Analyse Libérale

Y-a-t-il restriction de crédit en France aujourd'hui?

29 Août 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

    Les banques sont au centre des critiques en France, à nouveau. D'abord pour les bonus des traders, dont j'ai déjà parlé dans Commentaire sur les bonus des traders . Et aussi pour le crédit. Elles sont accusées de restreindre le crédit, et ainsi de freiner la reprise de l'économie.

 

    Il y a deux problématiques dans ces critiques. L'une étant de savoir si les banques restreignent le crédit. L'autre, de savoir s'il faut ouvrir les vannes du crédit pour relancer l'économie.

 

    Pour étudier ces problématiques, il faut des données, des points de comparaison. Le mieux est de se baser sur des tableaux, qui donnent des données synthétiques. Ce commentaire sera basé sur deux tableaux et deux graphiques. Le lecteur pourra se faire son propre avis à la lecture des tableaux, et se servir éventuellement des hyperliens pour aller aux sources des données, et approfondir son opinion.

 

    Le premier, tableau 1 donc, combine l'évolution de la croissance et du crédit, depuis 1993. Je l'ai construit à partir de deux tableaux de l'INSEE, l'un sur l'évolution du crédit, l'autre sur la croissance. L'INSEE indique que les données sur le crédit proviennent de la Banque de France.


Tableau 1 (Cliquer sur le tableau pour une image plus grande)


 

    L'autre tableau, tableau 2, et les graphique 3 et 4 donc, proviennent de la Banque de France. Ils retracent l'évolution du crédit sur un an, jusque juillet 2009 pour le tableau 2, et juin 2009 pour les graphique 3 et 4. C'est donc l'évolution actuelle.


Tableau 2


Graphique 3

 


Graphique 4





    Nous nous intéresserons aux chiffres du crédit du secteur non financier, c'est à dire les ménages et les entreprises. C'est ce qui correspond au sujet: le financement de l'économie.

 

I-L'OFFRE DE CRÉDIT


    Ralentissement du crédit en 2009

    Les chiffres montrent clairement un fort ralentissement de l'offre de crédit en 2009. Le montant des encours crédits  en 2009 augmente à peine par rapport aux mêmes périodes de 2008. Le taux de croissance annualisé indiqué sur le tableau 2 montre même une diminution de ce montant.

 

    Cependant, ce dernier chiffre est à prendre avec précaution. Il n'indique pas l'évolution prévue pour l'année. Pour construire ce chiffre, on regarde l'évolution du crédit en mai 2009 par exemple (ou les trois mois mars, avril, mai juin, ce que peux aussi laisser entendre l'intitulé de la colonne). Puis, on de se pose la question: si le crédit avait évolué de la même manière depuis le début de l'année, et s'il évoluait de la même manière jusqu'à la fin de l'année, qu'elle aurait été l'évolution globale du crédit sur 2009. Les chiffres sont retraités pour arriver à ce résultat (corrigés des variations saisonnières).

 

    Ce taux de croissance ne tient donc pas compte de l'évolution depuis le début de l'année. C'est juste une photographie instantanée d'une période donnée. D'autre part, les retraitements, les corrections des variations saisonnières sont nécessairement plus difficiles à faire dans une période atypique, comme la période actuelle.

 

    Cet aparté était destiné à relativiser ce taux de croissance annuel. Il n'en reste pas moins que l'évolution du crédit a fortement ralenti par rapport à 2008.

 

    Les chiffres présentés ici sont ceux de l'encours de crédit. C'est-à-dire qu'ils représentent le montant total des crédits en cours. Ils comprennent donc les crédits accordés avant la crise et dont le remboursement n'est pas terminés, et les nouveaux crédits souscrits après le déclenchement de la crise. Le graphique 3 montre une diminution du montant des nouveaux crédits sur 12 Mois.

