Analyse Libérale

Crise financière: qui est responsable?

21 Février 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

Préambule

Les explications sur le mécanisme de la crise des subprimes sont reprise du précédent article Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés , tandis que celui intitulé Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire)  pourra être lu pour mieux comprendre le fonctionnement des banques et leurs besoins de refinancement, ainsi que leur rôle dans l'économie.


     Aujourd'hui, en raison de la crise, les banquiers, les traders, les hedge funds, l'innovation financière sont en accusation. La réglementation est en accusation également. Les financiers et la réglementation sont accusés d'être responsables de cette crise, considérée comme la plus grave depuis celle de 1929. Il faut des responsables. Je me propose ici de jouer à ce petit jeu: trouver les responsables de la crise.


     Tout d'abord, rappelons le mécanisme de la crise financière. Elle a été provoquée par la chute du marché immobilier aux Etats-Unis. Les prix de l'immobilier ont augmenté considérablement aux Etats-Unis. Les prix étaient tirés à la hausse par la forte demande.

     Toute une catégorie de la population peu aisée a pu accéder à la propriété, participant à cette forte demande. Cette population bénéficiaient des prêts dits subprimes. Ces prêts proposent, par exemple, des remboursements très faibles les deux premières années, puis qui augmentent considérablement.


     Pourquoi les banques prêtaient-elles à une population a priori risquées sur le plan de la solvabilité? parce que le prêt était garanti par la maison achetée ou construite. Comme les prix de l'immobilier augmentaient, ces prêts paraissaient sans risque. En effet, si les emprunteurs ne pouvaient pas payer, les traites, les banques se remboursaient en vendant la maison. Les emprunteurs pouvaient eux-mêmes vendre la maison.


     Pour se financer, les banques revendent, en quelque sorte, les prêts sur le marché financier. C'est le principe de la titrisation. Les prêts sont découpés en titres, qui sont vendus comme on vend des actions ou des obligations (les articles cités en préambule expliquent plus en détail ce mécanisme). Ces titres étaient achetés par différents acteurs financiers, dont des fonds de placements, et d'autres banques.


     On était donc dans un système ou les facilités de crédits nourrissaient la demande de l'immobilier, et partant l'augmentation des prix.


     Mais, selon l'adage, les prix ne montent pas jusqu'au ciel. Les prix de l'immobilier avaient considérablement augmenté, ils ont considérablement chuté. La machinerie des prêts s'est enrayée. Une part importante des nouveaux accédants à la propriété, peu solvable, ne peuvent plus rembourser les prêts subprimes.

     Les banques ne peuvent pas récupérer leurs prêts en vendant les maisons, car la valeur de celles-ci a chuté, et et devenue inférieure au montant du prêt. Ce qui crée des pertes pour ces banques. Les titres vendus sur les marchés financiers voient leur valeur baisser. Ce qui crée des pertes pour les établissements financiers qui les ont achetés. Ce qui a créé la crise des subprimes, et un blocage des marchés financiers (cf les articles cités en préambule).


     D'autre part, aux Etats-Unis, l'augmentation de l'immobilier permettait aux gens d'obtenir de nouveaux prêt. Par exemple, quelqu'un a acheté une maison 150 000 $. Il a contracté un prêt hypothécaire pour ce montant. Deux ans plus tard, la valeur de sa maison a doublé ( ce qui est à peine exagéré). Il peut à nouveau emprunter, en augmentant l'hypothèque sur sa maison. Ce qui nourrissait la demande, et la croissance américaine.

     De plus, même en dehors de ce genre de prêt hypothécaire, le crédit était accordé assez facilement aux Etats-Unis. Et les taux d'intérêt bas. Les ménages ont fini par atteindre leur limite de remboursement. Ce qui provoque une augmentation du risque d'impayé pour les banques, donc des provisions supplémentaires, donc des petres supplémentaires.


     Les difficultés des banques, les problèmes de remboursement des américain, tout cela entraîne un resserrement des conditions de crédits aux Etats-Unis, donc une baisse de la consommation aux Etats-Unis.


      Les problèmes des banques, les inquiétudes concernant l'économie ont entraîné la chute des bourses. Et donc d'autres pertes pour les établissements financiers. Sans compter que les sociétés ont elles aussi profité du crédit. Les taux d'intérêts étaient bas. Les sociétés ont donc emprunté pour racheter leurs actions. Ce qui était une mesure d'optimisation de leur structure financière. Aujourd'hui, elles peuvent avoir des difficultés à se financer.


