Analyse Libérale

Loi hadopi, internet et les mutations de l'industrie culturelle

28 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Nouvelle économie - croissance

 

     La loi Hadopi est cette loi qui doit punir les internautes qui téléchargent des œuvres audio et vidéo sur le net. Après bien des vicissitudes, rocambolesques même, cette loi va repasser devant le parlement. elle alimente beaucoup de débat, en particulier la suspension de l'abonnement à internet qui est sa riposte principale contre les téléchargements.


     Cet article est une réflexion sur les effets d'internet dans l'industrie culturelle. L'idée m'en est venu après la découverte d'un article sur une pétition d'auteur contre la loi Hadopi, sur le site http://les-humeurs-de-svetambre.over-blog.com/article-30685096-6.html. Cette pétition illustre les avis partagés des auteurs sur cette loi, qui est pourtant présentée comme étant faite spécialement pour eux.


     Internet et le téléchargement sont présentés comme les responsables de la baisse des ventes de musique en France. Je ne suis pas d'accord avec cette analyse. Je ne peux démontrer qu'il n'y a aucun rapport, mais qu'il y a au moins un autre facteur explicatif.


     En effet, le marché de la musique qui a plongé en premier est celui de la musique classique. Et cela avant le développement d'internet à l'échelle que l'on connaît actuellement. Et alors que les amateurs de musique classique exigent quand même une qualité d'écoute qui ne se retrouve pas forcément sur un fichier téléchargé, qui est aléatoire, ni sur un ordinateur.


     Ce marché de la musique classique avait été boosté par l'apparition du CD, et tous les réenregistrements. Puis, le marché s'est contracté quand il n'y a plus rien eu à rééditer.


     Ce qu'on classe dans la variété a suivi la même envolée avec l'apparition du CD, mais dans de plus grandes proportions. La contraction qui a suivi est logique. Avec ou sans internet.


     On dit aussi qu'internet a habitué les gens à la gratuité de la musique. Ce qui, la encore, est faux. En effet, la musique est gratuite depuis la nuit des temps. Elle n'est vendue que depuis l'apparition des techniques d'enregistrement à grande échelle. Mais les chanteurs étaient surtout connus par la radio. D'ailleurs, on peut se demander si ce ne sont pas les radios musicales, qui voient leur audience baisser, qui sont les principales victimes d'internet.


     Internet est très pratique dans le contexte actuel de multiplication des genres musicaux. Il n'y a plus la variété et le classique, comme un temps. Il y a le rap, toutes les musiques électroniques, de dance, les différents blues, et des tas d'autres genres musicaux que le commun des mortels ignore, mais qui passionnent des millions de personnes à travers toute la toile.


     Les gens écoutent sur internet, et, si ça leur plaît vraiment, ils achètent un CD, un DVD, un produit dérivé, une place de concert. des artistes ont laissé les internautes payer ce qu'ils voulaient pour un album, et ne s'en sont pas mal sortis. Il y a également de nouveaux artistes qui se sont fait connaître uniquement grâce au web.


     De cette nouvelle économie, des mastodontes émergent, comme Live Nation. cette société prend des artistes sous contrat, et organise tout pour eux, en particulier les concerts et la vente de produits dérivés. Internet n'a en rien cassé l'engouement pour les chanteurs, quand on voit le prix des places de concert, parfois pour être perdu au milieu d'une foule dans un stade. c'est une nouvelle économie qui se met en place. Le web servant de gigantesque plate-forme pour se faire connaître.


     Le modèle économique des majors du disque est mis à mal par cette nouvelle économie. Ce modèle consiste à repérer quelqu'un, et à investir sur cet artiste pour le faire connaître: relooking, écriture de musique, de textes, distribution de singles aux radio. Ce modèle était déjà problématique avec la multiplication des genres musicaux, qui obligeait à dépenser plus ou à prendre le risque de se focaliser sur un genre. Internet rend les investissements encore plus aléatoires, un parfait inconnu pouvant se faire connaître à moindre frais.


     Il y a aussi un retournement du rapport de force. Auparavant, la major pouvait, dans une certaine mesure, imposer un artiste, et un prix de vente pour les disques. Elle pouvait décider de ce qu'elle vendait. Aujourd'hui, le public a plus de pouvoir. Il choisit ses artistes, et plébiscite les concerts.


     Le même raisonnement peut se tenir pour les séries télévisées. Le public est habitué à la gratuité. Pourquoi payer cinquante euros pour le coffret d'une saison? Surtout si c'est pour le plaisir de voir la série en VO. Le chaînes américaines, et les maisons de productions, commencent à proposer de plus en plus la diffusion gratuite sur internet. La catch TV, la télévision de rattrapage, pour ceux qui ont manqué le film. L'offre gratuite est encore faible en France, et n'inclut pas, à ma connaissance, la VO.


     J'insiste sur la VO car beaucoup de gens ont l'air de télécharger les séries pour trois raisons: les regarder quand ils veulent, avoir plus tôt les dernières séries américaines, et avoir la VO. On le voit, ce sont des services que les chaînes de télévision pourraient offrir.


     Les magasins aussi sont bousculés. Il ne suffit plus de présenter des kilomètres de rayons avec quelques blockbusters. Il faut pouvoir proposer la diversité du net. Ou une réelle valeur ajoutée: la mise en avant de produits en fonction de leurs qualités. par exemple, on ira plus souvent dans un magasin si on sait qu'il mettra régulièrement en avant, à un prix raisonnable, un produit du genre qui nous intéresse.


     Internet met la pression sur le choix, et le prix. Il requiert des magasins un travail sur la valeur ajoutée. Les magasins peuvent présenter aussi un peu plus de produits dérivés.? bref, ils doivent se transformer.


     Je ne soutiens pas le piratage. Mais le vrai piratage, ce ne sont pas les internautes qui téléchargent des milliers de fichiers qu'ils n'écouteront pas forcément. Les vrais pirates sont ceux qui revendent les œuvres piratées.


     Quant au téléchargement, on peut débattre pour savoir si c'est du vol, ou simplement un test pour sélectionner ce qui nous plaît vraiment. Mais les problèmes de l'industrie culturelle ne viennent donc pas forcément du téléchargement sur internet. Mais peut-être plutôt de la fin d'un modèle. Par conséquent, la loi hadopi ne les aidera en aucune façon.

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A quoi sert le FMI aujourd'hui?

26 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Théorie et explications de texte

 

     Le FMI multiplie les annonces catastrophiques, ainsi que les injonctions aux différents gouvernements pour qu'ils injectent de plus en plus d'argent dans leurs économies. Le FMI fait dans le catastrophisme, ce qui paraît étonnant pour une organisation que l'on pense a priori sérieuse. La situation est-elle donc encore plus grave que ce que nous disent les gouvernements et les banques centrales, ces dernières étant également des organismes réputés sérieux? Ou le FMI a-t-il simplement besoin d'exister?