 

    Il n'est pas anormal que le crédit ralentisse en période de crise. En effet, durant ces périodes, le risque de faire crédit est plus élevé. Par conséquent, les banques accordent moins de crédit. C'est la situation actuelle. Le montant de ce qu'on appelle les créances douteuses a augmenté dans le bilan des banques. C'est à dire le montant des crédits qui risquent de ne pas être remboursés. Si le crédit n'est pas remboursé à la banque, c'est une perte pour la banque. Celle-ci est donc prudente, surtout en période de crise où le risque de défaut d'une entreprise, c'est-à-dire de non paiement de son crédit, est élevé.

 

    D'autre part, au cours de la crise actuelle, les entreprises ont également ralenti leur demande de crédit. C'est très visible quand on regarde le crédit de trésorerie, qui baisse franchement. La trésorerie, c'est ce qui finance les stock, notamment. Or, face à la baisse de la demande, les entreprises ont drastiquement réduit leurs stocks. Elles ont donc moins besoin de crédit.

 

    De même, en règle général, face à l'incertitude, les entreprises sont, comme les banques, plus prudentes. Elles hésitent à investir, car c'est plus risqué. Et donc à s'endetter, car là aussi le risque de ne pas pouvoir rembourser est plus grand. Et si une entreprise ne peut plus rembourser ses crédits, c'est sa survie qui est en jeu.

 

    Enfin, les gens consomment moins également. On le voit dans l'actualité avec les ventes de voitures, qui un des principaux achats à crédit des ménages. Même si le marché se redresse un peu en volume, en nombre de véhicules vendus, ceux-ci sont de plus petits véhicules, et les gens bénéficient des primes à la casse et des rabais des constructeurs. Le besoin de crédit diminue donc.

 

    Idem pour l'immobilier. Face à la hausse des prix, et à l'allongement de la durée des prêts, les ménages ont ralenti les achats. Ce qui diminue la demande de crédit.

 

    Un dernier phénomène est à l'œuvre, en cette période de crise. En effet, les banques ne sont pas le seul moyen pour les entreprises de trouver un emprunt. Certaines peuvent emprunter sur les marchés financiers, en émettant des obligations. Or, en 2009, ce mode de financement a beaucoup augmenté par rapport à 2008. Ce qui est une nouvelle cause de ralentissement du crédit.

 

Ralentissement ou restriction?

    Dans la crise actuelle, la question se pose de savoir quelle est la part des choses. est-ce que c'est la baisse de la demande de crédit, de la part des entreprises et des ménages, qui explique le ralentissement du crédit? Ou est-ce que ce sont les banques qui ont restreint le crédit?

 

    Le tableau 1 indique que la situation du crédit n'est pas anormal en France. Les période de ralentissement économique sont des périodes de ralentissement du crédit. Le ralentissement actuel du crédit ne paraît pas excessif par rapport aux autres périodes similaires.

 

    La situation paraît normale, surtout si l'on considère que nous connaissons l'une des pires crises depuis des années. une crise qui a commencé par une crise financière qui aurait pu entraîner une véritable restriction du crédit. Comme durant toutes les crises, les banques sont certainement plus prudentes. Mais elle ne semble pas l'être plus que durant les précédentes périodes similaires.

 

    On peut noter à ce titre que René Ricol, le médiateur du crédit, a déclaré dans la presse que, globalement, les banques jouaient le jeu. Là encore, l'évolution du crédit semble normal, compte tenu de la situation.

 

    Notons par ailleurs que le graphique 3 montre que le ralentissement du crédit semble avoir atteint un palier. De même, les enquêtes de la Banque de France auprès des banques n'indique que les prévision des critères d'octroi de crédit des banques sont stables au troisième trimestre. Ce qui signifie que les banques ne prévoyaient pas, au moment de l'enquête, de durcir leurs conditions de crédit par rapport au second trimestre.

 

    Il y a donc eu un durcissement des conditions de crédit, mais ce qui est normal en période de crise, car faire crédit est plus risqué, comme je l'ai indiqué plus haut. Mais un palier semble atteint.

 

    Il est trop tôt pour extrapoler sur l'évolution futur du crédit, ou de la crise. La stabilisation apparente du crédit est trop récente. Mais c'est un signe qui indique qu'un palier est peut-être atteint dans la crise. Ce qui doit être signalé, sans triomphalisme aucun, pour ne pas verser a contrario dans un pessimisme excessif.

