Analyse Libérale

La théorie de l'équilibre

25 Octobre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     J'ai voulu expliquer la théorie de l'équilibre, qui est aussi désignée comme théorie de l'offre, microéconomie, théorie néoclassique, théorie de l'équilibre général, de façon simple. Cette théorie est présentée comme la théorie, libérale, dominante aujourd'hui. C'est une théorie développée dans la dernière partie du 19ème siècle, qui a été éclipsée par le keynésianisme, et qui est revenue à l'honneur quand celui-ci a perdu son aura.


     Cependant, je me suis aperçu que l'exercice était très difficile. Le problème étant que cette théorie est une mathématisation de l'économie. Le langage, le raisonnement sont mathématiques. On pose des hypothèses, et on calcule les conséquences des hypothèses.


     Pourtant, cette théorie est une des principales théories en économie. Elle devrait être accessible au public.


     Que le lecteur me pardonne donc le jargonnage, et l'abstraction. Je l'engage à lire la totalité de l'article, survolant ce que je n'aurais pas bien vulgarisé, pour aboutir à mes commentaires sur cette théorie, et le lien avec la crise financière.


     Et que l'économiste me pardonne la simplification extrême d'un article qui se veut accessible.


Introduction à la théorie de l'équilibre

     Je ne vais pas retracer toute la théorie ici. Il faudrait un livre. Je vais essayer de présenter l'esprit de cette théorie.


     La théorie de l'équilibre se veut scientifique. Elle est donc mathématique, composée de courbes et d'équations. Pour s'initier à la théorie de l'équilibre, le plus simple est de se plonger tout de suite dans les courbes. En voici un exemple. Ces courbes représentent le marché du travail.




     Nous avons donc deux courbes: l'offre de travail de la part de la population active, et la demande de travail de la part des employeurs. L'offre de travail augmente quand le salaire augmente. La demande de travail, à l'inverse, diminue quand le salaire augmente. Les deux courbes se croisent en un point e. C'est le point d'équilibre.


     On a là l'exemple type du fonctionnement de la théorie de l'équilibre. On montre comment l'économie atteint un point d'équilibre. Le point où l'offre est égale à la demande. En l'occurrence, ici l'offre de travail est égale à la demande de travail. Il n'y a donc pas de chômage.


     La théorie de l'équilibre montre comment l'économie peut atteindre un équilibre. C'est à dire un niveau qui satisfasse le plus grand nombre. D'où son surnom. L'équilibre est atteint par tâtonnement. C'est à dire qu'on laisse faire le marché en fait. Chacun fait des propositions, et un équilibre finit par se former.


     On peut étudier ce qui se passe si on ne laisse pas faire le marché. Par exemple, en introduisant sur le marché du travail un salaire minimum, supérieur au salaire d'équilibre:




     La demande de travail des employeurs est moins élevée pour le salaire minimum que pour le salaire d'équilibre Se. L'emploi se situera au niveau TSMIC. Il y a aussi plus d'offre de travail de la part des gens à ce niveau de salaire.On remarque qu'il y a dans ce cas plus de chômeurs, puisque les employeurs embauchent moins. Il y a un équilibre, mais qui n'est pas optimal. La théorie de l'équilibre démontre comment atteindre des optima.


Une théorie mathématique

     Comme on le voit cette théorie est donc mathématique. On définit des hypothèses, à partir de ces hypothèses on dessine des courbes, et on crée les équations qui vont avec, qui déterminent les caractéristiques des courbes. C'est très abscons. Pas très accessible du grand public.


     C'est la volonté des économistes de vouloir faire de leur discipline une science, dite "dure". Non pas une science naturelle, non pas une science humaine, mais une science comme les mathématiques ou la physique.


     Précisons que les modèles mathématiques de la théorie de l'équilibre ne sont pas prédictifs. Ils n'indiquent pas le taux de croissance de l'économie. Ils ne reprennent pas les chiffres de l'économie d'un pays. Ce sont des modèles explicatifs. On n'utilise pas de chiffres, mais des symboles. Ce qui est important, c'est la forme des courbes, et le type d'équation qui va avec. Par exemple, on aura une équation du type y=ax+b, ou y=a/2x. Et c'est ce qui compte pour le raisonnement mathématique: connaître la forme de l'équation de départ.


L'individualisme méthodologique, et la microéconomie.