     La question peut sembler provocatrice. Elle est pourtant récurrente depuis que la raison d'être du FMI a disparu. Cette raison d'ëtre, c'était le système de changes de Bretton Woods, basé sur l'étalon or.


     Après la deuxième guerre mondiale, la réunion de Bretton Woods a posé les bases d'un nouveau système financier mondial. Le but était de renforcer la coopération monétaire, en tirant les leçons de la crise de 1929 et de tout ce qui s'était passé après cette date.


     Le nouveau système financier était donc basé sur l'or. Chaque monnaie était définie par rapport dollar, et le dollar était convertible en or. C'était donc un système dans lequel les monnaies étaient définies par rapport à l'or, par l'intermédiaire du dollar. La parité des monnaies ne devait fluctuer par rapport à cette parité que dans de faibles proportions. En cas d'impossibilité de maintenir cette parité, les monnaies pouvaient être dévaluées. Un ajustement monétaire supérieur à 10% devant obtenir l'accord du FMI (cf les articles du FMI dans Wikipédia, Le Fonds Monétaire International, et Les accords de Bretton Woods, qui sont de bonnes qualités à la date où j'écris).


     Le rôle du FMI était d'aider les pays à maintenir cette parité vis à vis de l'or, en octroyant des prêts aux pays pour soutenir leur monnaie si nécessaire. Le but de ce système monétaire stable était de favoriser de favoriser les échanges entre les pays.


     Ce système prend fin en 1971, avec la fin de la convertibilité du dollar en or. Personne n'a décidé de la fin du système. Celui-ci a atteint ses limites (cf Wikipédia ). Un régime de changes flottants s'instaure en 1973, et officialisé en 1976.


     Dans un système de changes flottants, les monnaies n'ont plus de parité fixe avec un métal, comme l'or. Et elles n'ont donc plus de parité fixes entre elles. La valeur de chaque monnaie par rapport aux autres fluctuent chaque jour.


     On insiste beaucoup sur la spéculation dans les fluctuations des valeurs des monnaies dans un tel système. Cependant, les facteurs réels sont les plus importants. Une monnaie évolue en fonction du taux d'intérêt fixé par la banque centrale. Et aussi par les besoins du commerce mondial.


     Le FMI a donc perdu une grande partie de ses fonctions. En effet, dans un système d'étalon or, il prêtait aux pays qui devaient soutenir leur monnaie. Dans le système de changes flottants, cette fonction a disparu. Il n'y a plus besoin de soutenir une parité fixe.


     Le FMI n'est plus le gardien de la stabilité du système fiancier, car il n'a plus prise sur le système. Ce sont les banques centrales de chaque zone monétaire qui gèrent les monnaie, et surveillent la stabilité monétaire.


     On l'avait déjà vu quand la faillite du fonds LTCM avait menacé le système financier. C'est la banque centrale américaine, la Réserve fédérale, qui a agi, seule.


     Aujourd'hui, ce sont à nouveau les banques centrales qui agissent, pour prévenir un risque systémique. Le FMI n'a de toutes façons aucun moyen d'agir. En effet, ilstraitent avec les Etats, pas directement sur les marchés interbancaires et financiers, ni directement avec les banques commerciales de chaque pays.


     La coopération internationale se passe aussi du FMI. Elle se fait à travers le G7, et le G20. C'est ainsi le G7 qui, un temps, avait essayé de stabiliser la valeur du dollar (accords du Plaza, si je ne me trompe, entre autre). Aujourd'hui, les banques centrales ont montré qu'elles coopèrent, de manière informelle, dans la crise financière, quand elles ont annoncé ensemble qu'elles fourniraient des liquidités aux banques. Elles sont sur la même longueur d'onde.


     Le rôle qui reste au FMI est d'octroyer des prêts aux Etats qui ont des difficultés budgétaires qui peuvent les mettre en péril. Quand ces Etats ne peuvent plus faire appel aux marchés financiers par exemple. Ainsi, dans la crise asiatique, le FMI était dans son rôle. Il a dans ce cas le rôle d'une banque d'urgence.


     Ce rôle est plus limité que ses anciennes prérogatives. Et il pourrait même éventuellement être rattaché à la banque mondiale.


     Depuis la fin des taux de changes fixes, le FMI tente de s'inventer de nouvelles mission. Il entend ainsi se consacrer à la réduction de la pauvreté.


     Comme tout organisme, le FMI a tendance a vouloir prendre de l'importance. Il aimerait bien sans doute de nouveaux accords de Bretton Woods, qui lui redonneraient son importance perdue. Comme il cherche à s'imposer comme étant incontournable dans la gestion de la crise actuelle. Alors que ses possibilités d'action dans cette crise sont limitées. C'est seulement le financement de pays en difficulté. Ce qui n'est pas si mal. C'est un rôle important. Mais mineur par rapport à celui des banques centrales.


     D'où, selon moi, le catastrophisme du FMI. Ses appels à de gigantesques plans de relance lui permettent d'exister médiatiquement. Son choix de l'option la plus catastrophique pour l'évaluation des actifs toxiques des banques également.


     Par contre, il n'intervient pas dans le débat, concret, des normes comptables, qui est lié à l'évaluation des actifs toxiques (cf Les normes comptables et la crise financière: l'effet pro-cyclique ). ce sont pourtant ces normes qui déterminent l'évaluation des actifs toxiques.


     On peut même se demander s'il ne n'exigera pas un plan de rigueur, quand il s'agira pour lui d'aider un pays qui aura, sur ses recommandations, avant d'avoir besoin d'un prêt, lancé un gigantesque plan de relance. Dans ce cas, le FMI est peut-être en contradiction avec lui même. Il faudrait qu'il clarifie sa position.


     On peut aussi comparer les réactions du FMI à celles, beaucoup plus mesurées, des banquiers centraux, qui eux sont véritablement en train d'agir, d'une manière très vigoureuse. Ils n'ont pas besoin de déclaration tonitruante. Au contraire, le montant des sommes qu'ils ont engagées inquiète, et ils doivent se montrer rassurants.


     Pour décrypter les mouvements qui se font autour de la crise, il faut ainsi prendre en compte les enjeux de pouvoir. La Chine voudrait que le dollar ne soit plus une monnaie de référence. Les européens voudraient une régulation différente de celle voulue par les Etats-Unis. Ces derniers voudraient plus de dépenses de la part des européens, pour soutenir l'économie américaine, dont le secteur financier est le plus touché. Le G20 voudrait supplanter le G7. Les pays comme le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine désirant prendre plus d'importance au niveau mondial. Et le FMI souhaiterait profiter de la demande d'une autre régulation pour retrouver son rôle d'antan.

