Analyse Libérale

Réflexions sur la relance, l'interventionnisme et le retour de l'Etat dans l'économie.

27 Décembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     La crise financière a été l'occasion de reparler de relance en économie, et d'intervention de l'Etat. On a parlé du retour de l'Etat entre autre. Pourtant, l'Etat a-t-il jamais été absent? Pourtant, la politique de relance a-t-elle vraiment été abandonnée ces dernières années? Il y a une tendance à présenter les choses de manière très tranchées en économie.

     La simple observation de la réalité donne une image toute autre. C'est cette observation qui sert de base à ces quelques réflexions. D'abord, en décrivant la situation en France ces dernières années. Puis, en observant le bilan des politiques de relances depuis la crise de 1929. Enfin, en s'interrogeant sur la crise actuelle.


La relance et l'interventionnisme aujourd'hui


     On parle aujourd'hui beaucoup de relance, en disant qu'une telle politique est nécessaire pour sortir de la crise économique. Pourtant, la France n'a-t-elle jamais cessé de mener une politique de relance?

     En effet, la relance consiste, entre autre, à distribuer du revenu pour soutenir la demande. Or, c'est précisément ce qui est fait depuis de nombreuses années en France, même si ce n'est pas présenté comme une relance.

     Cette politique de distribution de revenu prend la forme du RMI, qui, combiné à d'autres mesures, comme le logement social, permet à des gens sans ressources d'avoir un pouvoir d'achat. Il s'agit des allocations chômage, des emplois aidés dont une partie des salaires est payés par l'Etat.

     Ces politiques sont identiques à celles menées durant le new deal américain. Elles distribuent du pouvoir d'achat, ce qui doit permettre de soutenir la demande. Même si elle ne sont pas présentées comme des politiques de relances, mais comme des politiques sociales, elles correspondent à ce qui est préconisé pour une politique de relance de la consommation.


     Ces politiques de revenus permanentes sont complétées par des mesures plus ponctuelles. Comme la prime de rentrée scolaire, la prime de Noël pour les bénéficiaires du RMI. Il y a eu également deux primes pour l'achat d'automobiles, la baladurette et la juppette.

     Ces mesures sont présentées comme ayant un objectif social, pour aider les gens ou préserver l'emploi. Mais même si elles ne sont pas pensées comme telles, ce sont aussi des mesures qui s'inscrivent parfaitement dans une politique de relance keynésienne par le soutien à la demande.


     Par ailleurs, un autre moyen de relancer l'économie est une politique de grands travaux. Or, là encore, la France n'a jamais cessé de faire des travaux, contrairement aux Etats-Unis. Il y a eu les travaux de tramways, les rénovations de lycées, les constructions de logements sociaux, le RER E à Paris, la nouvelle ligne de métro, le viaduc de Millau. Il y a eu le programme de construction de centrales nucléaires, les TGV. L'Etat et les collectivités territoriales n'ont pas cessé d'investir dans des infrastructures.


     nfin, les dépenses publiques en France n'ont pas diminué depuis l'époque des politiques de relances keynésiennes. Elles représentaient 44% du PIB en 1978, et 53% en 2006. De plus, la France est en situation de déficit budgétaire depuis des années. Exactement une situation de relance. La politique de rigueur n'a duré que peu de temps en France. Une fois dans les années 80, puis en 95, quand Alain Juppé était Premier ministre. Sinon, la politique budgétaire a été plutôt accommodante.


     D'autre part, l'interventionnisme, autre que la dépense publique, n'a pas cessé en France, malgré ce qu'on a appelé la dérégulation. Sa plus importante manifestation concerne le temps de travail. C'est la loi sur les 35h. Les 39h auparavant. Mais aussi l'encouragement des préretraites, la retraite à 60 ans.

     De manière continue, quelle que soit la couleur politique des différents gouvernements, tous ont considéré que le problème du chômage en France venait du nombre d'actifs, trop nombreux. Il a donc été mené une politique continue et constante de réduction de cette population active, ou de réduction des heures travaillées par chacun des membres de cette population.

     C'est une politique interventionniste de grande ampleur. Historiquement, le temps de travail s'est stabilisé aux alentours de huit heures par jour, quarante heures par semaine, pour un temps plein. Les pays qui sont descendus en dessous le doivent à une politique volontaire de réduction du temps de travail, dans le but de favoriser l'emploi.


     L'interventionnisme se traduit également par d'autres mesures. Une autre constante de la politique française a été le soutient à l'immobilier. Il y a eu le dispositif fiscal Besson, Borloo, de Robien. Le prêt à taux zéro. Et d'autres mesures comme les nombreux crédits d'impôt qui ont été créés ces dernières années, les zones franches également. Ces mesures ont moins d'ampleur que les mesures de limitation de la population active et du temps de travail, mais elles témoignent de l'importance de l'interventionnisme en France.


