acheter.


      C'est ce qu'on appelle l'effet richesse: la valeur du patrimoine augmente, ce qui augmente les possibilités de crédit, et donc de consommation. Car la consommation a augmenté grâce à ce processus. Avec la consommation, la croissance économique a augmenté, aux USA, et dans le monde. En effet, la consommation américaine a tiré la croissance mondiale. Les produits sont fabriqués en Chine, la Chine commande des équipements à l'Allemagne, la France exporte vers l'Allemagne, etc.


     S'en est suivi une surchauffe, et de l'inflation. Il a fallu de plus en plus de matières premières. Ce qui a provoqué une augmentation des prix de ces matières premières, et une augmentation des prix des produits fabriqués avec ces matières premières, et ainsi de suite. L'inflation mondiale provient directement de la politique américaine. Ajoutons que la croissance par le crédit a aussi été pratiquée par le Royaume Uni et l'Espagne, deux des pays les plus touchés par la crise.


      Bien sûr, est arrivé un moment où l'emprunteur n'a plus remboursé. Alors, le soufflé est retombé. L'immobilier, et donc le secteur de la construction, se sont effondrés. La valeur des maisons a baissé, donc plus d'emprunt possible pour consommer. La consommation a baissé. Les entreprises ont cessé de produire, car elles avaient trop de stock, à cause de la baisse de la consommation. Elles avaient prévu une consommation plus importante. Certaines entreprises ont disparu. Beaucoup ont licencié, car la consommation baissait.


      La croissance économique était donc basée uniquement sur le crédit. Quand les emprunteurs sont au bout du rouleau, tout s'effondre. On revient en arrière en quelque sorte.


      Quel est le rôle des traders dans l'histoire? Aucun. Quel est le rôle de la finance? Nous avons déjà vu qu'elle n'a pas provoqué cette croissance à crédit. Ce sont les autorités américaines, la Fed et le gouvernement, qui l'ont fait. La finance a d'abord été contrainte par ces autorités. Elle y a trouvé son compte, certes, avant de s'effondrer aussi.


     L'ingénierie financière moderne a-t-elle favorisé la crise financière? Le système financier s'est en effet retrouvé complètement bloqué. C'est la titrisation qui est accusée. C'est le fait de transformer les crédits en titres financiers, et de les revendre sur les marchés financiers. Cette pratique aurait-elle encouragé le crédit aux populations fragiles, puisque les banques pouvaient se débarrasser de ces crédits sur les marchés financiers?


       Comme nous l'avons vu, c'est d'abord Fannie Mae et Freddie Mac qui ont racheté ces crédits, sur instruction du Trésor des USA. Ensuite, même sans titrisation, les banques auraient trouvé à se financer pour faire crédit. Elles auraient lancé des émissions obligataires, par exemple.


      En effet, si les banques ont pu vendre des crédits aussi facilement sur le marché financier, c'est que tout le monde voulait croire que c'était sans risque. Que la hausse du marché immobilier durerait. Ainsi, la titrisation reposait sur des modèles mathématiques complexes, certes, mais surtout sur l'hypothèse que le marché immobilier ne s'effondrerait pas.


       Et ce sont les instances de régulation qui encourageaient cette idée. Par conséquent, si les régulateurs encouragent cette fuite en avant, comment peut-on l'empêcher? Quels que soient les règlements, si ceux qui les font, les appliquent et les contrôlent, si ceux qui contrôlent le crédit veulent son expansion, que faire pour l'en empêcher?


      S'il n'y avait pas eu la titrisation, les banques se seraient financées plus classiquement. Les ratios de solvabilité, que l'on regarde pour évaluer la solidité financière d'une banque, se seraient dégradés. Mais on aurait considéré que c'était sans importance. Car les banques finançait l'immobilier, et que celui-ci ne pouvait pas baisser. Ce principe était la base de ces fameux titres subprime, ces titres sophistiqués, symboles des titres aujourd'hui toxiques.


      Et quand les emprunteurs auraient cessé d'honorer leurs échéances, les banques auraient été en difficultés, et le système financiers aurait été bloqué. Pourquoi aurait-il été bloqué? Pour la même raison qu'il l'a été avec le système de la titrisation: un problème de confiance. Le marché financier a été bloqué car on ne savait pas à qui faire confiance. On ne savait pas si une banque avait trop de titres toxiques. Car ces titres, quand ils ont été achetés, étaient bien notés, c'est-à-dire qu'ils n'étaient pas considérés comme des titres risqués.


