Analyse Libérale

Vers une nouvelle bulle et une nouvelle crise?

23 Novembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Y a-t-il une nouvelle bulle financière en formation, susceptible de provoquer une nouvelle crise? La question apparaît de ci de là dans les commentaires des journaux et magazines. Deux marchés inquiètent essentiellement: celui des obligations d'Etat, et celui des matières premières. La récente envolée de la bourse inquiète un peu également.


     Pourtant, il n'y a aucune similitude, à ce que j'en sais, avec le mécanisme qui a déclenché la crise. La crise provient d'une croissance à crédit. Le crédit servait à financer des maison. Les gens pouvaient même emprunter plus que le prix de la maison, car on estimait que celle-ci ne pouvait que gagner de la valeur.


     Le crédit immobilier faisait augmenter le prix des maisons. Les gens pouvaient emprunter à nouveau, l'équivalent de l'augmentation du prix de leur maison (cf: Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés  , Crise financière: qui est responsable?  ). Ils se servaient de cet argent pour consommer. Ce qui faisait augmenter la consommation. Donc la croissance.


     Quand les gens n'ont plus eu de quoi rembourser, le soufflé est retombé. C'est une explication très rapide et raccourci, mais qui rappelle l'origine de la crise: une croissance basée sur la création monétaire (cf  Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire)  pour comprendre ce qu'est la création monétaire).


     La situation actuelle est plus classique. Il y a une hausse des marchés des obligations d'Etat car il y a une recherche de qualité, de placement sûr. Pour les matières premières, il est difficile de distinguer entre la spéculation et le fait que la demande est néanmoins très forte, par rapport à l'offre. Le marché des matières premières n'est pas fluide. Pour le pétrole, par exemple, les nouveaux gisements sont onéreux à exploiter, et provoquent une augmentation des prix. Augmentation qui intervient après une chute des cours.


     J'ignore si on peut vraiment parler de bulle. Et s'il y a bulle, quel est son importance. Je ne m'y connais pas assez. Ce qui est certain, c'est que c'est un phénomène qui se produit assez couramment, qui provoque des pertes, mais mais aujourd'hui cela ne provoque plus de crise économique. Sauf dans des pays qui dépendent trop des matières premières, pare exemple, et qui verraient leurs ressources chuter. En tout cas, rien à voir avec ce qui a provoqué la crise.


     Cependant, il y a aussi un problème de confiance. Il y a eu une crise en partie parce que les risques étaient mal évalués. D'autre part, les banques centrales sont accusées d'ouvrir trop grand les robinets à liquidités. Après la crise que nous venons de connaître, on peut, malheureusement légitimement, se demander s'il n'y a pas quelque chose qu'on ne voit pas, un risque caché. C'est pourquoi la transparence est absolument nécessaire. (cf Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer.  ) Mais on n'en prend pas le chemin.

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Google, Hadopi, et les livres

18 Novembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Nouvelle économie - croissance

 

     Aux Etats-Unis, le gouvernement s'est inquiété d'un accord entre Google et les représentants de l'industrie du livre. Google poursuit en effet une entreprise de scannage de tous les livres dans le monde, dans le but de les vendre sur internet. Les représentants de l'industrie du livre avaient protesté, car Google ne demandait aucune autorisation pour ce scannage. Il n'y avait pas eu non plus de négociation sur les prix des livres, leurs conditions de vente, le partage du produit de la vente entre Google et les auteurs et éditeurs.


     Un accord avait été finalement négocié entre Google et les représentants de l'industrie du livre. Aux Etats-Unis, il y a des organismes représentatifs dans certains domaines, qui négocient ce genre d'accord. Cela existe dans l'audiovisuel, par exemple.


     Mais cet accord a été retoqué par la justice américaine. Il était trop favorable à Google.


     Aujourd'hui, cet accord est en cours de renégociation.


     Nous avons donc une société privée, qui scanne des livres, sans demander aucune autorisation aux ayant-droits, ni aux éditeurs. Dans le but de proposer les livres numériques à la vente. En décidant bien entendu du montant des reversements accordés aux éditeurs et aux auteurs.


     Les auteurs ou éditeurs peuvent refuser. Mais c'est à eux de se manifester. Google ne demande rien. Il indique seulement que si quelqu'un s'oppose à la vente d'un livre, il doit l'indiquer expressément, avec toutes les références nécessaires.


     Ce qui est surprenant, c'est le silence de la France. Le gouvernement s'est démené pour faire passer la loi dite hadopi, dont le but est de punir le téléchargement d'œuvres musicale et audiovisuelles, par des internautes qui n'en ont pas payé les droits.


     Or, ce qui se passe avec Google est d'une tout autre dimension. Les internautes punis par hadopi veulent simplement écouter de la musique, regarder un film. Ou même télécharger tout un album pour seulement écouter une chanson. Il n'y a pas de revente.


     Le but de Google est tout autre. Il est de vendre les livres. A ses conditions.


     Imagine-t-on qu'un constructeur automobile reprenne un ancien modèle de Peugeot, de Renault, de Mercédes, le copie dans ses moindres détails techniques, et le revende? Sans rien demander à Peugeot, Renault ou Mercédes? En disant: voilà, je vous reverse tant? C'est ce que fait Google.


     Les enjeux sont bien plus importants que le téléchargement visé par hadopi. On peut même se demander ce que va devenir toute la réglementation française sur le livre. On peut être d'accord ou non sur le prix unique du livre, mais c'est une loi, il faut qu'elle soit respectée.


     Google rencontre une résistance, mais de la part de ses concurrents, comme Amazon, Microsoft par exemple. C'est une pratique américaine. Un acteur tente quelque chose, les concurrents essaient de faire respecter les règles, quand ça les arrange.


     Mais ce n'est pas le mode de fonctionnement français. Normalement, l'Etat protège de ce genre de comportement. En se saisissant du dossier au plus tôt, les autorités françaises donneraient un signal fort, à Google, aux autres sociétés, au monde.


     Même si on est favorable à l'action de Google, une action d'une telle envergure exige au moins un débat, pour mettre à l'épreuve les arguments des uns et des autres.