     La politique de relance et l'interventionnisme ont donc été constants en France ces dernières années. Ce qui contredit le discours d'une économie dérégulée. La situation est plus complexe qu'on ne la présente. On ne sort pas d'une période de libéralisme sauvage, comme on dit, qui nécessiterait automatiquement le retour à l'interventionnisme de l'Etat.

     Il y a eu effectivement ce qui a été appelé des mesures structurelles, qui sont également définies sous l'expression « politique de l'offre ». Cette politique a mené à des privatisations, à la fin de certains monopoles, au développement des marchés financiers aussi. La philosophie était de libérer les entreprises des contraintes qui pesaient sur elles. L'Etat a moins cherché à orienter l'activité des entreprises, comme il le faisait par l'intermédiaire des prêts bonifiés par exemple.

     Cependant, même si la rhétorique de la relance a été abandonnée, cette politique était toujours mise en œuvre en fait. Le discours était cette fois un discours social. De même, l'Etat a toujours cherché à agir directement sur le marché du travail, dans le cadre de la lutte contre le chômage. La France n'était donc pas ces dernières années un pays où seules agissaient les forces du marché.


Le bilan des relances et de l'augmentation de la dépense publique


     Le bilan des politiques de relance est très controversé. Le symbole de la relance est la politique de New Deal lancé par le président américain Franklin D. Roosevelt, en 1933, avant même que cette politique soit théorisée par son plus célèbre défenseur, John Maynard Keynes. En 1933, les Etats Unis ont connu une forte croissance, après des années de récession. Le New Deal est généralement présenté comme ayant permis de sortir les Etats-Unis de la grande dépression.


     Cependant, cette opinion est très débattue. Certains objectent que c'est le desserrement de la politique monétaire de la Réserve Fédérale, la banque centrale américaine, qui a permis cette reprise. De plus, le New Deal n'a pas été le succès évident que l'ion décrit.

     Ainsi, en 1938, les Etats Unis ont connu une nouvelle dépression. Ensuite, c'est l'économie de guerre qui a soutenu la croissance américaine, et qui a permis d'éradiquer le chômage. Mais, au sortir de la guerre, les Etats-Unis ont connu une terrible récession: -11% en 1946, malgré un déficit budgétaire.

     Puis, les USA ont connu une croissance chaotique, alternant les périodes de fortes croissantes et de stagnation. Après la 2ème guerre mondiale, les dépenses publiques ont augmenté, mais les prélèvements aussi. On ne peut donc pas parler de relance par les déficits. Mais on peut souligner l'augmentation de la place de l'Etat dans l'économie, par l'augmentation des dépenses publiques.


     La relance keynésienne par les déficits est revenue à la mode dans les années 70, quand l'économie mondiale a connu une nouvelle crise. Le premier réflexe des gouvernements a été d'augmenter les déficits pour relancer l'économie. L'économie repartait. Mais il fallait combler le déficit. Donc, on stoppait les dépense, ou augmentait les prélèvements. L'économie ralentissait. On parlait d'une politique de stop and go.

     Puis, et apparu la stagflation. C'est à dire que l'économie stagnait, et que l'inflation augmentait. L'inflation est ainsi devenue le fléau à combattre. Officiellement, les politiques de relance keynésiennes ont été abandonnée, et des politiques monétaristes de lutte contre l'inflation, et structurelles ont pris leur place. Les politiques structurelles consistant, dans leurs principes, à "libérer" l'économie des contraintes qui l'empêche de croître.


     Cette expérience des années 70 semble montrer que l'effet relance par le déficit budgétaire n'existe pas. L'injection d'argent dans l'économie peut soutenir l'activité, mais une fois que cette injection cesse, l'économie ne continue pas sur sa lancée. Elle ralentit. L'expérience des années 70 semble aussi montrer les limites de la dépense publique.


     On constate en effet, aux USA, au Royaume Uni, et dans la plupart des pays développés, une augmentation des dépenses publiques, en pourcentage du PIB (produit intérieur brut), c'est à dire en pourcentage de la richesse créée chaque année dans le pays, depuis les années 30.

     Aux USA, elles étaient d'un peu plus de 10% du PIB avant la crise de 1929, elles sont montées à environ 20% en 1940, pour se fixer autour de 35% depuis les années 80. Le mouvement d'expansion de ces dépenses, en pourcentage du PIB, a cessé dans tous les pays développés, et le niveau de dépenses publique en pourcentage du PIB s'est stabilisé.

     Il est à noter que ce niveau n'a généralement pas baissé, ou peu. Sauf des cas exceptionnels, comme la Suède, qui a connu un pic de dépenses publiques à près de 70% du PIB, pour redescendre actuellement à moins de 55%. Il est à noter également que beaucoup de pays développés étaient en déficit avant le déclenchement de la crise financière.