      S'il n'y avait pas eu la titrisation, on se serait méfié des banques également, car on se serait demandé quelle proportion de prêts risqués elles détenaient. Des prêts qui auraient été considérés comme sans risque, et qui seraient devenus toxiques.


      La titrisation a-t-elle favorisé la dissémination du risque financier? En effet, en vendant les crédits sur les marchés financiers, les banques américaines ont pu disséminer le risque. Cependant, même si les subprimes n'avaient pas existé, les banques dans le mondes auraient acheté des titres des banques américaines, des obligations. On voit bien en France, où les grandes banques n'ont pas été très impactées par rapport à l'ensemble de leurs revenus. Il y a quand même eu un blocage. Tout simplement car la confiance avait disparu.


      La confiance est essentielle dans la finance. Or, ce qui s'est passé, c'est que des prêts considérés comme sans risque, car adossés à l'immobilier, sont soudain apparus comme risqués. Sans qu'on sache dans quelle mesure ils étaient risqués, d'ailleurs. Une totale incertitude. Ajoutons que tout le monde était susceptible de posséder de tels titres, sans qu'on sache dans quelle proportion. Le mécanisme aurait été le même avec des obligations classiques de banques. On se serait demandé qui risquait de faire des pertes à cause des obligations des banques américaines.


      Faut-il changer les règles de fonctionnement de la finance? Oui. Je l'ai dit dans l'article Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer.  . Cependant, ce n'est pas la réglementation qui est à l'origine de la crise. Ce sont les régulateurs. La Fed aurait dû interrompre la spirale du crédit facile. Ce qu'a fait Bernanke, d'ailleurs, le successeur de Greenspan à la tête de la Fed. Un peu tard, malheureusement. Et c'est le gouvernement américain et la Fed qui ont initié le mouvement. Le monde de la finance a suivi. Il est complice. Mais ce n'est pas le responsable.


      C'est pourquoi lier les bonus et la crise financière est aberrant. On peut être contre. Je le comprends, mais pas les lier à la crise. Mais, surtout, vouloir que les banques prêtent plus, sans réfléchir, alors même que la crise vient de là, c'est dangereux.


       Il y a eu une contraction du crédit. D'abord très brutale, à cause de la crise financière. Mais cette contraction est normale, puisqu'elle fait suite à une période d'excès de crédit. Comme tout mouvement de balancier, la contraction est peut-être trop forte. Et je comprends les griefs du chef d'entreprise qui a des problèmes de trésorerie. Mais il y a de réelles raisons d'être plus prudent en accordant des crédits.


      Après les conséquences désastreuses de la politique de crédits facile, les appels des dirigeants politiques à plus de crédit, sans conditions, sont inquiétants. Cela semble indiquer un retour aux erreurs qui ont amené la crise. Que l'on cherche à prêter aux entreprises et aux gens capables de rembourser, de manière prudente, soit. Et, à ce titre, la création du médiateur du crédit est une bonne idée. Mais il ne faut pas faire de la reprise du crédit un objectif en soi.


      En conclusion, les dirigeants politiques se trompent complètement de cible en fustigeant les banques. Non que je ne considère pas qu'il y ait des réglementations à changer en ce qui les concerne, comme je l'ai déjà écrit:Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer.  . Cependant, les dirigeants politiques ne manifestent aucune intention de vraiment changer les règles dans le bon sens. On notera qu'ils ne parlent plus des agences de notations, qui ont pourtant joué un rôle dans la crise des subprime.


      Mais les politiques fustigent les banques car ils ne veulent pas reconnaître leurs responsabilité. Ils veulent aussi donner l'impression de maîtriser la situation, en disant qu'il suffit que les banques relancent le crédit pour retrouver la croissance. Or ce n'est pas si simple.


       C'est une recette habituelle de chercher un bouc émissaire. Les banques et les marchés financiers jouent d'autant mieux ce rôle qu'il y a des choses à améliorer en ce domaine, et qu'ils vivent sur une autre planète, ne se rendant pas compte de l'effet de leurs bénéfices et de leurs bonus sur une population qui a parfois perdu son emploi à cause de la crise.