     Comment sont élaborées les courbes? C'est le principe de l'individualisme méthodologique. Ce qui est souvent interprété, à tort, comme le fait que la théorie de l'équilibre favoriserait l'égoïsme. En fait, c'est juste un principe d'analyse: du particulier au général.


      C'est-à-dire que l'on observe le comportement de l'individu. A partir de ces observations, on détermine la forme des courbes.


     C'est ce qu'on appelle la microéconomie. Il y a une confusion sur ce terme. Un problème classique entre le sens courant, et le sens "scientifique", puisque que la microéconomie se veut ainsi. Dans le langage courant, la microéconomie c'est l'étude des entreprises, des consommateurs. Ce n'est pas une étude globale de l'économie.


     Dans le langage économique, la microéconomie, comme la macroéconomie, étudie l'économie dans son ensemble. La différence, c'est que la macroéconomie part directement des grandeurs globales, comme le niveau globale de la consommation. La microéconomie part du consommateur.


     C'est subtil, pas forcément évident à comprendre. Ce qu'il faut retenir, c'est la méthode. On part de l'individu, et de son comportement. On en déduit des courbes. Ainsi, il y a une multitude de marchés: marché des carottes, des services, des produits de bases, de luxe. Chaque marché a son fonctionnement.


     On en déduit que, globalement, un équilibre global se crée quand on laisse les marchés libres, quand on ne cherche pas à les manipuler.


La maximisation sous contrainte.

     La théorie de l'équilibre étudie la maximisation sous contrainte. Les individus cherchent à maximiser leur utilité, dans le cadre de leur budget. Il vont essayer d'avoir le maximum avec leur budget.


     Le producteur cherche lui à maximiser son profit. En fait, le producteur peut poursuivre différents buts. Le profit qu'il vise n'est pas forcément un bénéfice maximum. Mais, pour simplifier, on retient cette notion de bénéfice maximum, plus facile à mathématiser.


     En gros, la théorie de l'équilibre étudie comment faire en sorte que chaque individu obtienne le maximum de ce qu'il peut obtenir, avec son budget, mais aussi avec ses capacités en ce qui concerne le marché du travail. Elle étudie comment atteindre un optimum avec des moyens donnés.


     Gilbert Abraham-Frois décrit ainsi cette théorie comme une "axiomatique des choix": «(...) à supposer que le producteur cherche à maximiser son profit, quelles sont les règles de gestion que l'économiste peut lui donner?»


     Il y a cependant une ambigüité dans cette formulation. La théorie de l'équilibre laisse les individus libres de leurs choix. L'individu peut très bien ne pas souhaiter maximiser un profit monétaire. Ce peut être son temps libre.


     Même si les modèles mathématiques tendent à une simplification, et à présenter la plupart du temps une maximisation du profit, il ne faut pas oublier cet aspect. Les hypothèses de la théorie de l'équilibre proviennent du libéralisme. Le libéralisme laisse les gens libres de leurs choix, par définition. (La théorie de l'équilibre s'inscrivant dans le courant libéral, bien sûr.)


Une théorie subjective de la valeur

     La révolution apportée par le courant néoclassique, majoritairement représenté par la théorie de l'équilibre, c'est une nouvelle conception, ou appréhension plutôt, de la valeur.


     Il n'y a pas de valeur intrinsèque pour les néoclassiques. Un objet n'a pas une valeur en soi, n'a pas un prix en soi. La valeur, le prix, est subjectif. Chacun a un budget à investir dans l'achat d'un objet A. Chacun a un prix auquel il est prêt à acheter cet objet A. De même, chaque vendeur a un prix au dessous duquel il ne souhaite pas descendre. La confrontation des propositions des vendeurs et des acheteurs sur le marché aboutit au prix d'équilibre de l'objet A, une sorte de compromis.


     Ce qui nous paraît parfois évident était une révolution à l'époque. Auparavant, on recherchait une valeur intrinsèque à un objet. Quelque chose dans le produit qui justifiât qu'il soit cher ou non.


     On a d'abord considéré que la valeur provenait de la terre. Seuls les produits de la terre pouvaient avoir de la valeur, car c'était une création, pas une transformation.


     Puis, est venue la valeur travail. On considérait que c'était son "contenu en travail" qui faisait la valeur d'un objet. Ce qui était déjà une révolution par rapport à la précédente conception.