 

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La crise est-elle finie?

25 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     L'ambiance est moins morose dans les médias ces derniers temps. On commence à envisager le début de la fin de la crise. Les banques américaines ont de bons résultats. jusqu'à la consommation française qui a augmenté.


     Seul le FMI fait les gros yeux, estimant que les banques doivent faire de plus grosses dépréciations, et poussant les gouvernements à injecter de plus en plus d'argent dans leurs économies.


     Les bons résultats des banques américaines sont en effet encourageants. De même, le fait que certains fonds se créent pour racheter des parts d'entreprises sous-évaluées. Comme je l'indique dans l'article  Le début de la fin de la crise? , cela montre les mouvements de l'économie pour sortir de la crise.


     Ce que nous voyons aujourd'hui, c'est un mouvement de stabilisation du système financier. Nous ne sommes pas à l'abri d'une nouvelle catastrophe type faillite de Lehman Brothers. Nous aurons encore des soubresauts. Mais on peut envisager d'avoir atteint un point bas, point de départ vers une normalisation.


     Il faut s'en féliciter, avec les précautions d'usage. Tout en replaçant les choses dans le contexte temporel. En effet, je le répète à nouveau, n'oublions pas le facteur temps. La crise n'est pas apparue d'un seul coup, elle mettra du temps à se résorber.


     Dans notre monde d'instantanéité médiatique, c'est un élément qui a du mal à passer. On recherche LE signe de relance, de reprise. Il n'y en aura pas. L'économie sera déjà repartie depuis quelque temps avant qu'on s'en aperçoive.


     Il y a d'abord eu la baisse de l'immobilier américain. Puis le blocage des marchés financiers. Puis le ralentissement de toute l'économie.


     Aujourd'hui, les marchés financiers semblent en voie de stabilisation, sans que l'on soit revenu à la normal. Le marché du crédit interbancaire fonctionne encore très mal. Nous ne sommes qu'au début du processus, qui est encore fragile.


     Ensuite, il faut attendre la stabilisation de l'économie. Celle-ci a ralenti brusquement en partie à cause de la peur. Les entreprises ont ralenti la production pour déstocker, les gens ont arrêté d'acheter par peur du lendemain. Une fois la confiance revenue, l'économie se stabilisera.


     Cependant, il ne faut pas oublier deux choses. D'abord, l'économie a, en quelque sorte, grandi dans un mauvais sens. C'est l'endettement américain qui a tiré l'économie mondiale. Il y a un reflux, une baisse des PIB, qui est normale, inévitable. On revient à la situation d'avant le départ de la mauvaise croissance, pour parler de manière imagée.


     Durant cette phase, il faut aider les gens qui perdent leur emploi, qui sont en difficulté. Ce qui soutient l'économie en atténuant le reflux de la consommation. Donc, l'économie ne revient pas tout à fait à son niveau d'avant la mauvaise croissance. Et toute la croissance n'était pas mauvaise d'ailleurs.


     Puis, l'économie se reprendra, progressivement. Il ne faut pas jouer les Cassandre. D'autant que personne ne détient LA vérité. La reprise prendra du temps, également. Il faut du temps pour construire.


     Ensuite, il ne faut pas oublier non plus que nos économies européennes avait des problèmes de croissance, de chômage, de précarité avant la crise. Les relances keynésiennes ont été incapables de relancer nos économies. Cette situation se retrouvera après la sortie de crise.


     Toute l'économie mondiale restait, quoiqu'on en dise, encore largement tirée par l'économie des Etats-Unis. A nouveau, quand les Etats-Unis toussent, l'Europe s'enrhume. s'ils arrivent à restructurer suffisamment vite leur système financier, les USA retrouveront certainement un taux de croissance supérieur à celui de l'Europe. C'est ainsi depuis un certain temps.


     Il ne faut donc pas oublier que la crise actuelle se développe dans une économie qui était déjà faible. Le défi de la France, c'est de trouver un moteur interne à son économie, de ne pas dépendre uniquement de l'environnement mondial, et donc des Etats-Unis.


     La France a des atouts. Son économie est une des plus diversifiées d'Europe. Ce qui faisait la force de l'Allemagne, du Royaume Uni, de l'Espagne, font aujourd'hui leur faiblesse. Ces pays dépendent trop d'un secteur d'activité.


     Il ne faut donc pas oublier que sous la crise, visible et médiatisée, il y a toujours cette crise latente qui dure depuis longtemps. La majeure partie des problèmes sociaux existaient avant la crise financière. Celle-ci n'a fait que les accentuer. Comme le chômage, par exemple.


     C'est pourquoi la politique contre la crise doit avoir deux composantes. Une composante conjoncturelle, en quelque sorte, qui réglera le problème plus urgent de la crise financière: restaurer les marchés financiers, accompagner le reflux.


     Une composante de fond, en quelque sorte, pour donner un véritable élan au pays: instaurer en France les conditions pour une croissance plus forte, qui permette de résorber le chômage.


     La première dimension est assez bien prise en compte. La deuxième est bien évidemment plus compliquée.

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L'inflation: le retour?

23 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Le quotidien Les Echos publie ce jeudi 23 avril un débat entre quatre économistes sur l'inflation, et son possible retour. Ce débat appelle quelques commentaires de ma part.


     Dans ce débat apparaît une interrogation sur le "job" des banques centrales: doivent-elles seulement surveiller les prix à la consommations, ou aussi celui des actifs, financiers ou immobiliers? Avec son corollaire: comment décider s'il y a ou non inflation des actifs, leurs prix étant beaucoup plus fluctuants?


     J'ai déjà exprimé mon opinion sur cette question dans l'article Inflation, déflation: explications et risques. . L'inflation, c'est une hausse des prix engendrée par une augmentation de la masse monétaire. Il y avait une inflation dans l'immobilier, donc des actifs immobiliers, avant le déclenchement de la crise financière, car l'augmentation de leurs prix venait entièrement de l'augmentation des crédits immobiliers. Or, l'augmentation du crédit, c'est une augmentation de la masse monétaire.


     Le problème de la plupart des économistes, c'est qu'ils recherchent un ou plusieurs indicateurs chiffrés qui indiquent clairement si on est en période d'inflation. Or, il n'en n'existe pas. Sauf si les prix à la consommation augmentent très fortement, même la mesure de l'inflation par l'indice des prix à la consommation prête à interprétation.


     Il faut toujours avoir une réflexion pour estimer s'il y a ou non inflation, en particulier pour le prix des actifs. Ce qui va à l'encontre du désir de mathématisation de l'économie.


