Analyse Libérale

Climats: les sceptiques

27 Décembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

Comme dans beaucoup de domaines aujourd'hui, il y a un manque de débat sur le climat. Les médias préférant les thèses les plus catastrophiques, ce qui est plus vendeurs, aux débatsdargumentés.
Par conséquent, les thèses catastrophiques sont bien représentées dans les médias. Tandis que les arguments de leurs contradicteurs sont quasiment absents.
Je n'ai pas encore vraiment d'opinion sur la question. J'essaie de m'en faire une, avec logique.
Un blogueur, Flamant Rose, qui se classe dans le camp des contradicteurs, a effectué un remarquable travail de recherche, que je me permets de vous conseiller. Vous le trouverez en cliquant ici. Et ici l'article de présentation sur son blog.
Vous trouverez également, sur un autre blog, et toujours sous la plume du Flamant Rose, un résumé d'un livre sur le climat, sous le titre Le climat a toujours changé. (Le lien renvoie vers le premier article d'une série de quatre)
Tous ces textes sont bien présentés et argumentés.
Il ne s'agit pas ici de ma part de prendre position. Je suis attaché à la bonne circulation de l'information, et celle-ci se fait mal. Il y a trop de communication, et de stratégie politique. J'ai moi-même beaucoup de mal à me faire une opinion sur le climat. Et je suis heureux de trouver des éléments de réflexion, que je me permets de partager sur ce blog.
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Vélib', autolib' et écologie

20 Décembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #A contrepied

     Un petit article sur un sujet à la mode: l'écologie. Je vais parler ici de thème à la mode en région parisienne: le Vélib' et autolib'. Le vélib' est vu comme un moyen sympathique de circuler, et écologique. Or, il n'est pas écologique.


     En effet, il faut d'abord fabriquer ces vélos, certainement à l'étranger car la plupart des vélos ne sont pas fabriqués en France. Quand ils sont fabriqués en France, ils sont plutôt assemblés, avec des pièces venant de partout. Cette fabrication et les transports entraînent de la pollution.


      Il y a aussi pollution car les vélos sont ramassés par des camions tous les jours. Les vélos abimés, pour être réparés, et ceux qu'il faut répartir dans des stations vides. Les stations situées au sommet d'une cote sont souvent vides à ce qu'il paraît. Paris est construite sur des collines. Même si ce n'est pas le Tourmalet, c'est suffisamment décourageant, d'autant que le vélib' n'est pas un vélo ni très maniable, ni très léger, d'après les utilisateurs.


      Mais le vélib' ne remplace-t-il pas des transports polluants? Il faut se souvenir que Paris est une ville où une forte proportion d'habitants n'ont pas de voiture. On n'en a pas besoin, avec l'offre de transports publics. En fait, ceux qui utilisent le vélib' sont des gens qui utilisaient les transports en commun. On peut dire que le vélo pollue moins que le bus. Mais l'offre de transports à Paris, c'est aussi pour une grande partie le métro, et le tramway. Ceci dit, les bus peuvent être équipé de moteur moins polluants, et on peut toujours installer des trolleybus.


     Mais, il faut aussi souligner que quand il pleut, il neige, il gèle, le vélib' est peu utilisé. Ce qui signifie qu'on ne peut pas diminuer l'offre de transport en commun, même polluant, en considérant que le vélib' peut les remplacer. En effet, il ne faut pas tenir compte du vélib' pour "dimensionner" l'offre de transport en commun, les usagers du vélib' pouvant à tout moment se reporter sur les transports en commun. Ou la voiture, si les transports en commun sont insuffisants.


     Par conséquent, le bilan écologique du vélib' est négatif. Je ne veux pas ici dire que le vélib' pollue honteusement. N'exagérons rien. Je veux simplement montrer que quelque chose qui paraît écologique ne l'est pas.


     Aujourd'hui, le grand projet, c'est autolib'. Le même système que le vélib', mais avec des autos. Déjà, quand on pense que généralement on considère qu'il y a trop de voitures qui circulent dans Paris, l'idée de créer un système de transport basé sur l'automobile est étonnante. En effet, ce système risque d'augmenter le nombre d'automobiles dans Paris. Puisque, encore une fois, des parisiens qui n'ont pas de voitures, et qui utilisent les transports en commun, seront tentés de prendre... la voiture. Autolib' risque donc d'aggraver les problèmes de circulation dans Paris, en augmentant le nombre d'automobilistes.


