Analyse Libérale

Commentaire sur la commission Stiglitz

25 Juillet 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

     Je n'ai pas réagi directement sur ce blog aux pré-rapport de la commission Stiglitz. Cette commission a pour but d'élaborer des indicateurs qui, sinon remplaceraient, du moins compléteraient l'indicateur le plus utilisé en économie, le PIB (Produit Intérieur Brut). Il est reproché à ce PIB d'être un indicateur uniquement quantitatif, et de ne pas tenir compte du bien être.


     Tenir compte du bien être est une tâche ardue, et les membres de la commission en sont conscients. D'où les difficultés à élaborer de nouveaux indicateurs, et les débats autour de ceux-ci. Le bien être comprend les critères sociaux, mais aussi le développement durable par exemple.


     J'ai exprimé mon opinion sur ce sujet dans mon article Réponse à Jean Gadrey , ce dernier faisant partie de ceux qui veulent modifier les indicateurs. Dans cet article, j'explique que nous disposons déjà de nombreux indicateurs sanitaires et sociaux, qui permettent d'avoir une idée de la qualité de vie. Par ailleurs, le PIB remplit le rôle pour lequel il est conçu. Il mesure, en quelque sorte, les moyens dont disposent un pays, et permet de comparer les moyens dont disposent des pays différents.


     Ainsi, les Etats-Unis d'Amérique ont un PIB important, ce qui se traduit dans leur puissance militaire par exemple. Ils sont capables d'entretenir une telle puissance sans ponctionner une part importante de leurs moyens, contrairement à l'ex-URSS. Ce qui montre la corrélation assez bonnes entre le PIB et les moyens dont dispose un pays.


     Je voudrais ici seulement réagir sur deux points. d'abord sur la question du productivisme, que le PIB, en tant qu'indicateur, est censé favoriser selon ses contempteurs. Et l'opportunité d'une commission comme la commission Stiglitz, si on veut améliorer le bien être de la population.


     Le PIB est critiqué entre autre car il incite au productivisme. Il inciterait à produire toujours plus, sans considération environnementale notamment. Et sans tenir compte de la qualité de vie.


     Il est vrai que le PIB mesure une variation quantitative, pas des quantités produites mais de la valeur d'échange. Ce qui a un sens. La richesse mesurée par le PIB est synonyme de moyens, de puissance pour un pays. On peut regretter la course à la puissance. Mais ce n'est pas la faute à l'indicateur. C'est cette course à la puissance qu'il faudrait critiquer.


     Il faut aussi reconnaître que les moyens peuvent servir à améliorer le sort des gens. La santé, l'éducation publique, qui améliore le niveau de vie, le bien être, sont financés par le PIB.


     Enfin, il est vrai que la plupart des gens recherchent l'abondance, recherchent à acquérir de nombreux produits. Là encore, on peut critiquer ce comportement. Mais ce sont les gens qu'il faut appeler à se détacher des choses matérielles. Ensuite, on peut comprendre que chacun cherche à améliorer son niveau de vie.


     C'est aussi le libéralisme qui est accusé de pousser au productivisme. Le PIB serait donc le symbole des excès du libéralisme. C'est un raisonnement un peu surprenant. En effet, le propre du libéralisme, c'est de ne pas imposer de mode de vie ni de consommation. Le libéralisme laisse les gens libres. Autant on peut comprendre qu'un tel concept engendre des accusations de "capitalisme sauvage", qui accuse le libéralisme de trop laisser faire, autant cette accusation de pousser au productivisme est surprenante. C'est l'idée que le libéralisme pousse à rechercher la possession.


     Dans l'économie de marché, chacun peut mettre en vente ce qu'il veut sur le marché. Le prix est déterminé par l'offre et la demande. Le succès d'un produit également. Il n'y a pas d'incitation du système à consommer d'une manière ou d'une autre. Le comportement des acteurs, peut-être. mais pas l'économie de marché.