     On s'interroge aujourd'hui sur le risque inflationniste que représente les injections de liquidités dans le système financier par les banques centrales. En effet, l'injection de liquidités, c'est de la création monétaire. Ne va-t-on pas vers une sortie de crise inflationniste?


     Là encore, il faut faire une analyse qualitative, si j'ose dire, et pas seulement quantitative. Si ces liquidités servent au fonctionnement normal de l'économie, pas de problème. Par contre, s'il s'agit de relancer l'économie par la création monétaire, là il y a un risque inflationniste.


     Pour le moment, l'objectif des banques centrales est de suppléer au blocage des marchés financiers, qui ne permettent plus le fonctionnement normal du crédit. eE aussi d'éviter un risque systémique, en soutenant le système financier, dans le cas de la banque centrale américaine.


     Rien n'indique un désir de relance par la création monétaire. Cependant, je n'ai pas les données pour affirmer qu'il n'y a pas une création monétaire trop importante. Mais, c'est ce que ceux qui ont les données doivent regarder. L'atonie du crédit semble indiquer qu'il n'y a pas, pour le moment, de risque inflationniste.


     De plus, il ne faut pas oublier d'intégrer dans le raisonnement les actifs dits toxiques. Ces actifs représentent des crédits. Leur valeur diminue car les crédits qu'ils représentent ont une forte probabilité de ne pas être remboursés. Or, le crédit, c'est de la création monétaire. Si un crédit n'est jamais remboursé, et que la banque est obligée de le passer en pertes, cela diminue la masse monétaire. On parle souvent de plusieurs milliers de milliards de pertes sur les actifs toxiques. Une réflexion sur l'inflation doit intégrer cet aspect.


     Un autre aspect doit être évoqué, et il l'est dans le débat des Echos, c'est la capacité des banques centrales à retirer les liquidités injectés du circuit financier. Quand les marchés financiers recommenceront à fonctionner normalement, ces banques centrales, déjà, prêteront moins aux banques. Les banques remboursent les crédits octroyés par les banques centrales. Le seul fait de prêter moins que ce qu'on leur rembourse peut ajuster le montant des liquidités au niveau nécessaire à l'économie, et éviter une inflation.


     En conclusion, le risque inflationniste existe, mais on a quand même des moyens de l'éviter. Beaucoup de facteurs sont en jeu: protectionnisme, entraves au commerce en général, réglementation inflationniste, qui réduirait la concurrence dans certains secteurs. Il ne faut pas oublier que la maîtrise de l'inflation vient de l'augmentation de la concurrence. Là encore, nous avons les moyens d'éviter l'inflation. Mais il faut l'appréhender correctement, comme je l'indique au début de cet article.


 

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Les bons résultats des banques sont-ils trompeurs?

21 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Les banques américaines ont présenté de bons résultat pour le premier trimestre 2009. Des critiques estiment que ces résultats sont un peu enjolivés.


     Par exemple, les banques auraient sous-estimé les provisions pour défaut de crédit. Les provisions sont de l'argent qui est mis de côté pour faire face à un risque futur. Elles auraient donc sous-évalué le montant des crédits, à la consommation notamment, qui ne seraient pas remboursé par les emprunteurs. Ces derniers pouvant être au chômage à cause de la crise économique.


     Les banques auraient aussi profité des modifications apportés dernièrement aux normes comptables américaines, qui permettent de déprécier progressivement les actifs toxiques, et non d'un seul coup. A chaque fois qu'une banque déprécie un actif qu'elle possède, c'est une perte pour elle. Elle diminue donc ses pertes sur le trimestre en ralentissant cette dépréciation.


     D'autres artifices sont évoqués pour souligner, selon les critiques, les libertés prises par les banques avec la comptabilités.


     Leurs bons résultats ne sont donc pas significatifs? J'ai montré dans l'article Les normes comptables et la crise financière: l'effet pro-cyclique , dont ce billet est en fait une illustration, que la comptabilité était une façon de se faire une idée sur la santé d'une entreprise. La comptabilité est standardisée selon des normes, qui sont des choix, et qui ne sont pas les seules possibles.


     Les banques opèrent dans une relative transparence, puisque les critiques peuvent critiquer. Il y a donc suffisamment d'informations pour se faire une idée de la santé des banques.


     L'évaluation du niveau de provision et des dépréciations est une affaire d'opinion. Les entreprises ont toujours eu une marge d'appréciation qu'elles utilisent en fonction de leur intérêt. Parfois elles chargent la barque, comme on dit, pour apurer une période, quand elle change de PDG par exemple. Parfois elles l'allègent.


     Il ne faut pas oublier que les normes comptables ont été accusées, à juste titre, d'avoir aggravé la situation des banques, par un effet dit "pro-cyclique" (cf l'article ci-dessus). Un "assouplissement" de ces normes, n'est pas mauvais en soi.


     Enfin, l'essentiel pour une banque est la liquidité. Une banque peut avoir un bon bilan, et être en difficulté. Par exemple, une banque a bien placé son argent. Mais elle ne peut pas y toucher pendant 2 ans. pendant ces deux ans, il y a des gens qui vont venir retirer de l'argent au guichet. Il faut donc que la banque ait toujours de l'argent disponible.


     Si elle ne trouve pas cet argent, elle peut faire faillite, car les gens n'auront plus confiance. Ils voudront tous retirer leur argent. La banque ne pourra pas leur en donner. Elle ne peut pas vendre ses placements, car il ne lui rapporterai presque rien avant deux ans. Elle fera donc faillite, même avec un bon bilan, un bon tier 1 comme on dit aussi. Ainsi, Dexia a été renfloué alors que son tier 1 était bon. ( pour le fonctionnement des banques, cf l'article Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire)  )


     La comptabilité n'est pas objective, comme je l'ai expliqué précédemment. Elle livre cependant assez d'informations généralement pour se faire une idée sur l'essentiel. Je n'ai pas passé au crible les résultats des banques américaines, donc je ne peux pas dire s'ils sont rassurants ou non.


     Néanmoins, ce n'est pas parce qu'elles utilisent les moyens offerts par la comptabilité pour mieux présenter leurs bilans que celui-ci est trompeur. Ce n'est pas en noircissant les bilans qu'on obtient une image fidèle et sincère, comme doit l'être la comptabilité. Il ne faut pas noircir un tableau pour le plaisir de jouer les oiseaux de mauvais augure. Il faudrait plutôt s'intéresser aux points essentiels: la liquidité des banques, leur capacité à faire crédit. A priori, la banque centrrale américaine veille sur ces points. Mais si vrfaiment on veut critiquer les bilans, ce sont ces points qu'il faut surveiller. Et, bien sûr, l'éventualité d'un risque systémique type Lehman Brothers.