     Autolib' sera basé sur des véhicules électriques. remplaceront-ils des véhicules polluants? Les parisiens, comme je l'ai déjà écrit, sont une forte proportion à ne pas posséder d'automobile. Par conséquent, ceux qui en possèdent en ont vraiment besoin. Conduire les enfants à l'école, faire les courses, partir en week end dans la résidence secondaire (Paris est une ville comportant aussi pas mal de gens aisés). Et aussi des gens qui aiment les grosses voitures, pour le standing, parfois par nécessité (les enfants, les courses). Je ne suis pas certain qu'une petite voiture électrique leur conviendrait.


     Accessoirement, je me pose des questions sur le bilan écologique global des véhicules électrique. Déjà, si on est anti nucléaire, en France, le véhicule électrique est polluant, puisqu'alimenté par l'énergie nucléaire. D'autre part, il faut aller chercher le lithium des batteries dans des mines, en Bolivie par exemple. Et ces batteries sont-elles recyclables? J'aimerais bien avoir des réponses sur ce bilan écologique global. Pour le moment, le transport en commun me paraît plus écologique. Peut-être faudrait-il investir dans ce secteur plutôt que dans autolib'.


      Par conséquent, autolib' ne s'annonce pas comme très écologique. Il est peu probable que ceux qui ont déjà une voiture choisissent ce système. Par contre, il peut inciter ceux qui n'ont pas de voiture à l'utiliser. Dans ce cas, on aura un bilan écologique négatif, puisqu'on aura produit des voitures, et donc pollué, pour des gens qui n'en utilisaient pas.


     Un petit article pour dire que l'écologie, ce n'est pas si simple, et que ça peut facilement servir d'effet d'annonce. Que faire pour diminuer la pollution due aux transports? A Paris, une solution toute simple serait d'implanter des... supermarchés! En effet, les parisiens effectuent des déplacements en banlieue pour faire leurs courses. A Paris, il n'y a que les Monoprix et les Monop qui s'installent. Il y a aussi des Leader Price et des ED. Deux extrêmes en termes de prix. Bon, il y a aussi Hédiard, ou d'autres commerces de luxe. Accessoirement, ces supermarchés favoriseraient le petit commerce, puisque les parisiens ne feraient plus leurs courses dans les centres commerciaux de banlieue. D'une pierre deux coups.


     Une politique écologique, c'est aussi l'aménagement du territoire. C'est se soucier de la vie des gens, pour prendre des décisions pertinentes.

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La crise, où en est-on? Décembre 2009

10 Décembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Un rapide point sur la crise économique, en ce mois de décembre 2009. L'événement de ce mois, c'est l'annonce par la Banque Centrale Européenne de la fin du dispositif exceptionnel d'octroi de liquidités aux banques. La BCE va essayer de laisser les banques se financer par elles-mêmes, comme avant, et essayer d'éponger les liquidités déversées depuis 2007.


     C'est une bonne nouvelle. Ce pourrait être la date de la fin de la crise financière dans les manuels d'histoire, si tous se déroule sans encombre, bien sûr. Déjà, que la nouvelle n'ait pas affolé les marchés, que les cours des banques ne se soient pas effondrés, que ces mêmes banques n'aient pas réclamé la prorogation du dispositif, tout cela est de bon augure.


     Maintenant, les opérations de retrait de liquidités seront surveillées. Il y aura certainement des soubresauts. Et il faut attendre le tour de la banque centrale des USA, la Fed. Même si elle ne prolonge pas certains dispositifs exceptionnels, comme l'achat de bons du Trésor, ce que la BCE n'avait jamais fait, heureusement, elle n'a pas encore fait d'annonce aussi claire que son homologue européenne. Néanmoins, la Fed et la BCE se concertent. La Fed va peut-être engager le même mouvement.


     Sur le front de la crise, les prévisions les plus alarmistes ont été révisées. Ce qui démontre encore une fois que nous n'avons pas de modèle mathématique pour prévoir la croissance ou la récession. Le mouvement de reprise sera long. Comme je l'ai déjà expliqué, l'économie a connu une croissance tirée par les USA, et la politique de relance monétaire de ce pays. A suivi une inflation, immobilière, qui s'est propagée à toute l'économie, et a créé une crise financière. La mécanique de la croissance s'est cassée.