 

II-FAUT-IL RELANCER L'ÉCONOMIE PAR LE CRÉDIT?


    Si le ralentissement du crédit est suivi avec attention, c'est parce qu'on considère qu'il faut du crédit pour relancer l'économie. Le principe, c'est qu'on injecte de l'argent dans l'économie, ce qui donne des moyens aux consommateurs pour consommer, aux entreprises pour investir.

 

    Il est vrai que le crédit est nécessaire à l'économie. Une forte diminution du crédit entraînerait un manque de moyen, et un ralentissement. (Cf à ce titre mon article Inflation, déflation: explications et risques.  ) Cependant, on peut souligner qu'on est loin d'un tel ralentissement. On s'approche tout au plus d'une stagnation de l'évolution du crédit. Ce qui n'a rien de grave au vu de l'évolution passée.

 

    Ensuite, souvenons nous de l'origine de la crise actuelle. D'où vient cette crise: des excès de l'économie d'endettement! Oui, on l'a constaté, la relance par le crédit, ça marche. Mais, au final, tout s'effondre. Par conséquent, il serait un peu imprudent de recommencer!

 

    La situation actuelle représente un peu une correction par rapport qux excès qui ont entraîné la crise. Nous sortons d'une période d'excès de crédit. Il n'est peut-être pas anormal que celui-ci se réduise, pour assainir la situation.

 

    D'autre part, le tableau 1, qui combine la croissance du PIB et celle du crédit, montre qu'une forte croissance du crédit engendre peut-être une croissance du PIB, mais beaucoup moins forte. Le lien n'est pas automatique. Les résultats de ce tableau sont très intéressants sur ce point d'ailleurs. Ils montrent que le crédit n'est pas le seul ressort de la croissance.

 

    Il faut se rappeler qu'un crédit plus facile engendre des changements dans le mode de financement des entreprises. Si le crédit est plus facile, les entreprises vont investir à crédit, et rembourser du capital aux actionnaires. Ce qu'elles faisaient avant la crise. L'un des premiers effets de la crise a été d'interrompre ces reversements. Même les dividendes ont été diminués. Par conséquent, un crédit plus facile n'entraîne pas forcément plus d'investissement, mais une optimisation du financement, et un accroissement du rendement du capital.

 

    L'encouragement du crédit pose aussi problème à l'heure où l'on s'inquiète du surendettement, et des excès du crédit à la consommation. Non que la situation soit dramatique en France sur ce point. Mais il ne faudrait pas l'aggraver. Le crédit permet de consommer, mais il faut le rembourser.

 

    Enfin, ce qui permet à une économie de croître, l'élément moteur, ce n'est pas le crédit, mais l'investissement. Les entreprises qui se créent, les start-up qui renouvellent les emplois par leur développement, ne sont pas financées par le crédit. Ce serait trop risqué. Le crédit est nécessaire à l'économie, pour la faire fonctionner. Mais ce n'est pas lui qui est à l'origine, qui produit l'effet de relance, de renouvellement. (Voir à ce sujet mon article La relance, l'innovation, capital risque et capital développement  )

 

CONCLUSION

    En conclusion, la situation du crédit en France ne semble pas alarmante, compte tenu de la situation, et à la vue des enseignements du passé. Ce qui est une excellente nouvelle. En effet, la chute du crédit, que les blocages des marchés financiers aurait pu produire, n'a pas eu lieu. La politique des banques centrales a été efficace sur ce point.

 

    Par contre, il ne faudrait pas trop relancer l'économie par le crédit. C'est justement de là que vient la crise. Cette idée de refaire la même erreur traduit, selon moi, le désarroi des politiciens, et de beaucoup d'économistes. En effet, pendant des années beaucoup ont cru qu'on pouvait diriger l'économie très simplement, en agissant sur la dépense budgétaire, ou sur les taux d'intérêt. Pour relancer l'économie, soit on dépense plus, soit on accorde plus de crédits.