     Au cœur de la crise, on a donc toujours le crédit. Une hausse du crédit qui fait augmenter les prix de l'immobilier, ainsi que la consommation. Le crédit n'est pas en soi un problème. Il est nécessaire à l'économie. Mais, trop de crédit, cela s'appelle de l'inflation. En effet, le crédit, c'est de la création de monnaie (cf l'article Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) .

     Quand il y a trop de création monétaire, on parle d'inflation. C'est cette création monétaire excessive qui fait augmenter les prix. Il y a plus d'argent disponible. Les gens ont plus d'argent à leur disposition. Donc les prix augmentent. C'est ce qui s'est passé dans l'immobilier.

     Dans la finance, aussi, avec ce qu'on appelle l'effet de levier. Le levier, c'est le crédit. Des fonds rachètent des entreprises en empruntant de l'argent, à crédit donc. Ils la revendent trois à cinq ans plus tard, à un pris plus élevé, à un autre fonds qui la rachète lui aussi grâce au crédit. Et ainsi de suite. Le prix de l'entreprise, actif financier, augmente à cause d u crédit. c'est de l'inflation.


     Dans cette explication, on peut objecter que les prix à la consommation n'ont pas augmenté. Que cette inflation de crédit n'a pas provoqué une inflation des prix, et que ce n'est pas une inflation au sens économique du terme, c'est à dire une augmentation trop importante de la masse monétaire, qui provoque une augmentation des prix, et, en fait, une diminution de la valeur de la monnaie. En gros, ce ne sont pas les prix qui augmentent, c'est la valeur de la monnaie qui diminue.


     Pourtant, cette inflation s'est peut-être produite, en fait. D'abord, en Chine. Ce pays connaissait une inflation, ce qui paraissait normal dans un pays en forte croissance. Maintenant que les débouchés fournis par le marché américain aux produits chinois se sont réduits, l'inflation a considérablement diminué en Chine. La croissance mondiale provoquée par la croissance américaine a aussi causé une hausse des matières premières, dont le pétrole. Cette hausse qui a ensuite provoqué une inflation des prix à la consommation aux Etats-Unis, et en Europe.


     Je reconnais que cette idée d'une inflation mondiale causée par l'expansion du crédit aux USA est une idée personnelle. Les conséquences d'une telle expansion monétaire dans une économie mondialisée sont à étudier. Cependant, que l'on adhère ou non à cette dernière hypothèse, la cause de la crise reste la même: une expansion inconsidérée du crédit.


     Qui est responsable de cette expansion inconsidérée? Peut-on accuser la sophistication financière? Pas vraiment. Certes, des titres particuliers ont été mis sur le marché. Ces titres qui sont dits aujourd'hui toxiques. Les banques ont en quelque sorte mélangé les prêts "normaux" et les prêts "subprimes", plus risqués. Et elles ont vendu sur le marché financier des titres qui représentent à la fois les prêts "subprimes" et des prêts "normaux".

     La partie subprime de ces titres financiers étaient "garanties" par un montage, sur un autre marché financier. Cela permettait de revendre plus facilement ces titres sur les marchés financiers. Ces titres étaient vendus comme des titres de prêts normaux, ils n'étaient pas considérés comme plus risqués.

     Aujourd'hui, ils sont dits toxiques, car il est difficile d'évaluer quelle part de mauvais prêts ils représentent. Comme on ne peut pas leur donner un prix, les banques qui en ont acheté ne peuvent pas les revendre. (Cf l'article Crise financière et régulation des marchés.)


     Cependant, ceux qui achetaient des titres de ce genre, savaient qu'ils achetaient des parts de prêts immobilier. Des prêts accordés pour des maison dont le prix avait considérablement augmenté déjà. Le niveau des prix était si élevé que le moment du retournement du marché était de plus en plus probable. Ce qui signifiait que même des prêts dits "normaux" étaient de plus en plus risqués, puisqu'ils étaient gagés sur la valeur de l'immobilier.

     De même que ceux qui investissaient dans les produits financiers sophistiqués qui garantissaient les prêts subprimes. D'ailleurs, l'Espagne est victime d'une crise immobilière également, sans produits subprimes. Là aussi on a accordé des prêts à gogo, les taux d'intérêts étant bas, comparé à l'augmentation des prix.


     Est-ce que les banquiers sont responsables, d'avoir accordé des prêts inconsidérément? On peut leur reprocher d'avoir manqué de bon sens, de réflexion. Il est vrai qu'ils ont ouvert de manière démesurée les vannes du crédit, en prenant pour garantie, quand ils en prenaient, la croissance des prix de l'immobilier. Ou simplement en faisant confiance à la croissance de l'économie. Alors même que les prix de l'immobilier finissent toujours par baisser, et la croissance elle même est fluctuante.