     Une partie de la croissance était donc de la "mauvaise" croissance, car elle était totalement artificielle. Certaines productions, biens ou services, et donc certains emplois, ne devaient leur existence qu'à l'excès de crédit. Ils ont donc disparu quand la relance monétaire s'est écroulée. L'économie est revenue en arrière. Maintenant, pour repartir, elle doit en quelque sorte se reconfigurer. Ce qui prend du temps.


     Les plans de relance ne sont là que pour soutenir temporairement l'économie. Ils ne créent pas un mouvement de reprise. Il n'est que voir les interrogations sur la fin de la prime à la casse dans l'automobile. Et, aussi, les interrogations sur l'endettement des Etats. Endettement qu'il faudra éponger un jour.


     On craint d'ailleurs la faillite de certains Etats de la zone euro. La Grèce, surtout. Et on s'inquiète déjà de la stabilité de la zone euro.


     Rappelons que les Etats font rarement faillite. Il y a beaucoup de recours avant cette échéance, comme un plan de rigueur, assorti d'un prêt du FMI. Quant à la zone euro, elle n'est pas constituée que de la Grèce. Il y a des différences de taux entre les obligations émises par la Grèce et celles émises par l'Allemagne. Si les investisseurs se détournent de la Grèce, ils peuvent aller vers d'autres pays de la zone. L'euro baissera peut-être, mais il a déjà été bien plus bas qu'aujourd'hui. D'ailleurs, on se plaint de son niveau élevé.


     D'autre part, quand un pays a de grosses difficultés budgétaires, qu'il n'inspire plus confiance, sa monnaie est peu à peu remplacée par une monnaie étrangère, le dollar souvent. Or, la Grèce bénéficie de l'euro, dont la gestion est indépendante des Etats. En théorie, une monnaie indépendante peut toujours être utilisée en cas de faillite du pays. En pratique, dans le cas de la Grèce, l'euro est la monnaie de beaucoup de pays, qui en assurent la stabilité.


     Le cas de la Grèce illustre la situation d'un pays qui bénéficie de la protection de l'euro. Sans l'euro, la Grèce aurait dû dévaluer, et mener depuis longtemps un plan de rigueur, ce qui aurait entraîné une perte de pouvoir d'achat, une récession. Le seul problème de l'euro est là: il n'y a plus de crise de change pour obliger les pays à mener des plans d'assainissement. Rappelons que, contrairement à ce qu'on dit usuellement, une dévaluation n'est jamais indolore pour la population. Celle-ci paie la dévaluation par l'inflation, et un plan de rigueur.


     Aujourd'hui, la Grèce a peut-être atteint les limites du bouclier. Mais sa situation n'est pas comparable à un pays sous-développé.


     Est-ce la situation vers laquelle vont mener les déficits des pays européens? Effectivement, la Grèce nous rappelle que même avec l'euro, il arrive un temps où la rigueur s'impose. Qu'un pays de la zone euro fasse faillite est peu probable. Mais qu'il faille un jour prendre des mesures contre les déficits, officiellement, ou insidieusement (par de nouvelles taxes "écologiques" par exemple), cela paraît inéluctable.


     Voyons enfin la situation de la Chine. Celle-ci a relancé son économie à coups de dépenses publiques. Cependant, ces dépenses ne sont pas de l'endettement. La Chine puise dans ses réserves. Pas de problèmes de déficit. D'autre part, la Chine construit des infrastructures, sur un territoire qui en manque. Ces dépenses auront donc des effets bénéfiques sur le développement du pays.


     On peut s'inquiéter de la politique de crédit ds banques. On peut s'inquiéter de la fragilité du système financier chinois. Il y a beaucoup d'inconnues sur l'avenir de la Chine. Cependant, il ne faut pas analyser la Chine comme un pays développé. C'est un pays en développement, qui se développe à une vitesse phénoménale, plus vite qu'aucun pays ne l'a jamais fait. C'est 1,2 milliard de personnes qui sont susceptibles de connaître ce développement. La Chine a donc encore une marge de progression énorme. Sans qu'on puisse prévoir jusque quand. Et sans négliger des soubresauts et des à-coups, qui pourraient mettre en danger le régime.


     Le principal problème venant de Chine c'est son protectionnisme. Il semble plus difficile aujourd'hui de vendre dans ce pays pour un étranger. De s'y implanter même. Il y a également le problème de la contrefaçon. La Chine fait partie de l'OMC, les pays occidentaux pourraient se défendre contre ce protectionnisme. Mais ils sont aveuglés par les promesses du marché chinois, et vont même jusqu'à transférer de la technologie.