     Là encore, je reprends le raisonnement ci-dessus. Les gens choisissent, recherchent l'abondance, la possession. On peut le déplorer, on peut considérer que c'est mauvais pour l'environnement, qu'il faut vivre autrement. Mais c'est le comportement des gens qu'il faut blâmer dans ce cas. Le libéralisme n'est que le reflet de ce comportement.


     D'ailleurs, maintenant que les gens s'intéressent à l'écologie, l'économie de marché développe des produits écologiques. L'augmentation du prix du pétrole a permis d'obtenir des américains qu'ils se préoccupent du contrôle de leur consommation d'énergie. On voit aussi le développement de nouvelles formes de commerce, comme le "commerce équitable". L'écologie, le commerce équitable, ce sont justement des éléments que certains voudraient voir prendre en compte par un nouvel indicateur économique.


     Cette volonté de changer les indicateurs ressemble à de l'antilibéralisme. Ce qui est bien dommage, car il y a effectivement à faire dans le domaine du bien être. Mais là, il n'y a pas de débat, pas de commission pour s'attaquer aux questions qui fâchent.


     En effet, parmi ce qui peut favoriser le bien être, la qualité de vie, il y a le système de santé, le système éducatif. D'autant que dans la notion de qualité de vie on inclut la réduction des inégalités. Les questions à se poser, plutôt que de changer les indicateurs, ce serait comment améliorer l'efficacité du système social.


     On a l'habitude à ce sujet d'accuser le libéralisme, à nouveau, de tous les maux. Cependant, les dépenses publiques répréeentent plus de 50% du PIB en France. Dans tous les pays développés, ces dépenses n'ont jamais été aussi élevées (sauf en Suède par exemple, mais elles sont encore à plus de 50%).


     Une démarche utile serait de créer une commission pour améliorer les services publics. De se poser des questions comme par exemple faut-il garder le paiement à l'acte des médecins. La question de l'orientation dans l'Education Nationale. Des classes de niveaux. De l'efficacité de la politique consacrée aux quartiers difficiles. La gestion du logement social aussi. Une commission qui poserait toutes les questions qu'on ne posent pas, pour qu'il y ait un vrai débat public. Pour envisager les moyens d'amélioration des services publics, qui contribuent au bien être et au progrès social. A dépenses constantes en proportion du PIB, je ne parle pas de réduire les dépenses.


     J'ai donc profité de ce commentaire sur la commission Stiglitz pour reprendre mon refrain sur le social. On en parle beaucoup, on parle de qualité de vie, mais il y a beaucoup de moyens mis en œuvre pour améliorer cette qualité de vie. Pourtant, l'impression ressentie par la population est que la situation se dégrade.


     Mon opinion est donc que nous avons tous les indicateurs nécessaires. Il faut plutôt s'attaquer aux problèmes.


     On peut aussi débattre des moyens de produire sans polluer. Ceux qui veulent changer d'indicateur sont plutôt adeptes de l'agriculture biologique apparemment, du consommer moins mais mieux. Cependant, aux Etats-Unis, on cherche plutôt à consommer autant, et plus, en polluant moins. et je pense que ce pays sera prêt à expérimenter de nouvelles sortes d'OGM, qui seraient plus efficace pour produire du carburant vers par exemple. Ou pour produire de l'énergie.


     C'est aussi pour cela que créer des indicateurs de qualité de vie est compliqué: il faut prendre partie sur les moyens utilisés pour atteindre la qualité de vie visée, en matière d'environnement par exemple. Plutôt que de rechercher de nouveaux indicateurs, il faut informer la population sur les différentes options.

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Internet, modèle d'évolution libérale?

20 Juillet 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Nouvelle économie - croissance

 

    Le site Framablog a traduit un article de Kevin Kelly, du magazine Wired, intitulé: Le nouveau socialisme: la société collectiviste globale se met en ligne. Selon cet article, nous entrons dans une sorte de socialisme numérique. Par le mot socialisme, l'auteur veut mettre en avant l'aspect collectif, ou collectiviste, qui se développe sur internet.