     Aujourd'hui, on ne recherche plus une valeur propre à l'objet. La valeur est le prix qu'on veut bien mettre. Un prix d'équilibre est déterminé par le marché, mais ce n'est pas la valeur intrinsèque de l'objet. Juste un prix.


     C'est une conception qui correspond à la réalité. En quelque sorte, il n'y a plus de valeur. C'est un peu paradoxal. La théorie de l'équilibre est parfois accusée de tout marchandiser, de tout réduire à une valeur monétaire. Alors qu'en fait, ce qu'elle dit, c'est que la valeur d'un objet c'est celle que chacun veut bien lui donner. Il n'y a pas de valeur "matérielle" intrinsèque.


Une théorie normative

     Selon les termes de Gilbert Abraham-Frois, la théorie de l'équilibre est «normative; elle n'est pas descriptive de la réalité. Elle donne, en effet, les fondements du calcul économique rationnel sans prétendre pour autant que les agents économiques réels, producteurs ou consommateurs, entreprises ou ménages, agissent comme il est indiqué.»


     Les concepteurs de cette théorie avaient conscience de travailler sur un modèle, pas la réalité. Ainsi, cette théorie est critiquée car elle présente un individu qui fait des choix rationnels. D'abord, c'est une rationalité par rapport à ses objectifs. On peut avoir des objectifs irrationnels. Ensuite, c'est juste une hypothèse de travail.


     Evidemment, cela ne rend pas cette théorie plus facile. Le choix de la mathématisation éloigne l'économie du grand public.


Commentaires

     J'avoue ne pas voir d'intérêt à cette mathématisation de l'économie. Le résultat dépend des hypothèses de départ. La démonstration peut se faire sans les mathématiques, de façon plus claire.


     Comme on l'a vu, c'est plus une "axiomatique des choix", c'est à dire un modèle qui montre comment allouer au mieux des ressources en fonction d'objectifs de maximisation.


     La théorie de l'équilibre est aussi statique. Elle n'étudie pas les ressorts de l'évolution économique. Elle décrit un équilibre à un moment donné. Cependant, on peut aussi tracer une courbe qui relie les différents points d'équilibre dans le temps, en faisant varier les hypothèses de prix par exemple. Toujours ce fonctionnement mathématique.


     Comme on l'a vu également, la théorie de l'équilibre n'est pas descriptive. Elle fonctionne dans un monde parfait. Cependant, on peut faire varier les hypothèses, et étudier les situations de déséquilibre.


     Cependant, cette théorie a bien étudié le fonctionnement des marchés, et en a tiré des règles fort intéressantes, et utiles. Ainsi, cette théorie a contribué à la lutte contre les monopoles. En effet, si un monopole contrôle le marché, il n'y a plus de marché. Même si la théorie des monopoles déborde celle de l'équilibre (cf  Monopoles et logiciel libre   )


     Une autre règle intéressante est la transparence. Pour qu'un marché fonctionne, il faut que les acteurs disposent d'une bonne information. Il faut que chacun sache tout ce qui se passe en fait.


     Ce qui nous ramène à la crise et aux titres subprime. Il y a eu un défaut d'information. Des titres risqués ont été présentés comme étant sans risque. Quand on s'en est rendu compte, il y a eu une crise de confiance. Ce que j'explique dans plusieurs articles, dont  Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés  , et  Les agences de notation et la crise financière  .


     Il y a d'autres règles pour qu'un marché fonctionne correctement. En gros, il faut respecter une certaine loyauté, il ne faut pas employer la force. Et d'autres règles techniques nécessaires à la mathématisation.


La théorie de l'équilibre et la crise.

     On a accusé la théorie de l'équilibre d'être à l'origine de la crise. En effet, Alan Greenspan, le président de la Fed à l'époque, la banque centrale américaine, avait toujours refusé d'intervenir pour freiner la hausse des prix de l'immobilier, en s'appuyant sur la théorie de l'équilibre. Il déclarait que seul le marché devait déterminer, librement, le prix de l'immobilier.


     Cependant, l'attitude de Greenspan était contradictoire. En effet, d'un côté il se prévalait de la théorie de l'équilibre. Mais, d'un autre côté, il menait une politique de relance monétaire, en maintenant volontairement les taux d'intérêt à un niveau très bas, pour soutenir l'économie.