     Les investisseurs sur les marché financiers peuvent aussi être considérés comme fautifs, pour avoir investi inconsidérément dans des produits financiers adossés au marché immobilier américain, ou parfois sans trop savoir dans quoi ils investissaient, sur les simples recommandations de leurs conseillers.


     Enfin, les agences de notations peuvent également être montrées du doigt. En effet, elles attribuent une note aux produits qui sont proposés sur les marchés financiers. Les produits adossés à l'immobilier américain bénéficiaient d'une bonne note, qui signifiait qu'ils étaient des placement dans risque. Même les produits contenant des subprimes, du fait du montage financier qui garantissait la partie subprime.

     Sans ces bonnes notations, les banques n'auraient pas pu placer ces produits financiers aussi facilement sur les marché financiers, et les investisseurs ne les auraient pas achetés. Il faut aussi indiquer que les agences de notation participaient à l'élaboration des produits financiers qu"elles notaient, ce qui est un peu être juge et partie.


      On se dit après coup que tout ce petit monde de la finance aurait bien besoin d'être surveillé. Pourtant, il était surveillé. Il y a différents organismes aux Etats-Unis qui surveillent les marchés et les banques. Surtout, ce processus d'augmentation des prix de l'immobilier alimentée par le crédit se faisait au vu et au su de tous. Ce n'était pas un processus caché.

     De même, le fait que l'augmentation des prix de l'immobilier nourrissait le crédit à la consommation était aussi un phénomène parfaitement visible et reconnu, qui n'a pas été découvert après la crise. On parlait de l'effet richesse: l'augmentation de la valeur du patrimoine immobilier des ménages leur donnait du pouvoir d'achat.


     L'augmentation des prix de l'immobilier à cause du crédit, en économie, cela porte un nom: l'inflation. Même si cette inflation n'est pas prise en compte dans l'indice des prix censé la mesurer.

     De même, une économie qui est en croissance grâce une consommation des ménages alimentée par le crédit, ce n'est pas de bon augure. Normalement, cela provoque l'augmentation des prix. Cela ne s'est pas produit car beaucoup de biens étaient importés, et aussi parce que certains produits provenaient de secteur où les capacités de production étaient trop importantes. Je pense là à l'industrie automobile américaine, qui vendaient ses produits grâce aux promotions et au crédit facile.

     Ce phénomène de croissance alimentée par le crédit ou l'effet richesse aurait dû susciter des inquiétudes. En effet, qu'est-ce c'est que le crédit? C'est de la création monétaire (cf l'article sur Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) , qui explique le mécanisme de la création monétaire). Selon toutes les théories économiques, une croissance alimentée par la création monétaire crée de l'inflation. Le contexte de mondialisation évitait cette inflation. Mais, comme je l'écris plus haut, elle a fini par arriver, de manière indirecte.


     On peut ajouter à ce tableau les opérations à effet de levier. Des fonds financiers s'endettaient pour racheter une entreprise. Puis, au bout de trois à cinq, l'entreprise était revendue, avec une plus value, à un autre fonds, qui s'endettait à son tour pour ce rachat. Là aussi, c'était de l'inflation.


     Or, l'inflation, la création monétaire, sont surveillés par les banques centrales, c'est à dire la Réserve Fédérale aux Etats-Unis, présidée à l'époque par le célèbre Alan Greenspan. A aucun moment la Réserve Fédérale n'a considérée comme inquiétant cette inflation et cette croissance à crédit.

     Pourtant, la question à fini par lui être posée, à propos de l'augmentation faramineuse des prix de l'immobilier. Et pourtant, l'on disait depuis longtemps que l'inflation s'était réfugiée sur les marchés financiers. Alors, la Réserve Fédérale, son conseil des gouverneurs et son président de l'époque, Alan Greenspan, sont-ils responsables de la crise?


     Toutefois, pour mieux appréhender ce qui s'est passé, et dégager d'éventuelles responsabilités, il faut se replonger dans le contexte du passé. L'année 2001 a vu l'éclatement de la bulle internet, et la fin d'une période de croissance aux Etats-Unis. Ainsi que le début d'une période de guerre contre le terrorisme. Il fallait soutenir la croissance. C'est ainsi que General Motors lançait des promotions "patriotiques" pour soutenir ses ventes. Le crédit était une solution qui arrangeait tout le monde pour relancer la croissance. Et ça marchait.