     J'avais déjà regretté qu'hadopi ne s'en prenne pas au piratage, c'est-à-dire la copie dans un but commercial. La encore, on ne s'occupe pas d'une situation qui dépasse pourtant le simple téléchargement amateur.

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J'ai été tagué!

12 Novembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

     Voici un article inhabituel, qui n'a rien à voir avec ce que j'écris usuellement sur ce blog. J'ai été tagué! Kézaco? J'ai reçu un award! Oui, mais encore...

     Pour ceux qui ne savent pas, un tag est donc une récompense, qui circule parmi des blogueurs qui apprennent à se connaître et s'apprécient. Ils décernent à d'autres blogs une récompense, et celui qui l'a reçue peut à son tour la faire circuler. Voici cet "award":



     Il m'a été gentiment décerné par Mamalilou, dont je vous invite à découvrir le site, en cliquant sur son nom. Un site très différent du mien. Vous y trouverez des images d'artistes contemporains, des textes sur la spiritualité, sur l'écologie. Des conseil écologiques aussi. Et quelques textes sur l'économie et la société, grâce auxquels j'ai découvert ce blog.

     Ce blog est aussi différent du mien car ceux qui le découvrent y reviennent en laissant comme commentaire juste un bonjour, bises, très bien l'article. Beaucoup de ces visiteurs ont leurs blogs, éclectiques souvent comme celui de Mamalilou. Ce qui forme une communauté vivante et sympathique. Tous ces internautes donnent un autre visage à l'internet, un visage plus humain.

     Mon blog, c'est plutôt la catégorie "je vous donne doctement et sans modestie une leçon d'économie". Il n'y a pas ce genre de tag, dans ce genre de blog... Sauf si on devient un habitué du blog de Mamalilou!

     Par contre, je ne vois pas trop qui taguer. Il faudra que je réserve quelque chose à Mamalilou, bien sûr. Mais je ne vais pas lui retourner son tag. Je connais quelques blogs bien sympathique, où j'ai mes habitudes, mais où la mode n'est pas au tag. Même si, je suis sûr, certains apprécieraient. Mais respectons les usages. Avec ce respect, on arrive à communiquer sur les blogs. Par contre, je vais rajouter des sites en liens dans la colonne à droite.

     Mais, Mamalilou alors, a-t-elle mal fait de me taguer? Non, bien sûr, puisque je fais même un article spécial! Je suis très heureux qu'elle me considère comme faisant partie de son "cercle" de blogueur. Et puis, de temps en temps, on peut s'amuser, même sur un blog "sérieux". Elle a compris que ça me plairait. Ou, me testerait-elle? Je m'attends à tout de cette coquine!

     Bon, n'ai-je rien oublié... Non? Ah, oui, les sept anecdotes! Il faut que je parle de moi, paraît-il, ça fait partie du tag. Mais on peut se défiler... Bon, allons-y...

- Je suis du Pas-de-Calais, donc j'aime les frites (cliché, certes, mais authentique)
- J'ai foncé dans une porte vitrée quand j'étais petit, donc je n'aime pas nettoyer les vitres: c'est dangereux!
- J'aime les grimaces. Non, ne tirez pas la langue! Les faworki! Qu'est-ce que c'est? On dit aussi Krouchtiki, mais je ne sais pas comment l'écrire sous cette appellation. C'est une pâtisserie polonaise qui ressemble à la merveille.
- J'ai cherché pendant près d'un an un agenda, avec des dates d'anniversaire, en retournant tout mon appart', qui n'est qu'un studio, mais sans même ouvrir le tiroir dans lequel il  se trouvait. Oui, ridicule!
- Vous ne vous étonnerez pas alors si je vous dis que je suis un peu désordonné (bordélique, quoi!). Mon bureau effraie mes collègues, et mon appart' donne parfois l'impression qu'il y a eu un tremblement de terre en région parisienne. Je me rattrappe en rangeant bien les armoires. Mais je devrais peut-être faire le contraire: place nette à l'extérieur, bordel dans les armoires?
- Je peux avoir des horaires décalés (couché tard, levé encore plus tard, le passage à l'heure d'hiver est pour moi)
- Quand je suis arrivé à Paris, j'ai bien sûr pris un RER dans le mauvais sens, je l'ai repris dans le bon sens, et j'ai failli le reprendre dans le mauvais sens!

     Voilà, tu peux compter Mamalilou, ça fait sept! Bon, après toutes ces émotions, je vais me reposer moi. Et ce blog pourra reprendre son aspect normal.

     Encore merci Mamalilou.

     Bises.

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Les PME ont un problème d'activité plus que de crédit

10 Novembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

    Invité du Club Business Challenges SFR, Gérard Rameix, médiateur du crédit, déclare que la baisse des crédits de trésorerie accordés aux entreprises résulte plus de la baisse de l'activité de celles-ci que d'une éventuelle mauvaise volonté des banques. Ce problème d'activité vient en tête des préoccupations des entreprises, bien avant le crédit.
L'interview en vidéo.
Version écrite.
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La chute du Mur de Berlin

9 Novembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

     Aujourd'hui, 9 novembre 2009, l'Europe fête les 20 ans de la chute du Mur de Berlin. Cet anniversaire a une portée particulière quand on porte un nom polonais. C'est le symbole de la chute de la dictature communiste.

     Quand j'étais petit, je voyais ma famille envoyer des colis de l'autre côté du rideau de fer, vers le paradis communiste. On se demandait toujours un peu ce qu'on pouvait écrire dans les lettres. Même s'il est peu probable qu'elles étaient lues par la police. 

     La chute du Mur, c'est un peu la fin d'un épisode de l'histoire européenne, qui avait commencé en 1939, quand nazis et communistes s'étaient en quelque sorte partagés l'Europe, par le pacte entre Staline et Hitler. L'Ouest avait été libéré, mais pas l'Est.

     Je mettrais une autre date en parallèle: le 1er mai 2004. Ce jour là, huit pays anciennement sous le joug du communisme rejoignaient l'Union Européenne: la Pologne, la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie, la Hongrie, la république Tchèque, la Slovaquie, et la Slovénie.