Finissons par la réglementation financière: rien de neuf par rapport à ce qui a déjà été prévu. Les organismes prévus vont se mettre en place progressivement (voir:  Les propositions de la Commission pour la surveillance financière. et Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer. )

Sur la crise, voir La crise avec des mots simples et Les essentiels sur la crise

 

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Libéralisme et antilibéralisme

7 Décembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     Le libéralisme est accusé de tous les maux. Les licenciements, la pauvreté, la crise financière, la destruction de la planète, c'est la faute au libéralisme. Le libéralisme serait l'encouragement à la cupidité, et au renoncement aux valeurs humanistes, qui mettent l'être humain au cœur de l'économie.


     Pourtant, nous ne sommes pas dans une économie ultra-libérale, ni qui tendrait vers l'ultra-libéralisme. Ainsi, la dépense publique représente en France plus de la moitié de la richesse créée chaque année dans le pays. Tous les pays développés, toutes les économies de marché dans le monde ont d'ailleurs des niveaux de dépenses publiques élevés.


     D'autre part, l'interventionnisme est visible. Ne serait-ce qu'en matière monétaire. Les taux d'intérêt sont devenus un vecteur important d'interventionnisme aux USA. C'est ainsi que ce pays a soutenu la croissance économique par la création monétaire, en maintenant les taux d'intérêt bas, pour favoriser le crédit. Malgré la bulle immobilière, ils n'ont pas remonté ces taux, de peur de casser la croissance. Ce qui a causé la crise financière. ( Cf  Les essentiels sur la crise  )


     Et pourtant, c'est encore et toujours le libéralisme qui est accusé. On en vient même à parler du retour du keynésianisme, alors que la politique de relance par les taux qui a conduit à la crise est inspirée du néo-keynésianisme!


     D'où vient l'antilibéralisme? Que lui reproche-t-on? Je me propose dans cet article, d'analyser, de définir l'origine de l'antilibéralisme. Pas l'origine historique, ce qui serait un énorme travail. Ce qu'on pourrait appeler l'origine conceptuelle de l'antilibéralisme. Je tenterai de montrer ce que traduit l'antilibéralisme, ce qu'il signifie.


     Par antilibéralisme, j'entends Les différents reproches qui sont fait au libéralisme, et les différentes conceptions qui lui sont opposées. L'antilibéralisme n'est pas une théorie, ni une idéologie. Cependant, par cet article, je vais un peu théoriser l'antilibéralisme, puisque je vais en dégager les caractéristiques, en le comparant au libéralisme.


     Je commencerai par les idées fausses sur le libéralisme, et l'origine de celles-ci. Puis, je traiterai du social, grand reproche fait au libéralisme. Ensuite, j'aborderai ce que je définirai comme le caractère normatif de l'antilibéralisme. Enfin, je tirerai les conséquences de cette confrontation.


Capitalisme et libéralisme.


Haro sur le capitalisme

     Le capitalisme est considéré comme une doctrine qui favorise les grands groupes, et les riches, les possédants, au détriment des salariés et aussi des consommateurs et des citoyens. De mépriser l'être humain, de prôner la course au profit.


     C'est ce qu'on appelle aussi le capitalisme, ou encore aujourd'hui l'ultra-libéralisme. L'ultra-libéralisme n'est pas un terme économique. On l'emploie uniquement pour stigmatiser le libéralisme. Il fait partie de la rhétorique politique. (En économie, et en politique, il y a le terme libertarisme, ou libertarianisme)


     Le terme capitalisme est plus difficile à définir. Il fait référence à l'accumulation de capital nécessaire avant de créer une entreprise. Il correspond à l'époque des grandes entreprises industrielles. Mais il a le même sens que libéralisme. L'économiste Joseph Alois Schumpeter a intitulé son principal ouvrage fini (il en a écrit un plus important mais inachevé) Capitalisme, socialisme et démocratie. Par capitalisme, il entend ce qu'on appelle plus aujourd'hui libéralisme.


     Mais, dans le langage commun, capitalisme désigne la domination du grand capital sur la société, et le fait de faire passer le profit avant toute chose.


     Cette idée est renforcée par ceux qui défendent le libéralisme, ou le capitalisme. Ce sont les grandes entreprises, les banques, les riches, les "bourgeois" en fait. A l'origine, ce sont ces bourgeois, par opposition aux nobles, qui ont défendu les débuts du libéralisme en France. Aujourd'hui, au nom du libéralisme, les représentants du patronat demandent des réglementations en faveur des entreprises.