 

    Or, depuis la crise des années 1970, ces deux méthodes ont échoué. La dépense budgétaire est accusée d'avoir provoqué trop d'inflation. Tandis que le laxisme monétaire a provoqué la crise actuelle. C'est un sujet à explorer: comment réinventer la politique économique?

 

(Article complémentaire su le sujet:  La diminution du crédit en France   )

Lire la suite

Comprendre les statistiques

25 Août 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

Pour comprendre les statistiques, voici un lien vers une page qui explique clairement les principales notions, les principaux termes qui sont utilisés dans les médias. C'est bien fait, les explications sont claires. C'est une explication de la mesure du PIB, mais qui s'applique à toutes les statistiques véhiculées par les médias.  Il n'est pas forcément nécessaire de lire toute la page, pour apprendre toutes ces notions. Ce site est utile quand on rencontre un terme, sur lequel on veut des précisions. Dans ce cas, on peut rechercher ce terme sur cette page, et obtenir une explication... compréhensible! A lire.

Cliquer ici pour accéder au site.
Lire la suite

Commentaire sur les bonus des traders

21 Août 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

     Le feuilleton du mois d'août, dans les médias, a été le montant des bonus provisionnés par la banque BNP-Paribas, pour rémunérer les traders. Ce montant est conséquent, certes. Mais tout ce charivari était-il justifié?

 

     Il a été reproché à la banque d'avoir distribué des bonus, alors qu'elle a été aidée par l'Etat. Par un audacieux raccourci, on peut presque dire que la banque a été accusée de se servir de l'argent public pour payer ses traders. Il a été considéré qu'une banque dont une part du capital est détenu par l'Etat ne devait pas rémunérer ses traders ainsi.

 

     Rappelons que l'Etat n'est qu'un actionnaire parmi d'autre de la banque. Celle-ci n'est pas nationalisée. Le sujet serait donc plutôt le contrôle des banques par ses actionnaires. Le pouvoir des actionnaires plus précisément, souvent usurpé par les dirigeants. Je considère que les actionnaires doivent effectivement avoir plus de pouvoir. Je le dis dans mon article consacré aux leçons à tirer de la crise en terme de régulation:  Régulations: les projets, et ce qu'il faudrait changer.

 

     Mais ce n'est pas une problématique dont se sont saisis les médias, ni tous ceux qui réclament plus de contrôle des banques. Il n'y a qu'aux USA que le sujet a été abordé. Cette problématique concerne aussi la rémunération des dirigeants, d'ailleurs. Cela n'est pas cohérent de crier au scandale parce que l'Etat actionnaire n'agit pas contre les rémunérations des traders, mais de ne pas se soucier du contrôle des banques, et des entreprises en général, par leurs actionnaires.

 

     D'autre part, il a été entendu cet été que ces bonus pour les traders signifiaient que les banques revenaient aux pratiques d'avant la crise, qu'aucune leçon n'avait été retenue. On considère en effet que ces bonus encouragent la spéculation, et les crises. Sur quoi se base-t-on pour énoncer cette critique? Sur rien.

 

     Ces critiques proviennent uniquement du montant provisionné. On ne s'est pas interrogé sur les critères d'attribution. On ne s'est pas interrogé si ces bonus récompensaient une prise de risque mettant en danger le système financier, ou si ces critères respectaient les recommandations du G8. Aucune information à ce sujet dans les principaux médias.

 

     Implicitement, le comportement des traders est accusé d'être à l'origine de la crise. Ceux-ci l'ont causée en prenant trop de risques, encouragés par leur mode de rémunération. Ce qui est, là encore, un raccourci audacieux.

 

     La crise ne provient pas des activités des traders. Une des causes, qui concernent le secteur financier privé, est l'ingéniérie financière. C'est la conception de produits sophistiqués, à base de formules mathématiques, et vendus comme étant sans risque. Alors qu'ils étaient risqués, exposés à une baisse du marché immobilier de plus en plus imminente.

 

     Les traders n'interviennent pas dans cette activité. D'ailleurs, les pertes imputables aux traders sont intervenues pendant la crise. Ces pertes ont été provoquées par la volatilité des marchés causées par la crise.