     J'avais un peu de mal à y croire. On pouvait se demander si tous ces pays étaient réellement prêts pour l'Europe. Mais quelle importance? Ce qui semblait impossible pendant mon enfance se réalisait, très vite: la réunification de l'Europe.

      Ce 1er mai 2004 est vraiment une date particulière. Pour la première fois de son histoire, l'Europe était unie! Romain Gary a écrit un livre intitulé L'éducation européenne. L'histoire se déroule chez les partisans polonais. Pour Gary, l'éducation européenne, c'est la guerre, les conflits, qui sont la marque de son histoire. Or, pour la première fois, ce continent est uni comme jamais il ne l'a été.

     Sachons souligner les progrès de l'humanité, quand ils existent, quand ils sont réels, pour les encourager.

     Sachons aussi retenir les leçons de l'Histoire. pourquoi le mur s'est-il écroulé? Avant tout parce que le régime communiste ne parvenait pas à fournir le niveau de vie qu'attendait la population. Il était même incapable d'assurer son autosuffisance alimentaire, malgré ce qui fut appelé un temps le grenier à blé de l'Europe: l'Ukraine.

     C'est aussi pour partager sa prospérité que les pays de l'Est ont rejoint l'Union Européenne. Tout comme l'Islande veut le faire aujourd'hui. Et c'est parce qu'elle vit très bien du pétrole que la Norvège, a contrario, ne rejoint pas l'Union.

     Cela aussi il faut le souligner. Aujoud'hui, on dénigre encore et toujours le libre échange, l'ouverture des frontières européennes, le capitalisme, l'économie de marché. Je ne nie pas les problèmes sociaux que nous connaissons. Mais, peut-être que la base du système est bonne après tout. Ce système a quand même permis de construire une protection sociale, l'école publique, et à unir des pays qui se faisaient la guerre. Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain.

     On peut élargir cette réflexion au niveau international. Le libre échange instauré par le GAAT, puis l'OMC, est décrié. Les réunions du G7 ont été décriées. Le FMI est décrié. Pourtant, tout ce système a permis, jusqu'à présent, de traverser la crise financière en coopérant, sans se faire la guerre. Il y a des progrès à faire dans la coopération, peut-être. Le système n'est pas parfait, loin de là. Mais, là encore, peut-être que la base du système est bonne. Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain.

     On a tendance, et c'est logique, à souligner ce qui ne va pas dans le monde. Mais sachons aussi nous appuyer sur les réussites, pour progresser.
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Réponses à quelques questions sur le PIB

8 Novembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     Le PIB fait l'objet de critiques aujourd'hui. La commission Stiglitz l'a pris en grippe et a voulu poser les bases d'un indicateur concurrent. La course au PIB est accusée d'être néfaste pour la planète. La recherche de la croissance est ainsi critiquée. Jean Gadrey le lien qui est fait entre l'emploi et le PIB, et qui justifie la croissance de ce dernier.


     D'autre part, on s'interroge sur les limites de la croissance de ce PIB. Peut-il croître indéfiniment?


     Pour répondre correctement à ces interrogations, il faut d'abord rappeler ce qu'est le PIB. Pour cela, il est nécessaire de revenir au schéma de base de l'économie.


     L'économie, ce sont des milliards de personnes qui proposent des biens et services sur le marché, contre cela. C'est cela, le PIB: cet argent obtenu contre les biens et services. Ce n'est pas la production. C'est le produit de cette production.


     Voyons maintenant les reproches faits au PIB.


Le PIB et la commission Stiglitz

     Stiglitz reproche l'utilisation du PIB comme mesure de la performance économique d'un pays. Le PIB ne tenant pas compte de ce qu'on peut appeler le bien être, la qualité de vie. Par exemple, il ne tient pas compte de l'écologie. Il faudrait donc appliquer un coefficient écologique aux productions.


     J'ai aussi lu qu'on reprochait au PIB de mesurer la valeur des services publics à leurs coûts de production, ce qui ne refléterait pas leur vraie valeur.


      Le PIB ne mesure que ce pourquoi il est conçu. Mesure nécessairement imprécise dans notre monde complexe. Et c'est tout. Mesure-t-il mal la production publique? Pas du tout. La production publique n'est pas vendue. Ce qui est mesuré, par conséquent, c'est le produit de ceux qui contribuent à son élaboration. Le PIB mesure le produit, pas la production.


     Il ne mesure pas le bien être. Forcément, puisqu'il n'est pas conçu pour. Mais qu'est-ce que la mesure du bien être, de la qualité de vie? Des services publics de qualité? D'où la nécessité de mieux le valoriser dans le PIB? Mais on voit tout de suite que les français et les habitants des USA n e seront pas d'accord sur la place à accorder aux pouvoirs publics dans cette mesure du bien être. Il y a une part de subjectivité, de culture.


     Doit-on impacter le PIB d'un coefficient écologique? C'est-à-dire «pénaliser» les modes de production non écologiques, et valoriser les autres? Là encore, il y a beaucoup trop de débats. Par exemple, l'électricité nucléaire, la classe-t-on parmi les productions écologiques ou polluantes? L'écologie consiste-t-elle à ne pas utiliser d'OGM permettant permettant de produire du carburant, comme l'éthanol?


     Le bien être, la qualité de vie sont sujets à débat, et subjectifs. La qualité du PIB et de ne mesurer qu'une seule chose. Si on veut intégrer plusieurs mesures dans un même indicateur, celui-ci devient inutile car trop complexe: on ne peut plus l'interpréter. Alors, quand chaque mesure est sujette à interprétation, c'est encore pire.


     L'utilité d'intégrer des mesures dans un indicateur synthétique est donc nulle. Si on veut avoir une idée des conditions sociales d'un pays, ou écologique, on dispose par ailleurs de suffisamment d'indicateurs. Parfois, on préfère les ignorer, ou en parler le moins possible, comme les rapports PISA de l'OCDE, sur l'éducation.


     Le PIB mesure un élément. Une mesure ne décrit pas un pays. Plutôt que d'essayer de créer de nouveaux indicateurs, on devrait plutôt s'employer à imaginer les moyens d'améliorer la condition sociale des gens.