    Je vais d'abord ici présenter cet article. Puis, je le commenterai.


Le socialisme numérique

    L'aspect collectif d'internet est d'abord caractérisé par le partage, sur des sites comme Facebook, MySpace, Youtube. Une multitude de site de partage se sont ainsi développés sur internet, sur lesquels les internautes postent leurs photos, des critiques, des marque pages, etc.


    Ensuite vient la coopération. Sur les sites de partage, tout le monde peut par exemple utiliser une photo. Les licences Creative Commons permettent ainsi à tout un chacun d'utiliser gratuitement des photos mises en ligne. D'autres utilisateurs profitent de ces photos. Et peuvent s'en servir pour un usage spécifique. Des photos d'un même endroit prises sous différents angles peuvent être assemblées pour former une reproduction du lieu en 3D. Il y a donc une création en plus du partage permise par internet, et courante sur le web. L'ensemble dépasse la somme des composantes.


    Puis, il y a la collaboration organisée. Des milliers de contributeurs créent des logiciels par exemple, comme les logiciels Open Source. Et les usagers profitent gratuitement de ces logiciels. Nous sommes en dehors des schémas capitalistes selon Kevin Kelly. Il écrit: «(...) les outils collaboratifs en ligne facilitent un style communautaire de production qui exclut les investisseurs capitalistes et maintient la propriété dans les mains de ceux qui travaillent, voire dans celles des masses consommatrices.»


    Enfin, toutes ces étapes aboutissent à une forme de collectivisme, dans le sens où un produit est conçu collectivement, sans qu'un petit groupe ne décide seul de ce qu'il faut faire. Même s'il peut y avoir, pour la conception de logiciels Open Source, un noyau de concepteurs organisés. «Le Net donne la possibilité aux organisations concentrées sur le produit de fonctionner collectivement, tout en empêchant la hiérarchie d'en prendre totalement le pouvoir.»


    L'auteur ne se réfère pas au socialisme tel qu'il est connu et théorisé. Il emploi ce terme pour opposer les formes collaboratives qui émergent sur internet au fonctionnement marchand de l'économie de marché. En aucun cas il ne s'agit d'un retour aux idéologies du passé qui ont échoué, l'auteur est clair sur le sujet.


    L'emploi du terme est peut-être aussi un peu provocateur dans un contexte américain, où il est très connoté négativement.


    Selon cet article donc le net provoque une rupture dans le modèle économique. Les théories actuelles ne permettent pas de l'appréhender.


    Je prendrai le contrepied de cette thèse. En démontrant que cette évolution s'intègre dans la théorie libérale. Ce ne sera en fait pas vraiment le contrepied sur le fond, puisque l'article ne se réfère au socialisme tel qu'on le conçoit habituellement. Mais une présentation différentes des choses.


    En effet, dans cette évolution, il y a, d'une part, le développement de nouveaux produits, qui se fait d'une manière totalement classique. D'autre part, il y a des initiatives privée spontanées, qui correspondent également à la conception libérale de la société. C'est à cette conception libérale qu'il faut revenir pour appréhender l'évolution, et ne pas se cantonner aux schémas économiques restrictifs habituels.


Le développement de nouveaux produits

    Dans son article, Kevin Kelly met en avant la dimension communautaire du web. Les internautes mettent leurs photos, leurs données, sur des sites de partage, comme facebook, MySpace, YouTube. Ils donnent leur avis sur Yelp pour les critiques, partagent leurs marque page sur Delicious. Les internautes peuvent également utiliser les données laissées par les autres pour leurs propres créations.


    La manière dont le gens s'approprient le web, les nouveaux comportements que celui-ci implique, ce n'est pas du domaine de l'économie. c'est plutôt le domaine de la sociologie, de l'étude sociétale. Tous les comportements ne sont pas économiques.