     Quelles leçons tirer de l'histoire économique depuis 1929? Manifestement, le déficit ne suffit pas à relancer l'économie. Il peut la soutenir, il ne crée pas une situation de redécollage, de rétablissement. Il faut aussi souligner que ce soutien à l'économie par la dépense publique n'a pas régressé ces dernières années.

      On objectera que ces dépenses publiques sont essentiellement des dépenses sociales: prestations familiales, retraites, indemnisation des chômeurs. Mas c'est précisément ce type de mesures qui ont été prises lors du New Deal. Dans l'optique des économistes se réclamant de Keynes, ce sont des mesures qui favorisent la consommation. Donc, qui soutiennent l'économie.

     Les dépenses publiques sont aussi, aux USA, des dépenses d'armement, qui soutiennent l'industrie. On peut aussi noter que l'accroissement des dépenses publiques après la seconde guerre mondiale n'a pas empêché la croissance. Il semble simplement qu'un certain niveau de dépenses constitue une limite. Mais ce niveau est difficile à déterminer, compte tenu des différences entre pays.

     Ainsi, les dépenses publique des USA sont bien inférieures aux dépenses françaises (35% contre plus de 50%). Mais en France, les dépenses maladies sont largement prises en compte par la dépense publique, tandis qu'aux USA ce sont majoritairement des assurances privées, payées par l'assuré ou son entreprise.

     Enfin, beaucoup de pays développés, dont les Etats-Unis, le Royaume Uni, la France, l'Allemagne, était en situation de déficit budgétaire avant le déclenchement de la crise financière. Techniquement, cela signifie qu'ils injectaient de l'argent dans l'économie.


     On constate ensuite qu'il a fallu laisser l'économie se restructurer d'elle même pour retrouver la croissance. En effet, la croissance semble être repartie, dans les années 90, aux USA, grâce, de l'avis général, à l'innovation.

     On considère que deux mesures ont favorisé l'innovation aux USA, et, partant, la croissance économique. Le fait que les universités deviennent propriétaires des découvertes faites en leur sein. Et un avantage fiscal accordé à ceux qui investissent dans des start up, c'est à dire à ceux qui investissent dans la création et le développement de nouvelles sociétés.

     Et l'innovation s'est diffusée dans le monde entier. Mais elle n'a été décidée par personne. Parallèlement, des industries se sont restructurées et ont perdu des emplois. Comme la sidérurgie, l'automobile. Certaines entreprises, bien établies dans un secteur donné, ont connu une régression, tandis que d'autres entreprises, nouvellement créées, connaissaient une forte croissance, créatrice d'emploi, dans le même secteur.

     Ainsi, dans les télécoms, Cisco a connu une croissante fulgurante, tandis qu'Alcatel et Lucent, acteurs historiques, régressaient. (Cf l'article La relance de l'économie , la partie sur La théorie de l'entrepreneur.)


La relance et la crise actuelle.

     Aujourd'hui, face à la crise financière, beaucoup appelle à de grands plans de relance, et au retour de l'Etat dans l'économie. Cet appel au retour de l'Etat paraît étonnant, puisque nous avons vu qu'il n'a jamais cessé d'intervenir.

     On présente la crise comme une conséquence des excès du libéralisme, alors que l'économie n'a jamais été excessivement libérale. La principale raison de la crise est même une gestion trop laxiste de la monnaie, qui s'inspirait du keynésianisme. On a laissé se développer des bulles immobilières et financières, car elles soutenaient l'économie.

     En fait, dans cet appel au retour de l'Etat et à la relance keynésienne, il y a sans doute un esprit de revanche. Le keynésianisme et l'interventionnisme ont été remis en cause ces dernières années. L'intervention de l'Etat pour soutenir le système financier est perçu comme une défaite de tous ceux qui prônent moins d'Etat dans l'économie. Mais, peut-on baser une politique économique sur un esprit de revanche?


     La vérité, c'est que la politique économique se cherchait avant la crise, et se cherche encore. Ainsi, des réformes structurelles ont été faites, par obligation. Mais on continuait à avoir un niveau de dépense publique important. La politique de réduction du temps de travail montre l'importance de l'interventionnisme.

     La France n'est pas seule dans ce cas. L'Allemagne aussi a réduit le temps de travail. Même le Royaume Uni était en situation de déficit budgétaire, et les créations d'emplois venaient du secteur public. La France ne réduisait pas son déficit budgétaire car elle craignait que cela n'annihile une croissance déjà faible.

     En fait, le pays n'est jamais vraiment sorti de la crise des années 70. Il y a toujours, depuis, un sentiment d'insatisfaction dans la population, la crainte du chômage, de la précarité. Et il est vrai que le chômage est resté à un niveau élevé.