     Cette polémique sur les résultats des banques est représentatif du climat actuel: la peur. Et montre que bien du chemin reste à faire pour sortir de la crise financière, même si des frémissements laissent à penser que le point bas pourrait être atteint. La finance est basée sur la confiance. Tant que celle-ci ne sera pas rétablie, les marchés ne fonctionneront pas normalement. Et la confiance se perd plus vite qu'elle ne s'établit.


     Ce billet ne donne pas d'opinion sur le bilan des banques, car, je le répète, je ne les ai pas étudié, et je n'ai sans doute pas la compétence pour y trouver la petite bête. Je voulais juste souligner qu'en matière de comptabilité, il n'y a pas une méthode, ni une vérité. Que la comptabilité peut aussi noircir exagérément un bilan. Ce qui est le risque que l'on prendrait peut-être si on appliquait certaines critiques.

 

NB: Les banques américaines sont en train de subir des "stress test" de la part des autorités. ces tests sont destinés si elles auront besoin de bnouveaux fonds propores pour faire face à leurs engagements à venir, notamment en matière de liquidités. Plus que les résultats, ce sont ces tests qui vont décider de l'avenir des banques. Ils vont être critiqués,  mais ils feront référence, car ils sont menés par l'Etat, une autorité tndépendante donc. (àMême si certains prêtent beaucoup d'influence aux banques auprès du gouvernement US, notamment  à la banque Goldman Sachs, qui a pour habitude de "placer" d'anciens banquiers de chez elle dans l'administration.)

 

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Solidarité, social: absence de débats.

20 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

 

     La solidarité, le social, l'équité sont des expressions qui reviennent souvent. Face à la crise, on propose parfois de créer une économie solidaire, en accusant la cupidité du capitalisme d'être à l'origine de cette crise.


     Il y a toujours trop de pauvres, et surtout trop de gens à la limite, dans cette zone légèrement supérieure au seuil de pauvreté. Les chiffres de la pauvreté font plus que doubler selon le seuil que l'on prend.


     Il y a trop d'inégalités dans l'accès au soin, il y a l'échec scolaire, trop important, et surtout, l'ascenseur social en panne.


     Il y a les mal logés, la difficulté à trouver un logement adapté à sa situation. Notamment en région parisienne: Paris devient une ville réservée aux riches, mais a besoin du travail des autres, obligés d'habiter dans de lointaines banlieues.


     Il y a tous ces gens, qui n'ont pas d'emplois stables, qui naviguent entre les stages et autres contrats temporaires (l'INSEE parle d'emploi à temps non complet).


     Il y a ces banlieues dangereuses, zones de non droit, stigmatisées, à un point où l'avenir semble bouché, même pour des jeunes.


     Il y a cette misère insoutenable des Roms, pour lesquels on ne sait que faire, et qui se contentent de leur vie en France, car, c'est pire chez eux.


     On voudrait faire quelque chose, changer les choses, changer le monde. Simplement faire en sorte que chacun soit assuré d'avoir de quoi vivre dignement, de quoi se soigner. Que chacun n'ait aucune raison de craindre l'avenir. Que les enfants aient un avenir.


     On considère parfois que le tableau est noirci. Même si effectivement un pauvre est moins pauvre aujourd'hui qu'hier, il y a un problème d'espoir. Il y a un problème d'ascenseur social. Il y a un problème d'insécurité, avec l'augmentation des violences sur personne sans motif, du moins pas le vol. Il y a réellement des zones de non droit. Il y a réellement des inégalités de soin, et des problèmes d'urgences médicales.


     Cette situation est maintes fois dénoncée, c'est vrai. Généralement, ce sont le capitalisme, l'économie de marché, qui sont désignés comme responsables des inégalités, des problèmes sociaux. L'aggravation constatée ou ressentie ces derniers temps est mise sur le compte de la dérégulation.


     D'autres arguent que le capitalisme a permis une élévation du niveau de vie, ainsi que le financement du social. Ils prônent un capitalisme régulé, en gardant les avantages, mais en luttant contre ses excès.


     On remarque que le débat ne porte pas directement sur le social. Il ne porte pas sur les aspects concrets. On discute des qualités ou des défauts du capitalisme. Mais on ne débat pas de l'organisation concrète du système social.


     Pourtant, il y a des choix à faire. Pourtant, il ne suffit pas de dire qu'il faut plus de social, plus de solidarité, ou plus d'argent. Il faut organiser concrètement le social.


     Ainsi, par exemple, si on considère l'éducation, les articles qui étudient le sujet reviennent souvent sur un point: la répartition des moyens. Par rapport aux autres pays développés, On considère qu'il y a trop de moyens concentrés sur les lycées, pas assez sur le primaire et le supérieur.


     Un autre point est l'augmentation du nombre de professeurs malgré la baisse du nombre d'élèves. Ou encore, un taux d'échec scolaire important malgré l'augmentation des moyens. Je pense au ZEP, par exemple, dont l'intention de départ ne souffre aucune critique, mais dont le résultat n'est pas à la hauteur de cette intention.


     Dans la plupart des pays développés, on constate une baisse des effectifs dans les disciplines scientifiques, qui va entraîner des difficultés à remplacer tout une génération qui part à la retraite. Cela alors que les étudiants sortent, en moyenne, plus tard du système éducatif que leurs aînés. Il y a là matière à débat concret sur l'enseignement de masse, et l'orientation.


     Il y a aussi le thème voisin des jeunes à problèmes. On pourrait débattre concrètement des actions entreprises pour éviter que tant de jeunes tombent dans cette catégorie, malgré tous les moyens déployés pour lutter contre ce problème. Les moyens sont énormes, si on considère les plans banlieue, les plans de renovation urbaine, les ZEP aussi, l'argent octroyé aux associations.


     On peut se demander si l'Etat ne doit pas gérer ce problème en direct. Les préfectures ont d'ailleurs la possibilité de nommer une personne pour superviser les politiques en la matière. Je me souviens avoir lu un article sur le sujet.


     Toujours dans ces banlieues (terme générique et péjoratif pour les banlieues en général, mais malheureusement passé dans le langage courant), il y a le problème du traitement des filles, et donc des femmes. Qui peuvent-être insultées simplement si elles sont en jupe.


     Quel est l'étendue de ce problème? Est-il localisé, existe-t-il un problème d'image de la femme chez les jeunes? D'où vient ce problème: tradition, pornographie? Là encore il y a matière à débat.


     Ces débats sont inexistants sur la place publique. On entend vaguement des critiques des ZEP, mais sans rien proposer pour que le système ne laisse pas les plus défavorisés sur le bord de la route. On entend parfois certains prôner le retour à l'uniforme, comme si la société dans laquelle devront vivre ces jeunes étaient la même que celle des années 50.


