Analyse Libérale

Le Plan de recapitalisation des banques par l'Etat (Ratio Tier 1)

25 Octobre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

 

     La recapitalisation par l'Etat, à hauteur de 10,5 milliards d'euros, des six principales banques françaises peut susciter des interrogations. Pourquoi en effet recapitaliser des banques qu'on nous dit en bonne santé, et dont nous et vanté le modèle économique, à même, nous dit-on, de traverser la crise.


     En fait, il ne semble pas pour le moment que les banques françaises soient fragiles. Ce qu'on dit sur la solidité de leur modèle semble effectivement vrai.


     Cependant, l'Angleterre a lancé une sorte de surenchère. Les banques de ce pays sont plus touchées par la crise. Pour leur permettre d'inspirer à nouveau confiance, le gouvernement anglais a décidé de les recapitaliser, afin d'augmenter ce qu'on appelle le ratio tiers 1.


     Ce ratio est la proportion du capital de la banque par rapport aux crédits qu'elle accorde. Par exemple, un tiers 1 égale à 8% signifie que le capital de la banque représente 8% des crédits que celle-ci a distribués (cf l'article précédent, la partie consacrée au fonctionnement des banques).

     En réalité, le calcul du tiers 1 est plus compliqué. Il comprend les fonds propres, les quasi fonds propres, etc, rapportés aux différents engagement de la banque, suivant différents prorata. Mais, l'esprit de ce ratio c'est la proportion de l'argent que possède la banque par rapport à celui qu'elle prête.


     Plus le tiers 1 est élevé, plus la banque est considérée comme solide. Le tiers 1 des banque française est bon, entre 7,5% et 8%. Ce qui est bon, répétons le. Mais le gouvernement anglais a évoqué un tiers 1 à 9% pour ses banques. Aussitôt, les marchés ont considéré que ce serait mieux si les banques françaises augmentaient leur tiers 1. Le cours des banques françaises cotées en bourse a donc baissé, des rumeurs inquiétantes ont couru, chahutant encore plus ces cours.


     De plus, avec un tiers 1 plus élevé que les banques françaises, les banques anglaises auraient pu emprunter sur les marchés à un taux d'intérêt plus bas que les banques françaises. D'où un avantage concurrentiel.


     C'est pourquoi le gouvernement a décidé d'augmenter le capital des banques. Cela rassure les marchés, donnée essentielle alors que le manque de confiance est la cause de la crise. Cela met les banques françaises a égalité avec les banques anglaises. Et cela peut-être considéré comme une mesure préventive, qui anticipe d'éventuelles difficultés, et prépare les banques à ces difficultés.


     Cependant, mesurer la solidité d'une banque à ce ratio tier 1 est un peu réducteur. En fait, la force des banques françaises, ce sont les dépôts, que leur ont confiés les particuliers et les entreprises. Ces dépôts sont de l'argent qu'elles ont en caisse. Il permet de limiter les besoins d'emprunter sur les marchés financiers (cf l'article précédent, la partie sur le fonctionnement des banque).

     La banque la plus en difficulté est d'ailleurs Dexia, une banque sans dépôt, qui n'a pas pu se refinancer sur les marchés. De plus, comme ces banques gèrent les dépôts des particuliers, elles sont un peu plus surveillées par les autorités que les banques d'affaires.


     Maintenant, même si les banques françaises sont solides grâce à leurs dépôts, même si le gouvernement donne des gages aux marchés en renforçant leur capitaux, il faudra quand même du temps pour que la confiance revienne. Le retour de la confiance prend toujours du temps. Les marchés craignent qu'on ne découvre encore des risques cachés. Pour le moment, nul ne peut garantir que ce soit une crainte sans fondement.

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Le plan du gouvernement contre la crise financière (et explications sur le fonctionnement du crédit bancaire et la création monétaire)

19 Octobre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     Les responsables européens se sont réunis en urgence et se sont accordés sur ce qu'ils pouvaient faire. Le gouvernement a sorti dans la foulée un plan de soutien aux banques, que le Parlement a voté sans coup férir. Ce plan n'ayant plus qu'à être mis en œuvre. L'Europe est-elle sauvée? Peut-on s'attendre à voir disparaître cette crise financière que nous pouvons suivre en direct dans tous les médias?

