Analyse Libérale

Royaume-Uni : les leçons du brexit et des élections

9 Juin 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski Publié dans #La faillite de la démocratie

Le brexit et les dernières élections au Royaume-Uni montrent qu’en démocratie le destin d’un pays se joue à peu de chose. Ce qui devrait nous inciter à une réflexion sur le pouvoir de ces politiciens qui nous gouvernent.

 

Theresa May a perdu les élections britanniques. Bien sûr, le parti conservateur reste le premier parti du Parlement. Mais il a perdu sa majorité absolue. Theresa May ne peut s’en prendre qu’à elle même : elle a mené une mauvaise campagne. Elle a pris quasiment le contrepoint de David Cameron, qui avait réussi à obtenir cette majorité absolue. Les événements électoraux de ces derniers temps au Royaume-Uni montrent aussi qu’en démocratie, la destinée d’un pays ne tient qu’à un fil, et se joue à peu de chose. Ce qui est inquiétant.

 

Les leçons du scrutin.

Theresa May a provoqué des élections car elle croyait que c’était gagné d’avance. Le personnage ne semble vouloir prendre aucun risque. Elle pensait que les électeurs de l’UKIP de Nigel Farage, qui militait pour le brexit, voteraient naturellement pour les conservateurs, maintenant que le Brexit était engagé. Que les électeurs du parti travailliste qui avaient voté pour le brexit se tourneraient vers elle. Elle a explicitement gauchisé son programme, dans le but de capter cet électorat. Curieusement, elle a abandonné l’électorat traditionnel du parti conservateur, les personnes âgés, en proposant une réforme du financement de la dépendance, sur laquelle elle a dû faire machine arrière.

 

Mais les électeurs de l’UKIP ne se sont pas forcément tournés vers les conservateurs. Les travaillistes qui avaient voté pour le brexit non plus. L’analyse de Theresa May était mauvaise.

 

Sa tactique électorale était à l’opposé de celle victorieuse de David Cameron. Rappelons que Cameron n’avait pas de majorité au Parlement. Il gouvernait avec le Lib Dem. Tout en menant un programme économique résolument en faveur de l’économie de marché, qualifié d’austérité par ses opposants, il a gagné une majorité aux élections. Cameron n’a pas cherché à gauchir son programme. Il s’est présenté en bon gestionnaire, face à un parti travailliste présenté comme laxiste, et pouvant entraîner le Royaume-Uni dans une catastrophe économique et sociale. Mais il a aussi pris soin, durant la campagne et son mandat, de ne pas se couper de l’électorat âgé. Enfin, durant la campagne, il s’est focalisé sur les circonscriptions qui pouvaient basculer, en y concentrant les moyens financiers du parti conservateur. Il n’a pas mené le combat là où l’élection était perdue d’avance, ou gagnée d’avance. L’on reconnaît là une bête politique, ce que Theresa May n’est peut-être pas.

 

La leçon est que les conservateurs doivent se présenter en bon gestionnaires. Là est leur crédibilité. On peut remarquer que les conservateurs ont gagné des sièges là où leur discours était clair et sans consensualisme : en Ecosse. En se présentant résolument contre un nouveau référendum au sujet de l’indépendance, ils ont bénéficié du vote de ceux qui étaient fatigués de ce débat sur l’indépendance, et qui voulaient tourner la page après la victoire du non à l’indépendance.

 

La démocratie sur un coup de dé

Les derniers événements politiques au Royaume-Uni se sont joués à peu de chose. Que ce soit le brexit, la nomination de Theresa May comme Premier Ministre, ou encore les dernières élections. En démocratie, le sort d’un peuple ne tient ainsi qu’à un fil.

 

Theresa May est devenue Premier Ministre suite au vote en faveur du brexit. C’est le vote des électeurs travaillistes qui a fait pencher la balance en faveur du leave, alors que le parti travailliste militait pour le remain. Mais le leader travailliste, Jeremy Corbyn, n’a apporté qu’un timide soutien au remain. Que se serait-il passé si le parti travailliste avait été mené par un véritable partisan de l’Europe ? On peut se poser la question. Un seul homme a peut-être précipité le Royaume-Uni vers le brexit.

 

A la suite du brexit, Theresa May est devenue Premier Ministre presque par hasard. Quasiment par défaut. Boris Johnson partait favori dans la succession de David Cameron. Le jeu de Michael Gove, qui s’est présenté en dénigrant Johnson, l’a rendue favorite, provoquant le désistement de sa seule adversaire. Nous avons donc un Premier Ministre qui est presque là par hasard, par un concours de circonstances. Nous sommes loin du grand vote d’adhésion.

 

Les dernières élections ont aussi pu être influencées par les attentats, en plus de la mauvaise tactique de May. En effet, elle était ministre de l’Intérieur sous Cameron, donc sous le feu des critiques après les attentats. Corbyn s’est engouffré dans la brèche.

 

Conclusion : réfléchir au pouvoir des politiciens.

La démocratie est le pire des systèmes politiques, à l’exception de tous les autres. La boutade de sir Winston Churchill est terriblement d’actualité. On peut aussi citer l’exemple français, avec une présidentielle sans débat, un président mal élu, sans aucune adhésion pour sa personne, et qui focalise les extrêmes.

 

Que faire alors ? Le libéralisme préconise de limiter le pouvoir de ces politiciens qui veulent nous gouverner. Il faut limiter leur rôle, pour qu’au maximum ce soient les actions de chacun qui dessinent la société, et non des technocrates qui imposent leur vision. Car la démocratie n’est que le pouvoir de la plus forte minorité, le vote dépend des circonstances et pas forcément de la raison, et ce peut être un vote par défaut et non un vote d’adhésion. Trop d’aléas pour le sort de millions de gens.

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

I-Cube 13/06/2017 15:50

En effet, rien de rationnel dans une élection, finalement : On n'explique (et encore...) qu'après coup !
La preuve en Gauloisie où c'est carrément un "gauloisien" sur deux qui a souhaité ne pas participer à un scrutin qu'ils considéraient comme truqué.
Ca tient à moins qu'un fil, finalement...

Bien à toi !

I-Cube