La course à la croissance, au toujours plus, symbole de l'ultralibéralisme sauvage.

     En fait, c'est ce qui sous tend la critique du PIB comme indicateur de la performance économique. Il est le symbole du système économique qui incite au toujours plus , toujours plus de production, et de profit, au détriment de l'être humain.


     Cependant, est-ce le système qui incite au toujours plus? Quand on revient au schéma de base, on constate que la croissance du PIB dépend des gens. On peut critiquer le fait que les gens veuillent plus. On peut préférer une vie d'ascète. On peut critiquer la forme de la production: plus de biens matériels, de divertissement plutôt que d'enrichissement culturel, ou ce qu'on considère comme la malbouffe.


     Mais ce n'est pas le système économique qui est responsable. A-t-on même le droit de forcer les gens à changer? Ils préfèrent le hamburger aux légumes verts? Soit. Mais c'est leur droit. On peut incriminer un défaut d'éducation, à la rigueur. Mais pas critiquer l'économie.


     On peut critiquer le fait que le PIB mesure un produit monétaire, faisant de l'argent un étalon de mesure. Mais c'est juste un étalon de mesure. On pourrait vivre dans une société sans argent. Des gens pourraient se regrouper et vivre en bannissant entre eux les rapports monétaires. Mais cela ne se fait pas . Tout simplement, peut-être, car on n'a pas trouvé plus efficace. .


     En conclusion, toutes ces critiques adressées au PIB, au système économique, seraient plutôt à adresser aux gens, car c'est de leur comportement qu'il s'agit.


Le PIB et l'emploi.

     La justification de la croissance du PIB est souvent l'emploi. Est-ce justifié, et peut-on dissocier PIB et emploi?


     Comme on l'a vu, le PIB est le produit récolté par tous les biens et services proposés à la vente sur le marché. Donc, bien sûr, il y a un lien avec l'emploi. Quand quelqu'un vend quelque chose sur le marché, il en tire sa rémunération. Quand une entreprise vend, elle peut embaucher. Il y a un lien entre le PIB et l'emploi.


     Le PIB est un indicateur de l'activité. Quand on a pour objectif de favoriser la croissance du PIB, c'est en fait la croissance de l'activité que l'on veut favoriser. Faire en en sorte que chacun puisse proposer des biens et des services sur le marché, contre de l'argent, en quantité suffisante pour acheter ce qu'ils désirent. On fait en sorte que l'activité des entreprises soit en croissance pour qu'elles aient besoin d'embaucher;


     Imaginer une croissance de l'emploi sans croissance du PIB, c'est ainsi imaginer une croissance de l'emploi sans croissance de l'activité. Est-ce possible?


    Repartons toujours du schéma de base de l'économie. Les gens obtiennent un produit, monétaire, des biens et produits qu'ils proposent sur le marché. Il y a des gens qui proposent des biens et services élaborés, et qui en embauchent d'autres pour les aider.


     Imaginons un système économique, un pays, fermé, sans importation ni exportation. La population est majoritairement employée dans des entreprises. Une petite partie sont les entrepreneurs.


     Imaginons qu'une petite partie de la population vive misérablement, en dehors du système économique, subsistant en recherchant la nourriture dans les poubelles, récupérant les vieux vêtements dans les poubelles, habitant des bidonvilles de cartons, et ne touchant aucune aide sociale.


     Imaginons que chaque entreprise embauche un membre de cette population exclues. Sans que la population augmente. En partageant le travail donc. Il y a donc eu création d'emploi sans augmentation du PIB.


     Cependant, si le PIB global n'a ni augmenté, ni baissé, le produit obtenu par chaque employé des entreprises a donc baissé. En effet, on produit autant avec plus de personnel. Le PIB individuel, en quelque sorte, a baissé. C'est-à-dire que la rémunération a baissé.


     Par conséquent; c'est comme si on avait levé un impôt sur les salariés, pour la redistribuer aux exclus. Je ne dis pas là qu'il ne faut pas aider les exclus. Je dis que cela s'analyse comme un impôt, et une redistribution. On prend à quelqu'un pour donner à un autre. Il n'y a pas eu de création d'emplois, mais une redistribution d'emplois, et de salaires.


     Analyser cela comme ce que c'est, c'est-à-dire un impôt, permet d'en envisager toutes les conséquences. Nous azvons implicitement supposé que la consommation des nouveaux embauchés compensait parfaitement celle anciens salariés. Ces derniers, voyant leur rémunération baisser, vont consommer moins. Et, pas de la même manière. La structure de l'économie devra donc évoluer pour s'ajuster au nouveau mode de consommation. Ce qui signifie restructuration d'entreprises.


     Est-ce que cela ne va pas faire émerger de nouveaux exclus, qui auront, eux, perdus leur emploi? On ne peut pas être catégorique. Cela dépend de l'ampleur du prélèvement. Ce qui est montré ici, c'est que la «création» d'emplois sans augmentation du PIB s'apparente à un prélèvement, et doit être analysée comme telle.


     (Toutefois, l'augmentation de la productivité peut aussi permettre la baisse du temps de travail. C'est ce qui s'est passé pendant un siècle, où il a été possible de diminuer le temps de travail sans diminuer les salaires. Une partie des gains de productivité servant aux augmentations de salaires, une autre à la baisse du temps de travail. La productivité augmentait tellement que c'était possible.)


     La véritable création d'emploi, qui consiste à favoriser l'activité, et donc conduit à une augmentation du PIB, permet d'offrir un emploi aux exclus sans diminuer la rémunération de ceux qui ont déjà un emploi.


Le PIB et la productivité.

     On relie généralement la hausse du PIB à la hausse de la productivité. Ce qui est logique. En effet, si chacun produit plus, le PIB augmente. Et on s'interroge sur la limite de cette augmentation: jusqu'où pourra aller la productivité, et, partant, le PIB?


     Il y a là, selon moi, une erreur d'interprétation. L'augmentation de la productivité, au niveau global d'un pays, c'est l'augmentation du produit par habitant. Ce peut être une augmentation de la productivité physique. C'est-à-dire produire plus d'une même production par personne.