     Pour répondre à cette interrogation, il est nécessaire de présenter d'abord le problème principal posé par la crise, et qui peut bloquer l'économie: le problème du crédit. Ensuite, de décrire le plan.


I Le problème du crédit


Le crédit: comment ça marche?

     Le métier d'une banque est de faire crédit. Le produit qu'elle vend est le crédit, et le prix le taux d'intérêt. Quand une banque, que j'appellerai B1 fait crédit à une entreprise, elle met de l'argent sur le compte de cette entreprise. Puis, l'entreprise sort cet argent du compte, pour payer un fournisseur par exemple.

     Le fournisseur met l'argent sur son compte, à une autre banque, B2. Le problème, pour la première banque, c'est que ses comptes ne sont plus équilibrés, puisque l'argent est sorti. Or, les comptes doivent toujours être équilibrés. Elle doit refinancer le crédit sur le marché financier. Et qui peut lui prêter de l'argent? B2, la banque du fournisseur, puisque l'argent est dans ses comptes. On a le schéma suivant:


      

     Maintenant, multiplions le nombre de banques, d'entreprises, de fournisseurs. L'argent est au départ sur les comptes des entreprises. A l'arrivée, il est sur les comptes des fournisseurs. Mais la répartition entre les banques a changé. L'équilibre est obtenu sur le marché financier, les banques prêtant ou empruntant.


     Ce schéma peut paraître bizarre. Les banques ne prêtent-elles pas l'argent qu'elles ont en dépôt? En fait, le métier des banques, c'est de créer de la monnaie. Le crédit bancaire, au sens strict du terme, c'est de la création de monnaie. Les banques ne prêtent pas de l'argent qu'elles ont dans leurs comptes. Elles créent cet argent. Qui ensuite se retrouve dans les dépôts. D'où l'expression « les crédits font les dépôts », et non l'inverse.


     D'un côté, les banques créent de l'argent, et, de l'autre, elles doivent se refinancer car cet argent ne reste pas sur leurs comptes. Les sources de financement sont les dépôts, et différents emprunts sur les marché financiers: emprunt à un jour, un mois, un an, etc. Les banques ont aussi de l'argent à elles, ce qu'on appelle les capitaux propres. Mais ces capitaux sont nécessairement bien inférieurs au montant total des crédits accordés. Tel est le métier des banques: créer de la monnaie, et se refinancer.


     Ce qu'il faut retenir de ce schéma, c'est que par la nature même de leur activité, la "vente" de crédits, les banques doivent constamment se refinancer sur les marchés financiers, et se prêter de l'argent entre elles. Si les marchés financiers sont bloqués, les banques ne peuvent plus faire crédit. Or, c'est le cas aujourd'hui. Par manque de confiance, les banques ne se prêtent plus entre elles. Seule la banque centrale continue de prêter, pour soutenir le système.


Le risque systémique

     Les banques ne se prêtent plus entre elles car elles ne se font plus confiance. Elles ont peur que l'une ou plusieurs d'entre elles possèdent ce qu'on appelle des titres toxiques, c'est à dire, pour simplifier, des fameux titres subprime. Mais ce n'est pas la plus grande peur. Le problème, c'est aussi ce qu'on appelle le risque systémique.


     Prenons deux banques, B1 et B2, et un troisième établissement financier, pas forcément une banque, F1. B1 a prêté de l'argent à B2, qui a financé F1. Si F1 fait faillite, B1 et B2 sont toutes les deux en difficultés. Ou encore, B1 et B2 peuvent toutes les deux avoir prêté de l'argent à F1. La faillite de F1 peut donc avoir des conséquences sur tout le système bancaire.


     Dans la réalité, les banques ne prêtent pas forcément directement de l'argent à F1. Elles peuvent être liées à F1 à travers certains instruments financiers complexes, comme ceux appelés CDS. La faillite de F1 peut entraîner des pertes sur ce genre d'instruments. Certains établissement financiers peuvent-être impliqués dans de nombreux produits financiers de ce type. La faillite d'un établissement peut fragiliser tout le système financier. C'est pourquoi les Etats-Unis ont soutenu l'entreprise AIG. C'est pourquoi le fait qu'une banque d'affaires telle que Lehman Brothers fasse faillite suscite autant de conséquences.


