Analyse Libérale

Réponse à Jean Gadrey

30 Juin 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

 

     Ce billet est  un commentaire d'un article de Jean Gadrey, L'expansion économique sans croissance, qu'il a publié sur son blog.

     Merci, Monsieur Gadrey, pour cet article, que j'attendais. Je suis de ceux qui vous demandaient des précisions, si vous vous souvenez. Je peux ainsi répondre à vos arguments.

     Je me suis permis de vous répondre sur mon blog, car je souhaitais faire un commentaire argumenté, qui est un peu long. De plus, je contrôle mieux la mise en page et la lisibilité ainsi. 


     Vous décrivez en exemple une économie, où le choix d'une agriculture bio entraîne une augmentation du nombre de salarié, de salaires distribués, pour une quantité produite qui n'augmente pas, et donc une productivité en baisse. Par exemple, s'il faut 10% de travail en plus, il y a 10% de salaires distribués en plus, pour une productivité divisée par 1,1.


     Vous concluez qu'il y a eu expansion, de la valeur ajoutée monétaire, puisque qu'il y a eu 10% de salaires distribués en plus. Et expansion du travail, puisqu'il y a 10% de salariés en plus. Cela sans augmentation de la production.

 


     Cependant, vous éludez le fait que le coût augmente, et donc le prix. Vous en parlez, mais vous en éludez les effets. Une augmentation des prix de l'alimentation entraîne des arbitrages. C'est moins d'argent pour d'autres achats. Des achats de services, par exemple. Ce qui signifie que les emplois gagnés éventuellement d'un côté sont perdus d'un autre côté.


     Si on considère que l'augmentation de la productivité agricole a permis le développement d'autres activités, et ainsi de l'expansion économique, on peut même se demander si on ne perdrait pas plus d'emplois que l'on en gagnerait.


     Vous indiquez que dans votre exemple le bien être des salariés a progressé, car ils sont mieux nourris, avec des produits de meilleure qualité. Là encore, cela suppose de faire abstraction de ce qui est perdu, en consacrant une part plus importante de son revenu à l'alimentation. De l'argent en moins pour des livres, la culture, des voyages, des cures, ou des jeux vidéos, des matchs de foot. Chacun trouve son bien être où il veut.


     Vous parlez aussi de bien être collectif, puisque vous dites qu'on produit "durable". Ce qui fait débat. L'agriculture biologique est critiquée, car elle suppose d'utiliser plus de surface, plus d'eau, plus d'énergie. D'autres agricultures sont proposées. Agriculture raisonnée, agriculture hors sol, OGM. Les OGM, en effet, peuvent être des produits qui poussent avec moins d'eau, qui peuvent être enrichis en vitamines, etc. Je ne veux pas ici prendre position. Mais souligner que votre exemple s'inscrit dans une prise de position sur le sujet. Et que, par conséquent, l'argument de bien être collectif ne vaut que dans un certain cadre de pensée. Il est sujet à débat. Il y a réellement, au niveau mondial, un débat et des opinions différentes sur ce sujet. Sur l'utilisation des OGM notamment.


     Après cet exemple théorique, vous prenez des exemples réels. Vous prenez l'exemple de l'automobile. Vous indiquez que si l'on produisait avec les techniques actuelles, les automobiles des années 1960, il faudrait beaucoup moins de travail qu'à l'époque pour les produire. Si les prix des véhicules se sont maintenus, ou ont augmenté, c'est grâce à l'incorporation d'éléments supplémentaires, utiles ou non: plus de confort, plus de technologie, climatisation, etc.


      Vous soulignez par cet exemple que l'une des grandes caractéristiques de la progression de la valeur monétaire d'un secteur est l'incorporation de caractéristiques de qualité (réelles ou trompeuses). Ce qui vous permet de faire le lien avec votre exemple théorique, où une augmentation de la qualité des aliments entraîne une expansion, monétaire et en termes de travail, sans augmentation de la production. Vous inscrivez donc cet exemple dans un cadre réel habituel d'expansion par la qualité.


     Je ne pense pas que l'exemple soit bien choisi. Cette expansion par incorporation de nouveaux éléments qualitatifs (qui peuvent effectivement être du pur marketing), ne suppose pas nécessairement une augmentation du travail. L'automobile le montre. Cet exemple illustre plus le productivisme que vous dénoncez: plus de productivité permet d'incorporer de nouvelles fonctions, de maintenir les prix ou de les augmenter. Les gains de productivité permettent des rémunérations supplémentaires, qui augmentent la consommation, etc. Vous connaissez la musique.


     Vous critiquez le fait que les statistiques reflètent l'évolution des quantités, et non celles de la qualité. Et donc ne mesure pas l'expansion par la qualité. Ce qui minore le mode d'expansion que vous proposez, et, au contraire, majore les modes d'expansion productivistes.


     Je ne suis pas d'accord avec cette interprétation des statistiques. Elle mesurent essentiellement un produit, et non des quantités. En particulier cette statistique décriée, qu'est le PIB.


     Le PIB mesure le produit que l'on retire d'une production, bien ou service. Il ne mesure pas une quantité, ni la qualité. Il mesure une valeur, relative, retirée de l'échange de produits. Il agrège toutes ces valeurs relatives. Il n'a pas pour but de mesurer ni la quantité, ni la qualité. La mesure de l'expansion n'est donc pas une mesure des quantités échangés, mais de la valeur d'échange de ce qui a été produit.


     Bien sûr, pour construire les statistiques qui mesurent ce produit, on utilise l'indice des prix; afin de ne pas compter comme une augmentation de la production ce qui ne résulte que de l'inflation. Bien sûr, l'indice des prix est critiquable, car on peut juger qu'il sous-estime ou sur-estime l'effet qualité. La statistique n'est pas une science exacte. L'important, pour faire des comparaisons, internationale et temporelle, et de s'accorder sur une méthode statistique. Car les valeurs brutes, en la matière, n'ont pas de signification. L'intérêt réside dans les comparaisons.


     Vous concluez en indiquant que vous avez voulu montrer que l'expansion économique n'est pas la croissance. Un brin provocateur, je répondrai que l'expansion économique n'est QUE la croissance. Pas la croissance par quantité, mais par produit, mais finalement ce n'est qu'un détail pour ce que je veux exprimer.


     Il me semble parfois que l'on donne beaucoup trop d'objectifs à la croissance économique. l'augmentation du PIB ne traduit que l'augmentation des moyens dont dispose un pays. Les Etats-Unis ont le PIB le plus important au monde. Ce PIB est utilisé pour entretenir une puissance militaire sans équivalent. Ce pays a les moeyns d'entretenir cette puissance sans faire s'écrouler l'économie sous le poids des dépenses militaires comme l'ex-URSS. Ce qui montre la corrélation, assez bonne, entre le niveau du PIB et les moyens d'un pays.


     Le PIB étant un outil imprécis. Ainsi, la différence de PIB entre la France et le Royaume Uni n'est pas significative. Surtout qu'elle dépend beaucoup des valeurs relative de l'euro et de la livre sterling. Ces deux pays ont des moyens équivalents.


     Mais le PIB ne va rien mesurer d'autre. Et ne cherche pas à le faire. Chaque pays peut utiliser ses moyens comme il le souhaite. pour mesurer la qualité de vie, on utilise des indicateurs sociaux. Comme le taux de scolarisation. La mobilité sociale. Ce qui ne dépend pas de l'économie. L'économie donne les moyens. Mais, ensuite, avec les même moyens consacrés à l'éducation par exemple, les niveaux en la matière peuvent être différents d'un pays à un autre. c'est une question de mise en œuvre des moyens.


     Quant à la mesure du bien être, voici une notion bien subjective! Le bien être dépend-t-il d'une nourriture bio? Ou peut on se nourrir de gélules ou d'autre chose garantissant l'apport nutritionnel journalier, et se sentir bien? Cela dépend, si on aime la bonne chère ou non. On peut avoir une alimentation trop riche mais se sentir bien.


     Comme on peut bénéficier du confort moderne, des moyens, et être dépressif! On a un certain nombre d'indicateur sociaux, qui peuvent être des critères de progrès social. Mais le bien être est trop subjectif pour être mesuré. A moins bien sûr de considérer comme critères de bien être collectif certains critères sociaux. Mais ce n'est pas précisé dans les discours qui prône des indicateurs de mesure du bien être.