     Mais l'augmentation de la productivité au niveau global peut aussi refléter autre chose. Selon le schéma de base de l'économie, les gens proposent des biens et des services sur le marché, et en retirer un produit. Par conséquent, une hausse du PIB peut signifier que les gens arrivent à vendre plus sur le marché. Plus en quantité. Mais ce peut être aussi un nouveau produit ou service. Ce qui fait augmenter le PIB en valeur, pas forcément en quantité.


     Donc, une augmentation de la productivité en valeur, c'est-à-dire plus de valeur produite par habitant, ce peut être une productivité en quantité, plus de produits pour un habitant, ou aussi résulter de nouveaux biens et services mis en vente. Ce n'est pas la productivité qui tire le PIB dans ce cas, mais ce qu'on appelle l'innovation.


     Par conséquent, la croissance du PIB n'est pas limitée par la productivité physique: la production de quantité de produits par habitant. Il peut y avoir croissance car de nouveaux biens ou services sont vendus sur le marché.


Les limites de la croissance du PIB.

     Le PIB peut-il croître indéfiniment? On peut se poser la question. En fait, tout dépend des souhaits de la population. Si les gens, en moyenne, estiment qu'ils ont suffisamment de choses, s'ils ne cherchent pas à obtenir plus, le PIB n'augmentera pas, sans que ce soit un problème. Ou il n'augmentera que dans la limite de la croissance de la population. La croissance du PIB n'est pas un but en soi. Cette hausse n'est que le reflet des souhaits de la populations.


PIB et écologie.

     La course au PIB est accusée d'être anti-écologique. Le PIB est un symbole d'exploitation de la planète selon certains écologistes.


     Et d'autres prônent la décroissance, pour éviter d'épuiser la planète.


     Là encore, il y a un malentendu. Le PIB est le produit des biens et services que les gens proposent sur le marché. Ce peut être des productions polluantes, ou non polluantes. Matérielles, ou immatérielles.


     Ce n'est pas le système économique qui pousse à la pollution. Le système est neutre. Le PIB peut être polluant ou non. Les industries vertes, comme on dit, sont même considérées comme une source de croissance.


     Bien sûr, si on décide que la population mondiale doit baisser, le PIB pourra baisser. Mais ce n'est pas un problème économique. Et c'est un autre débat.


Conclusion

     Les critiques contre le PIB sont donc sans fondement. Si on considère que la course au PIB est néfaste, ce n'est pas le PIB qu'il faut critiquer, ce n'est pas le système économique, mais le comportement des gens.


     Si on considère qu'il faut améliorer le bien être des gens, ce n'est pas le PIB en tant qu'indicateur qu'il faut changer.


     Et il faut aussi se rappeler que la croissance du PIB signifie croissance de l'activité, et peut réellement améliorer le bien être des gens.


 

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Le schéma de base de l'économie

3 Novembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

      Qu'est-ce que l'économie? J'ai décrit les principes de la théorie de l'équilibre, puis ceux qui ont guidé les politiques macroéconomiques.


      Nous avons vu ainsi que la théorie de l'équilibre décrit de façon mathématique le fonctionnement des marchés. Mais elle ne donne pas de solution de politique économique volontariste, pour relancer la croissance par exemple. Il faut au maximum laisser faire les forces du marché.


      Le politiques macroéconomiques ont voulu contrôler l'économie à partir des grands agrégats. Elles ont voulu relancer la croissance par une politique budgétaire, puis monétaire. Après avoir cru au succès de ces politiques, les échecs subis depuis les années 1970 jusqu'à la dernière crise financière remettent en cause ces politiques.


      La grande interrogation qui reste, c'est donc comment relancer la croissance. Ou encore, d'où vient la croissance? D'où vient la création de richesse? La théorie de l'équilibre mathématise le fonctionnement des marchés sans répondre à ces questions. Et les outils de la macroéconomie n'ont pas rempli leurs objectifs, ce qui met en doute l'Idée que la croissance puisse être initiée par une demande venant de la dépense budgétaire.


      Pour comprendre les mécanismes de l'économie, le mieux est de remonter à la source, à l'origine du mécanisme. Qu'est-ce que l'économie aujourd'hui? Comment fonctionne le système économique? Quel est l'opération économique de base, de laquelle découle tout le système?


Le schéma de base de l'économie

      Quand on décrit l'économie, on présente d'un côté les consommateurs, de l'autre les producteurs. On enchaîne sur le marché du travail, et la répartition de la richesse. Ce n'est pas là le mécanisme de base. Et c'est peut-être parce qu'on oublie le mécanisme de base que l'on comprend si mal l'économie.


      Pour le comprendre, il faut décortiquer ce qu'est une opération économique, pour les gens. Que se passe-t-il sur ce qu'on appelle le marché? Il y a des gens, qui ont des besoins, qui ont envie d'avoir quelque chose. Besoin de manger, de réparer sa toiture, envie d'un gâteau au chocolat.


      Si quelqu'un doit réparer sa toiture, mais qu'il ne sait pas le faire, il va demander à quelqu'un d'autre de le faire pour lui. Et, en échange, il va lui même proposer un service à celui qui va réparer sa toiture. Comme refaire l'installation électrique. C'est du troc.


      Evidemment, il est difficile de rencontrer quelqu'un qui peut effectuer la réparation dont on a besoin, et qui a besoin d'un service qu'on peut lui apporter. par conséquent, en paiement, pour le service, on peut signer une reconnaissance de dette: je soussigné Mr Machin doit un service de tel type à Mr Truc.


      Monsieur Truc pourra à son tour payer quelqu'un avec cette reconnaissance de dette. Par exemple, s'il veut refaire la peinture de la façade, il pourra dire au peintre, voilà, tu vas voir Machin pour ton électricité, il me doit un service, voici la reconnaissance de dette.


      Ce système a aussi ses limites. Il faut avoir confiance, être certain que le bout de papier présenté comme une reconnaissance de dette a de la valeur. Alors, Mr Truc peut aller voir une banque. Et, en échange de la reconnaissance de dette, avoir de l'argent, accepté par n'importe qui en paiement de n'importe quoi. Il pourra payer le peintre avec de l'argent.