    Par contre, des entreprises se créent pour profiter de ce comportements, en mettant en place des sites qui permettent ce partage de données. Ce faisant, ces entreprises développent ces comportements. On est là dans le domaine de l'économie. Des gens proposent sur le marché un type de produits, en essayant de le rentabiliser, et permettent à des comportements de se développer.


    Ce qui a changé, c'est qu'on met sur le marché de nouveaux types de produits. C'est à la fois un service, car on n'achète pas du matériel, mais c'est quand même du matériel qui est derrière, des serveurs et des logiciels. C'est ce que j'appelle l'économie de l'abstrait. On vend tout ce qui peut être imaginé par l'esprit humain. Les produits sont des concepts. En l'occurrence, ici, le fait de pouvoir partager des données.


Des initiatives privées spontanées

    Kevin Kelly décrit par ailleurs les comportements collaboratifs qui existent sur le web, où des communautés créent des logiciels, utilisables librement par tous, selon diverses modalités définies notamment par les licences GNU. Ainsi, pour beaucoup de ces logiciels, ils peuvent être modifiés par n'importe qui, à condition que les versions modifiées soient disponibles elles aussi librement.


    Nous sommes face à des initiatives privées, spontanées, de coopération. Il s'agit de la création d'une encyclopédie en ligne. De systèmes d'exploitations. De logiciels de bureautique. Ce sont des particuliers qui participent à l'élaboration de ces produits, mais aussi des firmes, qui trouvent un intérêt à utiliser et partager ces produits. il y a là une sorte de domaine publique, sauf qu'il n'existe pas à l'initiative d'un état, et n'est pas géré par un état.


    En effet, les licence GNU, creative commons, l'open source, sont des règles créées par l'initiative privée, sans aucune intervention étatique, et qui régissent la création et la diffusion des productions créées en collaboration sur le web.


    Nous sommes là en plein dans un processus libéral. Des initiatives privées, qui sont organisées sans aucun recours à l'Etat. Et qui ne sont pas exclusives de relations marchandes classiques. Les deux modes sont en concurrence, et influent l'un sur l'autre. J'ai ainsi montré les effets des logiciels libres sur les monopoles dans l'article Monopoles et logiciel libre  . Nous sommes en fait dans un processus que certains n'hésiteraient pas à qualifier de libertaire.


Sortir des schémas économiques restrictifs

    Nous sommes loin de la présentation habituelle de l'économie de marché. En effet, d'habitude, on nous dit qu'il y a les producteurs, qui utilisent du capital, emploient des salariés, et vendent un produit aux consommateurs. C'est une présentation simplifiée de l'économie de marché. Elle correspond à une forme de cette économie, qui s'est développée ainsi depuis la révolution industrielle.


    En fait, il faudrait présenter le marché comme un lieu virtuelle, ou chacun propose quelque chose à échanger: produit, travail, service (le travail étant une forme de service). Ensuite, sur le marché, chacun peut s'organiser. On peut créer des sociétés anonymes, des coopératives, des groupements d'achat. Aujourd'hui, d'autres formes de coopération se développent.


    Nous sommes aussi loin de la présentation habituelle du libéralisme. Le libéralisme aujourd'hui est dominé par l'approche néoclassique. Celle-ci élabore des modèles mathématiques qui décrivent le fonctionnement de l'économie sous certaines hypothèses. L'hypothèse de base est la maximisation sous contrainte. C'est-à-dire que les facteurs de production ont un coût, ce qui est la contrainte. Et l'entreprise cherche à maximiser son profit sous cette contrainte de coût.