     C'est un long commentaire. J'ai essayé d'argumenter. Je vous remercie infiniment pour cet article explicatif. Vous avez essayé d'expliquer simplement votre opinion, au lieu de vous contenter, comme beaucoup de l'asséner sans argument. Trouver une argumentation n'est pas si facile, malgré internet.


     Evidemment, vous vous exposez ainsi aux critiques d'amateurs dans mon genre! J'espère avoir suffisamment argumenté moi-même pour vous paraître sérieux, et ne pas avoir été désobligeant.


     Je dois vous avouer que je ne suis pas arrivé par hasard sur votre blog. J'ai tapé votre nom sur un moteur de recherche. Je cherchais des nouvelles de mon professeur, à Lille 1 (Ecen, EIRH), dont j'entendais parler de temps en temps. Je crains que vous ne considériez que l'élève, compte tenu de ses opinions, a mal tourné!


     Je vous souhaite, Monsieur Gadrey, une bonne continuation. Surtout, continuez à alimenter le débat.


     Cordialement

 

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Monopoles et logiciel libre

29 Juin 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Nouvelle économie - croissance

 

    Je sors aujourd'hui de la crise financière, comme cela m'arrive parfois sur ce blog, pour parler d'un autre sujet, le logiciel libre. Sujet que j'aborderai bien sûr sous l'angle de l'économie, on ne se refait pas!


     Le monde du logiciel libre, ce sont toutes ces applications informatiques gratuites. C'est le langage informatique Linux, emblématique de cet univers. Le moteur de recherche Firefox, de Mozilla. La suite bureatique open Office, que j'utilise. Ce sont des applications qui se nichent partout, dans la Freebox par exemple.


    La particularité de ces applications est d'être gratuite et ouverte. Gratuite, car on ne les paie pas. Ouvertes, car chaque programmeur peut modifier ces applications, pour les adapter à son utilisation, à l'utilisation que veut en faire un client, ou même pour faire évoluer cette application.


     Ce n'est pas un monde sans règle. Le logiciel libre obéit à un règlement. Il faut respecter la licence du logiciel libre. Notamment, mettre toutes les modifications des applicfations à la disposition de tous les programmeurs. Le code, les lignes du programmes donc, doivent être connues.


     Ce monde est financé de plusieurs façons. Il y a le modèle de la fondation, comme la fondation Mozilla, du moteur de recherche Firefox. Ce sont aussi de grands groupes qui laissent leurs programmeurs travailler sur les logiciels libres. Ce sont aussi les sociétés qui les utilisent qui peuvent les améliorer.


     Ce qui est intéressant, sur le plan économique, c'est d'étudier le logiciel libre sous l'angle des théories sur les monopoles. Il y a monopole, sur un marché, quand un acteur est seul à vendre son produit. Que faut-il faire quand il y a une situation de monopole sur un marché?


     Il y a d'abord la situation des monopoles dits naturels. Par exemple, le chemin de fer. Il n'est pas concevable de construire deux voies ferrées concurrentes côte à côte. dans ce cas, il y a souvent monopole étatique, ou concession à un exploitant sous conditions. C'est une situation très particulière, où le monopole peut être considéré comme inévitable. C'est le cas également du transport d'électricité.


     Voyons les autres situations. celles où une entreprise acquiert un monopole sur un marché, son produit devenant le seul disponible. Supposons que ce monopole ne provienne pas de l'usage de la force. En effet, si tel est le cas, en économie cela s'appelle de la concurrence déloyale et doit être puni. supposons donc que ce soit par la qualité de son produit, et de sa stratégie de distribution, qu'une entreprise acquiert ce monopole.


     Est-il possible de se retrouver ainsi en position de monopole? La réponse est oui. En étant par exemple le premier sur un marché, et en ayant toujours un avantage technologique qui empêche un concurrent d'exister. En créant ce qu'on appelle des barrière à l'entrée. Dans certains secteurs, il faut un grand matraquage publicitaire pour vendre un produit, ou encore un réseau de distribution très développé. Un nouvel entrant devrait mobiliser des sommes énormes pour exister sur ces marchés.


     En économie, la question est de savoir s'il faut combattre ou non ce type de monopole. Certains vont dire qu'il faut le combattre, pour des raisons de concurrence. Une situation de monopole entraîne des prix trop élevés, et une rente de situation pour le monopoleur. C'est ainsi que le France Télécom américain a été démantelé, pour donner AT&T, et des compagnies régionales surnommées les Baby Bell.


     D'autres vont dire que le monopole existe car il offre aux acheteurs un meilleurs produit. Il ne peut maintenir sa position de monopoleur que parce qu'il s'améliore constamment. La seule menace que dans une économie libre, un concurrent peut apparaître à tout moment, suffit à faire en sorte de ne pas créer de rente de situation.


     Rappelons ici que la situation de concurrence déloyale reste bannie. Nous raisonnons dans le cas où la situation monopolistique n'a pas été acquise par des manoeuvre répréhensible. D'autre part, sur un marché, le meilleur produit n'est pas forcément le plus perfectionné techniquement. C'est celui qui s'impose, car il est convivial, bien distribué, correspond à la majorité des situations, bref, pour différentes raisons. Et parfois parce qu'il est le plus perfectionné.


     J'avoue que la deuxième situation, qui supposait de ne pas combattre le monopole, me laissait dubitatif. Elle me paraissait en théorie intéressante, plausible, mais utopique dans la réalité, le "vrai" monde. Le logiciel libre présente dans ce domaine une expérimentation riche d'enseignements, dont je ne connais malheureusement pas d'étude.


     En effet, il y a, ou il y a eu, dans le monde informatique, ce qui est considéré comme un quasi monopole dans certains domaines. Un système d'exploitation a longtemps été quasiment incontournable, de même pour un navigateur internet, ainsi qu'une certaine suite bureautique. La question de savoir comment ce quasi monopole s'est établi ne sera pas abordée ici. Ce n'est pas le sujet.


     Ce qui est remarquable, c'est que le logiciel libre s'est développé pour contourner cet acteur a priori incontournable. Le logiciel libre s'est d'abord adressé aux spécialistes, aux professionnels. pour se démocratiser ensuite. Open Office est très accessible. De même que Firefox.


     Il y a plusieurs motivations, dans ce monde du logiciel libre. La volonté que la technologie reste un vecteur de liberté, et ne soit pas aliénée par un acteur. Mais aussi un intérêt économique bien compris de nombreuses sociétés. Le logiciel libre peut ainsi être adapté aux besoin des sociétés. Ainsi, Illiad peut utiliser des éléments du logiciel libre pour sa freebox, et économiser en recherche et développement. Même Google, à ce que j'ai lu, utilise le logiciel libre. des sociétés se sont créées pour ce marché, pour adapter des logiciels libres à l'informatique d'autres sociétés, comme Red Hat, qui fournit une version du système d'exploitation Linux.


     Enfin, les grands groupes ont là un moyen de s'affranchir du monopoleur. Pour le système d'exploitation d'un serveur informatique par exemple. Les fabricants de matériels peuvent ainsi trouver avantage à s'associer au monde du logiciel libre. C'est aussi, dans certains cas, un mode de recherche coopératif.


     J'ai lu ainsi qu'IBM envisageait d'autoriser l'utilisation de certaines de ses innovations librement. Je ne connais pas suffisamment le monde de la technologie pour décrire lesquelles. l'objectif, c'est de permettre à chacun de les améliorer. IBM pourrait en tirer un avantage, en intégrant ces amélioration à d'autres applications ou à ses matériels. Je ne sais pas ce qu'il en est de ce projet. Cela montre en tout cas l'état des réflexions sur le sujet.


     Nous avons donc une situation où la situation d'un quasi monopole est contournée et combattue de manière originale. Ce qui force le monopoleur à s'interroger et à chercher à améliorer ses produits, à s'interroger sur son modèle économique. Ainsi, il y a un an, sont apparus des petits PC portables bon marché, les netbooks. Ils étaient dotés du système d'exploitation libre Linux. Aujourd'hui, ils sont majoritairement équipés d'un suystème d'exploitation qui devait être retiré du marché, mais qui s'avère plus adapté à ses machines que celui qui le remplace sur les plus gros ordinateurs.