      En matière de santé, le problème est le même. Par exemple, les laboratoire d'analyses médicales sont devenus une activité essentiellement capitalistique. Ce sont des machines qui font les analyses. Le processus permet des gains de productivité, et permettrait de diminuer le nombre de laboratoires. L'emploi serait peu touché, puisque l'essentiel du personnel concerné par les analyses sont les infirmières, qui font notamment les prises de sang. Mais c'est un débat qui n'est pas sur la place publique.


     Il y a diverses propositions pour améliorer l'efficacité du système de santé: salariat des médecins, suppression du paiement à l'acte, emploi d'infirmières ou de personnel paramédical pour certains examens de bases, plutôt que de médecins (solution éprouvée à l'étranger ai-je lu).


     En matière de logement, il y a également matière à débat. Les politiques sont plus centrées sur l'aide au BTP que sur la construction de logements sociaux. La défiscalisation encourage la construction, mais des milliers de personnes attendent un logement social. Ne vaudrait-il pas mieux axer les dépenses, et éventuellement les avantages fiscaux, sur la construction de HLM? Ne faudrait-il pas rationaliser les processus de construction, pour avoir des HLM correctes, tout en faisant des gains de productivité, pour le plus grand bénéfice des moins aisés?


     Cette liste de sujet n'est pas exhaustive. Elle est un aperçu de l'étendu, et des enjeux, des sujets pertinents de débats politiques publics. De débats sur du concret, sur des choix, des sujets concrets. Avec des propositions concrètes.


     Le problème du social ne peut se limiter à un débat sur le capitalisme. Nous sommes dans un pays dans lequel la dépense publique représente plus de la moitié du PIB, c'est-à-dire de la richesse produite chaque année. Ce sont pour l'essentiel des dépenses sociales: éducation, santé, logement, emploi, allocations familiale, minimum vieillesse, RMI, etc.


     Aujourd'hui, on parle beaucoup de réguler le système financier, de contrôler les banques. Est-ce que le social ne mériterait pas autant d'attention? Pour le système financier, on débat sur du concret: quelles règles appliquer, quelle doit-être le rôle du FMI, du G20, comment mieux réguler les agences de notation.


     Même si certains déplorent le manque d'action, ou que le débat n'aille pas assez loin, que peut-on dire en comparaison du débat sur le social, la solidarité? il n'y a rien de concret. Pourtant, l'organisation du système éducatif n'est-elle pas au moins aussi importante que celle des banques?


     Bien sûr, on parle des thèmes de l'éducation, de la santé, des HLM. Mais, le plus souvent, l'Etat, effrayé par la fuite en avant des dépenses, essaie de lancer un plan de rationalisation, aussitôt contesté par l'opposition ou divers contestataires, comme ayant une logique purement comptable.


     On parle de ces thèmes, mais de façon très superficielle. Ce problème de répartition des ressources dans l'éducation, entre le primaire et le secondaire, atteint rarement les médias grand public. De même, on n'entend plus de débat sur les ZEP. Quand aux comparaisons internationales, on parle du très médiatique classement de Shanghaï, pour les universités, mais peu du rapport Pisa de l'OCDE, beaucoup plus complet, sur l'éducation du primaire au supérieur.


     Dans la santé, il n'y a aucun débat quant au paiement à l'acte, sauf parfois un mutualiste qui se risque à évoquer une autre forme de paiement des médecins. Pour les banlieues difficiles, pour l'aide aux jeunes, tout le monde préfère s'en remettre aux associations (je ne critique pas les associations, je pose simplement la question de savoir si l'Etat ne devrait pas s'impliquer directement).


     Enfin, on remarquera que les propositions concrètes sont toujours absentes des débats électoraux.


     Que signifie cette absence de débat? Absence d'idée? Désintérêt des questions concrètes? Choix de la facilité, de se contenter de dénoncer le marché, bouc émissaire idéal?


     Dans une démocratie, le débat est une nécessité, pour permettre aux gens, au peuple électeur, de se faire une idée, de juger. Il est aussi nécessaire d'ailleurs pour faire accepter une réforme. Si les gens votent dans un sens, une réforme a plus de légitimité.


     Le débat est aussi utile pour progresser. C'est en discutant, en avançant des idées, et en acceptant la critique, critique argumentée, que l'on progresse dans sa réflexion, dans l'élaboration d'un projet.


     C'est, évidemment, plus compliqué que de dénoncer. C'est aussi, plus dangereux politiquement.

 
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La surtaxation des hauts salaires

16 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

     Dans un billet publié par le Figaro, Edouard Balladur propose de réfléchir à une surtaxation des hauts salaires des dirigeants d'entreprise. Voilà une proposition bien injuste, du point de vue de la justice sociale et de la solidarité, que tout le monde prétend défendre.


     Pourquoi est-ce injuste de surtaxer les hauts salaires? Tout simplement parce que les hauts salaires ne sont pas les plus hauts revenus.


     Les plus hauts revenus sont les revenus financiers: dividendes, plus values, etc. Comme je le montre dans l'article Faut-il augmenter les impôts des riches? , ces revenus peuvent, facilement être moins taxés que les salaires. Ils peuvent, par exemple, n'être taxés fiscalement qu'à 16%. Sans compter les multiples crédits d'impôt et autres abattements.


     Pour augmenter le taux d'imposition de ces revenus financiers, on y inclut les prélèvements sociaux, et on indique un taux à 27%. Mais on oublie de parler des prélèvements sociaux sur les salaires. Il suffit de regarder ce que doit débourser l'entreprise et ce que touche le salarié pour se faire une idée.


     Par conséquent, proposer un débat sur la surtaxation des hauts salaires, et le présenter comme une mesure d'équité, pour calmer la population choquée par les hauts salaires, est plutôt curieux.


     De même, Edouard Balladur propose de suspendre l'attribution de stock option.s Voilà encore une idée bien populiste, mais  pénalisante pour notre économie.


     J'explique le fonctionnement des stock options dans l'article Stock-options: qu'est-ce que c'est, comment ça marche? . Pour résumer, les stock options permettent, au salarié qui en reçoit, d'acheter des actions de son entreprise à un prix convenu à l'avance. Par exemple, un salarié reçoit aujourd'hui des stock options, qui lui permettent d'acheter dans trois ans des actions de son entreprise au prix de 20 euros. Il "lèvera" les options au terme des trois ans, si le cours de la bourse est plus élevé, 30 euros par exemple, à ce moment là.