      Mais ce n'est pas le "capitalisme financier" qui est à l'origine de la crise. Ce n'est pas la dérégulation sauvage. C'est, au contraire, le régulateur, en la personne du gouvernement des USA et de la Fed. Et cela dans le but de soutenir la croissance et l'emploi.

 

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Forum de Davos 2010

27 Janvier 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     La réunion annuelle du world economic forum (WEF), vient de s'ouvrir comme chaque année à cette époque dans la ville suisse de Davos. Le WEF est une fondation à but non lucratif, financée par 1000 multinationale, qui se veulent les meilleures dans leur pays ou leur domaine.


     La réunion de Davos rassemble ses entreprises membres, ainsi que différentes personnalités de différents secteurs: économiques, politiques, universitaires, etc. Uniquement sur invitation. Tous ces invités assistent à des conférences sur de grands sujets concernant le monde.


     Ajoutons que Davos est une station touristique, haut de gamme.


     Comme on le constate, ce qu'on appelle le forum de Davos est un raout des grands du monde des multinationales, qui invitent ceux qu'ils considèrent à leur tour comme des gens importants.


     Mérite-t-il tout cet engouement et toutes ces critiques? Assurément non. Si par hasard, ou par erreur, j'y étais invité, j'irais, bien évidemment: quelle formidable publicité! Mais ce qui sort de Davos n'a pas l'intérêt d'une publication universitaire. Ni, par exemple, celui des publications de l'OCDE.


     Bref, c'est surtout une réunion très médiatisée, un grand spectacle de conférences, le lieu où il faut être, et que les journalistes couvrent comme une réunion de people plutôt que comme une réunion d'économistes.


     Il faut donc en relativiser ce qui en sort, et ne pas se focaliser dessus. Le forum de Davos suit les modes, d'ailleurs. J'ai l'impression qu'il en sortira le discours convenu contre les banquiers, en faveur de la relance, et rien sur les dérives de la relance par le crédit. Mais je suis peut-être trop pessimiste. Je l'espère en fait.


     La question, c'est surtout pourquoi cet engouement des journalistes? Et pourquoi le forum est devenu une référence au point de générer un "contre forum"? Le forum de Davos est un grand succès médiatique. Mais je préférerais un forum plus sérieux.


     Tiens, une question: comment organiser un forum économique sérieux? C'est-à-dire de vrais débats, pas d'idéologie dominante? C'est assez compliqué, finalement. Le problème, c'est le financement. Il faudrait monter une fondation, mais dont les mécènes n'auraient absolument aucun droit sur les idées présentées, et dont les dirigeants ne se laisseraient pas influencer par le montant des différents dons.


     Une solution serait de décider par statut que différentes universités choisiraient des intervenants, en choisissant des universités qui défendent des idées différentes. Pour que vive le débat.


     Ce n'est qu'un rêve. Mais, qui sait, un forum économique à la Sorbonne, par exemple, international, bien sûr, cela participerait au rayonnement de la France.

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la déclaration d'Obama du 21 janvier 2010

23 Janvier 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

     Après la défaite électorale de son parti dans le Massachusetts, le président des Etats-Unis Barack Obama repart à l'offensive. Il s'attaque donc aux banques, pour remonter dans les sondages. Le président américain a ainsi déclaré vouloir limiter à la fois l'éventail des activités des banques, et leur taille. ("limit the scope, limit the size).

      Par limiter l'activité des banques, Obama entend s'assurer qu'aucune banque ni aucune institution financière contenant une banque ne possède, n'investisse dans ni ne soutienne un hedge fund ou un fonds d'investissement ou des opérations commerciales sans relation avec le service aux clients, pour son propre profit (to ensure that no bank or financial institution that contains a bank will own, invest in or sponsor a hedge fund or a private equity fund, or proprietary trading operations unrelated to serving customers for its own profit. ).


      Limiter la taille n'appelle pas de précisions complémentaires. C'est limiter la part de marché, et limiter le bilan des banques.


     Ces déclarations laissent perplexes. La taille des banques n'a rien à voir avec la crise financière. Au contraire, on a vu de petites banques et des banques moyennes plus en difficultés que de grosses banques. C'est le cas des banques régionales allemandes, des caisses d'épargne espagnoles. En France, Dexia et Natixis, qui ont connu de grosses difficultés, ne sont pas de grosses banques. Et c'est la plus petites des grandes banques françaises, la Société Générales, qui est la plus touchée par la crise.