La vrai nature du libéralisme

     Cette conception du libéralisme est fausse. Le libéralisme ne défend pas les patrons, ni particulièrement la grosse entreprise, ni la finance, ni ne considère qu'il faut favoriser les entreprises. C'est d'une manière abusive que le patronat se réclame du libéralisme pour exiger des mesures qui le favorise.


     Le libéralisme ne favorise personne. C'est sa nature même. Le libéralisme, c'est la liberté. Il favorise la libre entreprise. Ce qui signifie que n'importe qui peut venir concurrencer une grosse entreprise. Il ne donne aucun argument pour favoriser une entreprise.


Le libéralisme condamne par ailleurs les ententes, la concurrence déloyale. Il condamne tout usage de la force pour obtenir un avantage économique. C'est même sa plus grande hantise.


     Le but du libéralisme est que chacun puisse vivre comme il l'entend, sans nuire à autrui. Au delà de l'économie, c'est un concept politique. Philosophique peut être aussi. Il y a de nombreuses écoles au sein du libéralisme, qui prônent plus ou moins d'Etat. Mais la principale justification de l'Etat, dans le libéralisme, c'est justement la Justice. C'est d'éviter la domination de quelqu'un sur une autre personne. Ce n'est pas parce que la réalité n'est pas conforme à l'idéal qu'il faut condamner l'idéal. A certains égards, le libéralisme mérite plus le titre d'utopie que le marxisme.


     Quant aux motivations des gens, le libéralisme, chantre de la liberté, n'en impose aucune. Ni le profit, ni une autre. Si l'on considère donc que dans une société libérale, c'est le profit qui en vient à mener le jeu, c'est que l'on considère que c'est naturellement la motivation des gens.


Le social


Négligence du social chez les libéraux.

     Le libéralisme est critiqué pour les licenciements, provoqués par ce qu'on appelle le laisser-faire. Les entreprises licencient pour leur survie, ou, selon les opinions, pour maximiser les profits. Le libéralisme néglige les problèmes sociaux. Sa réponse étant le développement économique, qui permet de donner emploi et revenu à chacun. D'autre part, face au montant impressionnant, et en augmentation, de la dépense publique, les libéraux, en bons gestionnaires, réclament une maîtrise de celle-ci. Ce qui renforce les accusations d'aller à l'encontre du social.


     Cette description est exagérée. En fait, le sujet du libéralisme est avant tout la liberté. Les libéraux théorisent à l'envi sur le meilleur moyen de la préserver. Ils ne considèrent pas que le sort des défavorisés n'est pas à prendre en considération. Mais ce n'est pas le cœur de la réflexion. Le social, c'est de la gestion, en quelque sorte. Les libéraux poursuivent un idéal.


     Ceci dit, les libéraux ont quand même fait des propositions en matière de social. Curieusement, ce sont même les seuls qui ont fait des propositions concrètes. Ainsi, la prime pour l'emploi est une adaptation de l'impôt négatif, pour compenser des bas revenus. De même, Milton Friedman propose un système de vouchers, des bons, pour les services publics, comme l'éducation. Ces bons seraient distribués aux parents, qui pourraient choisir l'école pour leurs enfants.


     L'idée étant à la fois que la collectivité doit financer les services publics, mais ne doit pas forcément les réaliser elle-même. L'idée étant aussi d'introduire la concurrence dans la gestion des services publics.


     D'autres libéraux, plus conservateurs, ou traditionalistes, selon mon opinion, font confiance à la solidarité pour assurer une vie décente aux plus défavorisés. Solidarité dans le sens où des organisations caritatives privées aident les défavorisés.


     Tout ceci pour montrer que les libéraux ne se désintéressent pas totalement du social; mais il s'agit de la gestion de l'argent public. Le but de leurs réflexions est comment garantir au mieux la liberté pour chacun.


Le paradoxe de l'antilibéralisme

     Les antilibéraux, au contraire, font du social leur principal revendication. Cela va de la dénonciation des licenciements, en passant par la condamnation des bonus des traders, à la réclamation d'une augmentation du salaire minimum. Les antilibéraux se préoccupent de la répartition des richesses.