     Quant à la précarité, c'est un autre débat. La comparaison entre les années 60, période de prospérité, et aujourd'hui, est compliquée. Les licenciements étaient plus faciles à l'époque, la pauvreté plus élevée. Mais l'emploi était plus facile à trouver, et on était dans une période d'optimisme.

     Nous n'avons jamais retrouvé cet état d'esprit. De même, en Allemagne, le chômage est resté élevé (même si l'Allemagne est un cas particulier du fait de la réunification). Le Royaume Uni a connu une période plus optimiste. Mais on notera une grande proportion de personnes en incapacité, de fait sorties des statistiques du marché du travail. Tout ça pour dire qu'il reste un malaise dans la société.

     Même aux Etats-Unis, les gens étaient optimistes, mais des articles font part de la stagnation des revenus de l'américain moyen au cours des dernières années. C'est donc le contexte dans lequel la crise financière s'est produite. Un contexte d'incertitude économique, et de déficit budgétaire pour de nombreux

     Etats. Même si, parallèlement, le monde connaissait une forte croissance, tiré par le développement des pays émergents. Des centaines de personnes sont sorties de la pauvreté ces dernières années.


     On veut aujourd'hui faire une relance. Qu'elle en est l'utilité? Une injection d'argent soutient l'économie. Il peut être utile d'éviter une surréaction de l'économie, c'est à dire une dépression trop profonde. Mais une grande relance n'est pas nécessaire, parce qu'elle se fera automatiquement.

     En effet, si l'économie ralentit, les dépenses sociales augmenteront, les rentrées d'argent diminueront, le déficit augmentera, soutenant automatiquement l'économie. En maintenant les dépenses prévues d'infrastructures, malgré la baisse des rentrées d'argent pour l'Etat, on contribue également à soutenir l'activité.

     Il y a donc ce qu'on appelle aujourd'hui des stabilisateurs automatiques, qui soutiennent quasi automatiquement l'économie en cas de récession. On peut par contre s'interroger sur l'efficacité des mesures sociales, et s'assurer que tous ceux qui en ont besoin sont aidés.


     Notons que la situation des Etats-Unis et celle la France sont différentes. Les dépenses sociales publiques sont moins élevées aux Etats Unis, ainsi que les dépenses d'infrastructure. Aujourd'hui, les Etats-Unis prévoient un plan de relance par des programmes de construction d'infrastructures.

     Ces dépenses étaient de toutes façons indispensables, tant les infrastructures avaient besoin d'être rénovées. Les Etats Unis n'ont pas une politique constante d'infrastructures. En raison de dépenses publiques moins élevées, et des besoins en infrastructures, les Etats Unis ont moins de "stabilisateurs automatiques".


     On remarque au passage la pertinence des critères de Maastricht. Ils recommandent un budget à l'équilibre en période de croissance, pour permettre un un déficit en période de récession, et ainsi soutenir l'économie. On en remarque aujourd'hui l'utilité. Si la France avait respecté ces critères, elle aurait plus de marge de manœuvre aujourd'hui. Mais, comme nous l'avons vu, la situation du pays était-elle si bonne avant la crise? Ou n'était-elle pas déjà soutenue, un peu, par le déficit budgétaire?


     Faut-il dépenser encore plus que ces dépenses automatiques? Pas nécessairement. La dépense publique peut éviter une récession trop sévère. Elle peut servir à aider les personnes touchées par la récession. Mais elle n'a pas d'effet de relance. Il vaut mieux réagir en fonction de l'évolution de la crise. Cela ne sert à rien de réagir avant l'apparition de la récession. La récession apparaîtra quand même après l'arrêt des dépenses supplémentaires, et on aura utilisé des moyens pour rien.

     Les Etats-Unis ont ainsi déjà effectué une relance par la consommation, qui n'a été qu'un feu de paille. Il faut garder des munitions, pour être prêt à réagir. Car, répétons le, ces dépenses supplémentaires n'auront aucun effet de relance.


     Faut-il aider certains secteurs, plus en difficultés? Peut-être. On peut aider certains secteurs, pour compenser la soudaineté de la crise. Mais sans se faire d'illusions. Il faut aider pour rendre moins difficile la restructuration, mais celle-ci est inévitable. C'est ce qui ressort de l'histoire de l'économie contemporaine.

     L'économie a besoin d'évoluer, de se reconfigurer, pour sortir de la crise. C'est comme si elle avait emprunter un mauvais chemin, et doive retrouver le bon. Elle peut rebrousser chemin, ou couper à travers champ, mais ça prend nécessairement un peu de temps de retrouver le bon chemin, et ce n'est pas un chemin facile.