    Bien sûr, la théorie néoclassique a d'autres implications. Mais on voit que ce principe de base permet mal de prendre en compte certaines évolutions. On peut toujours dire qu'une entreprise qui participe à l'élaboration d'un logiciel libre cherche à maximiser son profit, car elle tire un avantage du logiciel libre. Mais on ne voit pas comment. C'est un des reproches faits à la théorie néoclassique: le fonctionnement interne de l'entreprise est une boîte noire. On fait seulement l'hypothèse de la maximisation du profit.


    Par ailleurs, cette présentation mathématique occulte toute la philosophie libérale. Le libéralisme, ce n'est pas la maximisation du profit des entreprises. C'est d'abord la défense de la liberté de chaque individu. Ensuite, c'est l'idée de laisser s'organiser les gens comme ils le veulent. De permettre à des règles sociales de se construire d'elles-mêmes en quelque sorte, par l'initiative privée.


    Ce qui ne veut pas dire absence d'Etat, de protection sociale, d'éducation publique. C'est permettre à chacun de s'accomplir. Il y a ensuite plusieurs écoles. J'atteins là la limite de mes connaissances, car, malheureusement, je n'ai pas étudié tout cela. J'ai quelques connaissances éparses, issues de quelques lectures: Hayek notamment, et un peu Von Mises. Von Mises voulant lui vraiment un Etat minimal. Il est souvent qualifié de libertaire (ultra-libéral en quelque sorte).


Conclusion

    Ma présentation ne contredit pas l'article de Kevin Kelly, sur le socialisme numérique. Je distingue un aspect sociologique, et j'intègre l'évolution décrite par Kevin Kelly dans la théorie libérale. mais je retourne pour ça aux sources du libéralisme, en m'affranchissant d'une présentation de l'économie qui correspond à une forme de production. J'inscris l'évolution numérique dans la dynamique libérale.


    On peut constater qu'internet donne du pouvoir aux gens. Il permet de rassembler une "masse critique" de gens, pour organiser des activités de production, de collaboration à grande échelle. De même qu'il facilite la coopération. Or, c'était là une des utilités des Etats. Internet permet donc, dans une certaine mesure, de s'affranchir des Etats, des autorités politiques, pour organiser la communauté.


    A ce titre, les pensées développées par les auteurs libéraux peuvent être utiles à la réflexion sur l'évolution engendrée par le web. D'une manière générale, les ouvrages des grands auteurs de politiques économiques, ou de politique, de sciences morales, peuvent être utilement revisités. Les transformations induites par internet dépassent un simple changement de produit, ou de production.


    Internet est une facette du nouveau visage que prend le monde aujourd'hui. Ainsi, les ONG ont pris également beaucoup d'importance. Elles ont de plus en plus d'influence. Quelle est leur légitimité par rapports aux etats, quels dangers cela peut-il représenter? Notre monde change. Nous avons besoin de réflexion.

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A propos de l'écologie et du social...

13 Juillet 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Feuilletant un classique de la littérature économique, je ne peux m'empêcher de citer ces lignes que je vient de lire, tellement d'actualité:


«L'efficacité de l'ordre de marché et de l'institution de la propriété pluraliste repose sur le fait que dans la plupart des cas les producteurs de biens et services particuliers sont à même de déterminer qui en profitera et qui doit en payer le coût. Dans la mesure où il s'agit d'éléments matériels en possession de particuliers, les conditions sont réunies pour qu'il soit possible de faire que les services dus à l'activité d'un individu soient réservés à qui consent les payer, et refusés à qui ne le veut pas (la réciproque étant que tout dommage causé soit indemnisé): la possession d'un bien meuble confère généralement le contrôle de la plupart des effets avantageux ou nuisibles de son emplois.