Les effets d'une restriction du crédit.

     Le crédit permet d'acheter et de payer plus tard, de manière échelonnée généralement. Il soutient donc la consommation. Il permet de faire de gros achats, comme un achat immobilier. Actuellement, les agents immobiliers accusent les restrictions de crédit d'empêcher les gens d'acheter. Pour les entreprises, le crédit peut-être utilisé pour investir. Consommation, immobilier, investissement, le crédit est un soutien à la croissance. Une restriction du crédit (appelée "crédit crunch") peut donc ralentir la croissance.


     Les entreprises utilisent aussi le crédit pour leur trésorerie. En effet, il s'écoule du temps entre le moment où une entreprise commence à fabriquer un produit, et celui où elle le vend, et encaisse le prix. Pendant ce temps, il faut payer les fournisseurs, les loyers, les salariés. La trésorerie, c'est l'argent qui sert à toutes ces dépenses. Ainsi, sans crédit de trésorerie, une entreprise peut être saine, avoir de bonnes perspectives de développement, mais faire faillite parce qu'elle ne peut pas fabriquer ses produits.


II Le plan du gouvernement


Une structure de refinancement

     La principale mesure du plan gouvernemental est un système de prêts aux banques garantis par l'Etat. Il s'agit de faire en sorte que les banques recommencent à se prêter entre elles, par l'intermédiaire d'une structure spécifique. Concrètement, cette structure financière va emprunter sur les marchés avec la garantie de l'Etat. Donc avec un taux d'intérêt bas. Elle va ensuite prêter cet argent aux banques, avec un taux d'intérêt plus élevé, prix de la garantie de l'Etat. Cette garantie pourra couvrir jusqu'à 320 milliards d'euros.


     Les prêts accordés aux banques seront adossés à des crédits qu'apporteront ces banques: crédit aux particuliers et aux entreprises. Ces prêts doivent servir à financer des crédits à l'économie, et, pour contrôle, les banques devront publier mensuellement l'évolution des encours de ces crédits.


     Cette structure de refinancement est détenue aux deux tiers par les banques. L'Etat a la minorité de blocage, ce qui lui permet de bloquer des décisions. Certains se sont émus que les banques soient majoritaires. L'objectif est de ne pas compter l'endettement de cette structure dans le calcul des critères de Maastricht.

     En fait, le capital pourrait être possédé à 100% par les banques, cela n'aurait pas d'importance. C'est l'Etat qui garantit les emprunts, donc la structure dépend de lui. Les banques paieront directement la garantie à l'Etat. Et c'est la Commission bancaire qui contrôlera la qualités des crédits auxquels les prêts aux entreprises seront adossés. Cette structure doit prêter à des banques qui disposent de fonds propres suffisants. Elle n'a pas vocation à aider des établissements fragiles.


     Cette structure s'attaque donc directement au principal problème posé par la crise, le crédit, et qui peut paralyser l'économie.


Une structure de recapitalisation

     Une autre structure va être créée pour injecter de l'argent directement dans les banques cette fois, en prenant une participation au capital. Le capital est l'argent que possède en propre la banque, qui ne provient pas des dépôts bancaires ni d'un emprunt sur les marchés financiers. Il est apporté par les actionnaires, et il est aussi composé de la part des bénéfices mis en réserve.

     La proportion de capital de la banque par rapport aux crédits qu'elle a accordés doit toujours être supérieur à un seuil décidé par les autorités bancaires. Plus ce ratio est élevé, plus la banque inspire confiance. Par ailleurs le capital d'une banque diminue quand elle fait des pertes.


     Cette structure permettra donc à l'Etat d'injecter de l'argent dans une banque si celle-ci fait des pertes trop importante, et qu'elle ne parvient pas à lever des fonds sur les marchés. Elle pourra aussi renforcer le capital des banques françaises, même si celles-ci sont plutôt bien capitalisées.