     Un tel discours peut paraître sans cœur. En effet, restructurations signifient perte d'emplois. Cependant, cette vision n'est pas juste. Quand je dis que l'économie doit évoluer, se reconfigurer, cela signifie que des entreprises doivent voir leur taille diminuer, voire disparaître, certes.

     Mais cela signifie aussi que d'autres entreprises se crée, et se développent, et créent des emplois. Bien sûr, ce serait mieux de pouvoir éviter l'étape restructuration, qui signifie, entre autre, licenciements.

     Malheureusement, ceux qui prétendent qu'on peut éviter les licenciements ne disent pas la vérité. Ceux-ci n'ont pas été évité dans les années 80, quand la sidérurgie et, déjà, l'automobile se restructuraient. Pour caricaturer, on peut prendre l'exemple des régimes communistes, qui garantissaient l'emploi à vie, et qui se sont effondrés, avec de terribles conséquences sociales.

     Si on veut favoriser la croissance, l'emploi, et, au final, le progrès social, car la croissance et l'emploi favorise le progrès social, il faut une politique économique qui favorise la création, et, surtout, le développement de nouvelles activités. Tout en utilisant la politique sociale pour atténuer les effets des restructurations, pour les salariés qui en sont victimes.


    Cela montre que la politique de relance n'est pas la seule politique possible. La politique économique doit actionner plusieurs leviers. La politique de relance n'est qu'un de ces leviers. Nous avons vu qu'elle ne permet pas la relance. Mais elle soutient l'économie.

     A côté de ce levier, l'Etat doit en actionner d'autres. Ainsi, aujourd'hui, le débat sur la relance occulte le principal problème, bien identifié, auquel fait face l'économie: le crédit. C'est le problème principal de l'économie. Le crédit est bloqué. Même ce que Carlos Gohsn, le PDG de Renault, réclame, ce sont des facilités de crédit. Sans crédit, c'est l'économie qui est bloquée (j'explique les problèmes du crédit dans l'article Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire) .)

     Le gouvernement a déjà pris une série d'initiatives, plutôt bonne, pour s'attaquer à ce problème. Il faut continuer à être vigilant sur ce front. Aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale, la banque centrale, a également pris des mesures pour débloquer le crédit. Elle a aussi pris des mesures pour modérer les saisies immobilières.


     Il s'agit là de mesures contre la crise très différentes d'un plan de relance. Plutôt que d'injecter de l'argent dans le but de relancer l'économie, on recrée les conditions de fonctionnement qui sont bloquées. Ce problème de blocage du crédit, qui est le problème central aujourd'hui, ne peut pas être réglé par une politique de relance. En effet, une politique de relance n'a jamais été pensée pour ça.


     Ensuite, nous avons vu que l'économie française n'était pas si en forme que ça avant la crise. Le problème de la france est lui aussi bien identifié. Elle ne sait pas favoriser le développement des nouvelles entreprises.

     J'insiste sur le développement, car c'est là que le bât blesse. Il y a beaucoup de création d'entreprise en France, mais le pays n'a pas suffisamment de PME. D'autre part, la politique économique favorise toujours les entreprises déjà bien établies, et pas le développement de nouvelles entreprises. C'est donc un axe que devrait étudier la politique éconiomique aujourd'hui: comment créer et développer de nouvelles activités, pour remplacer celles qui sont en pertes de vitesse.


     Quelles conclusions pour ces quelques réflexions sur la relance et l'interventionnisme? D'abord, souligner que nous ne sortons pas d'une époque ultra libérale, sans intervention de l'Etat. Ce dernier a, au contraire toujours été très présent dans l'économie. On ne peut donc pas parler d'un retour de l'Etat dans l'économie.

     Ensuite, les politiques de relance menées jusqu'à présent n'ont pas démontré d'effet de relance sur l'économie. Ces politiques peuvent soutenir l'économie, mais la croissance retombe quand la dépense publique diminue, ou les prélèvements augmentent. Il semble que l'économie doive évoluer, se transformer, pour repartir.

     Enfin, la relance n'est pas la seule forme d'interventionnisme possible. Ce sont ainsi d'autres formes d'interventions qui ont été mises en œuvre face à la crise financière, car elles répondaient mieux aux besoins du moment.


     Là est peut-être la principale conclusion de ces réflexions. Aujourd'hui, beaucoup appelle à une politique de relance. On dirait un réflexe. Or, ce dont nous avons besoin, c'est peut-être une réflexion sur la politique économique en général.

      La théorie de la relance a eu le mérite de relancer, sans jeu de mots, le rôle de l'Etat dans l'économie. Aujourd'hui, face aux échecs des relances, et face à la mise en œuvre d'autres mesures, il faut approfondir la réflexion sur les interventions possibles de l'Etat. Ce qui suppose de sortir du débat stérile, interventionnisme contre non interventionnisme. Et, aussi, regarder la réalité en face, et non la déformer en parlant, par exemple, de recul de l'Etat ces dernières années.