     Avec les logiciels libre, on a presque un service public du logiciel. Dans le sens où plusieurs acteurs, concurrents, peuvent participer à l'amélioration d'une application, car ils en ont tous besoin. tout en se faisant concurrence sur d'autres secteurs. C'est un mode de standardisation de certaines applications, adapté à l'universalisation que permet la technologie.


     Cette notion de service public est une image, bien sûr. Le monde du logiciel libre n'est pas angélique. les idéalistes y côtoient des entreprises qui se servent des logiciels libres mais ne partagent pas leurs propres améliorations, contrairement aux conditions d'utilisation de la licence du logiciel libre. J'essaie par cette image de saisir une certaine réalité du logiciel libre.


     Je ne sais pas vraiment quels enseignements on peut tirer de tout ça. Ce n'est ici que quelques idées, un rapprochement entre le monde du logiciel libre et les notions sur les monopoles que j'ai retenues de l'Université. Il me semble que c'est un sujet d'étude très intéressant. Il y a là un monde nouveau. Est-ce une nouvelle forme de coopération économique qui se développe? Est-ce anecdotique? Les questions sont nombreuses.


     Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas être très vigilant avec les monopoles. Je le répète, je n'ai pas de réponse sur ce que signifie réellement le mouvement du logiciel libre. De plus, il faut  toujours de se demander par quels moyens la situation est-elle devenue monopolistique? A la loyale, ou autrement? Dans la réalité, les situations ne sont pas toujours très tranchées, les choix dépendent des idéologies du moment. Mais des voies nouvelles peuvent surgir, comme le logiciel libre.

(Pour ceux que l'économie de l'internet intéressent, voici un autre article de ce blog sur le sujet:  ) Internet, modèle d'évolution libérale? )
(Pour des articles sur le logiciel libre, cliquer ici)

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Pour une information plus accessible.

28 Juin 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

Voici un lien vers un rapport de la BCE, sur la situation du financement interbancaire. Les graphiques sont intéressants. Ils montrent clairement la dégradation de la situation, en Europe, après la faillite de lehman Brothers, et la lente amélioration depuis. Le système est encore convalescent. Les banques, en Europe, dépendent encore beaucoup des refinancements de la BCE, la confiance n'étant pas encore revenu sur les marchés interbancaires.

Ce rapport est en anglais. Il n'est pas évident à lire. Il n'est pas destiné au grand public. Pourtant, c'est la seule source d'information que je connaisse sur la situation du marché interbancaire. C'est le seul moyen de suivre l'évolution de la crise fianancière, qui est une crise de liquidités, les banques ne trouvant plus les moyens de se refinancer sur les marchés financiers.

Je déplore à nouveau que l'information soit si difficilement accessible. C'est une information essentielle sur la crise financière, et pourtant les médias n'en parle pas. On nous bassine des avis d'experts de tout poil, qui nous disent où en est la crise, mais on ne nous présente pas les faits, qui pourraient nous permettre de nous faire une opinion. Ce rapport n'existe même pas en français à ma connaissance (si vous le trouvez en français, merci de bien vouiloir laisser un lien, ce serait utile).

Pourtant, la BCE a tout un service de presse pour expliquer les chiffres aux journalistes. Toutes ces informations sont aisément accessibles aux professionnels de l'information. Est-ce que les médias considèrent qu'elles sont trop compliquées pour le pékin moyen?

On vit aujourd'hui un contraste extraordinaire. C'est la crise la plus médiatisée de tous les temps, et pourtant les informations essentielles sont difficiles à trouver. Les mécanismes qui ont conduit à la crise sont pourtant compréhensibles dans leurs principes, même si on ne maîtrise pas leur mise en oeuvre.

Les médias se plaignentt de la désaffection des usagers, les journaux en particuliers se plaignent de la désaffection des lecteurs. Mais on voit que les journaux dont les lecteurs considèrent qu'ils apportent un éclairage s'en sortent. Comme The Economist, qui a enregistré d'excellent résultats financiers. Ce qui montre que le public ne s'intéresse pas uniquement à la dernère mouche écrasée par Barack Obama. Les Echos, en France, ont également de bons résultats. Mais eux-mêmes donnent peu d'informations sur le marché interbancaire.

Il y a bien sûr internet, qui permet de retrouver l'info. Mais c'est long, compliqué. Les journaux devraient être là pour sélectionner, ordonner, expliquer l'info. S'imagine-t-on que les gens ont forcément le temps de rechercher l'info? Comment font-ils s'ils ont des enfants par exemple? Ils préfèrent se détendre dès qu'ils en ont le temps plutôt que de se lancer dans de fastidieuses recherches sur internet. Même moi je trouve ces recherches pénibles. En plus, tout est en anglais. C'est génial pour l'accès démocratique à l'information! Le plus intéressant, dans ce blog, c'est d'expliquer, de donner mon opinion, mon raisonnement. Mais je passe plus de temps à rechercher les données parfois.

Les médias, les journaux connaissent une crise nous dit-on. Espérons qu'elle sera salutaire, et qu'elle les incitera à s'améliorer. J'aime les médias, les journaux, les magazines. Je comprends qu'on les aide. Ils sont indispensables dans une démocratie. Mais une aide financière ne suffira pas. Dans un monde de plus en plus compliqué, où il y a de plus en plus de débats, il faut une information de qualité, et utile. Il y a un besoin. Si les médias répondent à ce besoin, ils sortiront de la crise, et n'auront plus peur des nouvelles technologies.  

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Régulations financière: les projets, et ce qu'il faudrait changer.

26 Juin 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Les Etats-Unis et l'Union Européenne ont présenté ce qui peut être considéré comme des avant-projets de lois ou règlements destinés à éviter une nouvelle crise financière, du type de celle qui vient de se produire. Avant-projets dans le sens où, pour les Etats-Unis, le Congrès va mettre en forme et amender les propositions de la Maison Blanche, tandis que les Etats européens ont eux chargé la Commission Européenne de faire aboutir le projet qu'ils ont défini. De nombreux changements peuvent donc encore intervenir.


     J'exposerai dans cette article la philosophie de ces projets, et leurs limites. Puis, en partant des problèmes mis en exergue par la crise, j'indiquerai ce qui pourrait être fait en matière de régulation pour éviter une crise financière du même type. je montrerai la direction


      Plus de régulateurs, et plus puissants

     Des deux côtés, l'idée est de mettre plus de régulateur. Avec notamment, chez les américains comme chez les européens, un comité chargé d'évaluer les menaces potentielles qui pèsent sur le système financiers. Les américains y ajoute une instance chargée de superviser les institutions financières trop grosse pour qu'on les laisse tomber, dans le sens ou leur faillite entraînerait des réactions en chaîne dans tout le système financiers. Et aussi une institution chargée de protéger le consommateur américain, pour qu'on ne lui vende pas n'importe quel produit financier, et éviter qu'il ne prenne un crédit aguicheur, avec de faibles mensualités au départ, mais qui augmenteraient ensuite de manière insupportable pour son budget.


     Côté européen, le souhait est de créer également un conseil des superviseur, avec une instance pour superviser les marchés financiers, les banques et les compagnies d'assurances, et les agences de notation.


     Vouloir renforcer la supervision n'est pas une mauvaise idée aux Etats-Unis, où elle était peut-être un peu insuffisante. En Europe, un pays comme la France a plutôt une bonne supervision. Mais des instances européennes pourront favoriser, d'abord un socle réglementaire commun, puis une harmonisation, et enfin une meilleure coopération pour surveiller les établissements financiers dans les différents pays de l'Union.


     Les projets ne mettent donc l'accent que sur le renforcement des régulateurs. Aucune règle destinée à améliorer le fonctionnement des marchés financiers n'est prévue pour le moment. On compte sur les régulateurs pour détecter les dangers, et prendre les mesures pour éviter qu'une catastrophe se produise.


     Limites de ces projets

     Cette stratégie est dangereuse. Car c'est celle qui a échoué à empêcher la crise. En effet, comme je l'explique dans l'article La responsabilité de la régulation dans la crise financière , on avait les moyens pour réguler les marchés. La bulle immobilière était évidente, et beaucoup ont demandé à la Fed, la banque centrale d'intervenir. Ce que son président, Alan Greenspan a refusé de faire. De même, c'est le même Alan Greenspan qui a favorisé la formatiion de la bulle, en maintenant des taux d'intérêt très bas. Enfin, c'est le gouvernement américain lui même qui a assoupli les règles des prêts hypothécaires.