     En effet, l'Angleterre a lancé une sorte de surenchère, pour augmenter le capital des banques. Sans doute pour frapper un grand coup, et restaurer la confiance dans les banques anglaises, qui surmontent plus difficilement la crise que les banques françaises.

     Le gouvernement anglais veut donner un avantage à ses banques, en augmentant la part de capital par rapport aux engagements de crédit. Les banques françaises pourraient se sentir obliger de suivre, et de faire appel pour cela, en partie, à l'Etat.


     Cette structure de recapitalisation peut lever jusqu'à 40 milliards d'euros.


Combien tout ça va-t-il nous coûter?

     C'est la question que se pose tout le monde: combien le citoyen moyen va devoir payer pour les erreurs des grands financiers? Sur ce point, on peut être rassurant. La structure de refinancement ne devrait rien coûter.

     En effet, l'argent sera emprunté sur les marchés, et tout de suite prêté aux banques, à un taux d'intérêt plus élevé. Le contribuable n'aura donc même pas à supporter le coût du taux d'intérêt. De plus, les prêts seront garantis par des crédits relativement sûrs. On peut donc raisonnablement penser que cette structure ne coûtera rien au contribuable.


     La structure de recapitalisation sera elle entièrement supportée par l'Etat. Là encore, ce sera un emprunt, mais les intérêts seront supportés par l'Etat. L'idée est de faire une plus-value, au moment de la revente de ces parts dans le capital des banques, et ainsi au final de gagner de l'argent.

     Ce qui n'est pas impossible, car le cours des banques est vraiment très bas. Néanmoins, ce bénéfice dépend, comme tous les investissements, des aléas de la bourse. De plus, dans un premier temps, les Français supporteront le coût des taux d'intérêt.


     En conclusion, l'objectif est d'arriver au moins à une opération neutre, au final, pour le budget.


(Une troisième mesure du plan concerne les normes comptables. Les organismes qui définissent les règles vont chercher à atténuer les effets des nouvelles normes comptables, qui aggravent la crise. Ces effets sont décrits dans mon précédent article du 13/10/2008, dans la partie "Les erreurs des régulateurs")


Conclusion: quelles suites pour la crise?


     Bien évidemment, tout le monde le sait, la crise ne va pas s'arrêter d'un seul coup. Les mesures prises par le gouvernement vont dans le bon sens. Elles visent à éviter une crise du crédit, en soulageant un peu la Banque centrale Européenne. Et doivent permettre d'intervenir si une banque est en difficultés. 

     Il y a un facteur dont il faut tenir compte, et que l'on oublie souvent en économie: c'est le temps. L'ajustement, ou la correction des marchés, n'est jamais instantanée. Nous sommes ici dans la situation où une bulle s'est formée sur le marché immobilier, alimentée par un excès de crédit. Il faut que la situation se décante.

     Avec le temps, on pourra voir quelle est la situation réelle des différents acteurs sur le marché, et quels niveaux de risque ils représentent réellement. Aucune mesure du gouvernement ne peut avoir un effet instantané. N'oublions pas qu'il y a un problème de confiance sur les marché. La confiance se perd plus vite qu'elle ne se gagne.


     Le plan du gouvernement pourrait être le début du développement de la transparence chez les banques. En effet, ce plan demande aux banques de publier l'évolution de leurs crédits à l'économie. Ces données permettent de mieux évaluer les risques que prennent les banques, et donc de mieux les contrôler. Il faut développer ce genre de transparence. Comme je l'explique dans mon texte du 13/10/2008, Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés , la transparence est indispensable au bon fonctionnement des marchés. C'est une des règles de base de l'économie de marché. Mais souvent oubliée par les patrons.


     Par ailleurs, en ce qui concerne la structure de refinancement, on a vu que les banques obtiendront des prêts adossés à des crédits, et que la qualité de ces crédits, apportés par les banques, sera contrôlée par la Commission bancaire. Là aussi, ce peut être le début d'un nouveau type de contrôle, et de notation, des actifs que les banques apportent sur le marché.

     On peut imaginer, dans une seconde phase, que les banques ne se refinancent plus par la structure mise en place par l'Etat. Elles pourraient apporter directement les crédits en garanties sur les marchés. La qualité de ces crédits seraient toujours contrôlée par l'Etat, contre rémunération toujours.