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Justice Sociale

16 Décembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Social

    

     La crise financière actuelle est pour beaucoup l'occasion de dénoncer les dérives de l'économie de marché, de l'appât du gain, de condamner l'ultralibéralisme et de réclamer plus de justice sociale. En effet, cette crise est la preuve des conséquences néfastes du libéralisme, dont seuls profitent les plus aisées. Par conséquent, il est indispensable de changer de système, pour construire une économie plus sociale, plus humaine, plus solidaire. Il faut un retour de l'Etat dans l'économie.


     Dénoncer ainsi l'ultralibéralisme comme cause du manque de justice sociale suppose que nous vivons dans un pays où sont appliquées les règles de l'ultralibéralisme, ou plutôt l'absence de règle. Un pays avec une action sociale faible, peu de dépenses publiques, pas d'interventionnisme de la part de l'Etat.


     Or, ce n'est absolument pas le cas. L'Etat n'est absent de l'économie ni du social en France. Il est au contraire très présent, à la fois à travers la dépense publique, et par son interventionnisme.


     La présence de l'Etat dans l'économie et le social se manifeste d'abord par l'importance de la dépense publique. Ainsi, celle-ci représente plus de 50% de la richesse nationale dans notre pays. Ces dépenses étaient à peine de 40% en 1974, et 35% en 1960 (Source: La documentation française). On ne peut guère accuser l'Etat de n'être plus présent.

     On peut aussi noter que la part des prestations sociales correspond à 30% en moyenne du revenu des ménages en 2005 (source: INSEE). En 2004, les dépenses d'éducation représentaient 7,1% de la richesse nationale, dont 8% seulement assurée par les ménages (Source: INSEE). Toujours en 2004, environ 78% des dépenses de santé sont financées par la sécurité sociale, ou l'Etat et les collectivités locales. Le système économique en France est donc loin d'être ultra libéral. Il paraît au contraire très redistributeur, avec une présence très importante de l'Etat dans l'allocation des ressources.


     Pourtant, il est indéniable qu'il y a des inégalités. Malgré toutes ces dépenses sociales, les études montrent avec constance qu'on a toujours plus de chance de faire des études supérieures quand on est enfant de cadres plutôt qu'enfant d'ouvriers. Ce qui conditionne tout l'avenir. L'ascension sociale paraît totalement paralysée en France actuellement.

     En 2004, selon l'INSEE, 14% des jeunes de 18 à 24 ans ont quitté l'école avant le second cycle du secondaire. Quelles sont leurs chances dans la vie? De même, en matière de santé, il y a toujours de fortes inégalités sociales. Sans compter les services d'urgences débordés la nuit parce que les gens ne trouvent pas de médecins de garde la nuit.


     Au vu du montant de la dépense publique, on ne peut pas accuser un excès de libéralisme d'être responsable des problèmes sociaux de la France. On ne peut même pas parler de désengagement de l'Etat, puisque les dépenses ont augmenté.

     Le niveau atteint est par ailleurs impressionnant, puisqu'il représente plus de la moitié de la richesse créée dans le pays chaque année. Pour donner un ordre de grandeur, la France est en ce domaine proche du niveau de la Suède, référence en matière d'Etat-providence, qu'elle a inventée du reste.


     Ce niveau de dépenses publiques, associé à un niveau d'inégalité sociale trop élevé pour beaucoup en France, ne peut amener qu'à deux réactions. Soit, on considère que c'est la dépense publique qui est responsable de la faible croissance, et, partant, du manque de perspectives sociale pour la population. Soit, on considère que l'action sociale de l'Etat doit être repensée, pour être plus efficace, à dépenses constante.

     Une réflexion doit donc s'engager sur l'action sociale de l'Etat, sur les moyens mis en œuvre, sur les initiatives concrètes à mener pour améliorer la justice sociale. Mais accuser la France de mener une politique ultra-libérale n'a pas de sens.


     L'Etat est aussi très interventionniste en politique économique en France. L'Etat intervient essentiellement en matière d'emploi. La politique la plus emblématique et la plus constante est celle de réduction du temps de travail et de réduction de la population active. Elle a pris la forme de la retraite à 60 ans et des préretraites, pour réduire la population active, des 39h et des 35h, pour réduire le temps de travail.

     Cette politique est basée sur la théorie selon laquelle la hausse du chômage est due à l'augmentation de la population active, que l'économie ne peut pas suivre, c'est à dire qu'elle ne peut pas créer suffisamment d'emploi pour absorber cette augmentation de la population active. Donc, il faut mener une politique de réduction de la population active, ou du volume d'heures travaillées. Nous sommes là très loin d'une politique ultralibérale, et franchement dans une politique interventionniste.