Mais lorsque nous envisageons la terre, et non plus des biens meubles, ce que nous venons de dire n'est vrai qu'en partie. Il est souvent impossible de limiter les effets de ce qu'un tel fait de sa terre, aux bornes du champ en question; ainsi apparaissent ces "effets de voisinage" qui n'entrent pas en ligne de compte tant que le possesseur ne doit se soucier que des résultats de son action sur son propre bien. Ainsi se posent aussi les problèmes relatifs à la pollution de l'air, de l'eau, etc. A ces égards, les calculs que font les individus en ne tenant compte que des conséquences de leurs procédés sur le domaine que la loi leur reconnait n'assureront pas cet équilibre des coûts et avantages qui est généralement obtenu là où il s'agit de l'empli de biens meubles.» (Page 51-52)


«Du fait de la dissolution des liens de la communauté locale et de l'avènement d'une Société ouverte extrêmement mobile, un nombre croissant de personnes ne sont plus insérées dans des groupes particuliers sur l'aide et l'appui desquels elles puissent compter en cas d'infortune. Le problème ici est en majeure partie celui du sort des individus qui, pour diverses raisons, ne peuvent gagner leur vie sur le marché: malades, vieillards, handicapés physiques ou mentaux, veuves, orphelins ̶ toutes gens qui sont victimes de coups du sort dont personne n'est à l'abri, et dont souvent les isolés n'ont pas les moyens de se défendre; alors qu'une société qui est parvenue à un certain degré d'aisance peut en fournir dans toutes ces circonstances-là.


L'assurance d'un certain minimum de ressources pour chaque individu, ou une sorte de niveau de base au-dessous duquel personne ne risque de tomber même s'il est incapable de pourvoir à sa subsistance, voilà qui peut être considéré non seulement comme une protection tout à fait légitime contre un risque commun à tous, mais encore comme un élément nécessaire de la Société élargie où l'individu n'a plus désormais de créance morale sur les membres du petit groupe particulier dans lequel il est né.» (Page 64-65)


     D'où viennent ces propos, qui justifient si bien l'intervention de l'Etat au nom de l'écologie et du social? Du troisième tome de Droit, Législation et Liberté, ouvrage phare de Friedrich August Hayek... auteur considéré comme une figure de l'ultralibéralisme!


     Ce qui montre à quel point le libéralisme est mal connu, également par ceux-là même qui s'en réclament dans les médias, ou même se réfèrent à Hayek! Et à quel point le débat économique est appauvri, entre la lutte "contre l'ultralibéralisme sauvage", le terme ultralibéral n'existant même pas en économie, et ceux qui se contentent de dire qu'il faut moins de contraintes pour les entreprises. Il est vrai aussi qu'Hayek fait partie de ceux qui refusent de réduire l'économie à des mathématiques, en évitant d'affronter ainsi les problématiques humaines.


     On ne peut réduire Hayek à ces courts extraits. je ne suis pas forcément d'accord avec tout ce qu'il écrit. Et je ne connais pas toute sa pensée. Je voulais juste montrer que les raisonnements économiques, et libéraux, peuvent être beaucoup plus complexes et profonds que ce qu'on entend le plus souvent. Et qu'opposer écologie et libéralisme, ainsi que social et libéralisme, n'est pas fondé.


(les indications de pagination sont celles de l'édition des PUF, collection Quadrige, Première édition octobre 1995)

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Déclassement social

13 Juillet 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

     Le Centre d'analyse stratégique, ex-Commissariat Général au Plan, a remis un rapport au gouvernement sur le déclassement social. Ce rapport n'indique pas d'augmentation significative du déclassement social depuis 1963. Il y a déclassement quand une génération est à un niveau social inférieure que le génération des parents. Voici les chiffres, tirés de l'enquête emploi 1983-2000 de l'INSEE.


Evolution du statut social par rapport à la génération précédente (hommes et femmes de 30 à 59 ans):


                                   1963                1993              2003


Immobiles                 43,7%              40,4%            39,4%


Ascendants               37,7%              39,5%           38,7%


Descendants             18,6%              20,1%           21,9%


     Les évolutions sont trop faibles pour être significatives. On ne peut pas dire qu'il y a une augmentation du déclassement social. Cependant, le rapport du CAS note que la hantise du déclassement est très forte en France.