 

     Par contre, d'autres interviennent, dans l'évaluation du risque de ces produits sophistiqués. Par exemple, les agences de notation. Or, celles-ci continuent leurs activités, sans que personne ne s'inquiète de savoir si elles ont changé leurs méthodes ou non. Elles continuent de noter les produits financiers, sans que personne ne s'interroge sur leur crédibilité. Il y a effectivement des choses qui n'ont pas changé dans la finance, mais on se trompe singulièrement de cible.

 

     Enfin, on oublie également que la crise provient d'une politique accommodante en matière d'endettement. Aux USA, bien sûr. Mais, en France, la Banque Centrale Européenne a été copieusement critiquée, pour ne pas avoir été suffisamment accommodante. Alors qu'elle l'était en fait.

 

     Or, aujourd'hui, on critique les banques car elles n'accordent pas assez de crédits! mais que doivent-elles faire? Reprendre la fuite en avant d'avant la crise? Encourager le surendettement? Soutenir des entreprises non viables, au risque d'entraîner une nouvelle crise? Personne ne s'interroge sur ces objurgations à faire crédit. N'est-ce pas là refaire les erreurs du passé?

 

     Bien sûr, le crédit est nécessaire à l'économie. Mais, comme on sort d'une période pendant laquelle il a manifestement augmenté inconsidérément, il n'est pas alarmant qu'il augmente moins vite aujourd'hui. Il n'est pas alarmant que les banques soient plus prudentes. Dire encore qu'il suffit de faire crédit pour relancer l'économie, ça, c'est inconscient. Même le crédit aux entreprises. Certaines d'entre elles ont connu une croissance grâce à cette folie de l'endettement, directement ou indirectement. Leur faire crédit ne les aiderait pas à se redresser, si leur marché n'existe plus. D'autres entreprises ont plutôt besoin d'être recapitalisée. Et, surtout, ne comptons pas uniquement sur le crédit pour avoir la croissance, comme avant la crise.

 

     la France a d'ailleurs un outil très bien pour éviter que des entreprises viables n'aient des difficultés par manque de crédit: le médiateur du crédit. C'est là un outil qui doit être développé, plutôt que de prôner une augmentation du crédit à tout va. Quant aux risques de déflation, j'invite le lecteur à consulter mon article: Inflation, déflation: explications et risques.  

 

     Bien sûr, on peut s'offusquer du niveau des rémunération des traders. Mais c'est une question qui n'a plus grand chose à voir avec la crise. Dans ce cas, il faut aussi s'offusquer du niveau de rémunération des présentateurs à la télévision, des chanteurs, des acteurs, des sportifs, des mannequins. On peut s'offusquer des gains au jeu. On peut s'offusquer que ceux qui touchent des dividendes ne soient imposés que sur 60% de leurs revenus (cf: Faut-il augmenter les impôts des riches?  ). Etc. Les traders ne sont pas forcément ceux dont la rémunération est la moins méritée, si on entre dans ce genre de débat, même si on peut la considérer comme excessive par rapport à un smicard, c'est légitime.

 

En conclusion, ce charivari à propos des bonus ne paraît pas justifié. On ne s'est même pas intéressé aux critères d'attribution, ce qui n'est pas très sérieux. Il aurait fallu démontrer que ces critères créaient un risque systémaique pour justifier tout ce tapage. En clair, sans ces critères, on ne peut pas juger si ces bonus sont justifiés ou non. Et surtout on reste muet sur les vrais sujets qu'il faudrait traiter, les réformes nécessaires concernant la notation financière par exemple. Rien ne semble avoir changé, mais personne ne s'en inquiète.

Lire la suite

Is the Internet a new socialism or liberalism?

16 Août 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Nouvelle économie - croissance

(Cet article est la version anglaise de Internet, modèle d'évolution libérale?  )

     This is a comment of a post by Kevin Kelly, New socialism: Global Collectivist Society Is Coming Online, on Kevin Kelly's Lifestream. In a first part, i will sum up the post of Kevin Kelly. In a second part, i will comment it.