     Une raison de la fragilité des petites banques est qu'elles prennent plus de risques pour égaler les profits des grandes banques.


     Par ailleurs, Ce n'est pas la chute d'une grande banque qui a provoqué le blocage des marchés financiers. Lehman Brothers n'était pas si grosse. C'est le fait que des produits financiers considérés comme sans risque jusqu'alors soient passés brusquement dans la catégories des produits risqués qui a provoqué le blocage. Personne ne faisait confiance à personne, car il n'y avait plus aucun repère. Rien à voir avec la taille des banques.


     Il faut bien sûr veiller aux règles de concurrence. Il ne s'agit pas qu'un établissement financier soit en situation dominante. Mais là n'est pas le propos de la Maison Blanche. Celle-ci veut limiter la taille des banques pour limiter le risque en cas de faillite. Ce qui est une très mauvaise analyse de la crise.


     Quant à limiter l'éventail d'activité des banques, là aussi la formulation d'Obama laisse perplexe. Il semble à peu près clair qu'il veut limiter les activités pour compte propre. Pourquoi pas. Mais les banques n'ont jamais été des hedge funds. Le problème, c'est qu'elles prêtent aux hedge funds. Aucune précision n'est donnée par Obama sur le contrôle du risque crédit.


     Rien non plus sur la titrisation. Cette technique consiste à transformer des crédits en titres financiers. Des méthodes sophistiquées ont permis de noter triple A, c'est-à-dire sans risque, des titres qui se sont avérés risqués. Ces produits étaient vendus aux clients des banques. Cette activité ne parait pas touchée par les déclarations d'Obama.


     Pire, ce qui laisse perplexe, c'est l'objectif d'Obama. Celui-ci critique en effet les banques car elles ne prêtent pas aux petites entreprises (small business), qu'elles ne maintiennent pas les taux des cartes de crédit à des niveaux bas ( cannot keep credit card rates low).


     Obama semble vouloir que les banques ouvrent les vannes du crédit pour relancer la croissance. Or, la crise financière vient de là: la croissance à crédit. C'est l'excès de crédit, encouragé par les autorités, le gouvernement américain et le président de la banque centrale américaine, Alan Greenspan, qui a mené à la crise. C'est l'effet richesse, le crédit garanti par l'augmentation de la valeur du patrimoine, dont tout le monde se félicitait.


     Aujourd'hui, le soufflé est retombé. Et c'est la crise. Les américains recommencent à épargner, ce qui est sain. Les banques font attention à qui elles prêtent, ce qui est sain. Bien sûr, cela entraîne des pertes d'emplois. Mais ce n'est pas l'attitude actuelle des banques qui est en cause. Ce n'est pas parce que les banques sont trop prudentes aujourd'hui. C'est parce que le crédit était trop facile hier. L'économie a connu en quelque sorte une mauvaise croissance. Elle se contracte, pour apurer cette mauvaise croissance, et repertir. Ce qui prend du temps, nécéssairement.


     Le coût social est énorme, et donc le coût électoral. Les politiciens ont une vision à très court terme. Mais ce n'est pas en répétant les erreurs du passé que la situation s'arrangera.


     Non pas que je sois contre un changement de la réglementation financière. Mes propositions sont même radicales en la matière, comme je l'ai écrit dans l'article  Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer.  .


     Mais, la principale cause de la crise financière est l'encouragement au crédit, voulu par les autorités américaines. Aucune réglementation n'est efficace contre la volonté des gouvernants, puisqu'ils font, ou interprètent, la réglementation.


      La déclaration d'Obama apparaît donc purement électoraliste, en préparation des élections du mid-term. Elle ne s'attaque pas aux causes de la crise financière. Même si, je le reconnais, la limitation des activités pour compte propre des banques de détail est une mesure que j'approuve.

 

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Quotas boursiers

10 Janvier 2010 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Education

 

    L'actualité a été marquée cette semaine par la polémique provoquée par la Conférence des Grandes Ecoles. En effet, le gouvernement veut imposer un quota de 30% d'étudiants boursiers dans les grandes écoles. Ce pourcentage n'est pas défini au hasard, il correspond au pourcentage de boursiers parmi les étudiants, dans l'étude la plus récente que j'ai trouvée. Cette étude du ministère de l'éducation date de 2007, et concerne l'année 2005-2006.