      Mr Machin, qui a fait réparé sa toiture par Mr Truc, pourra avoir de l'argent en rendant lui même un service à quelqu'un, et rembourser la banque qui détient sa reconnaissance de dette.


      On a là le schéma de base de l'économie d'aujourd'hui: un système d'échange par l'intermédiaire de la monnaie. Ce qu'on appelle le marché, ou l'économie de marché, n'est rien d'autre qu'un système pour apparier les désirs et besoins de chacun.


      Tout le système de production part de ce schéma de base. Il se trouve que des entrepreneurs ont eu besoin de bras. Des gens ont accepté d'être payés pour exécuter un travail. Le travail est un service. Ce qu'on nous présente habituellement de l'économie est en quelque sorte la superstructure. L'infrastructure, c'est le schéma de base.


Une vision personnelle?

      Ai-je présenté une vision trop personnelle de l'économie? Je ne pense pas. J'ai juste expliqué le fonctionnement de base. En illustrant la célèbre phrase de Jean-Baptiste Say, considérée comme un fondement de l'économie de l'offre: «Les produits s'échangent contre des produits».


      De même, Schumpeter a mis à l'honneur le rôle de l'entrepreneur dans l'économie. L'entrepreneur, ce n'est pas le chef d'entreprise. C'est celui qui introduit une innovation. Quelqu'un donc qui propose un nouveau produit ou un nouveau service, pour obtenir quelque chose en échange, et qui ainsi donne une impulsion à l'économie.


      On comprend alors le principe de laisser faire le marché. L'économie, c'est ce que font les gens pour obtenir les biens et services qu'ils désirent. Ce ne sont pas les dépenses publiques qui donnent l'impulsion. On comprend aussi l'échec du collectivisme. L'économie, ce n'est pas un plan élaborée par un pays, qui peut décider de ce qu'il faut produire. Ce sont les gens qui essaient d'obtenir ce qu'ils veulent, par divers moyens.


       Le PIB n'est qu'une évaluation monétaire de ce qui a été échangé. Un PIB qui augmente signifie que les gens ont obtenus plus. C'est tout. On ne décrète pas une augmentation, ou une baisse du PIB. Il faut convaincre les gens de produire moins, par exemple, si on veut une baisse du PIB. On entend aujourd'hui des reproches contre la course au PIB, en critiquant implicitement l'économie de marché. Mais ce n'est pas l'économie de marché qui provoque une quelconque course au PIB. Ce sont les gens qui échangent. Il faudrait donc convaincre les gens de changer de comportement.


      Sur ce schéma de base s'est construit un système complexe de salariat, de marché des capitaux, de banques, etc. Mais cela n'a pas été décidé. Ce système s'est construit tout seul. Et, pour favoriser la croissance, ou, plutôt, pour satisfaire les besoins et envie des gens, il faut ne pas entraver l'initiative. Car c'est de là que vient l'impulsion. Et c'est elle qui a, en fait, cet effet multiplicateur. Une entreprise qui se crée donne à des gens l'occasion d'offrir leurs compétences en échange d'argent.


La politique économique

      Est-ce à dire qu'il n'y a pas de politique économique possible? Qu'il suffit de laisser faire? Ce n'est pas si simple. Pour que le système fonctionne, il faut un cadre réglementaire. Il faut que chacun respecte l'autre. Cela peut se faire sans système judiciaire, dans un monde parfait. Mais, souvent, les gens doivent désigner certains d'entre eux pour faire respecter les réglemente, nécessaire au bon fonctionnement du système. La politique économique peut donc être la préservation des conditions de bons fonctionnement de l'économie. Même s'il y a débat sur le sujet, sur le rôle de l'Etat.


      Il y a aussi une politique économique dont je n'ai pas vu de théorisation mais assez souvent appliquée: l'imitation. Selon les économistes libéraux, les pratiques les plus efficaces se propagent par effet d'imitation. C'est valable pour la politique économique. On peut essayer d'imiter dans un pays un système qui a fait ses preuves ailleurs.


      C'est vrai du cadre réglementaire. Mais pas seulement. De nombreux pays ont cherché à développer les techniques et industries qui semblaient avoir ailleurs un effet moteur sur l'économie. La France a ainsi favorisé l'implantation d'une industrie textile sur son sol. Aujourd'hui, on parle de diffusion de l'innovation. On parle de susciter l'innovation. Car ce n'est pas une industrie en soi qui tire une économie de nos jours, mais plutôt un système de renouvellement permanent du tissu économique (cf  La relance, l'innovation, capital risque et capital développement   ).


      La politique économique, c'est aussi la politique monétaire. La monnaie est juste un moyen d'échange, une reconnaissance de dette. On utilise la monnaie sans même comprendre ce que c'est. On voit comme sa gestion est importante, vu son rôle dans le système. Et comme elle est délicate.


      Mais, là encore, il faut revenir au schéma de base pour comprendre comment elle fonctionne, et déterminer comment la gérer. Or, aujourd'hui, on oublie ce qu'est la monnaie pour, le plus souvent, s'engouffrer directement dans la classification keynésienne des ses rôles: épargne, transaction, liquidité.


      Ce système économique correspond aussi à des principes de sociétés. Il met en avant l'accomplissement personnel. Chacun doit pouvoir décider de sa vie. Ou, plutôt, au moins pouvoir essayer. C'est le concept d'une société respectueuse des modes de vie de chacun. Chacun est libre de vivre comme il veut, de travailler, de choisir de gagner beaucoup ou peu, sans gêner la liberté d'autrui. Ce qui suppose des ajustements permanents.


Ultra-libéralisme sauvage?

      Cet accomplissement personnel se fait-il au détriment d'autrui? La liberté, l'initiative suppose-t-elle la domination de groupes, de grosses entreprises, sur d'autres? Des plus forts sur les plus faibles?


      J'ai déjà répondu, mais il est nécessaire d'insister sur ce point. La notion de liberté suppose que la liberté de chacun soit respectée. Donc d'interdire la domination. Maintenant que les règles soient respectées ou non dans le monde réel est une autre histoire. Il y a des problèmes de domination, d'accaparement. Ce qui est contraire aux règles de l'économie de marché.