     Or, la théorie de l'équilibre suppose qu'on ne manipule pas la monnaie. La monnaie est neutre. Il ne faut pas l'utiliser pour relancer l'économie. Greenspan se référait donc à deux politiques contradictoires. S'il avait suivi la théorie de l'équilibre, il n'aurait pas pratiqué de relance monétaire.


Conclusion

     La théorie de l'équilibre est très absconse. C'est une volonté de mathématiser l'économie.Elle décrit de façon mathématique le fonctionnement des marchés, dans une économie parfaite, où les marchés peuvent fonctionner en respectant les hypothèses nécessaires à la mathématisation de l'économie. Elle illustre mathématiquement qu'il faut laisser faire les marchés pour atteindre l'optimum en fonction des ressources disponibles. Cependant, selon moi, les conclusions sont contenues dans les hypothèses. La démonstration mathématique n'est, justement, qu'une illustration.

 

     Ce qui rend cette théorie si difficile à expliquer, c'est, je pense, justement que les conclusions sont contenues dans les hypothèses. La théorie de l'équilibre n'explique pas pourquoi le libre marché permet d'atteindre un équilibre, qui est ausi un optimum. Elle pose ce fait comme une hypothèse, et tout le reste de ses calculs en découle.

 

     Or, les gens attendent qu'on leur explique pourquoi le libre marché seraient le système le plus efficient. La théorie de l'équilibre pose ce prémice comme hypothèse, ou même comme axiome, et montre ce qui en découle si on ne laisse pas faire le marché. En fait, elle ne prouve rien. Elle se veut scientifique, mais ne prouve pas scientifiquement ce qui est son fondement. Même si ce fondement est vrai, ne l'ayant pas prouvé, on ne voit pas l'intérêt du raisonnement mathématique.

    

     La théorie pose comme hypothèse que des marchés libres permettent d'obtenir un prix d'équilibre. Elle se base pour cela sur l'observation, et complète cette observation par ses hypothèses. Mais elle ne cherche pas à comprendre pourquoi le marché fonctionne de cette manière. Elle l'appréhende comme une loi comme en sciences physiques, un principe d'Archimède. Une loi qui existe, puisqu'on le constate, mais on ne connaît pas les causes premières, métaphysiques: pourquoi l'univers est-il ainsi?


     Peut-on raisonner de la sorte avec les comportements humains? C'est là toute la question. Il y a effectivement des organisations économiques plus efficaces que d'autres, mais est-ce une question de lois physiques, naturelles? Le lecteur aura compris que je suis dubitatif à ce sujet. Or, c'est la méthode sur laquelle repose la théorie de l'équilibre. Même si on peut considérer cette méthode comme un exercice intellectuel pour mieux comprendre ce que devrait être la réalité, et même si on cherche à introduire des hypothèses plus réaliste, comme les déséquilibres, je reste dubitatif quant à la méthode "scientifique".

 

    La théorie de l'équilibre, finalement, oblitère la partie cruciale du débat économique, qui se passe en amont de ses modèles mathématiques, et qui conditionne ces modèles. Elle appréhende comme des lois ce que les gens veulent pouvoir être démontré.  


     La théorie de l'équilibre a aussi un autre défaut, pour le grand public.  Que préconise la théorie de l'équilibre en matière de politique économique? En gros, de laisser faire. Un laisser faire encadré par des règles. Mais les gens attendent une politique plus volontariste, que n'apporte pas la théorie de l'équilibre.


     Ce qui fera perdre à la théorie de l'équilibre son hégémonie, ce sera cette absence de politique économique volontariste. Au moment de la crise de 1929, le public, et donc aussi les dirigeants politiques, attendent qu'on leur dise autre chose que de laisser faire le marché. Keynes offrira une nouvelle théorie qui remplira cette attente. Mais c'est une autre histoire.


 

Lire la suite

Escroquerie sur le net

20 Octobre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Une fois n'est pas coutume, un avertissement sur ce blog:


Attention, une escroquerie semble se développer sur le net pour inciter les gens à fournir des informations personnelles.
Un mail est envoyé, soi-disant par les impôts et le ministère du budget. Ce mail imite très bien le style des sites de l'administration. il semble authentique. Il annonce que le destinataire est l'heureux bénéficiaire d'un crédit d'impôt. Pour obtenir ce crédit d'impôt, il faut remplir un questionnaire, qui demande par exemple le numéro de carte bleue. Ne surtout donner aucune information. L'admisnistration ne prévient pas de cette manière que quelqu'un bénéficie d'un crédit d'impôt. Elle demande toujours dans ce cas de prendre contact avec son centre des impôts. Et elle ne demande jamais le numéro de carte bleue. Toutes les infos sur le site des impôts (cliquer sur "Avertissement".
Lire la suite

1 an!