     L'antilibéralisme est par conséquent un bon argument électoral, par ses revendications de justice sociale. Il trouve donc sans problème ses soutiens dans la politique. Cependant, on peut se demander pourquoi le libéralisme, réputé ainsi contraire à la justice sociale, n'a pas totalement disparu au profit de l'antilibéralisme. C'est ce que j'appelle le paradoxe de l'anti-libéralisme.


     Le problème, c'est que les antilibéraux s'attachent à la répartition des richesses, mais pas à leur création. Il n'y a pas de concept sur la dynamique de l'économie, sur l'origine de la création de richesse, sur ce qui fait croître l'économie.


     La dynamique de l'économie, dans la théorie libérale, c'est ce que j'ai décrit dans un précédent article sous l'expression "schéma de base de l'économie" . Le principe, c'est que chacun peut librement proposer quelque chose sur le marché. C'est le fait de laisser les gens produire et proposer cette production, et aussi déterminer, en tant que consommateurs, à travers le marché, les types de production qui se vendent, et les prix, et donc la rémunération du travail.


     L'antilibéralisme n'a pas conceptualisé une telle dynamique. Qui fonctionne du moins. L'antilibéralisme est focalisé sur la répartition. C'est ainsi que les propositions contre le chômage sont le partage du travail.


     C'est peut-être de là que viennent finalement les propositions d'un indicateur pour remplacer le PIB. L'antilibéralisme ne conçoit pas la dynamique de l'économie. Or, le PIB mesure cette dynamique.


Le caractère normatif de l'antilibéralisme


Un discours normatif

     Le discours antilibéral peut être qualifié de normatif, dans le sens où il réclame des normes pour la société. Ce sont des normes sociales: limitations des bonus, augmentation du salaire minimum, interdiction des licenciements, etc.


     Mais aussi des normes qui tiennent plus d'un mode de vie. Favoriser le commerce de proximité, les petits producteurs, le commerce équitable, le secteur associatif, l'agriculture biologique, lutter contre l'économie de consommation, favoriser la décroissance, etc. Les justifications sont diverses, sociales ou écologiques souvent aujourd'hui. Elles ont pour point commun de désigner le libéralisme, ou le capitalisme, comme responsable de l'écart par rapport à la norme proposée.


     Par exemple, le libéralisme peut être accusé d'encourager les OGM. Et c'est vrai que le libéralisme est favorable à l'innovation. Par un raccourci, les OGM sont considérés comme étant imposés par le libéralisme à cause de l'obsession du profit.


     L'antilibéralisme est plus un ensemble de normes qu'une mouvance idéologique unifiée. Différents groupes défendent différentes normes. Et chacun demande que ses normes soient imposées, ou favorisées, par l'Etat. Dans l'intérêt général de tous.


Libéralisme: la cohabitation des normes

     La démarche du libéralisme est totalement différente. D'abord, aucune norme n'est imposée. En dehors de l'obligation de respecter la liberté d'autrui. Chacun peut vivre comme il l'entend.


     D'autre part, les normes de vie peuvent cohabiter. Le libéralisme n'impose pas un modèle unique. Si un groupe de personnes veulent créer une coopérative, ils le peuvent. Si un groupe veut faire du troc, c'est possible. Le libéralisme ne condamne ni ne critique aucun mode de vie. Il critique le fait d'imposer un mode de vie, ou de production. Un mode de vie, ou de production, peut devenir dominant, mais s'il est majoritairement choisi par les gens. Et il peut toujours voir se développer d'autres modes à ses côtés.


Enseignement de la confrontation libéralisme-antilibéralisme


Des aspirations à prendre en considération

     On remarque que l'antilibéralisme cristallise les peurs sociales. Ce sont les peurs face au licenciement, la peur de ne pas trouver un emploi équivalent, la peur de l'avenir causée par les évolutions technologiques et leurs effets sur l'emploi, la peur face au déficit de la sécurité sociale et l'éventualité d'être moins bien soigné (il y a une grande inégalité dans les soins en fonction du niveau de revenus).


      Les libéraux ne répondent pas à ces peurs, ce qui est un tort. Ils sont trop obnubilés par la recherche de la liberté, oubliant que c'est l'efficacité économique et sociale qui a permis au libéralisme de s'imposer. Il faut donc répondre à ces craintes, et pas seulement en répondant qu'il suffit de laisser faire, de ne pas intervenir.


     Répondre, c'est d'abord fustiger la récupération du libéralisme. Le libéralisme, ce n'est pas le Medef. C'est ne pas se contenter du laisser faire, mais proposer des politiques économiques, donner un coup de pouce au laisser faire (On trouvera des exemples dans mes articles  La relance, l'innovation, capital risque et capital développement   et  Le schéma de base de l'économie  .)