     Les subprimes étaient aussi une forme d'action sociale. En effet, ils permettaient à des catégories de ménages peu aisés d'accéder à la propriété, et de se constituer un patrimoine. Un banquier d'affaires, Joseph Perella, interrogé par le journal Les Echos, en date du 29 octobre 2008, déclare que les banques étaient sous pression des autorités de régulation qui leur demandaient d'accorder des crédits aux populations les plus pauvres. Les régulateurs regardaient par exemple la part de crédit distribué aux ménages pauvres par les banques avant de leur donner l'autorisation de racheter d'autres établissements.


     Le crédit facile alimentait la croissance et en plus avait un rôle social. Il y avait un consensus sur ce sujet. On peut penser que, face à cette manière de voir les choses, l'institution qui aurait émis des inquiétudes se serait faite vilipender. Elle aurait été accusée de casser la croissance. Souvenons nous des reproches dont on accable les banques centrales dès qu'elles haussent les taux d'intérêt.

     En Europe, le même phénomène jouait. Ainsi, l'Espagne connaissait une inflation importante, et un boom immobilier permis par le crédit. La Banque Centrale Européenne le savait. Mais, globalement, dans la zone euro, l'inflation était contenue. On n'a donc pas cherché de moyens, ni la BCE, ni le gouvernement espagnol, pour ralentir la surchauffe immobilière. Parce que quiconque l'aurait fait aurait été accusé de casser la croissance.


     Ajoutons qu'à l'époque, on pensait avoir trouvé un moyen simple de réguler l'économie: en agissant sur les taux d'intérêt. Ceux-ci étaient déjà relativement bas (5%, ce n'est pas très élevé, ils sont montés bien plus haut à l'époque de la lutte contre l'inflation). On était persuadé qu'il suffisait, quand l'économie ralentissait, de les baisser, pour qu'elle reparte. 

     On ne s'inquiétait donc pas d'un éventuel krach boursier, ou immobilier. On encensait cette politique menée par Alan Greenspan, et on critiquait la mission de la Banque Centrale Européenne, qui est, en théorie, de veiller exclusivement sur l'inflation, et rien d'autre. Tandis que la Réserve Fédérale a aussi pour mission, en plus de veiller sur l'inflation, de favoriser la croissance.


     Alors, où sont les responsabilités? Une vision court-termiste de l'économie. Politiquement, il est plus facile de se reposer sur un moyen simple et rapide de relancer l'économie, que d'expliquer à la population qu'il vaut mieux laisser à l'économie un peu de temps pour construire une croissance plus solide. Et on ne s'est pas préoccupé des conséquences. Une volonté de mener la politique économique comme on contrôle une machine, en appuyant sur des boutons pour l'accélérer ou la ralentir. Ce qu'on croyait faire avec les taux d'intérêt. C'est un peu jouer au marchand de rêve. Oubli des bases de l'économie, ou refus de les considérer.


     La crise résulte donc d'une politique économique voulue, et qu'une grande majorité de personnes, qui tenaient les manettes du pouvoir à l'époque, approuvaient. Et même les commentateurs dans la presse l'approuvaient. Tout juste de temps en temps s'inquiétait-on du niveau d'endettement grandissant des américains. On ne s'est pas inquiété de savoir comment finirait cette spirale du crédit, et jamais on ne s'est préoccupé de la question de l'inflation de l'immobilier ou dans la sphère de la finance.

     A chaque fois, on trouvait des excuses. Et comme la Réserve Fédérale ne s'en préoccupait pas, on pensait qu'il n'y avait pas de raisons de s'inquiéter. Aujourd'hui, tout le monde cherche des responsables. Mais hier, les mêmes encensaient généralement la politique de Greenspan.


     Trouver des responsables est donc vain. C'est faire le procès de la politique, et, au delà, du pouvoir. Car tout le problème est là. On peut espérer que certaines mesures de bon sens serons prises suite à cette crise. Comme, par exemple, mieux contrôler la solvabilité des ménages avant d'accorder un crédit. Sans tomber dans l'excès inverse, c'est à dire refuser toute prise de risque.

     Il y a les agences de notations, qu'il faut réformer. Il n'est pas normal qu'elles notent des produits qu'elles conçoivent elles-mêmes. Il faut déterminer des critères clairs de notation, en fonction de ce que la crise nous a appris.