13 Octobre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

     Bébé a un an et a déjà bien grandi. Hé oui, ce blog fête aujourd'hui son anniversaire. Il est né de mon insatisfaction devant les articles que je lisais sur la crise financière. Il m'a entraîné dans différentes directions, me donnant même l'occasion d'écrire un livre. Mes pérégrinations dans la blogosphère m'ont fait connaître également des gens très intéressants, et très sympathiques. J'ai pu remarquer que les blogs pouvaient être une source d'informations remarquables sur certains sujets, et il m'arrive de laisser des liens vers d'autres blogs dans mon Eco-Hebdo.

     Je remercie les lecteurs, assidus et occasionnels, qui ont découvert ce blog. J'espère qu'ils y ont trouvé, en partie du moins, ce qu'ils cherchaient.

     Je vais poursuivre l'aventure, en fonction de mon temps disponible.  Le blog dévore du temps! Et j'ai d'autres activités, ne serait-ce que pour gagner ma vie! C'est pourquoi mes publications ne sont pas régulières. Faire des articles de vulgarisation peut prendre beaucoup de temps.

     Je vous remercie encore de votre visite. N'hésitez pas à laisser des commentaires, des avis, et des liens vers vos blogs si vous en avez. Même si ces blogs n'ont rien à voir avec l'économie. Le net est un lieu de découvertes.

     Merci encore, et à bientôt.
Lire la suite

Réflexions sur les statistiques sur la pauvreté.

12 Octobre 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

    Voici quelques réflexions, qui partent dans différentes directions, inspirées des chiffres de la pauvreté aux USA. L'article n'est pas très construit, je m'en excuse, je n'ai pas trop le temps de fignoler.


    Le taux de pauvreté aux USA en 2008 était de 13,2% contre 12,5% en 2007. Ce qui traduit l'impact de la crise. Le revenu médian par foyer a baissé lui de 3,6%. Le revenu médian est celui qui partage les foyers en 2 parties égales: 50% qui gagne moins, 50% qui gagne plus. Les chiffres viennent du Census Bureau américain, sorte d'INSEE américain.


    Le taux de pauvreté américain n'a rien à voir avec le taux de pauvreté européen. C'est un taux de pauvreté absolu, tandis que le taux européen est un taux de pauvreté relatif.


    Aux USA, on détermine le montant nécessaire pour vivre, ce qui donne le seuil de pauvreté. En Europe, le seuil de pauvreté est déterminé en fonction du revenu médian. Le seuil retenu pas l'Europe est 60% du revenu médian. Ceux qui gagnent moins de 60% du revenu médian sont sous le seuil de pauvreté.


    Quelle est la différence entre les deux méthodes? La méthode européenne est plus une mesure d'un taux d'inégalité. Y a-t-il un lien entre inégalité et pauvreté? Cela dépend.


    Dans certains pays, une partie de la population capte une part très importante des revenus, du fait par exemple de monopole à l'importation, ou de contrôle des richesses naturelles. Dans les régimes communistes, c'étaient les dirigeants qui avaient accès à des richesses sans commune mesure avec ce dont pouvait disposer la population. C'est encore le cas en Corée du Nord et à Cuba.


    Dans les pays développés, la population est essentiellement composée par la classe moyenne. Il y a beaucoup moins d'inégalités. Même si, aux USA, ces derniers temps, une part importante des revenus est captée par les 1% les plus riches.


    Dans un pays comme la France, le niveau de pauvreté relative traduit en fait mal les besoins de la population, et même mal l'évolution de la répartition des revenus. Ainsi, ces dernières années, le taux de pauvreté n'a pas augmenté. L'écart entre les plus riches et les moins aisés est stable, selon les calculs habituels. Cependant, on constate une augmentation plus importante des revenus du 1% les plus riches, également, ainsi qu'une progression plus limitée des revenus de la classe moyenne. En clair, on a un tassement des revenus: les revenus moyens se rapprochent des bas revenus, et les revenus les plus élevés s'envolent. (cf  Inégalités, évolution des revenus  et La valeur ajoutée: description, lien avec les revenus.   ).