     La politique de l'emploi en France consiste aussi à favoriser les services à la personne, par des incitations fiscales, ainsi que les bas salaires, par des exonérations de charges. L'idée étant que la proportion d'emploi peu qualifiée est inférieure en France à ce qu'elle est aux Etats Unis. Pour diminuer le chômage, il faut donc "forcer" la création de ce type d'emploi. Là encore, nous sommes loin d'une politique ultralibérale.


     L'interventionnisme économique de le France se manifeste également par le soutien constant des différents gouvernements à l'immobilier. Il y a eu les dispositifs Besson, de Robien, Borloo. Là encore, il y a une constance, quelque soit les gouvernements. L'idée étant l'adage très répandu selon lequel quand le bâtiment va, tout va. On peut aussi citer les multiples crédits d'impôts, ainsi que la législation et la jurisprudence contre les licenciements. Cette dernière politique, contre les licenciements, ayant pour but de préserver les emplois existants.


     On ne peut donc accuser les différents gouvernements français d'avoir mené une politique économique ultralibérale. Au contraire, ils ont été franchement interventionnistes. Par conséquent, si on critique l'injustice sociale, à nouveau le même choix s'impose: soit, on critique l'intervention de l'Etat en matière économique, et on prône moins d'intervention; soit, on s'interroge sur une politique interventionniste plus efficace. Mais, en aucun cas, on ne peut critiquer l'ultralibéralisme.


     En conclusion, la situation sociale actuelle de la France ne résulte pas d'une politique ultra-libérale. L'Etat mène une politique sociale et économique interventionniste. Par conséquent, dénoncer l'économie de marché n'a pas grand sens.

     Si l'on considère qu'il y a un problème de justice sociale, on est face à un choix. Soit on considère que c'est la trop grande implication de l'Etat dans l'économie et le social qui bride la croissance et par conséquent le progrès social. Soit on considère que l'action de l'Etat est nécessaire mais doit évoluer, car ce qui est fait aujourd'hui est insuffisamment efficace. Et on doit étudier ce que doit être l'action de l'Etat en matière sociale et économique, et proposer de nouvelles solutions.

     La dénonciation d'un ultralibéralisme inexistant ne pouvant amener aucun progrès. C'est cette démarche qui a ma préférence: définir une nouvelle politique économique et sociale. Mais, aujourd'hui, j'ai assez peu d'espoir que les débats en économie, dans les médias ou les enceintes universitaires, aillent dans ce sens. Il est tellement plus facile de dénoncer que de proposer.

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Le plan de relance français

4 Décembre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     La France a annoncé le 4 décembre 2008 un plan de relance face à la crise financière. Ceci est un commentaire à chaud de ce plan. Il montre que ce n'est pas vraiment un plan de relance, et explique pourquoi.


Un plan de relance qui n'en est pas vraiment un.

     L'essentiel du plan est constitué de dépenses d'infrastructures et immobilières qui étaient déjà prévues, mais qui doivent être avancées. Il s'agit des dépenses pour la construction de nouvelles lignes de TGV, et des dépenses pour la construction de logements sociaux.

     D'autres sont des dépenses de maintenance, comme l'entretien des lignes SNCF, les travaux d'isolation thermique des HLM. Ces dépenses de construction et de maintenance étaient retardées et étalées en raison du déficit du pays. Leur étalement montrait bien d'ailleurs que le déficit français est un déficit de fonctionnement, et non d'investissement.

     En d'autres termes, ce sont les dépenses de fonctionnement qui sont la cause du déficit, et non les dépenses d'investissement, qui sont étalées. En décidant de ne plus étaler ces dépenses, le gouvernement fait ce qui aurait été fait si le budget de l'Etat n'avait pas été déficitaire. Ce n'est donc pas un programme de grands travaux conçus pour relancer l'économie.

     Par contre, on peut craindre que la précipitation entraîne des dérives. Les travaux pourraient être facturés trop chers par les entreprises, et la construction des logements sociaux menées n'emporte comment, comme par le passé.


     Une autre partie du plan de relance français est constitué de mesures sociales, comme l'augmentation, étalées, du minimum vieillesse, et d'autres mesures en faveur des veufs et des veuves. Ces mesures étaient de toutes façons nécessaires pour éloigner le minimum vieillesse du seuil de pauvreté. Elles auraient certainement été décidées même s'il n'y avait pas eu de crise financière. Une revalorisation du minimum vieillesse avait déjà été annoncée, d'ailleurs. Cette mesure est, somme toute, modeste, et de plus, étalée dans le temps. Donc elle ne produira peut-être même aucun effet dans l'immédiat.