     La Conférence des Grandes Ecoles s'est opposée à ces quotas d'étudiants boursiers. Ce qui a provoqué un tollé général. C'est en particulier l'argument selon lequel les boursiers feraient baisser le niveau qui a choqué.


     La Conférence des Grandes Ecoles a-t-elle raison de s'inquiéter? Est-ce le niveau qui explique la faible proportion de boursiers dans les grandes écoles, où y a-t-il une autre cause? Et, au final, ces quotas sont-ils une bonne décision?


     Ce qui vient à l'esprit, tout d'abord, c'est le coût des grandes écoles. En effet, la Conférence des Grandes Ecoles comprend de nombreux établissements payants. Il y a les écoles de commerce, à 8 000 € par an, pendant trois ans, sans compter l'ordinateur, et diverses manifestations auxquelles participer permet de se faire remarquer. HEC commence à 8 500 € la première année, et 12 600 € pour les deux suivantes.


     HEC est inabordable à un boursier. D'autres écoles ont un coût moins élevé. D'après ce que j'ai pu voir, il y a de bonnes écoles à plus ou moins 5 000 €. Cependant, c'est aussi très élevé. Le montant maximal d'une bourse est 4 140 €.


      Le CNOUS propose un simulateur de bourse. J'ai donc fait une expérience. J'ai pris le salaire médian d'une secrétaire, qui s'élève selon l'INSEE à 1 300 €  net par mois, en 2006-2007. Le salaire médian signifie que la moitié des secrétaires gagnent plus que 1 300 € par mois, et la moitié gagnent moins. Ce montant sépare donc la population des secrétaires en deux.


      1 300 € par mois, cela fait 15 600 € par an. La bourse à laquelle aurait droit son enfant étudiant, enfant unique, dans le cas où ce revenu serait le seul du foyer, s'élève à 2 749 € (cf le simulateur du CNOUS). Mettre la différence serait difficile pour cette brave maman. Et, encore, ces 5 000 € de coût, c'est si l'école se trouve accessible facilement du domicile familiale. S'il faut louer un logement, le coût augmente d'autant.


     J'ai refait le calcul pour un couple dont les conjoints gagnent chacun le SMIC, soit 1050 € chacun, 25 200 € par an, avec un enfant dans le supérieur, un autre qui ne l'est pas encore, et une université distante de plus de 30 kilomètres (ce sont les critères pour déterminer le montant de la bourse). Cela donne une bourse de 1424 €. Pas de quoi aller dans une grande école.


     J'aurais voulu avoir le revenu médian des couples avec enfants, ou, au moins, le revenu médian par tranche d'âge. Cela aurait été plus instructif. Mais je n'ai pas trouvé ces statistiques. L'INSEE utilise le concept de niveau de vie, qui est trop travaillé pour être utile ici.


      Il y a donc véritablement un problème de coût. Faire des quotas fait reposer ce problème sur les écoles. Or, celles-ci ne recherchent pas le profit. Ce sont des écoles gérées par les Chambres de Commerce souvent. Il y a là un problème de gestion du système éducatif, de relation entre les écoles et l'Education Nationale. Par les quotas, le gouvernement renonce à s'attaquer au problème.


      Cependant, même s'il y a une barrière à l'entrée qui réserve certaines écoles aux familles aisées, il n'en reste pas moins que beaucoup de grandes écoles sont gratuites. Et pas les moindres. Beaucoup d'écoles d'ingénieurs notamment, qui sont des établissement publics. Soulignons que ces écoles se trouvent dans de grands bassins de population. Les étudiants peuvent y accéder tout en continuant à vivre chez leurs parents, ce qui économise des frais de logement. Enfin, des chambres en résidences universitaires étaient réservées pour ces établissements, quand je faisais mes études. Avec les allocations logements, le coût était raisonnable, et couvert par la bourse (j'étais moi-même boursier, mais pas dans une grande école).


     Par conséquent, la faible présence des boursiers dans les grandes écoles gratuites témoigne en effet, et malheureusement, d'une insuffisance de niveau. Il ne faut pas se voiler la face.