 

     According to Kevin Kelly, a new sort of socialism is emerging on the web. He does not refer to the old socialists theories. He stresses the importance of collective actions on the web rather than commercial relationships. He wrote: «I use socialism because technically it is the best word to indicate a range of technologies that rely for their power on social interactions.»

 

     First, collective actions on the web are characterized by sharing. So, there are numerous sites where people share photos, bookmarks, stories, and so on, like MySpace, Loopt, Delicious. These sites are growing up fast.

 

     The secondly there is cooperation. For example, if people can share photos on a web site these photos can be gathered to create a 3D view of a location. That is cooperation. kelly wrote: «When individuals work together toward a large-scale goal, it produces results that emerge at the group level.» Thanks to cooperation on the web, people can aim a result they can't produce alone. This sort of cooperation is growing up on the web.

 

     Third comes collaboration. People work together online to product software for example, like the open source projects. And other people can use these softwares for free. New schemes for managing intellectual property, like Creative Commons or GNU licenses, were invented to ensure theses software will be shared for free. There are others examples of collaborative products, like Wikipedia.

 

     Kelly wrote: « (...) the tools of online collaboration support a communal style of production that shuns capitalistic investors and keeps ownership in the hands of the workers, and to some extent those of the consuming masses.»

 

     All these steps lead to collectivism. But not exactly to the collectivism ideal. Indeed, the aim of a collective organization is for every participant to be involved all together in important decision. However, the online projects like Linux, Wikipedia, or open office are directed by a smaller group of coordinators. But it's far more collectivist than capitalist organization. No big actor can control the project.

 

     Kelly concludes that a new system is emerging, based on social relationships, on cooperation of million people all over the world. It's not the old socialism, but it's more collectivist than capitalism. A system than maximizes both individual autonomy and the power of people working together. And it could succeed the capitalism era.

 

     This article is very interesting. It's a good description of the evolution of the economy and the society, and a new concept to explain this evolution. I recommend to read it. My sum up is very short.

 

     Kevin Kelly has defined a new concept to describe the evolution of the economy. I'll do the opposite. I'll show that the evolution is liberalism. It's not liberalism as opposed to socialism. Kelly is clear. His new socialism is not the old socialism, is not communism, is not ideology.

 

     Unlike Kelly, i consider the evolution of the economy as being part of an already existing concept. It's another point of view of the same phenomenon.

 

     It's true that people use the Internet to share, cooperate, collaborate. They can do that through websites like Myspace, Flickr, YouTube, and so on. These websites are made by firms, start up. This is a new business. These firms supply a new kind of product. They give people the possibility, the opportunity to share, to cooperate. And they want to make money out of it.

 

     This may indicate a sociological evolution. But, as far the economy is concerned, the process is the same as usual: new firms, new products. Innovation makes economy and society evolve, like cars and electricity did before. Today, the new products are not goods, they are kind of services. Like the opportunity to share, collaborate. These new businesses give people the possibility to do want they want on the web, of the Internet. The new products can be seen either as the origin or the consequence of the sociological evolution. There are interactions.

 

     In economy there are various forms of innovation. New product, new market, like export for example, and new process of production. Today,a new process of production is also emerging. Some firms sell hardware with free software, like linux (I mean free software like Linux and not freeware with not free upgraded version). There are various softwares which can be used for free and can be upgraded also. Others firms help to install and use the free softwares. It's a new kind of business model. The software is free. You pay the hardware and the services.

 

     The collaboration to produce free software, like the open source projects, is also an example of liberalism. It's a liberal way of production. Almost libertarian. Why? Because this collaboration has been organized spontaneously, without any state intervention. Communal tools are produced. Everybody can use these communal tools, and nobody can sell these tools. This is terms of the licenses which protects these tools, like GNU licenses.

 

     So, we face various spontaneous organizations, which produce communal products, with rules to prevent these products to be sold and without any state interventionism. It's like a private public service. That is an example of what liberalism says: people can organize themselves, develop and respect rules without state intervention.

 

     Well, it's not the usual presentation of market economy. Usually, we are told there are producers, who use capital, who employ workers, and sell products to consumers. This is neoclassical economics. More precisely, this is mathematical model of the neoclassical economics. That's all.