     Les régulateurs ont donc refusé de stopper le processus qui a mené à la crise. Ils l'ont même en partie initié. Ils sont favorisé ce processus pour favoriser la croissance. En effet, la bulle immobilière favorisait une économie d'endettement, qui favorisait la croissance. C'est donc l'intérêt général qui commandait de favoriser la bulle immobilière.


     Dans ce cas, instaurer de nouveaux régulateurs ne servira à rien. Un comité pour anticiper les risques ne servira à rien dans ce cas. Les risques étaient connu. On a minimisé leur ampleur. Que feront les régulateurs s'ils sont persuadés que le comportement des marchés est bon pour la croissance, et que leur intervention cassera cette croissance? Probablement rien.


     Je ne dis pas que ces nouveaux comités seront inutiles. Ils pourront servir. Certaines dérives seront évitées. Je dis que dans la situation que nous avons connue, qui a conduit à la crise, on avait déjà les moyens de faire quelque chose. Rien n'a été fait pour ne pas casser la croissance. Ces comités ne feront donc probablement rien si une même situation se reproduit, car, à nouveau, ils ne voudront pas casser la croissance.


     Ce qu'il faut, c'est améliorer les règles de fonctionnement des marchés financiers, des banques, en faisant en sorte que le processus qui a mené à la crise ne puisse plus se reproduire. Que faut-il améliorer? Pour cela, regardons d'où vient la crise.


     Les problèmes mis en exergue par la crise

     Il y a eu la politique de distribution de crédits aventureuse des banques. Elles ont octroyé des crédits à des personnes peu susceptibles de les rembourser. Ce sont ces crédits subprime. Et il y a eu la manière dont la titrisation a été faite.


     La titrisation consiste, pour une banque, à vendre les crédits sur le marché financiers. Pour résumer, Une banque accorde des crédits à des particuliers, pour que ceux-ci deviennent propriétaires. Le crédit est garanti par le bien immobilier qu'il a servi à acheter. La banque transforme ces crédits en titres, et les vends sur le marché financier. C'est l'acheteur qui touche les intérêts et le remboursement. Et qui supporte le risque si un crédit n'est pas remboursé.


     La titrisation a montré deux problèmes. D'abord, des titres sophistiqués ont été créés, pour permettre de vendre les crédits risqués, les subprime, ceux octroyés à des gens peu solbables. Ces titres sophistiqués été considérés comme peu risqués, et ont donc été facilement vendu. Ils mélangeaient notamment de bons crédits et des subprime. Or, il s'avère aujourd'hui que ces titres étaient risqués. Notamment, ils étaient basés sur des constructions mathématiques qui n'ont pas envisagées la possibilité d'une baisse du marché immobilier. Il y a donc eu une mauvaise évaluation du risque.


     D'autre part, lors de la crise du subprime, de nombreuses banques ont finalement réintégrés ces titres dans leur bilan. Qu'est-ce que ça veut dire? Normalement, comme les titres ont été vendus, ce ne sont pas les banques qui doivent supporter le risque, mais l'acheteur. Or, on s'aperçoit finalement que la banque supporte le risque associé à ces titres. C'est à dire qu'elle supporte les pertes.


     Ce phénomène tient à la manière dont les crédits ont été titrisés. Les banques ont créés des SIV, Structured Investment Vehicles. C'est une sorte de fonds de placement. Elles ont vendu les titres sophistiqués à ces SIV. Et ces derniers se sont financés en vendant d'autres titres, remboursables à court terme. Les acheteurs de ces titres étaient remboursés rapidement. Le SIV émettaient ensuite d'autres titres à court terme pour se financer.


     Ce n'est pas une pratique inhabituelle, notons le, de financer des titres à long terme par des titres à court terme.


     Visiblement, les titres vendus par ces SIV l'étaient grâce à la réputation de la banque. Celle-ci a donc préféré reprendre les pertes plutôt que ne de laisser le SIV faire faillite. Elles risquait peut-être des poursuites judiciaires. Mêmes si certaines banques ont laissé tomber leur SIV.


     Le problème, c'est que les banques se sont retrouvées du jour au lendemain avec de lourdes pertes, alors que l'on pouvait croire que, grâce à la titrisation, elles ne pâtiraient pas trop de la chute du marché immobilier. C'est leur survie qui a été mise en jeu, et le financement de l'économie. D'où l'intervention des pouvoirs publics américains.


     On peut donc distinguer deux problématiques. L'une concerne l'évaluation des titres mis sur le marché. L'autre concerne le contrôle des banques. Et nous verrons que ces deux problématiques peuvent se rejoindre.


     Problématique de l'évaluation des risques

     Commençons par l'évaluation des titres mis sur le marché. Il y a clairement eu une mauvaise évaluation des titres sophistiqués mis sur le marché. L'évaluation de ces titres n'intégraient même pas l'éventualité d'une baisse du marché peut-on lire aujourd'hui.


     Au premier rang des accusés, on trouve évidemment les agences de notations. Ce sont trois agences qui se partagent la majeure partie de ce marché. Elles notent les titres financiers. Pas tous les titres. Elles ne notent pas les actions par exemple. Elles notent les titres qui rapportent un taux d'intérêt, et le remboursement de la somme investie. par exemple, imaginons qu'une entreprise veuille emprunter de l'argent sur les marchés financiers. Elle va émettre par exemple des obligations. Et elle va payer une agence de notation pour noter ces obligations.


     Par contre, les actions sont des parts sociales dans des entreprises, des titres de propriété. Un actionnaire possède un petit bout d'une entreprise. Ces titres ne sont pas notés (mais il y a des analystes pour suivre leurs évolutions).


     Dans les projets américains et européens, il est proposé de mieux contrôler les agences de notation. Sans plus de précisions. Pourtant, il y a des règles simples à établir. Sur des points qui étaient déjà critiqués avant la crise. Le principal problème concernant les agences de notation, c'est la confusion des genres. D'abord, elles ont ont contribué à fabriquer les produits financiers sophistiqués. Elles étaient donc juges et parties. Elles étaient payées pour élaborer des titres qu'elles notaient.


     Ensuite, les agences sont payées par ceux qui émettent les titres. C'est à dire que, quand un établissement financier veut emprunter de l'argent sur les marchés, en vendant des obligations par exemple, il va payer une agence de notation pour noter les titres qu'il va vendre. L'agence est donc payée par celui qui a intérêt à avoir une bonne note.


     Une amélioration des règles consisterait donc à remédier à la confusion des genres. Les agences de notation ne pourraient pas noter des produits qu'elles auraient contribué à fabriquer. Et elles ne seraient pas payées par ceux qui émettent des titres financiers, mais par ceux qui les achètent. La confusion des genres seraient ainsi évitée. Confusion qui était dénoncés avant la crise, je le rappelle.


     Le fait que les agences ne soient plus payées par les émetteurs de titres changerait le fonctionnement des marchés. En effet, aujourd'hui, la valeur des titre repose largement sur la notation des trois grandes agences mondiales, notation quasi obligatoire pour vendre des titres financiers. Sans cette notation obligatoire ce sont les acheteurs qui devront se faire une opinion. Certains recourront aux services des agences, d'autres créeront probablement leur service interne.


     On peut espérer un comportement moins moutonnier des gérants, les acheteurs de titres, qui n'auraient plus la pression des agences de notation. La valeur des titres dépendraient plus des avis des gérants, ceux qui achètent, ceux qui prennent le risque, qui risquent l'argent de leurs clients. Ce serait plus sain que le système actuel.


     Problématique du contrôle des banques

     En ce qui concerne le contrôle des banques, le problème c'est d'évaluer le risque qu'elles prennent. On l'a vu, il y a des cas où il semble que la banque ne supporte plus aucun risque, avec la titrisation, mais in fine elle le supporte quand même. Il faut clarifier les choses. Et aussi en profiter pour éliminer une autre zone d'ombre de la comptabilité des banques, et d'autres entreprises d'ailleurs, ce qu'on appelle le hors bilan.