     Il faut améliorer la transparence des bilans des banques et des compagnies d'assurances, pour contrôler les risques qu'elles prennent. Qu'un hedge fund prenne de gros risques, ce n'est pas grave pour l'économie. Qu'une grande banque de dépôts lui prête de l'argent pour prendre des risques, ou se trouve être sa contrepartie sur un marché financier quelconque, là c'est un problème.


     On peut espérer, enfin, que l'on tienne mieux compte des phénomènes inflationnistes, dans l'immobilier, dans la finance. Que l'on tienne compte de ce qu'est l'inflation: une augmentation anormale de la masse monétaire. C'est un phénomène plus difficile à prendre en compte qu'on ne le pense généralement. Ce n'est pas simplement l'augmentation des prix à la consommation, comme je l'explique dans l'article Inflation, déflation: explications et risques.  C'est un phénomène plus complexe.


     On peut noter au passage que l'origine de la crise n'est pas un manque de coopération internationale, ni de réglementation internationale. En effet, la politique menée par les Etats-Unis et la Réserve Fédérale plaisait à tout le monde, et à tous les dirigeants. Tous espéraient un effet richesse dans leurs pays. Il y avait un consensus, qui vaut toutes les coopérations. Ce qui ne signifie pas que la coopération n'est pas nécessaire. Elle est déjà très avancée, et l'approfondir peut éviter des guerre comme par le passé. Mais ce n'est pas un manque de coopération ni de règles internationales qui sont la cause de la crise.


     Toutes ces mesures ne règleront pas le problème principale: on recherche toujours la solution de facilité, et tout le monde s'engouffre pour la soutenir. C'est ce qui a produit la crise. On a choisi la facilité pour relancer l'économie, persuadé qu'on pouvait la relancer à volonté en cas de crise. Or, l'économie est quelque chose de complexe. Mais les jeux de pouvoirs et d'intérêts influent énormément la politique économique, plus que l'analyse et la réflexion.

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Partage des profits

6 Février 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

     Juste une petite réflexion rapide sur le partage des profits. L'idée se développe d'un partage égal entre les salariés, les actionnaires, et la société elle même. Cette idée est présentée comme un partage équitable. Elle pose au contraire de nombreux problèmes.


     D'abord, elle ne tient pas compte de la variété des situations. Par exemple, toutes les société ne distribuent pas un tiers de leurs profits. Les situations sont très différentes d'une société à une autre.

     Les jeunes sociétés en développement, notamment, font souvent le choix de ne pas distribuer de dividendes pour les réinvestir, les actionnaires étant gagnant par l'augmentation de la valeur de la société. Ainsi, Microsoft est restée longtemps sans distribuer de dividendes.

     Les sociétés vivent différentes phases au cours de leur existence, au cours desquelles elles ont plus ou moins à distribuer, car elles investissent plus ou moins. Un système rigide pourrait pénaliser l'investissement, et donc, l'emploi.

     Bien sûr, les projecteurs sont braqués sur quelques grosses sociétés du CAC 40, mais n'oublions pas que la majorité des salariés du privé sont employés par de petites ou moyennes entreprises, ou même de très petites entreprises, aux situations plus ou moins variées.


      Mais, surtout, cette idées de partage met en cause le fondement même du salariat. Le salarié de base n'est pas responsable de la stratégie de la société qui l'emploie. Le principe est une stabilité du revenu, que le bénéfice augmente ou baisse. Le principe, c'est que les augmentations sont acquises, et ne peuvent être révisées à la baisse qu'en cas de situation exceptionnelle. 
    
     Si l'entreprise est régulièrement bénéficiaire, le salaire peut être augmenté régulièrement. Si l'entreprise a une mauvaise année, la salaire ne bouge pas.

     Or, l'idée de partager le bénéfice en trois fait dépendre la rémunération du simple salarié de l'évolution du bénéfice de la société. Ce qui signifie que si le bénéfice baisse, la rémunération baisse. Alors même que le salarié de base n'est pas responsable de la stratégie de l'entreprise.

     Il peut, bien sûr, être rémunéré en fonction d'objectifs sur lesquels il a un pouvoir, comme la rapidité d'exécution de sa tâche. Mais pas en fonction de l'évolution du bénéfice. Sauf, bien sûr, pour les cadres qui participent à l'élaboration de la stratégie.

     En ce sens, il est au contraire normal que la rémunération d'un PDG dépende du bénéfice de la société qu'il dirige. Il ne faut donc pas s'offusquer des salaires élevés des PDG quand le bénéfice est élevé, mais se demander si leurs rémunérations ne pourraient pas baisser si l'entreprise est tout le temps en déficit.