     Enfin, répondre, c'est proposer des solutions de gestion des services sociaux. Actuellement, le débat se focalise sur le niveau des dépenses: soit on diminue, soit on augmente. Les antilibéraux ne proposent pas un moyen de mieux gérer, ne serait-ce que pour proposer un meilleur service pour le même coût. Les libéraux se focalisent sur la mise en concurrence, qui crée des craintes d'inégalités. Il faut sortir de cette confrontation stérile, pour réduire la peur en l'avenir que peuvent ressentir les gens en période de mutation économique. Il faut mettre les mains dans le cambouis en quelque sorte.


Les normes de vie

     Qu'en est-il des autres normes, qui ne répondent pas à ces peurs sociales? Toutes ont leur justification pour ceux qui les défendent. Cependant, peut-on par exemple supprimer la publicité, en considérant qu'il ne faut pas encourager les gens à consommer, ou doit-on considérer que les gens ont leur libre arbitre, et que c'est à eux de décider s'ils tiennent compte de la pub dans leurs comportements? Sachant que l'opinion à ce sujet est relative. Il y a des pays où les gens reconnaissent un contenu informatif à la pub.


     Autre exemple: l'écologie. Faut-il, au non de l'écologie, favoriser l'agriculture bio, ou l'agriculture raisonnée, ou les OGM? Faut-il condamner les grandes surfaces ou est-ce seulement un prétexte, de la part d'un groupe de gens qui n'aiment pas les grandes surfaces (ce qui est leur droit) et préfèrent de petites boutiques de proximité? Faut-il interdire les grandes surfaces ou, pour limiter les transports, développer les grandes surfaces en ville?


     Dans beaucoup de cas, il y a controverse. Il y a des arguments pour et contre. Il y a des raisons cachées parfois. Bref, tous les problèmes d'une discussion humaine mais à très grande échelle!


     Le libéralisme propose un mode de fonctionnement, en laissant les gens proposer leurs modèles. On peut imaginer que les adeptes du bio créent des associations pour se fournir, rendre disponibles, ou même cultiver ces produits. Ce qui se fait déjà plus ou moins je crois. Et ce modèle se développerait si les gens y adhèrent. S'ils n'y adhèrent pas, c'est qu'ils ne sont pas d'accord.


     On peut imaginer la même chose pour le commerce de proximité. Bref, des initiatives privées, à but lucratif ou non, pour proposer et promouvoir les normes de vie. Le modèle associatif fait partie du libéralisme. C'est une initiative privée.


     On peut imaginer la même chose pour les services sociaux. Par exemple, un site internet qui recueillerait des témoignages sur des expériences de gestion efficace de crèches, d'aide en matière d'éducation, d'insertion, afin de diffuser les pratiques efficaces. Là encore, c'est du libéralisme.


Conclusion: un débat peut-être plus politique qu'économique

     En conclusion, il y a de nombreuses idées fausses sur le libéralisme. Cependant, une partie des critiques qui lui sont adressées viennent des peurs que ressentent les gens face au chômage, à l'incertitude de l'avenir. Les libéraux devraient répondre plus précisément à ces peurs.


      De même, libéraux, et antilibéraux, devraient s'intéresser concrètement à la gestion du social. Que ce soit la protection sociale, l'éducation, le logement. On peut renvoyer dos à dos tout le monde, dans un débat qui se focalise uniquement sur le fait de baisser ou augmenter la dépense publique, et non sur les moyens concret d'améliorer le service rendu, au moins à coût stable. Je suis persuadé que cette démarche générerait des économies d'ailleurs.


     Enfin, en ce qui concerne ce que j'appelle les normes de vie, le débat est finalement plus politique qu'économique. Peut-on décider de la direction que doit prendre la société? Comment en décider? Jusqu'où décider de la vie des gens?


     Le libéralisme propose un mode de fonctionnement. Qui s'est développé car il se révèle efficace. Pas seulement sur le plan économique. Il permet de faire cohabiter plusieurs modes de vie. Il permet de faire cohabiter des solutions différentes, d'en faire émerger une qui convient au plus grand nombre, par la méthode de l'expérience et du tâtonnement. C'est son plus grand atout face aux questions ci-dessus: peut-on décider de la direction de la société, comment en décider, jusqu'où décider de la vie des gens?