     Le hors bilan concerne tout ce qui n'est pas chiffré. Une garantie de prêt par exemple. Les SIV dont je parle plus haut présentent une analogie avec le hors bilan, puisque officiellement ils ne sont plus dans la banque, mais que celle-ci préfère les rapatrier en cas de faillite. Comme ce sont des engagements ou des risques non chiffrés, ils n'apparaissent pas dans les comptes.


     Une clarification s'impose donc. Il faut définir clairement ce qui doit apparaître ou pas dans le bilan des banques, et des entreprises. Le projet américain propose que les banques gardent 5 ou 10% des SIV dans leur bilan. En fait, c'est tout ou rien. Si le risque est véritablement transféré à un tiers, c'est rien. S'il n'est pas transféré à un tiers, c'est tout qu'il faut garder au bilan.


     Cette clarification pose le problème des règles comptables. Il faut définir quel types d'engagement doivent apparaître dans les documents comptables, quels types de SIV doivent apparaître ou non dans le bilan de la banque. Ou de l'entreprise, car ce ne sont pas seulement les banques qui sont concernées par ce problème. C'est aussi le problèmes des engagements non chiffrés à détailler obligatoirement dans les documents annexes à la comptabilité. Il faut définir des documents obligatoires.


     Le contrôle des banque pose aussi le problème de la sincérité des comptes . Les comptes des banques, et des entreprises, doivent permettre d'avoir une idée des risques encourus. A la fois les comptes chiffrés, à la fois les documents annexes. Ceux-ci doivent être contrôlés. Actuellement, ils le sont pas des commissaires aux comptes... payés par les banques, ou les entreprises, qu'ils contrôlent. Ces commissaires aux comptes, ou auditeurs, appartiennent à des cabinets indépendant. Mais on voit qu'il y a une confusion des genres là aussi. Confusion qui a causé la chute d'un des plus gros cabinet d'audit au monde: Arthur Andersen.


     Ce qu'il faudrait donc plutôt, c'est que ceux qui contrôlent les comptes soient payés par ceux qui ont intérêt à ce que les comptes soient bien contrôlés, c'est à dire les actionnaires. Ce qui supposent par ailleurs de mieux définir les règles de représentativités des actionnaires aux conseils d'administration, et de leur garantir un pouvoir réel. Trop souvent, dans les grandes entreprises, les dirigeants se cooptent au sein du conseil d'administration, sans que les actionnaires soient vraiment représentés.  (J'évoque un peu le sujet dans l'article: Le point sur la crise financière: quatrième partie. ).


     Notons que la problématique du contrôle des banques rejoint celle de l'évaluation des titres émis sur les marchés financiers. En effet, ceux qui achètent ces titres ont besoin de connaître les comptes des banques, ou des entreprises qui les émettent, pour évaluer le risque. Si une banque est en bonne santé, présente peu de risque, elle placera ses titres de dettes facilement. Dans le cas contraire, elle devra offrir un taux d'intérêt élevé.


     La Muraille de Chine

     J'ai gardé pour la fin une dernière confusion des rôles dans la finance, elle aussi dénoncée depuis des années. C'est le fait que les banques puissent être à la fois conseillères des vendeurs, et des acheteurs. En effet, imaginons à nouveau qu'une entreprise veuille emprunter de l'argent. Pour cette émission, elle va être conseillée par une banque, ou plusieurs, qui va empocher des commissions. Cette même banque va vendre ces titres à ces clients, qui la paient pour leur conseiller de bons placements.


     On voit la confusion des genres! Les banques disent qu'il y a une muraille de Chine entre les deux fonctions, la fonction banque conseil aux entreprises, et la fonction conseil en investissement. Seulement, la muraille de Chine n'est pas continue. On peut donc avoir des doutes.


     Ce n'est pas sans conséquence sur l'évolution des marchés financiers. Car, en tant que conseil pour les émission de titres, commissions à la clef, les banques poussent les entreprises à émettre des titres financiers. Et elles ont toujours des clients à qui les vendre.


     Plus encore, la banque peut titriser ses crédits, et les revendre facilement. On voit qu'elle a un peu intérêt à ce que le risque soit minimisé.


     La solution à ce problème existe. Il faut séparer les banques d'affaires et les banques de dépôts et de gestion. Les banques ne doivent pas à la fois gérer l'argent de leurs clients, et en même temps fabriquer des titres financiers pour d'autres clients. Et elles ne doivent surtout pas titriser leurs propres crédits. Elles doivent pouvoir les vendre à d'autres banques, qui elles ne font pas de crédits, qui les titriseront.


     Je précise que le système que je préconise laisse les banques gérer des fonds d'investissement, qui peuvent investir directement dans des entreprises. des fonds de capital risque par exemple. J'ai montré l'utilité de tels fonds dans l'article:  La relance, l'innovation, capital risque et capital développement .


     On reconnaîtra ici un retour au Glass Steagall Act, la loi américaine qui avait séparé justement les banques d'affaires et les banques de dépôt. Cette loi avait été voté en 1933, pour éviter une nouvelle crise comme celle de 1929. Elle a été peu à peu démantelée, et a été complètement abrogée en 1999, par le Gramm-Leach-Bliley Act (cf l'article La responsabilité de la régulation dans la crise financière ). Selon certains, le démantèlement de cette loi, qui a permis notamment la création du géant Citigroup, est une des cause de l'actuelle crise financière.


     On soulignera qu'en 1933 on n'avait pas hésité à changer les règles de fonctionnement des marchés financiers. Contrairement à ce qui est fait aujourd'hui.


     Notons que les changements qui sont proposés ici ne vont pas à l'encontre de l'économie de marché. Il est courant en effet, surtout aux Etats-Unis, de critiquer toute réglementation au nom de l'économie de marché. Il s'agit au contraire de faire fonctionner les marchés conformément à ce qu'on attend d'eux. La théorie enseigne que des règles de fonctionnement sont peu à peu élaborée par tâtonnement en économie de marché. Contrairement à ce que prétendent certains, il n'y a rien d'anormale à formaliser ces règles, et à les faire appliquer, quand les acteurs ne les appliquent pas d'eux mêmes.


     Conclusion

     Les projets de réglementation américains et européens manquent donc singulièrement de vision. Ils ne s'emparent même pas des débats qui existaient avant la crise, sur les agences de notations, sur la Muraille de Chine.


     Ils se contentent de proposer plus de supervision. Cette supervision renforcée ne sera pas inutile aux Etats-Unis. En Europe, elle peut permettre une harmonisation par le haut des réglementations. Je ne dis pas que ce renforcement est inutile. Mais il ne tire pas les enseignements de la crise. Les régulateurs peuvent se tromper. Leurs décisions sont en partie responsables de la crise. Il faudrait donc créer des conditions de fonctionnement des marchés qui réduisent les facteurs de crise, plutôt que de confier l'entière responsabilité d'éviter des crises à des organismes, par définition dirigés par des gens qui peuvent se tromper, et faire passer des intérêts de court terme avant la stabilité des marchés.


     On peut espérer qu'il ne s'agisse que de pistes de travail, et que ces projets soient destinés à être améliorés. Le volet sur les agences de notation étant très vague, il y a un espoir de ce côté.

 

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Le projet américain de réforme de la régulation financière

17 Juin 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Le président américain vient de proposer au Congrès une réforme de la régulation financière. Vous trouverez les principaux points de ce projet sur le site des Echos. Ce projet est articulé essentiellement sur deux points. Un renforcement et une rationalisation de la supervision du système financier. Un renforcement des exigences de fonds propres et de certaines règles prudentielles. Ainsi que quelques autres mesures inclassables.


     Parmi le renforcement et la rationalisation de la supervision financière, on peut citer la création d'un conseil de surveillance des services financiers, qui serait chargé notamment d'identifier les risques nouveaux menaçant le système. De même, le projet prévoit de placer sous la supervision unique de la Fed, la banque centrale américaine, les intitutions financières qui sont trop grosses pour que l'Etat les laisse tomber en cas de problèmes, car elles entraîneraient tout le système.


     Parmi le renforcement des règles prudentielles, on peut citer une action sur les normes comptables de provisionnement des pertes éventuelles. Le durcissement des normes de fonds propres pour les sociétés financières.