     Et juridiquement le prêteur pourrait se rembourser sur le crédit apporté en garantie, même si la banque fait faillite. Je précise que ceci est une spéculation tout à fait personnel. Le gouvernement espère que la structure de refinancement agira comme une pompe qu'on amorce: les banques, voyant qu'il n'y a plus de craintes à avoir, se prêteront l'une à l'autre directement. En ce qui concerne la suite de la crise, la prochaine étape envisagée est l'élaboration de nouvelles règles pour les marchés financiers. Ce qui pourra être l'objet d'un prochain article de ce blog.


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Mécanisme de la crise financière et régulation des marchés

13 Octobre 2008 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #Crise et Relance

 

     

     Le capitalisme est sur le banc des accusés, coupable de la crise financière actuelle. Beaucoup voient en cette crise l'échec du capitalisme, ou du néo-capitalisme pour certains, et de son corollaire, la dérégulation. Et l'on en appelle à une nouvelle régulation, à une nouvelle organisation des marchés financiers, à un nouveau Bretton Woods même.

     Et quelles sont les propositions concrètes de réorganisation des marchés financiers? Pour le moment, il n'y a pas grand chose. Ce qui revient le plus souvent, c'est que les marchés doivent être régulés, et on sous entend que les Etats, à l'échelon international, doivent-être les maître d'œuvre de cette régulation.


     Pourtant, contrairement à ce qu'on laisse entendre, les marchés financiers sont déjà régulés. Il sont sous la surveillance de régulateurs, comme la SEC et la FED aux USA, et chaque Etat veille attentivement sur eux. Chaque Etat encadre l'activité des marchés. On ne peut pas lancer comme on veut un nouveaux produits sur un marché financier.

     Pourtant, il y a une crise. Est-ce à dire que les régulateurs ont failli? La réponse paraît évidente. Si les marchés sont régulés, et qu'il y a quand même une crise, c'est que les régulateurs ont commis une erreur. C'est ce qui s'est passé.


Le mécanisme de la crise


     Pour comprendre la crise, il faut d'abord rappeler comment fonctionnent les banques. Aujourd'hui, quand les banques accordent des crédits, elles ne gardent pas ces crédits dans leurs comptes. Elles les revendent sur les marchés financiers.

     Ainsi, prenons par exemple une banque qui a accordé des prêts pour un montant total de 500 millions de dollars. Elle va créer alors une sorte de fonds de placement, appelé véhicule, dans lequel elle va mettre ces 500 millions de prêts. Puis, elle vend des titres de ce fonds de placement sur les marchés financiers. Ces titres sont achetés par d'autres institutions financières. Cette pratique est usuelle, et bénéfique pour l'économie: elle permet d'octroyer plus de crédits.


     Pour vendre les titres de ce véhicule sur le marché financier, ces titres s'apparentant à des obligations, il faut qu'ils soient notés. La note accordée indique le degré de risque du titre. Par exemple, un produit noté AAA (triple A), désigne un titre sans risque, ou quasiment.

     Un titre noté BBB est plus risqué, se vend moins facilement, et un investisseur en exigera un rendement plus levé, pour compenser le risque. Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on appelle les junk bonds, c'est-à-dire les obligations pourries, qui sont très risquées, mais peuvent rapporter gros.


     Ce mécanisme marche parfaitement. Il permet un bon fonctionnement des marchés en donnant une bonne information sur le risque. Le problème commence quand l’information est fausse. C’est-ce qui s’est produit.

     En effet, une technique a été inventée pour placer plus facilement des titres à risque sur les marchés financiers. Il s’agit de les mélanger avec des titres sans risque.

     Concrètement, les banques créent des sortes de fonds de placement, en mélangeant des prêts sans risque, avec une petite quantité de prêts subprime, ces fameux prêts très risqués. Les titres de ces fonds de placement « mélangés » sont notés AAA, comme des titres sans risque.


     La première conséquence de cette pratique a été le développement de ces prêts subprime. En effet, les banques parvenaient toujours à les revendre sur les marchés financiers. Donc, elles continuaient à développer ces prêts. Si on avait séparé les bon prêts des prêts subprime, les banques n’auraient pas pu placer si facilement des subprime, et elles auraient alors arrêté d’en accorder.