 

     To understand the change in economy, we have to get rid the mathematical model, and remember the basics of liberalism. Because math can't describe change. The most important principle is freedom. People are free to organize themselves to produce. Different forms of organization are in competition. The most efficient win. But there can be numerous coexisting models.

 

     It's not the time and place to talk about the principles of liberalism. And there are many debates about them. I just wanted to show that an already existing theory, liberalism, can describe the evolution Internet causes to economy.

 

     To conclude, there are two concepts in Kevin Kelly's description of the evolution of economy. There is innovation, with new products and new business models, which is usual in market economy. And there is new cooperations between people, which can very well be described by liberalism. But it's far from the market economy of neoclassical economists. We have to go back to the principles of liberalism.

 

     My opinion is not the opposite of Kevin Kelly's views. I agree there are evolution in economy. I agree that market economy theories can't explain this evolution. But Kelly invents a new concept: the new socialism. Whereas i see this evolution of the economy as being part of an existing theory: liberalism.

 

     Who is right? I don't know. Perhaps the two of us, since these opinions are not opposite to each other. I think the world is just at the beginning of the studies of this new economy.

 

Lire la suite

la crise, en direct live!

14 Août 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

    Un petit article en cette torpeur aoûtienne, pour commenter l'actualité. Un article un peu décousu, plutôt une réaction à chaud. En ce moment, je travaille au ralenti!

 

    La nouvelle, c'est l'augmentation de la croissance: + 0,3% en France au deuxième trimestre. L'Allemagne est bien orientée également. Est-ce la fin tant attendu de la crise, le redécollage frénétiquement espéré? Nous surveillons et montons en épingle le moindre petit événement, passant du pessimisme noire à l'explosion de joie, au gré des statistiques diffusées dans le monde. Hier, c'était le chiffre d'affaires de Warl Mart, aujourd'hui la croissance française, demain le moral des américain. C'est la crise en direct live, 24h sur 24, sur toutes les chaînes d'infos du monde.

 

    Qu'en est-il de la situation? On ne peut pas dire grand chose. La situation semble se rétablir doucement. Les banques vont mieux. Mais les marchés financiers ne fonctionnent pas encore normalement, et les banques centrales doivent soutenir le refinancement bancaire. La production semble se stabiliser, après le brutal destockage dû à la crise financière. Mais l'appréciation de la situation est faussée par les primes pour l'achat d'automobiles, dans différents pays européens, en France et en Allemagne notamment.

 

    Ce que j'ai écrit précédemment est toujours valable: la crise a mis du temps à s'installer, elle mettra du temps à se résorber. d'autre part, le monde a connu quelques années de "mauvaise" croissance, soutenue artificiellement par un excès d'endettement. L'économie va donc reculer, logiquement, se stabiliser à un niveau inférieur à celui d'avant la crise. Puis, il faudra encore du temps pour qu'elle se "reconfigure", pour croître plus "normalement". (cf  La crise est-elle finie?   )

 

    Guetter les moindre petits signes de reprise ne sert donc pas à grand chose. Une tendance se dessine sur plusieurs mois, et on est déjà en plein dedans quand on s'en aperçoit. Du reste, statistiquement, il n'y a pas de différence entre un PIB qui diminue de 0,3% ou qui augmente de 0,3%. C'est une stabilisation, pas une reprise.

 

    De même, il n'y a pas de politique qui permettrait une relance immédiate de l'économie. Ces dernières années ont d'ailleurs vues l'échec des politiques de relance. Dans les années 1970, nous avons vu l'échec des politiques, de relance par la dépense budgétaire. Ces dépenses budgétaires provoquent une croissance, qui retombe quand les dépenses cessent. Ou elles provoquent la stagflation.

 

    Et nous connaissons aujourd'hui l'échec de la relance monétaire. En effet, les USA ont soutenu la croissance par une politique monétaire très accommodante, en favorisant l'endettement. Ce qui a provoqué la crise financière, et la crise économique. On ne peut pas commander l'économie aussi simplement, en augmentant les dépenses budgétaires, ni en baissant les taux d'intérêt.