     D'autant que ce thème de la présence ou non de boursiers dans les grandes écoles est anecdotique. Le problème, c'est le déterminisme social, la panne de l'ascenseur social. En effet, le niveau d'étude dépend beaucoup du niveau social des parents, comme le montre une étude du Ministère de l'Education Nationale (Cliquer sur le lien pour arriver directement à l'étude.). Plus le niveau social baisse, plus la probabilité de sortir du système éducatif sans diplôme est grande, et plus celle de faire des études supérieures est faible.


     C'est pourquoi j'écris que ce thème des étudiants boursiers dans les grandes écoles est anecdotique. Ceux-ci ont réussi à faire des études supérieures. Tandis qu'il y a un problème plus grave, et global, d'accès à la classe moyenne qui existe en France. Il ne s'agit pas de se demander comment faire passer directement les gens dans l'élite. Mais, d'abord, comment en faire accéder, et maintenir, un maximum dans la classe moyenne, si possible supérieure comme on dit. Pour donner à la génération suivante la possibilité d'accéder à cette élite si chère à la France.


     Les quotas ne peuvent pas remonter le niveau. Cette politique est un renoncement à améliorer le système éducatif en France. On détourne l'attention des vrais problèmes, on ne lance pas les vrais débats, on ne pose pas les vrais questions


     Quels sont ces questions? Pourquoi, malgré un système éducatif largement financé par la dépense publique, malgré toutes les actions engagées envers les quartiers défavorisés, pourquoi ces inégalités persistent-elles? Et j'en profite pour revenir à mon leitmotiv, qui est de militer pour "mieux d'Etat". Aujourd'hui, on se focalise sur le niveau de la dépense publique: faut-il dépenser plus ou moins? Moi, je considère qu'il faut se demander comment dépenser mieux, au moins dans un premier temps.


     En ce qui concerne l'ascension sociale, n'oublions pas non plus qu'elle dépend aussi du développement économique. L'ascension sociale a été possible au 20ème siècle grâce au développement économique. Il n'y avait pas assez de monde dans les familles aisées pour occuper tous les postes.


     Aujourd'hui, nous sommes dans une logique de rationnement des places. Et faire des quotas de boursiers ne garantira pas une place pour ceux-ci. Les riches peuvent toujours se payer des études, et ont les relations si importantes pour trouver un emploi. Le recrutement se fait par affinité. On embauche plus facilement quelqu'un du même monde que soi. Pas par ostracisme. Tout simplement parce qu'une décision d'embauche est quelque chose de crucial, et, pour éviter des erreurs d'appréciation, on fait confiance à ce qu'on connait.


     En conclusion, si les étudiants boursiers sont peu représentés dans les grandes écoles, c'est à cause de deux facteurs: la barrière à l'entrée que constituent les coûts de scolarité pour les écoles payantes, et le déterminisme social qui existe en France, et qui fait que la réussite dans les études dépend du niveau social d'où l'on vient. Les quotas sont une forme de renoncement à s'attaquer à ces problèmes.


     Il ne suffit donc pas, en matière d'éducation, d'imposer des quotas pour augmenter la qualité du système. Il faut mener une politique qui augmente réellement les chances de chacun d'accéder à un bon niveau de vie, en augmentant réellement leur niveau de connaissance. Le problème des quotas est qu'il est une illusion. On améliore artificiellement une statistique, sans que la réalité s'améliore.


      Pour terminer, un dernier mot sur le système éducatif français. Celui-ci doit être amélioré Cependant, il n'a pas que des défauts; soulignons ainsi que le pays où la mobilité sociale est la plus faible, ce sont les USA. D'autre part, les USA ont les meilleures universités du monde, la meilleure articulation entre la recherche, l'innovation, et la création d'entreprises. Mais une grande partie de leurs chercheurs et de leurs plus brillants étudiants sont étrangers. Les USA sont donc incapable d'amener leur population à un haut niveau de connaissance.


     Notre système a beaucoup de défaut, mais il y a pire. N'imitons pas le pire.



     Je me permets de mettre en exergue deux liens. Le premier, celui du CNOUS, renvoie vers un simulateur de bourse. Il permet de savoir de quel niveau de bourse un étudiant peut bénéficier en fonction de sa situation. Le second est cette étude du Ministère de l'Education Nationale sur l'origine des étudiants, qui montre le déterminisme social encore existant aujourd'hui en France.

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