     Que les chiffres soient les mêmes en 1963 et en 2003 est cependant significatif. Les années 60 étaient une époque de croissance et d'optimisme. Les années 2000 sont celles de la stagnation et du pessimisme. Et pourtant, les possibilités d'ascension sociale semblent les mêmes pour ces deux périodes.


     Cela signifie que c'était toute la société qui connaissait une amélioration du niveau de vie. Une amélioration forte au point d'être clairement visible et ressentie. Ce qui est confirmé par les chiffres de la croissance, qui était plus forte dans les années 60 que dans les années 2000.


     D'autre part, les chiffres d'évolution des revenus montrent que dans les années 2000, les revenus des classes moyennes ont moins augmenté que ceux des populations situées aux extrémités de l'échelle sociale, les riches et les pauvres. Relativement, le niveau de vie des classes moyennes a baissé (cf Inégalités, évolution des revenus ).


     Le CAS indique aussi comme élément expliquant la hantise du déclassement la flambée du prix du logement, à niveau social équivalent, la génération suivante ne peut plus devenir propriétaire de son logement.


     Le sentiment est donc une dégradation généralisée de la situation. Il serait aussi intéressant de voir à quoi correspond l'ascension sociale en en 1963 et en 2003: est-ce qu'on monte aussi haut aujourd'hui qu'hier? L'article des Echos indique que l'avantage des enfants de cadres s'est plutôt accentué depuis le début des années 80, conduisant à une reproduction des inégalités sociales d'une génération à l'autre.


     Enfin, le pourcentage de trentenaires et de quadragénaires victime de déclassement, par rapport aux années 80, serait de 22 à 25%, contre 18% au début des années 80. Ce qui montrerait un déclassement plus prononcé pour cette tranche d'âge. Le phénomène de stagnation et de déclassement social daterait surtout des années 90.


     En conclusion, les chiffres indiquent une moindre progression du niveau de vie de la classe moyenne, et semblent indiquer une augmentation du déclassement depuis les années 90. 


     Cette décélaration, et peut-être régression, du progrès social, intervient alors que les dépenses publiques n'ont jamais été aussi élevées en proportion de la richesse créée chaque année en France. Ce qui pose la question de la bonne utilisation de l'argent public, en matière sociale, en politique de l'emploi, de l'éducation, politique en faveur des banlieues, etc.

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Comprendre la monnaie en s'amusant...

8 Juillet 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

Voici une petite histoire qui circule sur le net. Vous l'avez sans doute déjà lue.


«Dans un village qui vit du tourisme, il n'y a plus de touristes à cause de la crise. Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre. Les mois passent, misérables. Arrive enfin un étranger qui prend une chambre. Il la paie avec un billet de 100 euros. L'hôtelier court porter le billet chez le boucher, à qui il doit justement 100 euros. Le boucher va aussitôt porter le même billet au paysan qui l'approvisionne en viande. Le paysan,à son tour, se dépêche d'aller payer sa dette à la prostituée à laquelle il doit quelques passes. La “pute” boucle la boucle en se rendant à l'hôtel pour rembourser l'hôtelier qu'elle ne payait plus quand elle prenait une chambre à l'heure. Comme elle dépose le billet de 100 euros sur le comptoir, le touriste, qui venait dire à l'hôtelier qu'il n'aimait pas sa chambre et n'en voulait plus, ramasse son billet et disparaît. Rien n'a été dépensé, ni gagné, ni perdu. N'empêche que plus personne dans le village n'a de dettes.»


Chacun a son interprétation. Ce qu'illustre cette petite histoire, surtout, c'est que la monnaie fonctionne comme une créance. On peut très bien imaginer que l'hôtelier paie le boucher avec une reconnaissance de dette. Le boucher paie le paysan avec cette reconnaissance de dette. Celui-ci paie la fille avec la même reconnaissance de dette. Et la fille paie l'hôtelier de la même manière. La boucle est bouclée.