     Rationaliser la supervision financière est une bonne idée. Surtout d'essayer de suivre l'évolution de ce système. Par contre, durcir les normes de fonds propres pourrait bien être inutile. Certaines banques ont connu de grosses difficultés malgré des ratios de fonds propres excellent. parce que la crise était une crise de liquidité. Dans le cas d'une crise comme celle que nous venons de connaître, il faudrait des ratios de fonds propres énorme pour éviter les crises de liquidités. Assurément, ce ne sont pas de tels ratios qui vont être instaurés.


     Le projet propose aussi un renforcement des normes s'appliquant aux agences de notation.  Mais c'est bien léger. Et c'est là le défaut du projet. Il ne s'attaque pas au point essentiel: l'évaluation des risques. La transparence. La crise provient en partie d'une mauvaise évaluation des risques.


     Ce qu'il faut réformer, c'est toute l'information financière: les méthodes et l'organisation des agences de notation, une meilleure évaluation des risques des produits mis sur le marché, une meilleure information des banques sur leurs activités, sur leurs obligations en cas de crise, sur leurs différents engagements. Comme je l'explique dans les deux articles suivants, Les agences de notation et la crise financière , Les normes comptables et la crise financière: l'effet pro-cyclique , la crise s'est produite à cause d'un grave défaut de transparence, c'est à dire dans l'information délivrée aux marchés. Le projet d'Obama cherche à limiter certains risques, et à être mieux armé en cas de nouveaux risques systémiques, mais il ne s'attaque pas au cœur du problème.


     D'autre part, comme je l'explique dans La responsabilité de la régulation dans la crise financière , l'action des régulateurs a aussi une part de responsabilité dans la crise. La Fed, et les différents gouvernements américains, ont encouragé l'endettement car cette politique procurait de la croissance. par conséquent, une redéfinition des missions de la Fed peut s'imposer.


     Comme par exemple d'éviter un endettement excessif, ou d'éviter une croissance nourrie uniquement par le crédit. C'est politiquement sensible car cela revient à abandonner l'objectif de piloter l'économie uniquement par les taux d'intérêt, en baissant systématiquement les taux quand l'économie ralentit, et en les relevant le plus tard possible quand l'économie repart. On devrait tenir plus compte des risques d'une telle politique.


     Un pas dans cette direction est peut-être fait par la création d'une agence de protection financière du consommateur. Elle surveillera par exemple l'offre de crédit, et peut éviter des crédits trop aguicheurs à des personnes peu solvables. Ce qui peut éviter la spirale du crédit qui a provoqué la crise. Mais il faut aller plus loin.


     Une meilleure appréciation des risques du crédit, dès l'origine, est une voie qui devrait être approfondie. En effet, c'est parce qu'on a assoupli les normes de crédit que le subprime s'est développé. On peut accorder du crédit à des gens insolvables. Pourquoi pas. Mais, dans ce cas, il faut que ceux qui le font soient bien identifier. Ainsi, Ils auront plus de difficultés à trouver des investisseurs pour les soutenir. On rejoint la thématique de l'information.


     Une réflexion sur les erreurs de la fed, et des différents gouvernements américains, est également nécessaire. En effet, le projet donne beaucoup de responsabilité à la Fed. Encore faut-il quelle prenne les bonnes décisions. ce qu'elle n'a pas toujours fait dans le passé, en baissant trop facilement et trop vite les taux d'intérêt.


     C'était donc une petite réaction à chaud sur le projet de l'administration américaine. Un commentaire un peu désordonné, je m'en excuse: j'ai voulu réagir à chaud. Je vous invite à consulter les principaux points du plan, sur le site des Echos, pour vous faire une opinion.

(Un autre commentaire du projet américain, ainsi que du prjet européen, ici.)


 

 

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Banques: faut-il imiter les américains?

15 Juin 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     On lit beaucoup de critiques sur la manière européenne de gérer la crise financière, tandis que les Etats-Unis sont couverts de louanges. On entend beaucoup dire que les banques européennes n'ont pas assez nettoyé leurs comptes, et qu'il faudrait des stress tests publics comme l'on fait les américains. Voici quelques commentaires qui au contraire critiquent les Etats-Unis, afin de rétablir l'équilibre.


     D'abord, les européens ont globalement été plus efficaces. En particulier les gouvernements. Les USA ont aggravé la crise en mettant brusquement en faillite Lehman Brothers, et ont dépensé un prix astronomique pour sauver AIG. Leur plan pour rétablir les banques, qui passait par le rachat des actifs toxiques, n'a jamais été mis en oeuvre, que ce soit par Bush ou Obama qui l'a repris. La volonté américaine c'est de surtout d'éviter toute nationalisation, sauf à y être forcé comme pour AIG.


     Tandis que les européens ont pris des mesures rapides, efficaces, sans s'encombrer d'idéologie. Les britanniques ont recapitalisé, et même nationalisé des banques, les français ont créé une structure de refinancement pour les banques, et une structure de recapitalisation, les allemands ont nationalisé une banque, et planchent sur une solution pour leurs banques régionales en difficultés.


     Les banques américaines ne sont pas forcément en meilleure santé que les banques européennes. La plupart des analystes mettent leurs bons résultats sur le compte d'un assouplissement des normes comptables américaines, dont ne bénéficient pas les banques européennes. Les stress tests sont eux-mêmes controversés, certains estimant que les banques ont négocié pour diminuer les exigences de la banque centrale américaine. On voit là les limites de la transparence.


     Enfin, les banques américaines lèvent des capitaux pour rembourser l'Etat américain, pas pour prêter à l'économie. Les banques veulent se débarrasser de la tutelle de l'Etat. Tandis que dans un pays comme la France, que l'Etat possède ou non des actions dans une banque, sa tutelle se fait plus sentir qu'aux Etats-Unis.


     A ce titre, les Etats-Unis ont besoin d'élever la supervision de leur système financier à un niveau au moins équivalent à celui de la France, qui est meilleur: plus organisé, plus unifié, plus contraignant. Mais cela semble mal parti, les banques se débattant pour ne pas être supervisée, et les régulateurs continuant à se disputent les pouvoirs de régulation. C'est curieux, le FMI, si critique à l'égard de l'Europe, n'utilise pas le même ton envers les Etats-Unis pour les sommer de réformer leur système de supervision bancaire, ni pour condamner le lobbying des banques américaines.


     C'était donc quelques commentaires, pour rétablir l'équilibre. Il faut rétablir la confiance, mais on n'y parviendra pas avec des imprécations. Chaque pays a ses travers, les européens n'étant pas forcément ceux qui mènent la plus mauvaise politique, même si des choses peuvent être améliorée.


     La situation des banques est en fait très contrastée à l'intérieur même de chaque pays. Avec son secteur mutualiste très puissant, et ses banques de dépôts qui ont une assise assez large, les banques françaises sont, au moins, aussi solides que les banques américaines. Il faut aussi considérer que leur politique de crédit a été plus prudente avant la crise. Des points faibles existent, comme les banques régionales allemandes. La méthode allemande est moins spectacualire que la méthode américaine, mais les allemands ne restent pas sans agir. Ils discutent, débattent, arrêtent un plan, et le mènent à bien.


     Personne ne peut déterminer quelle est la meilleure politique actuellement. Des questions demeurent sur l'exposition de certaines banques européennes. Mais les louanges adressées aux Etats-Unis me paraissent excessives. N'oublions pas non plus que leur action est parfois plus radicale, tout simplement parce que leur système financier est plus atteint.

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Les manifestations agricoles de ces derniers jours

14 Juin 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     L'actualité est à nouveau marquée par des manifestations d'agriculteurs. Ce sont les producteurs de lait, qui protestent contre le prix de vente de leur produit. Ce sont les syndicats agricoles, qui protestent contre les marges des grandes surfaces.


     Cette situation est récurrente, et le sera encore tant que le secteur agricole ne changera pas profondément. Quel est le problème? C'est que les agriculteurs, les éleveurs, sont restés producteurs de produits de base. Ils ne sont pas au niveau de la chaîne où se crée la valeur.


     On peut gagner beaucoup d'argent en produisant en grande quantité, à bas coût. Ce qui est possible en France certainement dans certains domaines, et certaines régions, pour les céréales par exemple. Ou alors, il faut se placer là où est créée la valeur.