     En conclusion, ce partage par tiers du bénéfice risque de rendre la rémunération des salariés encore plus variable, alors qu'elle a déjà tendance à l'être de plus en plus. L'argument sera: vous avez été augmentés, car vous avez touchés une part des bénéfices.
     Et, l'année suivante, la rémunération baisse, car le bénéfice baisse. Ce n'est pas le principe du salariat. Il me semble que les salariés ont plutôt besoin d'une certaine visibilité à moyen terme sur leur rémunération, plutôt qu'encore plus de variabilité.

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La convergence des crises

31 Janvier 2009 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Divers

    

     Une crise, en économie, agit comme un révélateur. La crise financière actuelle ainsi que les réactions à celle-ci me font penser que nous vivons la convergence de plusieurs crises. Dans le domaine économique, je distingue au moins trois crise: la crise financière, bien sûr, une crise de la politique économique, et une crise du débat.


     La crise financière a provoqué un blocage du crédit, qui entrave l'activité économique, à de multiples niveaux. Ainsi, les entreprises ont besoin du crédit pour financer leur production. En effet, avant de vendre leurs produits, elles doivent acheter des matières premières, payer l'énergie, les salariés, les dépenses de publicité. Une partie de cers dépenses se font à crédit.

     Si le crédit est plus rare, ou plus cher, c'est-à-dire que les taux d'intérêt sont plus élevés, une entreprise peut être contrainte de serrer les coûts au maximum, afin de faire face à ses dépenses de production, ou, dans le pire des cas, elle ne peut plus financer sa production et tombe en faillite. Le crédit sert aussi à l'investissement. Moins de crédit, c'est moins d'investissement, et donc moins de croissance.


     Certains secteurs ou pays ont profité de conditions de crédits particulièrement avantageuses, ce qui leur a permis d'accélérer leur croissance, mais ce qui explique leurs difficultés aujourd'hui.

     C'est notamment le cas des Etats-Unis. Les crédits immobiliers ont été rendus très accessibles à la population, grâce à des taux bas, les subprimes (mais qui ne sont pas seuls responsables de la crise), et de la bienveillance du gouvernement américain, qui voyait d'un bon œil l'accès d'une majorité de l& population à la propriété. La demande immobilière favorisait le secteur de la construction, et donc créait des emplois.

    Elle provoquait également une hausse des prix des logements. Les américains pouvaient ainsi augmenter les hypothèques pesant sur leur logement, pour obtenir des prêts à la consommation. Ce qui augmentait la consommation, et donc la croissance économique, pour le plus grand bonheur du gouvernement américain. cette augmentation de la consommation grâce à des emprunts garantis par l'augmentation des prix de l'immobilier avait même un nom: l'effet richesse. Et on regrettait en France que cet effet richesse ne soit pas aussi développé.


     Quand la crise du crédit est arrivée, le château de cartes s'est effondré. Ou plutôt, il est en train de se désagréger peu à peu. Le secteur de la construction connaît un marasme, la consommation ralentit. Ce qui s'ajoute bien sûr aux difficultés causées aux entreprises par la crise du crédit et décrites plus haut.


     Cette crise prendra du temps à se résorber car il faut, en quelque sorte, que l'économie se déconstruise et se reconstruise. Par exemple, on ne peut pas dans ce cas lancer un plan de soutien à la construction, cela ne ferait que recréer une bulle, qui finirait de la même manière. Les gens ont vécu un temps au-dessus de leurs moyens, on ne peut pas les encourager à emprunter à nouveau.

     Il faut que la croissance se place sur des rails plus sains. C'est la difficulté de la crise actuelle. D'abord recréer des conditions d'un bon fonctionnement du marché du crédit, c'est à dire sans retomber dans une bulle. Ensuite, et en même temps d'ailleurs, reconstruire progressivement l'économie.


     Les banques centrales et les gouvernements ont pris différentes mesures pour lutter contre la crise du crédit. Pour faire face à la crise économique engendrée par la crise financière, les gouvernements ont décidé de mener des politiques de relance. Ce qui paraît paradoxale, puisque ces mêmes politiques ont été abandonnées dans les années 1970 et 1980, en raison des échecs de plusieurs politiques de relance successive face à la crise économique de ces années.

     L'on dit en France que les relances ont échoué à l'époque car elles n'ont pas été coordonnées au niveau international, entre les différents pays. Ce qui est faux. cette explication est avancée pour expliquer l'échec du plan de relance français des années 1980. Effectivement, ce plan a été mené alors que d'autres pays essayaient d'autres politiques. Mais d'autres plan de relance avaient été menés, en France précédemment, et en Angleterre notamment.