     Comme le rappelle un lecteur de ce blog, les stock options ont été conçues pour permettre aux jeunes entreprises en croissance d'attirer du personnel compétent et expérimenté. Ces jeunes entreprises n'ont en effet pas les moyens d'offrir les salaires des grosses entreprises.


     En suspendant les stock options, on défavorise les entreprises en croissance, indispensables pour la création d'emploi.


     Il faudrait plutôt débattre des défauts du système:


1- se demander à quel prix les stock options peuvent être accordées. En effet, certaines stocks options offrent une plus value garantie. Par exemple, elles permettent à un salarié d'acheter, dans trois ans, des actions de l'entreprise au prix de 20 euros, alors que ces actions valent déjà 40 euros, au moment de l'attribution des options.


2- débattre des prélèvements auxquels doivent être soumis les plus values issues de l'exercice des options. Faut-il ou non les aligner sur les prélèvements salariaux?


     Edouard Balladur essaie de montrer qu'il pense à la majorité de la population, scandalisée par certaines rémunérations. Mais ce qu'il propose n'est  pas vraiment judicieux.

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Les normes comptables et la crise financière: l'effet pro-cyclique

14 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

    Les normes comptables ont été accusées d'aggraver la situation des banques, et donc la crise financière. Cet article explique par quel mécanisme, ce qu'on appelle l'effet pro-cyclique.


    C'est aussi le deuxième article d'une série qui montre comment la théorie de l'économie de marché explique la crise. Et quelles sont les pistes de réflexion que la théorie peut permettre de trouver, pour éviter une nouvelle crise du même genre (Cf l'article introductif: Le G20 et la politique économique face à la crise ).


    Comme pour le précédent article, Les agences de notation et la crise financière , le problème est l'information. J'ai indiqué dans ce précédent article que l'information est importante pour le bon fonctionnement de l'économie de marché. Or, qu'est-ce que la comptabilité? Ce sont des informations sur la santé d'une entreprise.


    La comptabilité doit permettre à un investisseur, un client, un salarié, si une entreprise est en bonne santé. Si une entreprise va avoir besoin de nouveaux capitaux. Si l'entreprise fait des pertes. Si elle a les moyens de se développer. Si elle est rentable. Si elle est en croissance ou en régression.


    On peut croire qu'il est simple de savoir si une entreprise gagne de l'argent ou en perd. La réalité est plus complexe.


     Prenons, par exemple, la cas d'une banque. Cette banque achète des actions en bourse. elle achète différente sorte de titres financiers. Ces titres financiers, il faut les comptabiliser dans les comptes de la banques. Ils sont comptabilisés au prix d'achat. La banque possède par exemple 10 milliards d'euros de titres financiers. C'est la valeurs qui est inscrites dans les livres de comptes de la banque, dans ce qu'on appelle son bilan.


     Si la valeur en bourse de ces titres financiers baisse, que faut-il faire? On peut se dire qu'il n'y a rien à faire. La banque ne vend pas ses titres. Quand elle les vendra, la valeur en bourse peut être remontée.


     On peut dire qu'il faut prévoir une perte quand la banque vendra ses titres. Et qu'il faut s'y préparer. Par exemple, la valeur des titres financiers est tombée de 10 milliards à 5 milliards. Mais on estime que quand la banque les vendra, la valeur sera remontée à 8 milliards. dons, que la banque doit prévoir une perte de 2 milliards. On pêut donc dire que la banque doit mettre en réserve 2 milliards. Ce sont des provisions.


     Le mécanisme des provisions est le suivant; Quand la banque enregistre des provisions, de 2 milliards par exemple, c'est comme si elle enregistrait une perte de deux milliards. Elle diminue son bénéfice de ce montant. Cela permet à une banque qui fait des bénéfices de mettre de l'argent en réserve. Le bénéfice est moins élevé à cause de la provision.


     Par contre, quand la banque vendra ses titres financiers, elles fera une perte de 2 milliards, puisque ces titres seront vendus 8 milliards au lieu de 10 milliards. Mais la banque fera ce qu'on appelle une reprise sur provision. C'est à dire qu'elle ira chercher les 2 milliards qu'elle a mis en réserve, et qu'elle s'en servira pour effacer la perte du même montant . D'un côté, son bénéfice baisse de deux milliards, à cause de la moins-value. De l'autre, il augmente de deux milliards, grâce à la reprise sur provision. Le bénéfice ne bouge donc pas.


      On peut aussi estimer que la banque doit suivre le cours de la bourse. Donc, si les titres passent de 10 milliards à 5 milliards, la banque doit les déprécier de 5 milliards. C'est comme si elle les avait vendus 5 milliards. Elle doit enregistrer une moins value de 5 milliards.


     On remarque donc que nous avons trois possibilités différentes en matière de comptabilité. Trois méthodes, qui ont des impacts très différents sur les comptes de l'entreprise.


      Soit, on ne fait rien quand le prix des titres financiers baisse. Il n'y a aucune perte pour la banque.


     Soit, on comptabilise une provision. La perte dépend d'une appréciation sur l'avenir.


     Soit, on suit le marché. La perte peut être très importante. Même si les titres n'ont pas été vendus. Et même si la banque n'a pas du tout l'intention de les vendre à court terme.


      Cette perte entraîne des conséquences. La banque a un déficit. Elle peut avoir besoin de se recapitaliser. le marché s'inquiète sur sa santé. elle peut avoir des difficultés à emprunter de l'argent pour son fonctionnement normal, car le marché financier s'inquiète de sa santé (rappelons que les banques sont régulièrement obligées d'emprunter, dans le cadre normal de leur activité; cf Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) ). La banque peut même faire faillite, ou avoir besoin du soutien de l'Etat.


     C'est ce qu'on appelle l'effet pro-cyclique. Une baisse du marché financier entraîne, du fait des normes comptables, des difficultés pour les banques. Les normes comptables accentuent les problèmes des banques, qui sont déjà en difficultés du fait de la chute des marchés financiers.


     C'est en effet la troisième méthode de comptabilisation qui a été retenue comme standard international en comptabilité. La valeur de marché, la fair value.


      Le G20 a proposé des assouplissements à cette méthode, des aménagements, en particulier pour la comptabilisation des titres "illiquides". Ces derniers sont des titres temporairement invendables, car personne n'en veut. Il n'y a donc pas de valeur de marché. Ce sont les titres subprime notamment. Comment les comptabiliser s'il n'y a pas de valeur de marché? Mais il n'est pas envisagé d'abandonner la valeur de marché. Le marché est considéré comme le meilleur juge pour la comptabilisation des valeurs financières.


      On remarque que c'est un choix. Il n'y a pas de vérité absolue. Je reviens à ce que j'écrivais dans l'article sur les agences de notation: le marché a besoin d'une information suffisamment juste et fiable. C'est ce que dit la théorie. dans le cas des banques, il doit pouvoir se faire une opinion sur leur santé. Pour cela, l'information chiffrée n'est pas forcément la bonne.