     Ensuite, la bulle immobilière, entretenue par les prêts subprime, a fini par éclater. Les prix de l’immobilier ont chuté aux Etats-Unis. De plus, les emprunteurs de prêts subprime bénéficiaient de deux ans de taux d'intérêts bas, avant de rembourser leurs prêts au taux réel. Après deux ans de taux d’intérêt bas, ils ont vu leurs remboursements augmenter considérablement. Ils sont devenus insolvables, et les prêts n’ont plus été remboursés.

     Les marchés se sont inquiétés. Ils se sont demandés où étaient les mauvais titres. Ils ont reçu la pire des réponses: on ne sait pas. Ces mauvais titres étaient mélangés avec de bons titres, pour mieux les vendre.

     Alors, l’effet inverse s’est produit: plus personne n’a voulu de ces titres de prêts immobiliers, car on ne savait pas combien ils valaient. On était, et on est, incapable d’évaluer la valeur de ces titres, qui mélangent les bons et les mauvais prêts.

     Par conséquent, les marchés sont bloqués. Il n’y a plus d’échanges sur ces titres. On ne sait pas non plus dans quelles proportions les établissements financiers sont exposés au risque subprime. Il y a une crise de confiance.

     Or, s'il n'y a pas de confiance, il n'y a pas de crédit. Donc, plus personne ne fait crédit à personne sur la place financière (en temps normal, les établissements financiers empruntent tous les jours sur les marchés). Le système est donc bloqué. C’est pourquoi les banques centrales ont prêté à tout le monde, pour débloquer le système.


Les erreurs des régulateurs


     Ce qu’il faut savoir, c’est que les régulateurs, en décidant de laisser faire ce mélange de bonnes et de mauvaises créances dans les mêmes titres, sont allés à l’encontre des règles de l’économie de marché. En effet, pour qu’un marché fonctionne, il faut savoir ce qu’on achète. Il y a eu ainsi une décision des régulateurs qui a provoqué in fine une crise financière. Mais pourquoi a-t-on laissé faire ce mécanisme, qui consiste donc à donner la même notation à des titres présentant un profil de risque différents?


     Evidemment, après coup, il est facile de faire la leçon. Sur le moment, on pensait vraiment que ces titres étaient sans risque, puisque des spécialistes le disaient. Cependant, un élément aurait pu pousser les régulateurs et les Etats, principalement l'Etat américain, mais aussi d'autres pays, à agir: c'est le gonflement de la bulle immobilière.

     En effet, il ne faisait aucun doute, à l'époque, qu'une bulle immobilière se formait. De même, il ne faisait aucun doute que cette bulle était largement alimentée par les prêts subprime. Cette opinion qu'il y avait une bulle immobilière était largement partagée à l'époque. On peut donc se demander pourquoi rien n'a été fait pour dégonfler la bulle.


      On peut imaginer qu'à l'époque, les régulateurs et les Etats, pensaient sincèrement que cette bulle se dégonflerait naturellement, sans problème. Cependant, les états ne voulaient pas vraiment que cette bulle soit dégonflée. En effet, l'augmentation de la valeur de l'immobilier créait ce qu'on appelle un effet richesse. Les propriétaires sont plus riches car la valeur de leur logement augmente.

     L'augmentation de la valeur du logement permet d'obtenir un nouveau crédit d'un montant équivalent. Schématiquement, si on a emprunté 200 000 pour acheter une maison, et que la valeur de celle-ci augmente à 300 000, alors on peut obtenir un crédit supplémentaire, peut-être pas de 100 000, mais conséquent tout de même.

     Cet effet richesse était considéré comme un moteur de la croissance aux Etats-Unis, et, indirectement, dans le monde. En Grande-Bretagne également la hausse de l'immobilier provoquait un effet richesse. Par conséquent, les responsables politiques ne voulaient pas provoquer le dégonflement de cette bulle. Ainsi, la banque centrale américaine aurait pu augmenter ses taux d'intérêt plus tôt, et de manière plus conséquente. Décision que généralement les responsables politiques n'encouragent pas.