     La valeur, aujourd'hui, est immatérielle. C'est une spécificité d'un produit, une image, une marque. Prenons l'automobile. A-t-on besoin de mettre autant d'argent dans une Mini, ou autre BMW, hors de prix, pour des performances qui ne seront jamais utilisées, et pour une tenue de route que l'on retrouvera sur une voiture moins onéreuse? Non, nul besoin. Mais c'est un produit qui fait envie à beaucoup.


     Dans l'alimentaire, la valeur est chez celui qui contrôle le produit final généralement. Il a la maîtrise de la mise en vente, de la présentation, de la communication. Les producteurs de lait, par exemple, devrait devenir producteur de produits laitiers de marque pour dégager de meilleures marges. D'un produit basique, ils passeraient à un produit différencié.


     Cette mutation est-elle possible? Pourquoi pas? Il y a le système des coopératives. Il y a toutes les aides européennes, qui pourraient être orientées vers un projet de ce type: transformer les agriculteurs en producteurs de produits finis, de produits qui ont de la valeur.


     Cela suppose de grands changements d'habitude. Aujourd'hui, les coopératives peuvent être tenue d'acheter toute la production de ses membres. Qui sont toujours payés en fonction des quantités produites. Il faudrait plutôt ne pas hésiter à détruire ce qui n'est pas vendu, plutôt que d'inonder le marché de produits vendus à perte, pour écouler des stocks.


     De même, les adhérents de la coopérative devraient être rémunérés essentiellement en fonction des bénéfices.


     Cette transformation peut commencer simplement. En créant des marques, pour des fromages produits directement par le producteur laitier par exemple. Passer des accords, quand c'est possible, avec des fabricants de plats préparés, en leur proposant des produits à mettre en valeur dans leurs plats. En maîtrisant la distribution. En créant par exemple, des magasins d'alimentation, pour écouler directement les produits: viandes, fruits et légumes, yaourts, fromages, etc. Tout  cela existe d'ailleurs. Il faut le développer.


     Le piège à éviter, c'est la logique du commerce équitable. Il ne faut pas se présenter devant le consommateur en mendiant, en lui disant d'acheter ces produits pour sauver les agriculteurs. Ni même pour sauver la planète. Il faut vanter la qualité des produits, la tradition, le terroir. La France a d'énormes atouts dans ce domaine. Elle ne les exploite pas assez. Si on se place dans la logique du commerce équitable, on ne valorise pas le produit.


     La France a beaucoup d'atouts dans le domaine agricole. Il ne faut pas hésiter à les exploiter, même si les projecteurs se braquent plus sur le high tech. La croissance, l'emploi, ne viendront pas uniquement de ce dernier secteur. L'innovation, c'est aussi une nouvelle manière de vendre, de nouveaux circuits de distribution, de nouvelles marques. Pour sortir le secteur agricole de ses difficultés récurrentes, il faut innover. Dans un cadre, je le reconnais, difficile, et contrait par la politique agricole commune.

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Remarques sur la crise et la réduction du temps de travail.

13 Juin 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Il est parfois proposé de réduire le temps de travail pour préserver l'emploi pendant la crise économique actuelle. Cependant, cette pratique ne permet pas de préserver l'emploi. En effet, qui dit réduction du temps de travail dit réduction des salaires. Donc réduction de la consommation. par conséquent, les emplois seront supprimés autre part.


     D'autant plus que lorsque les salaires diminuent, les gens ne consomment que des produits basiques, indispensables. Et donc moins de services créateurs d'emplois en France, comme dans le tourisme par exemple.


     Par ailleurs, si toutes les entreprises entrent dans un cycle de réduction du temps de travail, on entre dans une spirale de baisse des salaires, autrement dit une spirale déflationniste.


     Un autre effet de la réduction du temps de travail est à craindre en tant de crise. En effet, une politique de temps de travail est destinée à augmenter le nombre d'emplois créés par un point de croissance. On cherche à enrichir la croissance en emploi.


     Pourquoi le phénomène ne fonctionnerait-il pas à l'envers? A savoir, une récession entraînerait plus de destruction d'emploi?


     Ce qui ne signifie pas que la baisse du temps de travail est forcément responsable de la destruction accélérée d'emploi observée aujourd'hui. En effet, on doute que cette politique ait créé beaucoup d'emplois.

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Reclassement en Roumanie obligatoire!

13 Juin 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

J'avais lu dans la presse qu'une entreprise avait été condamnée à verser 2,5 millions d'euros pour ne pas avoir proposé à ses salariés licenciés un reclassement en Roumanie, à un salaire de misère. J'avais cru à une erreur lors de la publication de l'article. Cependant, cet article lu dans Challenge confirme que ce n'est pas une erreur. Une entreprise est obligée de présenter à ses salariés toutes les possibilités de reclassement, même les plus absurdes. Par conséquent, quand une entreprise proposera un reclassement en Inde ou dans un autre pays, comme cela s'est déjà vu, cette entreprise ne se moque pas des salariés. elle est obligée de le faire!

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L'économie et l'écologie

13 Juin 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

 

     L'écologie étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement. Actuellement, elle étudie particulièrement les relation de l'homme avec l'environnement. Dans son acception courante, elle est devenue synonyme de préservation, et de restauration, de l'environnement, c'est-à-dire la planète.


     C'est cette dernière définition qui sera retenue ici. Elle ne satisfera pas les puristes, mais c'est ce que signifie l'écologie pour les gens aujourd'hui. On pourrait parler des relations entre la préservation de la planète et l'environnement. Mais ceux qui revendiquent vouloir protéger l'environnement se nomment écologistes, et sont catalogués écologistes. Je ne fais donc que reprendre le terme courant.


     Cet article traitera d'abord des rapports entre la théorie économique et l'écologie. Puis, il abordera l'économie dans ce qu'on peut appeler l'écologie politique en France, en prenant comme base le programme de la liste "Europe écologie", qui a eu tant de succès aux élections européennes de juin 2009 en France. Enfin seront confrontés la théorie économique et le programme d'europe écologie.


     Les choix ci-dessus sont très réducteurs pour l'écologie, qui est une vaste mouvance. Je ne parlerai pas, par exemple, de la décroissance. Je me limite à l'offre politique principale dans le pays. Car cette écologie politique souhaite gouverner, et doit donc avoir un programme économique, qui doit être analysé.


L'écologie et la théorie économique

     La théorie économique dont il sera question ici est l'économie de marché. C'est le système le plus répandu. Il constitue une référence, en bien ou en mal, selon les opinions, Il est aussi un point de référence pour l'écologie politique.


     L'économie de marché n'envisage pas l'écologie. Pour une raison simple: c'est un élément extérieur. L'économie ne décide pas de ce qui est bon ou mauvais pour l'environnement. Ce n'est pas son domaine. C'est comme la médecine, ou la biologie. Ce n'est pas l'économie qui décide si un produit est sans danger ou mauvais pour la santé. Le marché laisse les spécialistes décider.


     Il y a un économiste, Thomas Malthus, qui considérait qu'il fallait stopper l'accroissement de la population, car il pensait qu'on ne pourrait pas nourrir tout le monde. Ce n'est pas de l'écologie cependant. Puisqu'il s'attache à limiter la croissance de la population seulement, sans considération environnementale. Et nous sommes toujours face à une contrainte externe à laquelle l'économie devrait s'adapter.


     L'économie est donc totalement neutre du point de vue écologique. Si une technologie est prouvée mauvaise pour la planète, on arrête de l'utiliser, point. L'écologie sert à déterminer des normes à respecter par la population, producteurs et consommateur. Ces normes orientant le développement technologique, comme on le voit aujourd'hui avec le développement des projets concernant les technologies "vertes", ce qu'on appelle les "greentech".


     Les industriels peuvent protester contre l'instauration de normes. Ou les encourager. Des producteurs de charbons peuvent protester contre des normes anti-pollution, et des producteurs éoliennes revendiquer le subventionnement de leurs produits. Chacun défend son intérêt. C'est aussi un débat sain. Car l'écologie est traversée par des débats. Mais, au final, tous les acteurs doivent respecter les normes. Forcer si nécessaire aux respect de ces normes est d'ailleurs un des rôles de l'état en économie de marché.


     De même, certains choix de normes peuvent être fait en fonction des coûts des différentes technologies nécessaires pour les respecter. Il s'agit toujours d'un problème de choix de normes. Cela ne touche pas le mode de fonctionnement du système d'économie de marché. Il s'agit juste d'évaluer l'impact d'une nouvelle norme. Pas son efficacité économique.