     Cette politique a été abandonnée car elle provoquait soit, la stagflation, c'est-à-dire que l'économie stagnait et que l'inflation augmentait; soit, des politiques de stop and go, c'est-à-dire que l'économie repartait avec l'augmentation de la dépense publique, puis ralentissait quand cette dépense diminuait. Il n'y avait pas d'effet de relance. C'est pourquoi la reprise de ce genre de politique aujourd'hui traduit selon moi une crise de la politique économique.


     Pour expliciter mon propos, un retour en arrière s'impose. Après la seconde guerre mondiale, le monde occidentale a connu une période de croissance, jusqu'au premier choc pétrolier. Cette croissance a été attribuée à des politiques keynésiennes de dépenses publiques. Quand le choc pétrolier s'est produit, plusieurs politiques de relance ont été conduites, notamment en France. Elles ont donc échoué.

     Ensuite, pendant quelque temps, la priorité a été la lutte contre l'inflation, qui menaçait de dégénérer en hyper inflation, ce qui était une menace grave pour l'économie. Puis, les politiques pour sortir de la crise ont été plutôt variée. On met l'accent sur la libéralisation de l'économie, et on parle souvent de dérégulation. Ce qui est faux. Certains secteurs ont été ouvert à la concurrence, ce qu'on a appelé la dérégulation, certains monopoles abolis.

     Mais, globalement, comme je le montre dans l'article
Réflexions sur la relance, l'interventionnisme et le retour de l'Etat dans l'économie.  on ne peut pas parler de recul de l'Etat, ni donc d'ultralibéralisme. Même aux Etats-Unis d'ailleurs. L'économie a fini par repartir. Cette reprise a été attribuée au développement du commerce mondial, et à l'innovation, la création et le développement de nouvelles entreprises. Ce qu'on pourrait appeler le phénomène de la Silicon Valley.


     Un nouveau type de régulation de l'économie a également été mis en place, une fois que l'inflation a été vaincue: la régulation par les taux d'intérêt. Schématiquement, dès qu'une menace semblait peser sur l'économie, on baissait les taux d'intérêt. C'est la politique qui a été mené par la Banque centrale américaine.

     Cette politique était encensée, et on reprochait à la banque centrale européenne de ne pas faire de même. Alors même que je soupçonne cette dernière d'avoir néanmoins maintenu les taux plus bas qu'elle l'aurait du, car elle a quand même tenu compte de cet argument, le soutien à la croissance, sans le dire. en effet, les taux de ma BCE ont toujours été assez bas.

     Des bulles se sont formées, notamment sur le marché immobilier. Mais rien n'était fait contre ces bulles, car, comme je l'explique plus haut, elles soutenaient la croissance par ce qu'on appelait l'effet richesse. Cet effet richesse explique en partie la croissance de ces dernières années. D'autre part, on était persuadé qu'il suffisait de baisser les taux pour relancer l'économie, quand les bulles éclateraient.


     Les bulles éclatent les unes après les autres et la régulation par les taux d'intérêt n'y peut rien. Alors, on ressort le concept du plan de relance. Pourquoi, puisque les plans de relance ont précédemment échoué?

     Peut-être tout simplement parce qu'on ne sait pas trop quoi faire, et que les populations réclament des solutions simples. La régulation par les taux d'intérêt était une solution simple. Elle a échoué.

     On remarque aussi beaucoup d'appel à une gouvernance internationale de l'économie. Pourtant, cette gouvernance fonctionne assez bien. En effet, les banques centrales coopèrent assez bien entre elle. Il y a des contact institutionnalisés entre les pays, G7, G20, qui pour l'instant ont bien fonctionné. Il y a même un organisme qui régule le commerce international, l'OMC.

     Mais ce n'est pas ce genre de gouvernance qui est souhaitée par les populations. Il y a le souhait d'un genre de super organisme international qui contrôle l'économie, en actionnant les leviers qui garantissent la croissance mondiale. Il y a le souhait de pouvoir contrôler l'économie comme on contrôle un véhicule, en accélérant quand c'est nécessairre, en ralentissant, en conduisant le véhicule dans la bonne direction.


     Or, la politique économique qui donne le plus cette illusion, puisque la régulation par les taux d'intérêt a échoué, c'est la relance dite keynésienne. En effet, qu'avons nous dans le paysage de la théorie économique aujourd'hui?