     Le modèle collectiviste du communisme s'est lui révélé catastrophique. Sur le plan économique et social. Mais aussi écologique. L'un des atouts du libéralisme, c'est aussi la liberté d'expression. Quand quelque chose va mal, on a le droit de le dire. Et donc de parler des dégâts écologiques. Ce qui n'est pas le cas dans le communisme.


     En matière écologique, l'innovation est aussi un atout du libéralisme.


     Un autre modèle pourrait-il être efficace? Peut-être. Le débat doit exister. Les arguments, les théories doivent être mis à l'épreuve. Il n'y a ni réflexion, ni progrès sans débat. Je n'ai pas de certitudes. Je présente ce qui n'est qu'une opinion, en fonction des éléments dont je dispose à ce jour, et de l'état actuelle de ma réflexion.



NB: J'ai entrepris dans cet article une démarche risquée, un peu folle, d'essayer de caractériser l'antilibéralisme aujourd'hui. J'ai fait la démarche d'essayer de comprendre l'opposition des deux camps, qui me semblaient parfois ne pas traiter des mêmes sujets. La démarche est peu commune, et difficile, tant il y a d'antagonismes en économie, et tant les voies suivies par les économistes divergent. Je me suis peut-être complètement planté dans ma démarche. J'ai peut-être apporté des éléments de réflexion. J'aurai essayé, en tout cas.


Mon entreprise est aussi certainement biaisée par le fait, qui je crois est clair dans l'article, que je suis plus favorable à la démarche libérale.

D'autre part, l'article a beaucoup d'imperfections. J'y réfléchis depuis un certain temps, mais il y a un moment où il faut se décider à publier. Car c'est le genre de réflexions qui peut prendre des années. Je me suis donc lancé.

(J'ai écrit précédemment un article sur internet et le libéralisme, qui complète un peu celui-ci: Internet, modèle d'évolution libérale?  , et un autre court article contre certaines idées reçues sur le libéralisme: A propos de l'écologie et du social...  )

 

(Cliquez sur "commentaires" et vous trouverez une critique, en plusieurs parties)

 

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Peut-on faire confiance aux chiffres du chômage?

1 Décembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Peut-on faire confiance aux chiffres du chômage? on nous dit que ces chiffres minimisent l'ampleur réel de la situation. Qu'en est-il exactement?


     Tout est une question de statistique. Donc de définitions. Les chiffres donnés mensuellement en France sont, grosso modo, ceux des chômeurs cherchant un travail et n'ayant pas travaillé dans le mois. Le taux de chômage reprend la définition du chômage au sens de BIT, qui est à peu près semblable.


     Ensuite, il y a plusieurs catégories de chômeurs: qui ont travaillés, et qui recherchent du travail supplémentaires. On les classe en fonction du nombre d'heures travaillées.


     Un sans emploi qui ne recherche pas de travail n'est donc pas un chômeur, tandis qu'un employé à temps partiel qui recherche un autre emploi peut être un chômeur.


     La polémique sur les chiffres du chômage est apparue quand le chômage a baissé sous le gouvernement Raffarin. Aujourd'hui, on nous la ressort.


     Il n'y a pas de vérité statistique. Une statistique ne donne pas une photographie d'une situation. Les chiffres du chômage, et le taux de chômage, sont des indicateurs. Ils donnent une idée du chômage, et de son évolution. C'est tout. Une idée assez bonne, puisqu'on peut les tourner dans tous les sens, ils sont élevés. Et sont clairement en augmentation. C'est suffisant.


     Si on veut une idée précise de la situation de l'emploi, c'est tout une batterie de chiffres qu'il faut examiner: le nombre de chômeur, le nombre de chercheurs d'emplois, la qualité des emplois (nombre d'heures travaillées par mois, salaire).


     La qualités de l'emploi est d'ailleurs tout aussi importante que les chiffres du chômage. On remarque un développement des emplois de service. C'est-à-dire peu d'heures travaillées par mois, et donc peu payés. De même, il y a toujours beaucoup d'emplois aidés, types CAE, comme les anciens emplois jeunes: des contrats temporaires et peu payés. Il y a le RSA, qui encourage les emplois mal payés. Ce sont plutôt ces caractéristiques de l'emploi qu'on pourrait mettre en avant, plutôt que de polémiquer sur des chiffres du chômage, qui montre de toutes façons une réalité difficile.

Cliquer ici pour les chiffres et définitions du chômage.

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