La monnaie permet à ce système de fonctionner entre des milliards de personnes qui ne se connaissent pas. Par exemple, une entreprise a besoin de payer un fournisseur, avant d'avoir vendu ses produits, car il faut bien les fabriquer avant de les vendre. elle peut signer des reconnaissances de dettes. Cela se fait. Mais ces reconnaissances de dettes sont malaisées à échanger. L'entreprise demande donc à la banque de lui faire crédit. C'est-à-dire que l'entreprise signe une reconnaissance de dette envers la banque. En échange, la banque fournit une reconnaissance de dette facile à échanger: de la monnaie. C'est là la fonction du crédit.


Et la petite histoire illustre merveilleusement la fonction de la monnaie. Avec une petite touche d'absurde, puisque le client de l'hôtel, reprend son billet. ce billet était sa reconnaissance de dette. N'étant pas satisfait, il la reprend. Qui a dit que l'économie n'était pas une matière amusante?

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Evolution de la masse monétaire en avril 2009

5 Juillet 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

Voici l'évolution de l'agrégat M3, qui sert à mesurer la masse monétaire en Europe:



La totalité du rapport de la Banque de France se trouve ici: http://www.banque-france.fr/fr/stat_conjoncture/telechar/stat_mone/avril_2009.pdf 

C'est cet agrégat qu'il faut surveiller pour connaître l'évolution de la crise monétaire. Car cette crise financière est avant tout une crise monétaire (cf l'article: Inflation, déflation: explications et risques. )

 

On remarque une baisse continue du rythme d'augmentation de cette masse monétaire depuis août 2007. Cette baisse signifie qu'il n'y a pas de risque d'inflation a priori. Même si la relation entre la masse monétaire et l'inflation est complexe.

 

Y a-t-il un risque de déflation? La masse monétaire continue d'augmenter. Donc pas de déflation.

 

La tendance continue à la diminution du rythme de croissance de la masse monétaire indique que la situation n'est pas stabilisée.

 

Quel est le bon niveau de croissance de la masse monétaire? Il n'y a pas de niveau théorique optimal. Pour se faire une idée, il faudrait étudier une série plus longue.

 

Ce que l'on peut dire, au vu de ce graphique, c'est que le risque d'inflation dû à l'excès de liquidité sur le marché monétaire paraît minime.

 

Je dois aussi faire mon mea culpa. C'est cet indicateur que j'aurai dû regarder plus tôt. Que j'aurai dû chercher en fait, car les journaux ne le donne pas. Pour une étude plus complète, il faut travailler sur des série longues. Ce qui permettra d'estimer quand le niveau de croissance de la masse monétaire a commencé à être trop élevé. J'essaierai de faire ces observations quand j'aurai un peu de temps, ce qui n'est pas le temps en ce moment (il fait chaud, je vis au ralenti!).

(Pour des statistiques plus longues et plus récentes:  Masse monétaire 1999-2009 Europe et USA   )
(Pour un tableau sur plusieurs années de l'évolution du crédit en france, jusqu'à aujourd'hui, cliquer ici:   Y-a-t-il restriction de crédit en France aujourd'hui?    )

La crise avec des mots simples. Le livre du blog est paru. Cliquer ici.

 

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Michael jackson, Hadopi et l'industrie du disque.

3 Juillet 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

     L'industrie du disque accuse le téléchargement de la ruiner, d'être responsable de ses difficultés. J'ai déjà écrit sur ce sujet l'article suivant: Loi hadopi, internet et les mutations de l'industrie culturelle . Aujourd'hui on a une preuve éclatante que les disques peuvent encore très bien se vendre: en effet, depuis sa mort, les ventes des disques de Michael Jackson s'envolent. Pourtant, ce ne sont pas des disques rares. Ils doivent pouvoir se trouver très facilement sur le net. Et la génération qui les achète sait télécharger.

   
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