L'économie de l'écologie politique.

     Les propositions présentées ici sont issues du programme de la liste "Europe écologie, des européennes de juin 2009, complétées à la marge par divers articles d'actualités ou d'autres informations recueillies sur le net.


     Économiquement, la base de ce programme est une critique de l'économie de marché. Celle-ci est considérée comme étant productiviste. c'est-à dire qu'elle encourage au toujours plus, à toujours produire plus, et donc à gaspiller les ressources de la planète. L'économie de marché est dite productiviste également parce qu'elle ne prend pas en compte, selon les écologistes politiques, la notion de mieux vivre. Ils ne suffit pas d'avoir plus, il faut surtout vivre mieux.


     Le programme d'Europe écologie s'inscrit dans une ligne dirigiste, ou d'économie administrée. Il reprend ainsi la politique de réduction du temps de travail, pour lutter contre le chômage.


     De même, ce programme prône la création d'un tiers secteur, dans lequel sont classées des emplois d'utilité sociale, culturelle, environnementale. Ce secteur comprend les mutuelles, les associations, les coopératives. Il doit être soutenu par une politique spécifique.


     Le programme d'Europe écologie considère que les emplois "verts", de l'agriculture biologiques à tout ce qui concerne le traitement des déchets, permettra également de résorber le chômage car ces secteurs nécessitent beaucoup de main d'œuvre.


     Parmi les propositions de l'écologie politique, on trouve également le protectionnisme. Officiellement, il s'agit de créer une taxe pour lutter contre le dumping social et écologique, qui détruit des emplois en France.


     Enfin, l'écologie politique veut que la Banque Centrale Européenne devienne un vecteur de crédits publics, que l'émission monétaire serve à financer les états.


La vieille opposition dirigisme vs économie de marché

     La particularité de l'écologie politique, dans le courant représentée ici, est donc de reprendre à son compte la vieille opposition entre dirigisme, ou économie administrée, et économie de marché. Opposition qui était symbolisée auparavant par le communisme.


     Elle reprend les arguments de concurrence sauvage, et l'idée d'aliénation, à savoir que l'économie de marché détourne de ce qui est essentielle dans la vie, par sa course au productivisme, comme on parlait autrefois plutôt de la course au profit.


      Elle reprend l'idée que l'Etat peut décider de créer des emplois, en subventionnant le secteur associatifs, en imposant l'agriculture biologique, en réduisant le temps de travail. En créant des services de maintenance, de réparation, plutôt que de consommer des produits jetables.


     Tandis que l'économie de marché considère que le processus n'est pas si simple, et que l'histoire a prouvé, dans les pays communistes par exemple, mais aussi en France, que l'emploi ne résultait pas d'une simple décision de l'état, comme l'embauche de fonctionnaires, ou la réduction du temps de travail.


     L'écologie européenne reprend également l'argument traditionnel selon lequel c'est la concurrence étrangère qui est responsable des problèmes de la France. L'argument social est tendancieux: faut-il que les pays en développement adoptent d'un seul coup des normes de protection sociale qui n'ont pu être mise en place que progressivement chez nous, grâce au développement de l'économie de marché? D'autre part, comment déterminer le dumping social? Par exemple, un pays où les soins médicaux seraient plus encadrés pratiquent-ils un dumping social? N'oublions pas que la France est en déficit commercial avec des pays comme l'Allemagne, qui ne peuvent pas être accusés de dumping social.


     De même, sur le plan écologique, faut-il pénaliser ou favoriser les pays qui font le choix de l'énergie nucléaire, et qui donc rejetteraient moins de CO2? Le choix n'est pas simple.

     Enfin, l'écologie politique reprend l'argument traditionnel selon lequel la Banque Centrale Européenne doit financer les états par émission monétaire, c'est-à-dire qu'elle ne doit pas lutter contre l'inflation.


Un prétexte écologique?

     L'écologie politique fait le lien entre la destruction de l'environnement et l'économie de marché par le productivisme. A savoir que l'économie de marché est forcément contraire à l'écologie, car son but est de produire toujours plus, et de ne pas tenir compte du bien être humain.


     L'argumentaire est très léger. Le productivisme n'est ni un principe, ni une règle de l'économie de marché. Le mode de fonctionnement de celle-ci, c'est que chacun peut mettre en vente ce qu'il veut, bien ou service. Que ce soit des productions "productivistes" ou non.


     Le productivisme s'est développé parce que les gens apprécient d'avoir de bons produits à bas prix. Mais il ne s'agit que d'un mode de production, d'une technique. l'artisanat n'a pas disparu, loin de là. Aujourd'hui se développent des productions qui se disent "vertes", ou équitable également. Tout simplement car aujourd'hui il y a des consommateurs pour ce type de produits.


     On peut bien sûr considérer que les grandes firmes se partagent le monde et poussent au productivisme. Mais cela ne remet pas en cause le fait que le productivisme n'est pas un principe de l'économie de marché. Ce serait une situation d'oligopole, avec constitution de barrière à l'entrée pour empêcher la concurrence, ce qui est contraire à l'économie de marché.


     Il faut reconnaître que bon nombre d'économiste explique bien mal leur matière. Dans le but de faire de leur discipline une science, ils habillent les théories de calculs mathématiques. Or, ce qui se mesure, c'est la productivité, le profit. Les autres motivations des gens ne se mesurent pas.


     Cependant, si le grand public est largement excusable de ne pas connaître les principes de l'économie de marché (connaît-on les principes de la mécanique quand on a son permis de conduire?), les théoriciens écologistes eux n'ont pas cette excuse. 'est pourquoi on peut parfois se demander si l'écologie n'est pas un prétexte à un nouvel avatar de l'anti-économie de marché.


     (Je précise que je trouve la critique constructive indispensable au progrès, en économie comme ailleurs. Le propos ici n'est pas de dire que l'économie de marché n'est pas critiquable. C'est de se demander si le premier objectif de l'écologie politique est l'écologie ou l'anti-économie de marché.)


Conclusion

     Il n'y a pas d'opposition entre l'économie et l'écologie. L'écologie définit des normes que l'économie applique.


     L'écologie politique, elle critique l'économie de marché. Elle reprend les arguments traditionnels contre l'économie de marché, reprenant le rôle des communistes d'il y a quelques années. Elle prône une économie administrée et protectionniste, financée en partie par la création monétaire. Elle s'inscrit donc dans la traditionnelle opposition entre économie de marché et économie administrée.


     L'argument de l'écologie politique est que l'économie de marché est productiviste. c'est-à-dire qu'elle a pour but de produire toujours plus en quantité, et donc de piller les ressources planétaire.


     Cet argument ne tient pas. On peut parfois penser que l'argument écologique est un prétexte, et que l'écologie politique est plutôt un mouvement anti-économie de marché.

Selon le programme d'Europe écologie, je précise à nouveau. L'écologie n'est pas un mouvement uni ni monolithique.


     La description de l'économie de marché comme étant forcément productiviste est fausse. Cependant, les économistes qui disent défendre l'économie de marché portent une responsabilité dans cette conception de l'économie de marché. En effet, en se réfugiant dans les mathématiques, ils ne parlent plus que de ce qui est masurable, et donc de la productivité.


     L'écologie politique s'inscrit dans l'opposition entre économie adlministrée et économie de marché. Elle veut même financer sa politique par la création monétaire, malgré les crises inflationnistes connues en Europe dans les années 1970.


     On pourrait répondre que ce genre de politique a été menée déjà, et a été abandonnée, non par idéologie, mais par manque d'efficacité. Si l'économie de marché s'impose, c'est parce qu'elle est efficace. Si on lutte contre l'inflation, c'est parce que la politique inflationniste crée des crises. La crise financière montre à nouveau où peut mener une politique de création monétaire trop laxiste.


     Ceci est vrai. Mais insuffisant. Il y aura toujours une critique contre l'économie de marché, ce qui est sain. Il y aura toujours l'envie de décréter l'emploi, comme si c'était possible.


      Il faudrait donc aller plus loin. Décrire l'économie de manière simple, s'interroger sur ce qui permet de créer des emplois. Ce que j'essaierai de faire dans un prochain article.

 

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