     Une autre décision favorise l'aggravation de la crise financière, une décision prise dans le cadre d'une coopération internationale. Cette décision concerne l'évolution des normes comptables. Ce qui est en jeu, c’est la manière dont les entreprises doivent comptabiliser leurs actifs, en particulier leurs actifs financiers.

     Pour mieux comprendre, prenons un exemple. Un établissement financier achète pour 500 millions de titres. Il les inscrits dans ses comptes pour 500 millions. S’il les vend plus cher qu’il les a achetés, il fait une plus value, qui augmente son bénéfice. S’il les vend moins cher, il fait une moins value, qui vient diminuer son bénéfice, ou provoque un déficit. Si le déficit est trop élevé, l’établissement financier peut avoir besoin de se recapitaliser, c’est-à-dire aller chercher de l’argent frais sur les marchés.


     Les normes comptables évoluent aujourd’hui dans un autre sens. Le but est de coller à la valeur du marché. Si un établissement financier achète pour 500 millions de titres, il les inscrits dans ses comptes pour 500 millions. Si la valeur de ces titres baisses sur les marchés, l’établissement, même s’il ne les vend pas, doit comptabiliser une moins value, qui peut provoquer un déficit. Ce qui peut l’obliger à se recapitaliser.

     Si les marchés baissent, tous les établissements sont en déficit. Toutes les valeurs du secteur baissent . Ils devient très difficile de trouver de l’argent sur les marchés. Ce qui cause des faillites. Les nouvelles normes comptables entraîne un effet boule de neige en cas de crise.


Les enseignements de la crise financière.


     Cette crise financière ne marque donc pas l'échec du capitalisme. Elle ne montre pas que les marchés ont besoin de plus de régulation. Elle résulte du non respect d'une règle de fonctionnement des marchés: donner une bonne information (ce qu'on appelle la transparence).

     Le non respect de cette règle est à l'origine de la crise. La crise aurait pu aussi être évitée, ou être d'une ampleur beaucoup moins grande, si on n'avait pas laissé se former une telle bulle immobilière. Ce qui s'appelle aussi de l'inflation.


     Pour éviter qu'une telle crise se reproduise à l'avenir, l'idée communément admise est qu'il faut renforcer la régulation. Il ne faut pas laisser les marchés faire ce qu'ils veulent, et il faut renforcer le contrôle des gouvernements, dans le cadre d'une coopération internationale.

     Or, comme on l'a vu, les gouvernements n'étaient pas favorables à l'époque, à une augmentation des taux d'intérêt, qui aurait pu faire dégonfler plus tôt la bulle immobilière, et donner un coup de frein aux subprime.

     Par ailleurs, les normes comptables, définies en coopération internationale (américano-européenne du moins), ont été un facteur aggravant de la crise.


      L'enseignement de cette crise est qu'il faut faire respecter les règles de l'économie de marché. En l'occurrence, le problème ici est celui de l'information, ce qu'on appelle la transparence en économie. Il faut que les marchés disposent d'une information suffisante et fiable.

     C'est le problème de la notation par exemple. Deux produits différents ne doivent pas être présentés comme étant identiques. Un titre contenant des subprime, par exemple, n'a pas le même profil de risque qu'un titre sans subprime, même si des mécanismes financiers sophistiqués sont censés réduire à zéro le risque des subprime.

     La notation doit être revue, et ne doit peut-être plus constituer le seul élément d'information. Obliger à indiquer plus précisément de quoi sont constitués les titres mis sur le marché serait utile.


     La crise peut être aussi l'occasion d'obliger les établissements financiers à plus de transparence. Par exemple, si les établissements qui investissaient massivement dans les subprime avaient été obligés d'indiquer trimestriellement le montant de ces investissements, quelle que soit la note attribuée au titres achetés, certains actionnaires auraient pu s'inquiéter. Et freiner le mouvement.

     Il faudrait donc renforcer l'information financière que doit donner ce genre d'établissement. Les patrons vont rechigner à jouer le jeu de la transparence. En effet, cela place leur action sous le contrôle des actionnaires. Mais c'est ça aussi l'économie de marché: les patrons ne sont pas tout puissant.


NB: Voir aussi l'article Crise financière: qui est responsable?

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