    Par ailleurs, d'autres inégalités n'apparaissent pas dans les chiffres sur la pauvreté relative: inégalités dans l'éducation, difficultés à se loger, inégalités face à la santé. Dans un pays comme la France, où les dépenses de solidarité sont élevées, c'est un problèmesde gestion de la dépense publique. Celle-ci représente plus de 50% de la richesse produite chaque année. Ce n'est pas un manque de moyens donc. Mais un problème d'organisation, et d'allocation des ressources.


    Notons qu'un pays comme la Suède, dont la dépense publique était passée à 70% de la richesse créée, l'a diminuée pour revenir au niveau de la France, et cherche à la diminuer. encore La Suède n'est pas un pays ultra-libéral. C'est le pays de l'Etat providence. Ce qui signifie qu'ion pourra difficilement lutter contre les inégalités en augmentant encore la dépense publique, si même la Suède a considéré que c'était une mauvaise solution.


    Soulignons également, qu'aux USA, le taux de pauvreté est calculé sans tenir compte des programmes sociaux alimentaires et de logement public, ni des systèmes publics d'assurance santé (qui existent, les USA ne sont pas dépourvus d'un système de sécurité sociale, même s'il ne couvre pas toute la population).


    En France, le taux de pauvreté n'inclut pas les prestation de santé, les HLM. Mais il comprend toutes les prestations sociales pécuniaires. Là encore, il faut en tenir compte pour une bonne analyse d'un système économique et social. En France, c'est la redistribution qui permet de faire baisser le taux de pauvreté. Celle-ci est plus faible aux USA. Il faut veiller à ne pas casser le système cependant.


    Ainsi, le RSA constitue un danger pour le système social français. En effet, il incite les chômeurs à accepter n'importe quel emploi, la puissance publique s'engageant à verser un revenu de complément, pour compenser le mauvais salaire. Ce faisant, la puissance publique n'encourage pas à la création d'emplois bien payés, capables de financer un système social efficace.


    C'est un processus libéral normal que les chômeurs refusent un emploi s'il est mal payé. Cela doit inciter les employeurs à améliorer leur offre. De plus, il est logique que, quand le niveau de vie augmente, on accorde un minimum vital aux gens qui ne travaillent pas. Cela doit inciter l'économie à élever son niveau de rémunération.


    En France, par le RSA, on encourage les bas salaires. De même, l'encouragement aux services à la personnes encourage la création d'emplois de quelques heures par semaine. Donc mal payés. De même la réduction du temps de travail, qui a profité aux cadres, mais les salariés les moins bien payés auraient préféré une augmentation des salaires plutôt qu'une baisse du temps de travail, accompagnée de la modération salariale, et la perte d'heures supplémentaires. On privilégie la baisse des chiffres du chômage à la construction d'une économie forte, et socialement efficace. On a une partie de la population qui subventionne le travail d'une autre partie. Est-ce viable à moyen terme?


    Ce sont quelques réflexions qui partent dans tous les sens, inspirées par les chiffres de la pauvreté aux USA. La redistribution est meilleure en France, indéniablement. Mais les mentalités sont différentes des deux côtés de l'Atlantique.


     Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il faut faire attention aux statistiques. Le même intitulé ne signifie pas toujours la même chose. D'autre part, une statistique ne révèle pas tout. Il faut étudier une situation dans son ensemble pour se faire une idée.


     J'en profite pour à nouveau critiquer la commission Stiglitz, qui cherche de nouveaux indicateurs, pour remplacer le PIB, et pour mesurer le bien être. Nous avons tous les indicateurs dont nous avons besoin. Mais la difficulté est de bien les utiliser. Et , ensuite, de s'attaquer aux vrais problèmes. En France, c'est l'efficacité de la politique sociale. Nous pourrons difficilement augmenter les dépenses. Nous serons sans doute obligés d'augmenter les prélèvements, mais pour éponger nos dettes.


    Il nous faut donc réfléchir à des politiques sociales efficaces, dans l'éducation, la santé, et le logement notamment. Et nous devons construire une économie dynamique, pour garantir notre modèle social (sur ce sujet, voir mon article:  La relance, l'innovation, capital risque et capital développement  )


    (Cliquer ici pour les chiffres de la pauvreté aux USA. Le document est en anglais, mais mêmes ceux ne maîtrisant pas la langue pourront trouver intéressants les graphiques)


Le livre du blog est paru: La crise avec des mots simples

Lire la suite