      De même, la crise financière vient à la fois d'une relance monétaire par les autorités américaines, et, entre autre, d'un manque de transparence, d'information dans le monde de la finance. Deux manquements au fonctionnement de l'économie de marché. Le monde réel n'est pas un monde idéal.


      Ensuite, on oppose souvent la solidarité au système économique. On peut aussi remarquer que les économistes en parlent peu, ou pas. Je n'ai d'ailleurs pas évoqué la solidarité jusqu'ici.


      Il y a là un grand malentendu entre les économistes et le grand public. Les économistes étudient le fonctionnement de l'économie. La solidarité est une affaire personnelle. On décide, ou non, d'aider les autres. Une économie juste est une économie qui proscrit le vol par exemple. Mais assurer un niveau de vie minimum, et décider qu'il y a un niveau de vie minimum, n'est plus du ressort de l'économie. Ce sont les gens qui, individuellement ou collectivement, peuvent décider de garantir ce niveau de vie minimum.


      Cela est d'autant plus vrai que la notion de solidarité est différente d'un pays à l'autre. Un habitant des USA va privilégier le don volontaire à des associations, et se méfier de l'Etat. Il va avoir tendance à considérer que si quelqu'un est pauvre, c'est au moins en partie, de sa faute. Un français va être plus exigeant sur la nécessité d'une protection collective.


       La solidarité est donc surtout une affaire de gestion. Il ne faut pas considérer que toute dépense de solidarité est bonne pour l'économie, car la dépense publique soutiendrait la croissance. Nous avons vu que c'était faux. Il faut, en fonction des vœux des gens, déterminer les attributs d'un niveau de vie minimum, en fonction des possibilités, et le garantir sans obérer le fonctionnement de l'économie. Ce sont des ressources qui ne sont plus disponibles pour l'investissement par exemple.


      Ce débat sur la solidarité est souvent faussé par ce concept qui dit que la dépense publique a forcément un effet bénéfique sur la croissance économique. On s'en sert de prétexte pour ne pas s'interroger sur l'efficacité des dépenses publiques, en terme de maintien d'un niveau de vie minimum. Et, quand quelqu'un veut améliorer l'efficacité de la dépense publique, il est accusé de vouloir détruire le système de protection social. Au final, on en vient à des solutions prises dans l'urgence, en catastrophe, quand on ne peut plus financer le social. Et, comme les économistes mettent l'accent sur les conditions de fonctionnement de l'économie, et non sur les aspects de solidarité, ils sont accusé de vouloir détruire le social. Un langage de sourds. Mais quand même en partie de la faute des économistes, qui devraient parler aux gens de ce qui les intéressent, plutôt que de rester dans leur bulle théorique.


      Aujourd'hui, la mode est aussi d'opposer l'écologie au système économique. Ce dernier favoriserait l'exploitation de la planète. Répétons-le, ce sont les gens qu'il faut convaincre de changer de mode de vie. Le système intègre très bien l'écologie. Les normes de santé publiques, par exemple, sont extérieures au système économique. Maintenant, qu'il y ait des lobbies qui voudraient préserver certains avantages, c'est une chose qu'il faut combattre. La réalité n'est pas l'idéal théorique, je le répète.


Conclusion

      Je viens de décrire, rapidement, le libéralisme. Le système de l'économie de marché, dans lequel donc chacun propose ses services en échange d'autres services. Le libéralisme politique aussi, qui veut laisser chacun libre de s'accomplir, dans le respect d'autrui. Nous sommes loin de la mathématisation. Nous sommes dans une conception humaniste, dirions nous aujourd'hui, de l'économie. On en voit aussi mieux tous les enjeux sociaux. Tous les débats possibles sur le rôle de l'Etat. Présentée hors du jargon mathématique pseudo scientifique, l'économie peut aussi être plus accessible.


      Ce n'est ici qu'une présentation. Je ne fais qu'effleurer tous les enjeux. Mais, déjà, j'ai pu justifier des choix de politiques économiques. Et, surtout, cette explication a sa cohérence, et elle est aussi cohérente avec la réalité observée. Cohérence interne, cohérence externe: les critères requis pour une théorie.


(Cet article pourrait être amélioré. Mais j'ai choisi de le publier tel quel, car, d'abord, la  perfection est inatteignable. Et je n'ai pas trop le temps de peaufiner. Si vous pensez que des précisions sont nécessaires, ou si vous nêtes pas d'accord, n'hésitez pas à laisser des commentaires.)

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Le keynésianisme et le dirigisme macroéconomique

1 Novembre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     Après un article sur la théorie de l'équilibre, voici la théorie qui a succédé aux néoclassiques: le keynésianisme.


     Le livre phare de Keynes a été publié en 1936: Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie. Bien sûr, cette publication a été précédé d'autres livres et articles, qui donnaient déjà des indications sur la construction théorique de l'auteur.


L'équilibre de sous emploi.

     Keynes se place dans une problématique d'offre et de demande, comme la théorie de l'équilibre. La confrontation de l'offre et de la demande aboutit à un équilibre. Comme le schéma du marché du travail qui est repris ci-dessous. Cet équilibre est une situation stable de l'économie.


     Cependant, selon keynes, les forces du marché n'aboutissent pas forcément à un équilibre de plein emploi. C'est-à-dire que l'économie peut atteindre un point d'équilibre, pour lequel il y a du chômage. Le chômage, c'est quand il y a des gens qui veulent travailler au taux de salaire proposé par l'économie, et qui ne trouvent pas d'emplois.


      Pour que l'économie atteigne l'équilibre de plein emploi, l'Etat doit intervenir. Il doit soutenir la demande, par la dépense publique. La demande, ce sont, en gros, les commandes adressées aux entrepreneurs. La demande des consommateurs, mais aussi la demande en investissement. Par exemple, l'Etat peut soutenir l'économie par l'investissement public.


     La dépense publique a un effet multiplicateur sur l'économie. Il y a un effet d'entraînement qui relance l'économie. L'effet d'entraînement étant nettement plus efficace avec les dépenses d'investissement que les dépenses de consommation.


Une théorie macroéconomique.