 

    Mais en a-t-on tiré les leçons. On en doute parfois quand on voit les politiques et les médias guetter une relance du crédit. On sort d'une crise causée par l'excès de crédit, et on voudrait en sortir par autant de crédits! Il est tout à fait normal que le crédit augmente moins, avec une demande immobilière en diminution, un environnement économique plus risqué. On ne peut pas critiquer l'excès de prise de risque des banques, et leur demander de prendre encore plus de risque. Le crédit ne se porte pas si mal. Et, il faut reconnaître que le médiateur du crédit est une bonne idée. Il faut que cette "institution" continue sa mission. De même l'intervention de la banque nationale Oseo. Mais ne prenons pas trop de risques non plus.

 

    Comment relancer l'économie, alors? Malheureusement, il ne faut pas compter sur un remède instantané. Une économie forte, ça se construit. il faudrait d'abord anticiper les difficultés des entreprises. On voit aujourd'hui des conflits déraper chez les sous-traitants de l'automobile, avec menaces d'explosion d'usines. les pouvoirs publics, les médias, les syndicats, tous accusent les multinationales-mondialisées-qui-exploitent-les-travailleurs-dans-le-monde.

 

    Pourtant, les premiers responsables sont les pouvoirs publics. Cela fait des années que l'on connaît les problèmes de ce secteur. Mais on n'anticipe pas. Ce qu'il faut, c'est prévoir la restructuration, avant qu'elle se produise. C'est-à-dire préparer la création de nouvelles activités avant d'attendre la faillite des anciennes. De la manière que j'explique dans l'article La relance, l'innovation, capital risque et capital développement  . Le problème, c'est qu'on ne l'a pas fait. Quoi qu'on fasse, on aura du chômage, des populations en difficultés, car il faut du temps pour construire de nouvelles activités.

 

    La priorité doit bien sûr aller au social. Il n'y a pas d'autre choix que d'aider les populations à qui on ne pourra pas offrir un emploi dans un premier temps. Mais, surtout, pour éviter de telles crises, il faut bâtir l'économie sur des bases solides. Ne pas réagir à la moindre petite statistique, ne pas espérer un remède miracle. Nous payons aujourd'hui le prix d'avoir fait le contraire.

 

    Quelles doivent-être ces bases solides? J'ai développé une argumentation sur la politique de croissance, durable pour galvauder les termes à la mode, dans l'article déjà cité: La relance, l'innovation, capital risque et capital développement . Je le ferai dans d'autres articles. On ne peut pas proposer une politique en un seul article. Il faudrait un livre au moins. La clef, répétons le, c'est de prendre du recul. de ne pas se focaliser sur la variation d'un trimestre sur l'autre. et de bâtir sur du solide.

 

    Evidemment, c'est un message très difficile à faire passer, en temps de crise. Quand les gens perdent leur emploi, leur revenu, perdent ce en quoi ils croyaient, c'est à dire travailler à leur poste jusqu'à la retraite. On comprend qu'ils veuillent croire aux miracles. Que cela leur semble dû, une politique qui leur laisse leur emploi, celui qu'ils occupent. Mais ce n'est pas possible. On peut les accompagner socialement, et il le faut, humainement. Mais promettre les miracles est inhumain.

 

    Il est aussi difficile de se détacher de la pression médiatique. moi-même, j'avais la tentation de commenter chaque nouvelle statistique. Mais pour quoi faire? il faut un peu de temps pour savopir si la situation se stabilise. tout ce qu'on peut dire, c'est que les banques françaises ne vont pas si mal, apparemment, et c'est déjà bien. la situation de la production manufacturière est difficile à interpréter, à cause des primes à la casse. Mais on peut espérer la fin du destockage.

 

    Maintenant, il faut préparer la reprise en lui donnant des bases solides, et non du vent comme une relance budgétaire ou monétaire. Ce serait bien que les médias se focalisent sur ce genre de débat, plutôt que de faire des titres énormes sur des statistiques ponctuelles, divergentes, si bien qu'à la fin le public est perdu.

Lire la suite