     Les mesures fiscales sont essentiellement des remboursement avancés, des sommes qui auraient donc été remboursées aux entreprises de toutes façons. Cela leur offrira une facilité de trésorerie. On notera que l'on est plus du tout dans le cadre d'une politique de relance keynésienne. On est dans le cadre de la politique structurelle, qui vise à faciliter la vie des entreprises. De même en ce qui concerne l'allégement des cotisations sociales des embauches dans les très petites entreprises, qui perpétue la politique en faveur des micro-structures. Ce ne sont pas des mesures de relances keynésiennes, telles qu'attendues.


     La seule mesure de relance véritable est la prime à l'achat d'une automobile, en échange de la mise à la casse d'une automobile de plus de dix ans. La sarkozette sccède à la juppette et à la balladurette.


     Ce plan n'a donc rien à voir avec la grande époque des relances keynésiennes. Il n'y a pas de nouveaux programmes d'équipements spécialement étudiés et lancés pour sortir de la crise. Il n'y a pas d'augmentation généralisée des salaires, ou une augmentation massive du SMIC comme cela a déjà été fait auparavant. Presque uniquement des dépenses prévues et qui étaient étalées en raison des déficits du pays, et des mesures qui n'ont rien d'une relance keynésienne.


Le poids des réalités.

     Faire des dépenses d'infrastructure pour relancer un pays a du sens. Que l'on soit keynésien ou non, on admet que de telles dépenses favorisent par la suite la croissance. En effet, un pays a besoin de routes, de voies ferrées, d'aéroports, d'électricité. Mais, quand un pays, comme la France, est déjà bien équipé, deux problèmes se présentent. D'abord, que construire? On ne va pas remplacer tous les chemins de terre par des autoroutes à trois voies, ce serait absurde. Ensuite, une nouvelle infrastructure a moins d'impact sur l'économie. Lancer de nouvelles dépenses d'infrastructures est donc difficiles.


     Ensuite, les plans de relance menés par le passé, pour sortir de la crise des années 70, n'ont pas relancé l'économie. Par contre, les déficits qu'ils ont causés ont entraîné des plans de rigueur. Or, la France est déjà confrontée à un déficit budgétaire élevé. Ce qui limite nécessairement son action.

     Bien sûr, nous sommes aujourd'hui protégés par l'euro, alors qu'auparavant, une hausse des déficits affaiblissait le franc, ce qui entraînait dévaluation et plan de rigueur. Cependant, les déficits accumulés entraînent un endettement important pour le pays, et pour lequel il faut payer des intérêts. Les intérêts de la dette sont le deuxième ou le troisième budget de l'Etat.

     La France est donc confrontée à un double problème. Comme elle est en déficit même quand le contexte économique est bon, elle a peu de réserves pour relancer, ou du moins soutenir la croissance. D'autre part, le niveau élevé de la dette pèse sur l'économie. Par conséquent, avancer des investissements déjà prévus est un moyen de contourner le problème. Ces dépenses étaient prévues. Elles se feront plus tôt, c'est tout. Sur 5 ans (ou plus), il n'y a pas de dépenses supplémentaires.


     Ce plan s'apparente donc plutôt à un plan de soutien temporaire à l'économie. Ce qui n'est peut-être pas plus mal. En effet, une réalité incontournable, c'est que les plans de relance réalisés dans les années 70 et 80 n'ont pas relancé l'économie. Ils ont par contre sans doute une responsabilité dans le niveau élevé d'inflation qu'il a fallu ensuite combattre. D'autre part, rappelons que le problème de l'économie, aujourd'hui, est un problème de blocage du crédit. Un plan de relance n'est pas adapté à ce type de problème, comme je l'explique dans mon article sur la relance de l'économie.


     En conclusion, le plan de relance français est plus qu'un plan de soutien temporaire qu'un plan cherchant à relancer l'économie. Certaines mesures n'ont rien d'une relance keynésienne, comme des exonérations de charges sociales en faveur des très petites entreprises.

     On peut ajouter que ce plan comporte encore des mesures pour le crédit, comme un prêt d'un milliard aux filiales de crédit des constructeurs automobiles. Il s'attaque là au cœur du problème. De même, un fonds est créé pour investir dans l'innovation dans le secteur automobile.

     On peut se demander pourquoi un effort d'innovation n'a pas été fait plus tôt d'ailleurs, car les difficultés du secteur automobile, pas des constructeurs mais des sous traitants, ne sont pas récentes. Ce plan de relance met aussi en exergue le problème du déficit budgétaire en France. Les critères de Maastricht ne font que rappeler une réalité: les déficits se paient toujours un jour. Un budget à l'équilibre quand l'économie va bien permet d'utiliser le déficit comme amortisseur en période plus difficile.


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