     Les contempteurs de l'économie de marché, qui n'ont pas vraiment de projet convaincant à proposer. De grands patrons, qui se disent libéraux, qui défendent le libre échange quand ça les arrangent et se réfugient dans les jupes de l'Etat au moindre problème.

     De brillants économistes qui vont vous construire de beaux modèles mathématiques, avec des hypothèses qui ne sont jamais complètement vérifiées dans la réalité. Des gens qui vont vous expliquer doctement que ces hypothèses ne sont pas vérifiées.

     En fait, il n'y a rien de vraiment prtique et applicable. Ou, si ces recherches existent, elle ne sont pas mises en valeur, par les prix nobels et les universités. Les gens réclament des politiques applicables. Pas de beaux modèles mathématiques, ni de la simple contestation.

     En ce sens, la théorie économique s'est détournée de sa mission, en voulant devenir une science mathématique. Elle devrait revenir à ce qu'elle était à l'origine: l'économie: l'économie politique. C'est encore le keynésianisme qui offre une boîte à outils, contestable, mais applicable et explicable.


     C'est peut-être une conséquence des dérives de la théorie économique, mais il y a aussi une crise du débat. En effet, on nous assène qu'une politique de relance doit être menée. Et, finalement, très peu de média s'interrogent sur l'utilité d'une telle politique.

     Déjà, il faut distinguer ce qu'on appelle politique de relance. Stricto sensu, c'est un plan de relance par la dépense publique. Or, il arrive qu'on qualifie les actions de Ben Bernanke, le présdent de la banque centrale américaine, de politique de relance, alors que ce sont des politiques monétaires de soutien aux établissements financiers.

     Il n'y a pas non plus d'enquêtes historiques sur les politiques de relance depuis le New deal de 1933, et la parution de la Théorie Générale de Keynes en 1936. Tous les médias devraient faire de grands dossiers sur le sujets, pour que les gens puissent se faire une opinion.

     Or, ce n'est pas le cas. Trouver l'information est difficile. J'en ai fait l'expérience en faisant des recherches pour mon articles
Réflexions sur la relance, l'interventionnisme et le retour de l'Etat dans l'économie. 
Et encore, je ne partais pas de zéro, puisque j'avais eu l'occasion de lire des documents sur cette période lors de mes études à l'Université.

     Même la crise financière elle même n'est pas très bien présentée. On met l'accent sur la responsabilité des banquiers, qui est réelle. Mais que fait-on de la responsabilité des régulateurs, qui savaient ce qui se passait, et de celle des dirigeants politiques, qui étaient favorables à l'effet richesse?


     Or, pour juger de l'action de leurs dirigeants, les citoyens ont besoin d'être informés. Pour se faire une opinion, ils ont besoin d'avoir les faits, et de pouvoir confronter différentes versions, différentes opinions. Pour chacun d'entre nous. Le débat fait progresser la réflexion. Il y a un réel manque de débat.

     Ainsi pour l'anecdote, ce blog est né d'un texte que j'avais envoyé à des amis, pour critiquer les explications que j'entendais sur la crise, et donner mon opinion. Les retours ont été flatteurs. Je me suis dit que ces amis étaient gentils avec moi. Puis, je me suis aperçu que ce qui les avait intéressé, ce n'était pas mon opinion, mais l'explication de la crise financière. Qui était le premier texte synthétyque qu'ils lisaient sur le sujet. Et pourtant, ce sont des gens qui cherchent à trouver l'information sur le net.

     Ainsi est né le premier article de ce blog,
Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés
. Ce n'est qu'une anecdote. Mais qui est révélatrice du manque de débat, ou du manque de médiatisation des débats économiques.

     Et pourtant, il me semble que dans une situation de crise, la presse généraliste, papier et internet, a une carte à jouer. Malheureusement, il faut lire la presse spécialisée pour avoir plus d'informations, et avoir un bagage universitaire en sciences économiques pour en tirer des conclusions. Ce n'est pas le cas de la majorité des citoyens, loin de là.


     Bien sûr, nous sommes aujourd'hui dans l'époque du cybermonde, l'information et les opinions circulent en temps réel sur le web, sur ce blog par exemple. Mais tout le monde n'a pas internet, ou simplement le temps de faire les recherches nécessaires pour se tenir informé. Je pense par exemple à un couple avec deux ou trois enfants. Le temps est compté dans ce genre de situation.


     Une situation de crise peut être l'occasion de se remettre en question. Espérons que ce sera le cas cette fois. Tout en sachant que les évolutions sont lentes, même si nous sommes pris dans un tourbillon.


 

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