     Nous avons vu que la théorie de l'équilibre étaient une théorie microéconomique. Le keynésianisme, au contraire, remet la macroéconomie à l'honneur. La macroéconomie, c'est partir tout de suite des grands agrégats: la consommation globale, l'investissement globale. On part directement du général. On appréhende l'économie globalement. Tandis que la microéconomie part du particulier pour aboutir au général.


     Rappelons qu'au final, la microéconomie et la microéconomie étudient la même chose. C'est la méthode qui diffère.


La théorie dominante.

     Le keynésianisme est devenu la théorie dominante, et l'est encore à bien des égards aujourd'hui. Ou, plutôt, ce que j'appellerais le dirigisme macroéconomique est devenu la théorie dominante.


     En effet, Keynes est décédé en 1946, soit seulement 10 ans après la parution de son œuvre majeure. Il a lancé un mouvement, de keynésianisme, puis le néokeynésianisme est apparu. Il y a plusieurs branches au keynésianisme, qui ne sont pas d'accord entre elles. Mais, surtout, Keynes a permis le développement de politiques macroéconomiques, inspirées plus ou moins lointainement de son œuvre.


     Déjà, le keynésianisme a été mathématisé. Une mathématisation qui englobe la théorie de l'équilibre, qui est dans ce cas un cas particulier du keynésianisme. On parle de l'économie de la synthèse.


     Les modèles mathématiques indiquent ce qui se passe si on augmente dans des proportions X la dépenses publiques. Ensuite, des modèles ont été développés pour tenir compte de l'inflation. Des modèles ont été développés pour montrer qu'une baisse des taux d'intérêt pouvait relancer la croissance.


      Dans le sillage de Keynes s'est développée une politique économique qui vise à piloter l'économie en contrôlant les grands agrégats. On relance la croissance par la dépense publique, ou, aujourd'hui, par la baisse des taux d'intérêt.


     La théorie de l'équilibre, aussi appelée théorie de l'offre, a parfaitement été intégrée dans cette politique macroéconomique. Ainsi, on en est venu à dire qu'il y a des situations où une relance budgétaire est possible, et d'autres où il faut appliquer la théorie de l'offre.


     J'avais écrit que la théorie de l'équilibre avait pour défaut de ne pas vraiment proposer de politique économique. Au contraire, dans le sillage du keynésianisme, on a développé des théories pour piloter l'économie, comme si on actionnait des leviers.


      La macroéconomie est l'économie dominante. Ainsi, on surveille la consommation comme le lait sur le feu. Pourquoi? Car, selon la macroéconomie, c'est la consommation qui tire la croissance. On s'interroge sur les déséquilibres macroéconomiques. Depuis que je m'intéresse à l'économie, ce qui fait plus de 20 ans, car j'ai commencé à l'adolescence, on s'inquiète des déséquilibres de la balance commerciale des USA. Toujours dans le cadre de la macroéconomie.


Une théorie mathématique.

      Keynes n'a pas présenté ses théories sous une forme mathématiques. Mais, très vite, la macroéconomie a été mathématisée. La macroéconomie est mathématique car elle a été modélisée mathématiquement.


      Elle est aussi basée sur les chiffres, sur les agrégats. On veut agir sur l'économie par les chiffres. Par le budget, en injectant de l'argent dans l'économie. Par la monnaie, en baissant les taux d'intérêt. Je ne sais pas si on peut appeler ça du keynésianisme, d'ailleurs. Mais c'est une politique macroéconomique développée dans le silage du keynésianisme. C'est l'idée que l'économie se contrôle par les grands agrégats. Il faut soutenir la consommation, soutenir l'investissement, consommation et investissement mesurés en monnaie.


L'échec de la macroéconomie.

      Les années 1970 ont durement éprouvé la macroéconomie. La relance budgétaire n'a en effet pas fonctionné. Depuis 2001, les USA pratiquaient la relance monétaire. Ce qui a abouti à la crise financière (cf Crise financière: qui est responsable?  ).


      Aujourd'hui, on ne parle plus de plan de relance, mais de plan de soutien à l'économie. La dépense budgétaire n'est là que pour soutenir temporairement l'économie, en attendant qu'elle reparte d'elle même. On ne croit plus à une relance budgétaire, ni à l'effet multiplicateur des dépenses budgétaires. Au contraire, on s'inquiète de la dette publique, et de l'inflation.


      Pourtant, les économistes sont encore majoritairement néo keynésiens, ou "macroéconomiste". On peut en voir un bon exemple dans la schizophrénie du FGMI, présidé par le keynésien Strauss Khan. D'un côté il loue le plan de relance des USA, et déplore que l'Europe n'en fasse pas autant. Mais, d'un autre côté, il oblige les pays qu'il doit soutenir financièrement à faire des efforts de rigueur.


Le désarroi des économistes.

      Je reconnais que le titre est un peu fort. Ce que je veux dire, c'est qu'on a cru pendant des années qu'on pouvait contrôler l'économie par la dépense budgétaire, puis par les taux d'intérêt. Or, ces recettes ne fonctionnent plus. Elles n'ont peut-être jamais fonctionné, la croissance de l'après guerre ne devant peut-être rien à la relance budgétaire. On s'interroge.


      Le keynésianisme avait apporté un politique économique volontariste, qui était une réponse aux désirs des gouvernants et des citoyens. Aujourd'hui, plus que jamais, la théorie de l'équilibre revient à l'honneur. Les tentatives de diriger l'économie ont échoué. Alors, on se dit qu'il vaut mieux laisser faire les forces du marché. Par exemple, l'OCDE estime que les administrations publiques vont devoir accroître leur efficacité. Une manière de dire qu'il faudra diminuer les dépenses publiques.


      La grande interrogation qui subsiste donc, c'est de savoir quel est le moteur de l'économie. La micréconomie ne donnait pas de réponse. La macroéconomie reposait sur l'intervention publique, mais n'a pas fourni de réponse satisfaisante aux différentes crises depuis les années 1970. Les interventions publiques pour relancer la croissance ont même provoqué inflation ou crise financière. Il y a aujourd'hui un grand flottement. On s'aperçoit que l'économie n'est pas une matière évidente.

 

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