      Encore une fois, il y a une volonté de tout synthétiser en quelques chiffres. Mais les chiffres ne mesurent que ce qu'on leur demande de mesurer. Dans le cas de la comptabilisation des valeurs financières possédées par une banque, l'important n'est pas forcément la méthode retenue. C'est l'explication.


      Par exemple, une banque possède des titres illiquides. Elle peut être en difficulté si elle a un fort besoin de liquidités. C'est à dire, si elle a besoin de trouver de l'argent immédiatement, dans le cadre de son activité, pour honorer certains engagements (rembourser un emprunt par exemple). Si elle ne rembourse pas cet emprunt, elle fait faillite. Dans ce cas, le fait que les titres soient invendables est un grave problème, car la banque ne peut pas en tirer les liquidités dont elle a besoin.


     Par contre, si une banque n'a pas d'échéance à honorer, ne pas pouvoir vendre les titres illiquides n'est pas un problème.


     L'information importante, c'est donc dans quelle mesure la perte de valeur des titres financiers est préjudiciable pour la banque.


     Ainsi, les normes comptables sont un enjeu cruciale pour l'économie. Elles déterminent l'information qui est délivrée aux marchés. Cette information oriente l'avenir des entreprises.


NB: L'évaluation des actifs a aussi une importance dans une entreprise industrielle. Par exemple, quand un nouveau président arrive à la tête d'une grande entreprise, celle-ci affiche souvent dans la foulées de grosses pertes. Ces pertes n'inquiètent personne, car il s'agit de dépréciations, de la valeur d'une filiale rachetée par l'ancien président par exemple. Mais cela n'a aucune incidence sur le fonctionnement de l'entreprise. En effet, ces pertes ne signifient aucunement une sortie d'argent, et l'entreprise a généralement dans ces cas là suffisamment de liquidités pour fonctionner. De plus, elle peut emprunter sans difficultés, car les marchés savent que les pertes soldent le passé, et n'ont pas d'incidence sur l'avenir.

 

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La réforme de la taxe professionnelle

14 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

    La réforme de la taxe professionnelle fait couler beaucoup d'encre depuis plusieurs années. Elle semble très difficile. Quelques explications sur cette taxe s'imposent, pour le profane.


     La taxe professionnelle, c'est deux taxes en une. Elle est en effet basée sur deux éléments. Le premier élément, ce sont les locaux occupés par l'entreprise: immeubles, terrains. Pas les locaux possédés. Les locaux occupés. Comme pour la taxe d'habitation pour les particuliers. Les propriétaires, professionnels comme particuliers, payant en plus la taxe foncière.


     Le deuxième élément, ce sont les immobilisations utilisées par l'entreprise: les machines, les meubles, les ordinateurs. La valeur de ces éléments sert de base également à la taxe professionnelle.

    

     On calcule la valeur des immobilisations et des locaux occupées, on applique un pourcentage, différents selon les communes, et on obtient la TP à payer.


     Il y a plusieurs années, les salaires étaient également un éléments de la TP. Historiquement, la TP se voulait une simplification des taxes locaqles qui pouvaient exister sur les entreprises.


     Le montant de la TP va aux collectivités locales, comme la taxe d'habitation. C'est un impôt local.


     Le reproche qui est fait à la TP est de pénaliser l'investissement. En effet, plus les entreprises utilisent de machines, de matériels, plus elles paient de TP.


    Le problème de la réforme, c'est comment remplacer la TP. Il ne s'agit pas seulement de compenser les sommes qui seraient perdues par les collectivités locales en cas de suppression de la TP. Ces collectivités veulent un impôts qu'elles puissent maîtriser, dont elles puissent décider elles mêmes du montant perçu, et non d'une dotation supplémentaire de l'état. Elles souhaitent conserver une autonomie fiscale.


    Actuellement, il est prévu de supprimer une partie de la base de la TP: les immobilisations. Mais la partie assise sur les locaux serait, pour le moment, conservée.

 

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Le début de la fin de la crise?

13 Avril 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

 

    La banque Goldman Sachs a collecté 5,5 milliards de dollars dans un nouveau fonds, selon une dépêche du Figaro.fr. Ce nouveau fonds doit servir à racheter à d'autres fonds, détenus par des banques en difficultés, des parts dans des sociétés non cotées en bourse. La dépêche du Figaro.fr indique que JP Morgan Chase chercherait également à lever des capitaux pour un tel fonds.


    Il y a donc des investisseurs privés prêts à faire des affaires. Le système n'est pas paralysé. Cela signifie que certains pensent que le point bas de la crise est atteint ou proche. Il faut donc commencer à profiter des affaires.


    Ce qui aura pour conséquence de donner de l'argent frais aux banques en difficultés. Elles devront afficher des pertes, car elles vont vendre des actifs moins chers que le prix auquel elles les ont achetés. Mais les investisseurs vont apprécier l'arrivée de liquidités.


    Le retour d'investisseurs privés va rassurer les marchés. Ils vont anticiper une augmentation des cours. Cela facilitera les levées de fonds d'entreprises qui en ont besoin.


    On ne peut pas encore dire si ce scénario se réalisera. Disons que la probabilité  semble avoir augmenté. du moins, tout le monde l'espère.


    Ce mouvement de levée de fonds appelle en tout cas deux commentaires. Le premier concerne le temps. La crise a mis du temps à s'installer. Elle mettra du temps à se résorber. Il y a d'abord un mouvement de baisse, de récession. Puis, un point bas. La question est de savoir si ce point bas est atteint aujourd'hui. Certains commencent à la croire. Si suffisamment d'investisseurs le croient, c'est qu'il sera atteint. Car ce sont eux, par leur opinion, qui déterminent ce point bas.


    Ensuite, ce mouvement montre la dynamique de l'économie de marché. Celle-ci évolue, se transforme. Elle n'est pas figée. En dehors de toute intervention publique, des mouvements se réalisent, qui préparent la sortie de crise. Ce qui ne veut pas dire que je considère l'action publique comme inutile. Pas de conclusion hâtive. Je montre seulement que l'économie de marché à sa dynamique de sortie de crise. Savoir si on peut sortir de la crise sans intervention publique est un autre débat.


D'autre part, je ne dis pas que ce mouvement de sortie de crise est enclenché. Je prends beaucoup de précaution car mon but n'est pas de faire des prévisions. Seulement de décrire les mouvements de l'économie pour sortir de la crise.  


    La crise laissera des perdants, des gagnants, et fera apparaître de nouveaux acteurs. Goldman Sachs veut faire partie des gagnants.

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